19/09/2014

Le shrapnel ou obus à balles.

Le SHRAPNELL

 

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Le « Shrapnel », doit son nom à son inventeur, le lieutenant Henry SHRAPNEL ( 1761- 1842 ).

Ce n'est pas une invention récente: elle date de 1784. Henry SHRAPNEL du Corps royal d'artillerie britannique entreprit la mise au point de cette arme anti-personnel, vraisemblablement la première. À cette époque, l'artillerie employait des  « boîtes à mitraille » pour se défendre contre les attaques de l'infanterie ou de la cavalerie.

 

A l'origine, ce type de projectile, contenait de petites balles sphériques et une charge explosive pour disperser le coup de feu et des fragments de la douille. WELLINGTON employa le « shrapnel » dans les guerres contre NAPOLEON de 1808 à WATERLOO. Il laissa des écrits admiratifs sur son efficacité.

 

On rencontre parfois l'orthographe « schrapnell » qui est l'adaptation à la prononciation allemande. En français, ce projectile fut d'abord connu sous le nom d'« obus à la Shrapnel » abrégé plus tard dans la langue courante en « shrapnel ». dans l'armée française, il reçut l'appellation réglementaire d'« obus à balles ».

 

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Au début de la guerre, l'obus à balle fut employé à grande échelle par tous les belligérants pour frapper les troupes avançant en masse et à découvert. Les batteries de 75 mm en 1914 emportaient environ la moitié de leurs munitions sous forme d'obus à balles à charge arrière. Leurs fusées réglables permettaient de régler l'éclatement à la distance et à la hauteur voulue. Le « shrapnel » est, par excellence, le projectile inventé dans le but d'avoir des effets meurtriers sur des troupes à découvert. La fusée est réglée de façon à exploser précisément au-dessus de l'objectif. Lors de l'explosion, les billes de plomb et d'acier ( de 200 à 300 ) sont projetées vers le sol avec une grande violence, tuant ou blessant les combattants qui n'avaient pas eu le temps de se mettre à couvert ;

 

La transformation de la guerre en guerre des tranchées rendit moins efficace l'utilisation des « shrapnels ». Le « shrapnel » était incapable de détruire les réseaux de fil de fer barbelé en avant des lignes, de défoncer le sol ou de venir à bout des troupes enterrées, toutes choses nécessaires avant de lancer une attaque.Il fut délaissé au profit de l'obus à haut pouvoir explosif.

 

Outre les dégâts humains et matériels qu'il produisit, le « shrapnel » a été une source importante et durable de pollution des sols.

 

Chaque assemblage douille + obus contenait environ 2 grammes de mercure. Ce mercure était vaporisé dans l'air lors du tir et aussi lors de l'explosion de l'obus, parce qu'il y en avait dans la douille et dans l'obus sous forme de fulminate de mercure. Les artilleurs eux-mêmes respirait ce poison de même que tous ceux qui étaient situés sur le champ de bataille ou sous le vent dominant. Le fait que les artilleurs eux-mêmes étaient les premiers exposés témoigne du manque de respect ou de l'inconscience des dirigeants !

 

Du plomb était volatilisé à l'impact à partir des billes de plomb qui entraient en collision avec un matériau dur. Un peu de plomb pouvait aussi être arraché par frottement lorsque la balle traversait un matériau ou le sol. Le plomb pouvait aussi être vaporisé dans l'air si les billes étaient exposées à de hautes températures. Ce qui était inévitable à cause des incendies fréquents provoqués.

 

 

Les balles de plomb sont encore présentes par millions dans les sols. Il y en avait environ 300 par obus qui entraînaient une pollution durable des sols par le plomb. Le mercure et le plomb deux produits sont neurotoxiques et non biodégradables ni dégradables à l'échelle de plusieurs génération humaines. Il est quasiment impossible de nettoyer sérieusement les sols touchés.

 

 

 

11/09/2014

Une étrange arme de guerre française: le bouclier roulant.

Un drôle d'engin de guerre français:

le bouclier d'assaut.

 

La première guerre mondiale a vu un mélange hétéroclite d'armes ou de moyens guerriers divers. L'obsolète ( charrette à chien ) marchant de pair avec le moderne ( grosse BERTHA ) et les débuts de l'aviation.

A noter que les soldats, de quelque camp qu'ils soient, étaient dépourvus de moyens de protection sérieux. Ainsi, les casques en acier n'apparurent que très tardivement. Même les fameux casques à pointe des allemands étaient complètement périmés: ils devaient servir de protection contre les attaques aux sabres !

Mais dans les inventions, on trouve aussi des trouvailles curieuses, qui feraient rire si ce n'avait été aussi tragique.

 

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Ainsi, ce fameux engin qui est connu sous plusieurs noms: bouclier WALTER, brouette blindée, bouclier d'assaut, bouclier roulant, bouclier BENAZET-LEBLANC...

En réalité, c'était la réapparition d'une invention du 19° siècle. Il s'agit d'une brouette blindée !

Ce fut aux Lyonnais que revint l'immense privilège de la tester au Fort de Sainte-Foy (à Sainte-Foy-les-Lyon, en octobre 1873, cette arme de guerre « épouvantable » élaborée par de hauts esprits de l'Etat-Major. Un article de presse avait paru à ce sujet dans le journal « Le Progrès de Lyon ».

Mais revenons en 14-18 et, plus précisément, à la période où s'est installée la « guerre des tranchées ». dans l'esprit de l'Etat-major, on ne pouvait pas se résigner à rester éternellement sur les mêmes positions, il fallait partir à l'assaut des tranchées adverses. L’attaque de la tranchée ennemie engendrait de nombreuses pertes puisque les soldats devaient s’élancer à découvert pour conquérir la position adverse. Pour cela, ils devaient parcourir des dizaines de mètres sans protection, sous le feu de l'ennemi. Ils pouvaient aussi être stoppés par des obstacles imprévus tels que les barbelés. La guerre de 14-18 fit, en effet, du barbelé un instrument décisif. Obstacle sommaire au départ il se transforma par la suite en un réseau sans cesse renforcé. Lors des attaques, on avait la vision horrible de cadavres accrochés au pointes d'acier. C‘est pourquoi, l’Etat Major décida de mettre en place un système permettant de résoudre ces inconvénients: le bouclier roulant.

 

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Ces pare-balles sur roue firent leur apparition dès la première année de guerre. Le 59ème RI avait déjà ces engins le 25 Décembre 1914 dans l’Artois.

Nous pouvons lire dans « Carnets d'un fantassin » rédigés parCharles DELVERT, en formation à CHÂLONS, le 4 août 1916:

" On a expérimenté le bouclier WALTER. C'est une sorte de caisse d'acier qui couvre le dos, la tête et les côtes, carapace sous laquelle on s'introduit, et qu'en marchant sur les genoux on peut rouler jusqu'à proximité de l'ennemi sans craindre les balles.

 
WALTER est un ingénieur capitaine de réserve dans un bataillon de chasseurs ( 21ème BCP ). C'est un homme d'une trentaine d'années, long, fort maigre, doté d'une grande barbe blonde. Il porte l'uniforme sombre galonné d'argent des chasseurs. Il nous présente son bouclier de façon claire et fort simple.

 
A cette expérience assistent le général GOURAUD et une affluence de généraux du 9e, du 4e et du 18e corps. La séance s'est terminée par un discours du général GOURAUD


Dans nos offensives, notamment en septembre dernier en Champagne, nous avonst oujours été arrêtés par les fils de fer barbelés, soit que notre artillerie n'ait pas frappé pour les démolir, soit que - placés à contre-pente- elle n'ait pu même les atteindre


Le bouclier WALTER nous donne la solution du problème. Combien avez-vous fait de brèches dans la Somme ? Je vous ai dit cinquante, mon Général, pour rester au -dessous de la vérité. 
Cinquante brèches! Et il y a eu un tué et quatre blessés. Encore l'homme tué l'a-t-il été par un coup de fusil parti de chez nous. C'est un de ces accidents impossibles.»
le

 

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Dans le manuel du chef de section, on peut lire la description suivante:

« Petit abri blindé monté sur 2 roues,pouvant être dirigé de l'intérieur par un homme  a genou,qui peut ainsi s'approcher a l'abri d'un réseau ou une tranchée ennemie, et tirer ou observer par deux créneaux a opercules mobiles.

 
On peut y adjoindre un treuil qui permet a l'homme de recevoir des explosifs de la tranchée de départ et peut l'aider a revenir en arrière . les plaques  protégeant la tête  et la poitrine sont a l'abri de la balle K (perforante) ,le reste (roues,volets,joues,toit ) a l'abri de la balle S même retournée, et de la balle K sous une incidence inférieure a 50 mètres. »

 

Emploi 
Les boucliers sont employés :


*pour reconnaître l’état des positions ennemies ;


*
pour compléter par l’explosion de charges allongées la destruction par l’artillerie des réseaux de défenses accessoires ;

*pour apporter des charges contre des obstacles déterminés

*pour opérer la destruction des réseaux de défenses accessoires qui ont arrêté l’élan de l’infanterie.

 

En fait, ce furent des cercueils blindés. Ils ne mettaient pas l'homme emprisonné à l'intérieur à l'abri des tirs d'artillerie.


 

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16/01/2013

MAX DEAUVILLE: TEMOIN PRIVILEGIE DE LA VIE DES COMBATTANTS EN 14-18.

M. DEAUVILLE.jpg

 

Max DEAUVILLE

Nom de plume de

 

Maurice DUWEZ

 

Né à IXELLES le 31 août 1881

et y décédé le 1° février 1966

Il a participé au front à la Guerre de 14-18 comme médecin militaire.

Plusieurs fois cité à l'ordre du jour de l'armée. Titulaire de nombreuses décorations dont la croix de guerre avec 2 palmes, la carte du feu avec 7 chevrons et 1 blessure, la médaille de l'Yser, la croix de guerre française.

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Maurice DUWEZ ( Max DEAUVILLE ) est né à Ixelles le 31 août 1881 dans une famille bourgeoise et intellectuelle. Son père, brillant ophtalmologue, collabora avec le vicomte de Spoelberch, ( bibliophile de Balzac, Sand, Mérimée...) tout en étant son médecin.

Dans son cas, nous parlerons d'un nom de plume plutôt que d'un pseudonyme car il ne mena pas une carrière exclusivement littéraire. Il mena parallèlement une brillante carrière de médecin sous son nom propre. Son nom de plume n'éclipsa jamais son patronyme contrairement à d'autres qui allèrent jusqu'à obtenir en Justice la substitution de celui-ci au profit de leur pseudonyme.

Véritable prodige, il entame à 16 ans, à l'Université de Louvain des études de médecine. En 1901, son père décède. Il le remplace comme secrétaire du vicomte de Spoelberch. Ce dernier l'introduisit dans les milieux littéraires ( Revue Générale et l'éditeur parisien Gaston Calman-Levy.) A 22 ans, en 1903, il termine ses études. Durant toute sa carrière, il est médecin aux Assurances Générales, tout en travaillant à l'hôpital d'Ixelles et en ayant une clientèle privée.

Dès ses débuts de médecin généraliste, il se lance dans l'écriture. Il publie en 1907 son premier roman, «La Fausse Route». Ensuite seront aussi publiés: «Le Fils de ma Femme» en 1909, «L'Amour dans les Ruines» en 1910 et, en 1914, «Le Métier d'Homme». En outre, Il avait collaboré avant guerre à diverses revues littéraires: « La Revue Générale », « Le Mercure de France », « Le Thyrse ».

Max DEAUVILLE fut en Belgique un témoin privilégié de ce que fut la Grande Guerre pour le simple combattant. Engagé volontaire, il fit la campagne d'ANVERS et il participa comme médecin à la retraite de l'Armée belge sur le front de DIXMUDE. En avril-mai 1915, il est atteint de la « Fièvre des tranchées ». Ayant été gazé, le 1er février 1916, il quitte son régiment pour être nommé médecin à l'hôpital de Saint Lunaire (Bretagne). Il est affecté à l'Aérostation militaire du 26 janvier 1918 au 11 novembre 1918. Il participe à l'offensive victorieuse et à l'occupation en Allemagne. Il fut démobilisé en décembre 1918.

Grâce à ses ouvrages «Jusqu'à l'Yser», «La Boue des Flandres» et «Dernières Fumées», on comprend mieux ses sentiments durant ces années de guerre. Il dénonce l'inhumanité du conflit qui lui inspira d'abord une résignation stoïque, puis du désenchantement, aggravé par l'atmosphère qui régna après-guerre dans certains milieux. Cette ambiance, il l'a décrite dans «Jonas» et dans «Dernières Fumées». «Jonas» fut adapté en pièce de théâtre. Dans  «Dernières Fumées», il exprime cette pensée en ces termes :

" Entre les gens qui étaient restés chez eux et nous s'était creusé un fossé. Nous n'avions plus la même appréciation de la souffrance et des devoirs de la vie envers nous. Ce fossé  ne s'est jamais comblé. Aussi on a cherché à nous faire taire. Il se peut bien du reste que les gens qui se défiaient de nous n'avaient pas tout à fait tort, car nos idées de décivilisés étaient capables de troubler la tranquillité publique. dans le fond de nos coeurs nous n'avions conservé le respect de rien. Cela se voyait sans doute."    

 

On peut citer aussi la dédicace de " Jusqu'à l'Yser": 

 

" Gardons le souvenir de ceux qui ont été tués dans la laideur des jours et des nuits de la guerre. Ce sont eux qui ont sauvé l'honneur de la Patrie. Que ce livre soit comme un témoignage de tout ce qu'ils ont souffert." 

 


 

"Jusqu'à l'Yser" fut publié à PARIS durant la guerre. La censure supprima de nombreux passages, il connut néanmoins un grand succès. Il fut l'un des rares écrivains de guerre à avoir résisté à l'ambiance de l'époque qui décrivait une guerre irréelle et idéalisée, une guerre romancée. Il fait comprendre que la guerre. Il fait comprendre que la guerre, ce n'est pas seulement l'ennemi invisible et meurtrier, mais aussi une vie pénible et monotone où règne l'ennui, la malpropreté, les parasites, l'angoisse de la mort. Que ce sont aussi les ménages brisés, les soucis matériels quant à l'avenir et celui des enfants.

Voici ce que lui-même en dit:

 « ... j'ai tenu mon carnet de route, notant les faits, décrivant les paysages, les impressions, sans commentaires ni interprétations. J'ai pu ainsi établir un tableau objectif de ce qu'un témoin des grands événements peut voir. Le médecin d'un bataillon se trouve au milieu des hommes. S'il est exempt d'assaut, comme on disait alors, il vit de la même vie, court les mêmes dangers, ou presque, subit les mêmes peines, les mêmes ennuis et les mêmes privations.».

Ecrivain fécond, il collabore activement après la Guerre aux mouvements littéraires d'avant-garde en Belgique. Il présida également le Pen Club d'expression française de 1948 à 1957. Sous l'impulsion de Maurice GAUCHEZ, avec d'autres, il participe au groupe de " La renaissance d'Occident", amalgame hétéroclite où certains venaient avec la nostalgie de Londres, de Paris ou du midi de la France, où ils avaient vécu durant les hostilités, comme blessés ou pour d'autres raisons.

Après la guerre, il s'installa à IXELLES, avec sa mère, sa compagne et leur fils. Il y tint un cabinet médical. Il fut par ailleurs engagé aux Assurances Générales et nommé à l'hôpital d'IXELLES. Il poursuivra sa carrière médicale jusqu'à sa retraite. Il fermera son cabinet privé dès 1946.


Il fut toujours un médecin très dévoué aux pauvres. Dans ses romans, «Fourrière» et «La Soledad », il parle de son environnement professionnel médical qu'il estime déshumanisé:

 

" On ne dit plus un tel ou un tel. On dit le lit quinze, le lit six de la salle trois. Il faut une personnalité bien marquante pour qu'on dise: la petite blonde ou le grand roux. On dit aussi la pneumonie du six ou l'arthrite du huit.

 

 

Muet sur le plan politique belge, il s'enflamme pour la cause catalane. En 1926, en Catalogne, une tentative d'indépendance échoue. Les meneurs, réfugiés en France, sont jugés à Paris et, curieusement, expulsés vers la Belgique. Ils s'installent à BRUXELLES. Le poète Ventura GASSOL devient son ami. Fransescos MACIA est nommé en 1932, Président de la Généralité de Catalogne. Il proclame la république indépendante ede Catalogne le 12 avril 1931. Trois mois plus tard, il accueille Max DERAUVILLE. Ensemble, ils visitent la Catalogne. Il a aisi l'occasion de découvrir le pays et le peuple pour lequel il a lutté. Ce sera l'objet de textes, notes de voyage, conférences, articles sur l'histoire et la culture catalanes.

Au Pen Club, il a une attitude peu commune. Au congrès de 1947 à ZURICH, il intervient avec force contre les crimes allemands et la reconstitution prématurée du PEN Club allemand. En revanche, il prend position pour l'établissement de relations avec les écrivains de l'Europe de l'Est. En 1950, il écrit:

" Le Pen Club international estime que rien de ce qui peut contribuer à combler le fossé qui existe entre l'Est et l'Ouest ne peut être négligé et que toute occasion de nouer des relations sur le plan intellectuel avec des écrivains vivant de l'autre côté de ce que l'on nomme communément le mur de fer, doit être accueilli favorablement."

 

Lui et son épouse Marguerite NYST eurent un fils, chirurgien, Yser DUWEZ (1915 – 1974).

Son œuvre littéraire est immense : 11 romans, 5 « œuvres de guerre », 9 contes, 15 pièces de théâtre, 5, récits et nouvelles, 3 essais et 5 œuvres inédites.

 


 


 

La fièvre des tranchées.

 


 

La « fièvre des tranchées » dont a été victime Max DEAUVILLE a été observée au cours de la Première Guerre mondiale chez les soldats en campagne, d'où son nom.

 

Elle est transmise par les poux de corps, entraînant un état fébrile avec de terribles maux de tête et des douleurs osseuses intenses aux tibias pouvant entraîner une impotence fonctionnelle. D'autres signes plus inconstants sont rapportés, tels des lombalgies, des signes fonctionnels digestifs ou urologiques et une insomnie. Une anémie complique volontiers les formes chroniques. Elle est maintenant traitée par les antibiotiques.

 

Heureusement, l'issue est rarement fatale. L'évolution connaît une succession d'accès fébriles, de moins en moins sévères, tous les cinq jours environ (4 à 8 jours). Cette périodicité s'observe en règle sur 4 à 6 semaines. Toutefois, une minorité de cas évoluent vers une forme chronique, avec une altération sérieuse de l'état général et une tendance à la surexcitation.

 

Durant la Première Guerre mondiale, elle fut la cause alors de grandes épidémies avec plus d'un million de cas estimés en Europe tant chez les Alliés que chez les Allemands.

 

Elle réapparut durant la Seconde Guerre mondiale, puis s'éteignit. Actuellement, c'est une pathologie ré-émergente, concernant essentiellement les populations exposées à une hygiène précaire et à la présence de poux de corps, notamment chez les SDF dans les pays industrialisés.

 

La contamination se fait via les déjections des poux, dans lesquelles l'organisme est présent et peut pénétrer dans la circulation sanguine par le biais d'une légère plaie cutanée due au grattage.

 

Les poux vivent dans les coutures des vêtements et peuvent proliférer dans toutes les conditions d'hygiène défavorables telles que les guerres, les famines, les camps de réfugiés et la précarité sociale dans les pays industrialisés.

 

A ne pas confondre avec le typhus, beaucoup plus grave, qui fit aussi des dégâts durant la Première Guerre, avec conséquences mortelles. A notre cependant que les bactéries coupables sont parentes ( bactérie Rickettsia prowazeki, pour le typhus et Bartonella quintana de la famille des rickettsies. Pour la fièvre des tranchées.)
 

 

 

07/01/2013

SOUVENIRS DE GUERRE: CHAPITRE V: LA LYS

 

 

Chapitre V. La LYS.Camionette.jpg

 

Dans un petit village, nous sommes restés trois jours. Nos chefs en ont profité pour rééquiper le régiment en armement, munitions et matériel. Le lendemain de notre arrivée, je reçois l'ordre de me rendre avec Joséphine à THOROUT où dans une fabrique de vélos, je devais faire l'acquisition de pièces de rechange. Cette mission nous valut quelques heures de délassement. J'avais comme convoyeur, un chauffeur qui, naguère, avait échangé des serments d'amour avec une jeune fille de THOROUT.

 

«  Quelle chance, mon vieux, me dit-il ! Ca va barder ! ». Nous arrivons chez elle ; lasse d'attendre, elle s'était mariée. Elle avait épousé quelqu'un de l'endroit et tenait un café-restaurant lequel ne manquait pas d'allure.

 

Nous y fûmes accueillis avec les marques de la plus vive sympathie. Elle nous présente son mari et nous invite à dîner. Nous ne refusons pas? Oh non ! Apéritif, potage bien conditionné, oeufs à la russe, pommes frites, compote, dessert. Le tout arrosé de deux bouteilles de Bourgogne. Quelle noce ! Quel festin ! Ah ! J'en garderai longtemps le souvenir. Avant le départ, elle nous sert encore des fines champagne et des cigares.

 

Brave femme, va, je t'ai élevé un monument dans mon coeur.

 

Et on viendra dire que la reconnaissance du ventre est un vain mot ?

 

Vers la soirée, nous rejoignons notre cantonnement où nous sommes accueillis non plus avec les marques de la plus vive sympathie, mais avec une engueulade soignée du premier chef. Quelle douche ! C'était le revers de la médaille. Mais nous lui servons trente-six balivernes. Tout sauf la vérité. Il gobe nos explications ou paraît les accepter et ainsi tout doucement la tempête se calme.

 

Pendant ces journées, je m'occupe surtout de la santé et de la toilette de Joséphine. Elle fut nettoyée des pieds à la tête, les dégâts réparés, et, ma foi, sauf les vitres brisées, les phares contusionnés et un panneau enlevé, elle ne manquait pas d'allure.

 

Il y avait là une jeune liégeoise, très avenante, avec laquelle nous avons vécu des heures agréables à nous entretenir de la vieille cité mosane. A la messe du dimanche, pensant à la maison et aux miens, je pleurai comme un enfant. Notre aumônier nous remonta le moral et pendant l'offertoire, les orgues jouèrent «  La Brabançonne ».

 

Ces trois jours passés dans un village des Flandres, loin de toute canonnade, fut pour nous un réel repos. Là, j'eus enfin la satisfaction d'enlever mes bottes pour la première fois et je pus me coucher dans un bon lit, mais je dormis mal, j'avais perdu l'habitude de la laine.

 

Hélas, les bons jours passent trop vite et le matin du quatrième, ce clairon de malheur vient nous arracher à nos beaux rêves. Un ordre du Grand Quartier Général nous ordonne le départ immédiat. Où allons-nous et qu'allons-nous faire ? Très tôt le matin, nous arrivons dans une localité située au sommet de l'angle formé par la LYS et Canal de ROULERS. La LYS était un mot qui nous disait peu de choses et pourtant c'était là qu'allait se jouer le sort de notre Armée. Nous prenons position à HULSTE. Pendant l'après-midi, nous vérifions nos nouvelles armes, les munitions et amorçons les grenades.

 

Vers la soirée, nous assistons au repli d'un régiment anglais. Ce fut pour nous une amère déception. Nous espérions beaucoup en eux. Ils étaient magnifiquement équipés et ils nous p...dans la main !

 

A la tombée du jour, un régiment d'artillerie belge vint s'installer près de nous et tira toute la nuit. Le lendemain nous repartons vers OYGHEM ; le charroi reçoit l'ordre de se replier derrière le canal de ROULERS, à quinze kilomètres de nos positions, sauf « Joséphine » qui, une fois de plus, fut désignée pour rester avec mon bataillon. Que voulez-vous ? On avait pris l'habitude de la voir et on ne pensait plus qu'à elle. Pauvre camion, que vas-tu encore souffrir ! Périrons-nous dans la tourmente ou en sortirons-nous encore ?

 

Le premier chef partit à la recherche d'une ferme pour nous y caser. Nous devions, paraît-il, y demeurer quelque temps. Pendant cette journée, nous distribuons les munitions, creusons des tranchées et installons le téléphone. Je dus encore ravitailler nos positions le long de la LYS.

 

Dans l'après-midi, l'aumônier vint me faire visite et m'apporta des cigarettes. Ce fut pour moi une bonne aubaine : depuis plus de trois jours, nous ne fumions plus que le cigare, dans toutes les villes où nous passions, il n'y avait plus de tabac.

 

Comme je savais que l'aumônier avait ses grandes et ses petites entrées à l'Etat-major, je lui demande quelle était notre mission et ce que nous allions faire.

 

«  Tu vois la LYS, eh bien, tous les régiments de l'Armée Belge doivent se replier derrière cette rivière et c'est ici que nous devons arrêter l'armée allemande. Si l'ennemi réussit encore à percer, ce sera fini pour nous. Tu te rends compte, d'ici deux ou trois jours ce que ça va chauffer ».

 

A mon tour, je lui dis : «  Monsieur l'Aumônier, ,je vous remercie beaucoup, mais quand je vous demande des renseignements, vous n'avez jamais que des pareils à me donner. » Il partit en riant et en nous souhaitant bon courage.

 

Puisque j'étais là pour plusieurs jours, je pris mes dispositions pour me loger le plus confortablement possible, je me liai d'amitié avec le fermier et m'arrangeai une couchette dans la grange.

 

Vers la soirée, le fermier vint m'inviter à un souper, il me raconte que , lui aussi, pendant la guerre de 14-18, il avait eu un fils aux armées. Son jeune homme avait disparu et, avec des larmes dans les yeux, il ajoute : « Je ne sais même pas où il est... »

 

Après le souper, je vais retrouver mes amis, qui avaient pris position dans les tranchées. Je les ai surpris en train de déguster un gros poulet qu'ils avaient fait cuire chez un cultivateur voisin. En causant, nous avons ainsi passé une bonne partie de la nuit et, plus l'heure avançait,

plus la canonnade se rapprochait. Nous nous décidons enfin à prendre quelques heures de repos, car, vu l'avance de l'ennemi, demain peut-être n'en aurons-nous plus l'occasion. Nous nous dirigeons vers la grange, pour y dormir un peu.

 

Quand j'étais gamin et que je lisais des histoires de guerre, bien souvent, bien souvent je me demandais, si certains faits contés par l'auteur, étaient possibles. Eh bien, oui, et à ce propos, je vais raconter une histoire, peut-être invraisemblable, mais réelle, puisque je l'ai vécue. Nous étions à notre troisième nuit sans sommeil, les déplacements et les travaux de la journée, nous avaient accablés de fatigue.

 

Dans notre secteur, ,depuis notre arrivée, l'artillerie ne s'était pas tue. Pendant toute la journée et toute la nuit, nos braves artilleurs crachaient, suivant l'expression pittoresque de notre premier chef.

 

Cette canonnade était devenue pour nous, un bruit tout à fait normal. Nous préparons donc nos couchettes et nous installons.

 

Alors que le sommeil alourdissait nos paupières, VANDAMME, ordonnance du Lieutenant VANCAMPENHOUT, nous arrive, avec un gros réveil sous le bras. Comme il devait se lever à cinq heures, il avait pris ses précautions. Il installe son réveil sur une poutre et se couche. Un quart d'heure plus tard, alors que la canonnade continuait de plus belle, nous nous tournions et retournions dans nos couchettes. Impossible de dormir. A cet instant, un de nos camarades se lève, empoigne son soulier, le lance sur le réveil-matin, et, après avoir proféré un gros juron : « Voilà près d'une heure que ta sale horloge m'empêche de dormir. » Puis il se lève et prend le réveil-matin et le lance dans la fosse à purin. Nous fûmes unanimes à approuver cette exécution sommaire, sauf, bien entendu, le brave VANDAMME. C'était un cadeau de sa femme !

 

Ce remue-ménage fini, tout rentra dans le silence, sauf le bombardement qui redoublait d'intensité. Dix minutes après, tous les gardes-frontière dormaient comme des loirs. A l'aube, nous sommes réveillés par une forte explosion. Un obus de gros calibre vient de défoncer la route. Il était cinq heures du matin. L'ordonnance se lève, se frotte les mains et se retournant vers ses camarades : «  Ca c'est autre chose qu'un réveil-matin, hein ! » Il possédait sa vengeance.

 

Leur toilette terminée, les hommes se dirigent vers leurs emplacements. Le fermier vient me trouver et m'offre à déjeuner. Pendant que je mangeais une savoureuse fricassée, il me fit part de ses intentions de partir. « J'ai l'impression, me dt-il, qu'ici ça va devenir dangereux ». je le laissais parler, ne voulant rien lui conseiller, car les routes étaient devenues aussi peu sûres que le reste.

 

Après le déjeuner, je remercie mon hôte et me rends au poste de commandement. J'y salue le Lieutenant VIATOUR qui, malgré sa blessure, n'avait pas voulu quitter ses soldats. J'y parle au Lieutenant BOULANGER qui m'offre une excellente cigarette, m'interroge sur mon moral et me demande si j'ai bien dormi et bien déjeuné. Il sort avec moi du bureau - c'était une cave-

et m'indique toutes les positions à ravitailler.

 

« Tu vas d'abord passer chez le commandant MARLIER et lui remettre grandes D.B.T., chez le lieutenant BIVER lui porter des balles perforantes, puis chez le lieutenant VAN CAMPENHOUT y déposer des fusées et un pistolet. Après cela, tu reviendras ici chercher ta récompense. »

 

Je demandai pourtant un acompte. C'est ainsi que je m'enfilai deux bonnes grandes gouttes de genièvre .Et je pars chercher « Joséphine ». A travers champs, je gagne le P.C. du commandant MARLIER . J'y dépose les munitions puis je repars. A peine arrivé chez le lieutenant BIVER, j'entends une formidable explosion. C'était le P.C. Du commandant MARLIER qui volait en morceaux. Je me retourne vers le lieutenant BIVER et lui dis «  Pourvu que ce ne soit pas un oiseau de mauvais augure ! » Je déchargeai les balles perforantes et pars en lui recommandant, par blague, de prendre ses précautions. A peine étais-je arrivé chez le lieutenant VAN CAMPENHOUT, que le poste du lieutenant BIVER était démoli part un obus de gros calibre.

 

Je regarde le lieutenant VAN CAMPENHOUT qui se demandait si je lui apportais, en même temps que les fusées, le sort réservé à ses deux collègues.

 

A peine étais-je sur la route, que je me sens projeté dans le fossé avec mon camion. Etourdi je sors de l'auto et m'aperçois que le lieutenant VAN CAMPENHOUT n'avait pas été épargné. De mon côté, j'essaye de remettre « Joséphine » d'aplomb. Je me décide alors à me rendre à pied au P.C. Du Major VIATOUR y chercher du secours. Le major et le lieutenant m'attendaient sur le pas de la porte et me reçoivent très mal.

 

Furieux, il me montre le ciel «  Vous ne voyez pas que l'on vous repère » Je regarde et aperçois une saucisse qui se balançait au-dessus de nos lignes. L'observateur qui s'y trouvait communiquait les endroits où je m'arrêtais. Je m'excusai et, avec trois hommes,je me rendis auprès de mon camion pour le dégager.

 

Une heure plus tard, je reviens à la ferme où le propriétaire se hâtait de charger tout ce qu'il possédait de plus précieux sur une charrette. Il craignait que le même sort lui fût réservé. Il m'appelle et me confie sa maison. «  Voici du beurre, des oeufs et du jambon. Vous pouvez disposer de la maison, je vous la confie. Tâchez seulement qu'on ne vienne pas piller ».

 

Je lui promis que je serais un gardien fidèle et intransigeant.

 

Après le départ du fermier, je me dirige vers les différents P.C. qui avaient été bombardés. Quelle ne fut pas ma joie d'apprendre que personne n'avait été blessé. Je pris mes jambes à mon cou et m'empressai de porter cette bonne nouvelle au lieutenant BOULANGER. «  Vous avez de la chance, me dit-il, si jamais un malheur était arrivé, je ne sais ce que je vous aurais réservé. »

 

A cela près, je lui réclamai quand même le reste de ma récompense. Il me le versa en riant et en me disant que malgré tout j'étais un veinard.

 

A la suite de ces différents bombardements, il fut décidé que je resterais cloîtré dans la ferme avec mon camion.

 

Une nouvelle mission m'y attendait. Je devenais cuisinier. Aucune auto ne pouvant plus circuler, il fallait faire la popote sur place. C'est ainsi qu'on m'apporta deux cents boîtes de corned beef, de la purée de tomates, du lard, du vermicelle. J'y joignais des légumes du jardin et y versai le tout dans une grande marmite qui avait servi à cuisiner des épluchures de pommes de terre pour les porcs. Je préparai une soupe aux tomates, puis je la distribuai aux hommes de notre compagnie.

 

Après la distribution, je nettoyai les bidons et allai m'asseoir dans ma camionnette pour me consoler De chauffeur, être ravalé au rang de cuisinier. Quelle déchéance ! Mais je ne remplis qu'une fois ces fonctions.

 

Sur ces entrefaites, la nuit était tombée. L'artillerie belge et l'artillerie allemande faisaient rage; déjà quelques éléments ennemis s'étaient avancés jusqu'au bord de la Lys.

 

Le 1° Régiment de ligne qui se trouvait devant nous avait engagé le combat. De tous côtés, les obus éclataient. Le secteur devenait un véritable enfer. La nuit se passa ainsi, dans un effroyable bombardement des positions adverses, comme des nôtres. Au lever du jour, le secteur rentra dans le calme.

 

Nous scrutons le ciel, pas d'avions ennemis, mais la saucisse qui, depuis deux jours observait nos mouvements était toujours là ! Elle nous mettait mal à l'aise. Nous ne nous sentions pas chez nous. A plusieurs reprises le P.C. réclame l'aide de l'aviation. Peine perdue, on ne répondait pas !

 

Enfin, comme il y avait une accalmie, nous décidons, quelques camarades et moi, de faire un bon dîner. Un des nôtres étrangle une poule, la plume et se charge de la cuire. Un second va chercher des salades dans le jardin, deux autres épluchent des pommes de terre et les mettent au feu. Quant à moi, je leur dresse une sauce mayonnaise qui m'eut fait embaucher comme marmiton dans un restaurant de premier ordre. Nous nous mettons à table dans la salle à manger de la ferme et faisons honneur à notre plantureux repas. Nous allumons un cigare, puis lourdement, nous nous levons et rejoignons nos emplacements dans les tranchées.

 

A peine étions-nous dehors que le corps de logis de la ferme est anéanti par deux obus allemands. Cinq minutes plus tôt, nous n'en serions pas sortis. Tout-à-coup, je me rappelle : le jambon, les oeufs et le beurre ! Sacrebleu qu'est-ce que tout cela est devenu ? Avec le convoyeur, nous fouillons les décombres et, dans la cave, nous retrouvons le tout que nous transportons dans ma camionnette. J'y prends le gros jambon qui, tout fier, se balançait au-dessus des oeufs et du beurre.

 

Cependant l'heure avançait et l'ennemi faisait preuve d'activité. Il fut rapidement aux prises avec le 1° régiment de ligne et la bataille se développa avec intensité. Notre artillerie tirait à bout portant. Aussi loin qu'on pouvait voir on n'apercevait que des maisons en flammes. On entendait les gémissements des blessés et les hurlements des bêtes qui rôtissaient dans les écuries en feu.

 

Alors que le 24° et le 25° de ligne maintenaient leurs positions à notre grande stupéfaction, nous voyons le 1° de ligne se replier en débandade. L'ordre formel était cependant de résister à outrance. Nous communiquons cette nouvelle au Grand Quartier Général... ... qui répond : «  Ce recul est inadmissible et même au prix de la vie des fuyards, il faut renvoyer les soldats dans leurs positions. » Ce qui fut fait. Nos fusil-mitrailleurs sont mis en batterie et arrêtent ce repli, mais à quel prix ! Hélas, ce sont les lois de la guerre. Tout qui abandonne son poste, sans en avoir reçu l'ordre, est considéré comme déserteur.

 

Mais les Allemands avaient pénétré dans nos lignes et une contre-attaque fut lancée. Le premier chef m'avertit que je dois le suivre avec ma camionnette. Tout le monde est au poste, nos officiers se mettent à la tête de leurs troupes et bayonnette au canon, la bataille s'engagea sur les bords de la Lys. Ce fut effroyable. Les deux adversaires luttaient corps à corps. Il n'est pas de mots assez éloquents pour raconter avec quel courage, les nôtres se battirent.

 

Voyant que l'ennemi franchissait la Lys, le 25° de ligne craignant d'être fait prisonnier ordonne le repli. A ce moment, notre artillerie se tait. Les canonniers ont épuisé leurs munitions. Que faire ? Déjà l'ennemi menace de nous encercler. Il ne nous reste qu'un pont pour traverser le canal de ROULERS. Pour l'atteindre, il faut passer dans le feu de l'ennemi. Notre Etat-Major reçoit du Grand Quartier Général l'ordre de retraite derrière le sixième de ligne. Nos officiers, jugeant la situation très grave, nous ordonnent de regagner nos positions de repli, par nos propres moyens.

 

A ce moment, je me trouvais dans une tranchée avec des camarades et l'un de ceux-ci, pour savoir si nous étions repérés, met son casque au bout de son fusil et l'élève au-dessus du parapet.

Une balle siffle et perce le casque de part en part. Ce que voyant, il décide de ne pas bouger. Le sergent LEMOINE, pour donner l'exemple, se lève, enjambe le parapet et s'écroule. Il est touché au coeur. Il n'a même pas le temps de dire un mot, il meurt dans nos bras. Nous le couchons au fond de la tranchée.

 

Le secteur devenait intenable et nous voulions à tout prix en sortir. Comme une limace, je grimpe, sors de la tranchée et, à plat ventre, rampe jusqu'à la ferme, où m'attendait « Joséphine ». Que faire ? Devais-je l'abandonner, elle qui faisait partie de moi-même, ne serait-ce pas lâche de partir sans elle ?

 

Et mon fourbi et le jambon, le beurre, les oeufs ! Allais-je laisser cela aux mains de l'adversaire ? Ah ! Non, j'appelle mon convoyeur et lui dis de prendre place. Il me regarde stupéfait, me traite de fou, mais consent quand même à m'accompagner. Je mets mon moteur en marche et à toute vitesse, la tête baissée, cachés derrière le tablier, nous traversons les différents feux de barrage. A plusieurs reprises, nos toiles sont percées de balles.

 

Arrivés près du pont et comme je m'engageais dans la rampe, le génie me fit signe de m'arrêter. Les explosifs étaient amorcés, il était trop tard pour passer. Je saute du camion, me couche dans le fossé et attends l'explosion. Ces quelques secondes me parurent des heures. J'entendis la déflagration, qui fut suivie d'une dépression formidable. Je fus collé au sol. J'y restai combien de temps ? Je n'en sais rien. Quand je revins à moi, ma première pensée fut pour « Joséphine  ». Avait-elle survécu à cette nouvelle épreuve ? Couvert de poussière, je me relève et que vois-je ? Ma camionnette est là.

 

Dédaignant les balles qui sifflent à mes oreilles, je cours vers elle, je m'introduis avec peine dans la voiture, m'installe au volant, actionne le moteur et par un brusque mouvement de marche arrière, je parviens à la dégager des décombres, « Joséphine «  était défigurée : capot défoncé, portière arrachée, gardes-boue disparus ! Mais elle marchait toujours !

 

De l'autre côté, on me crie que deux kilomètres plus loin, dans la direction de ROULERS, je pourrai franchir le canal sur un pont que le génie ne fera sauter que dans quinze minutes. A travers champs de blé, à travers la mitraille, je gagne ce pont sauveur. A cheval sur le capot, le convoyeur agitait un drapeau blanc pour signaler notre arrivée. Le génie nous voit, nous fait signe de passer. Nous étions sauvés !

 

Pendant que le pont sautait, j'embrassais mon convoyeur. Mes amis étaient là pour me féliciter. Comme des curieux, ils faisaient le tour du camion et ne savaient que dire pour lui témoigner leur admiration.

 

Le lieutenant BOULANGER vint me trouver, me serra les mains et ne put me dire que cette phrase, tant il était ému : « Je commençais à être inquiet. »

 

Cette bataille fut terrible, aucune image ne peut représenter ce que fut cet enfer. Ceux-là seuls, qui l'ont vécue, pourront la raconter et encore... !

 

Les pertes de notre régiment paraissaient considérables. Il nous était impossible de reprendre le combat. Aussi nos officiers, nous dirigèrent-ils vers LICHTERVELDE où nous avons attendu pendant toute la nuit notre Etat-Major et ce qui pouvait rester d'hommes.

 

Vers huit heures du matin, à la grande joie de nos chefs, les trois quarts de notre régiment répondirent à l'appel ; Parmi les hommes présents, il y avait beaucoup de blessés qui, très courageux, n'avaient pas voulus se faire évacuer. C'est ainsi que pour nous, finit cette bataille de la LYS.

 

Malgré l'échec que notre Armée a pu subir là-bas, à chaque soldat qui vous dira : « J'ai vécu les cinq jours de la LYS », vous témoignerez votre respect et votre admiration.