02/02/2013

ALAIN: PHILOSOPHE PACIFISTE, VOLONTAIRE DE GUERRE ET TEMOIN ENGAGE.

  ALAIN,

pseudonyme de Emile-auguste CHARTIER.

Né le 3 mars 1868, décédé le 2 juin 1951.

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Emile-Auguste CHARTIER, dit ALAIN, a fasciné des générations d’étudiants en Humanités. Sa vie et son œuvre fournissent des clés existentielles et montrent comment assumer avec joie la condition humaine. André MAUROIS, un de ses anciens élèves, dira avoir pris conscience grâce à lui « qu'il était possible d’être un homme et de l’être dignement, noblement ».

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ALAIN.jpgÉmile-Auguste CHARTIER, dit ALAIN est né dans une famille bourgeoise désargentée. Son enfance n'est pas heureuse: son père, vétérinaire, homme colérique et souvent ivre, lui infligeait des épreuves pour affirmer sa virilité. Sa mère, femme frivole, passe peu de temps à la maison. Avec sa sœur, il est élevé par la bonne. La famille étant endettée, il lui revient souvent la sinistre mission d’aller chercher le pain sans pouvoir le payer.

En 1874, il entre au Collège Sainte-Marie de MORTAGNE, sa ville natale. Fait assez bizarre car son père est un farouche anticlérical. Il est meurtri par l’éducation qu’il reçoit de la part des prêtres. C'est celle des coups, de la peur des brimades, du diable, de l’enfer... «Toute mon enfance fut peureuse.», dira-t-il. Entre condisciples, la brutalité règne aussi. Cette enfance influencera à la fois ses considérations sur l’éducation et sur la guerre. Sa détresse d'enfant se perçoit dans un ensemble d'anecdotes dispersées sur ses souvenirs d’enfance.

 

En 1881, il rejoint le Lycée d’ALENCON d'où il sortira en 1886, bachelier ès Lettres. Il prépare le concours d’entrée à l’École Normale Supérieure à VANVES, au lycée Michelet. Le professeur de philosophie, Jules LAGNEAU, sévère, austère et rigoureux, va le marquer profondément. Il tentera de briller à tout prix, en tout, pour attirer son attention, son respect.

 

En juillet 1889, il est reçu à l'Ecole Normale Supérieure, 23ème sur 24, après deux échecs ! En 1992, il devient agrégé de philosophie. Il commence sa carrière d'enseignant à PONTIVY, puis à LORIENT, à ROUEN, au Lycée Condorcet à PARIS , puis au lycée Michelet de VANVES et, enfin, au Lycée Henri IV à PARIS, en 1909. Partout où il est passé, il s'est engagé dans la vie sociale.

 

Dès 1903, il publie dans la « Dépêche de Rouen » de courts articles, signés ALAIN, inspirés d'événements de la vie quotidienne, au style concis et aux formules séduisantes, couvrant quasi tous les domaines: les "Propos dudimanche", puis les "Propos du lundi" Plus tard on les réunira en volumes: « Propos (1908-1920) », « Système des beaux-arts », « Propos sur la littérature », « Propos de politique », « Les Dieux », « Propos d'économique », « Histoire de mes pensées », « Vigiles de l'esprit ». Humaniste cartésien, passionné de liberté, il se veut "éveilleur d'esprit". Il ne propose pas de système philosophique mais il apprend à se méfier des préjugés. Pour lui, la capacité de jugement ne doit pas être basée sur un système théorique.

 

Proche du Parti Radical, il est fidèle aux principes fondateurs de la III° République. Durant l'Affaire DREYFUS, il milite au côté des dreyfusards. Bien que pacifiste convaincu, quand la guerre est déclarée, il s'engage pour remplir son devoir civique, sans renoncer ses idées. Il est non mobilisable mais il ne peut supporter d'être à l'abri alors que d'autres risquent leur vie. Le conflit étant devenu inévitable, ALAIN a voulu s’engager sans lâcheté. Brigadier d'artillerie, il refuse toute promotion. Le 23 mai 1916, il a le pied broyé lors d'un transport vers VERDUN. En 1917, il est démobilisé.

 

Dès son incorporation, il relate les épisodes marquants qui lui reviennent à l’esprit et qui vont lui donner le prétexte à une réflexion sur la guerre et aux impressions qu’elle lui inspire. Il va réfléchir à sa condition et à celle de ses camarades. Il donne libre cours à son esprit critique et juge tant le détail que la nature humaine avec un brin de révolutionnarisme. Il publie en 1921 son pamphlet "Mars ou la guerre jugée". ALAIN y explique que ce qui l'a marqué le plus au front, c'est la servitude. Il s'élève contre le mépris que les officiers montraient pour les hommes de troupe. «Ils  parlent aux hommes, comme on parle aux bêtes », écrit-il. Il ne supporte pas l'idée de cette tuerie organisée, de ce traitement que l'Homme inflige à l'Homme.

 

En 1931, il écrit ses « Souvenirs de guerre. », publiés en 1937. Dans ces souvenirs présentés d’une manière vaguement chronologique, on trouve peu de dates et de lieux, mais néanmoins quelques tableaux décrivant bien ces endroits et de nombreux détails techniques, toutefois superficiels. Au delà du simple récit d’un combattant, il illustre un état d’esprit et une vision fort justes de personnages divers, décrits au gré des rencontres. Pour lui, la guerre fut un laboratoire de l’âme humaine qu’il analysa en temps réel. Il écrira aussi « Suite à Mars. Convulsions de la force. »

 

Ses livres sur la guerre sont écrits dans un style journalistique qui ne laisse aucune place au pathos. Cette froideur s'explique par la violence subie dans son enfance. Il reste pacifiste mais, paradoxalement, sa dénonciation est moindre lorsqu’il s’agit des rouages internes de la guerre. Habitué, dans son enfance, à devoir assister sans protester aux châtiments infligés en public aux enfants et à l’obéissance absolue, ALAIN en vient à justifier des violences et des logiques cruelles. Pour lui, la guerre comme l'école ont pour fonction l'humiliation. Il écrit: « C'est pourquoi des exécutions précipitées, effrayantes et même révoltantes, ne me touchent pas plus que la guerre elle-même, dont elles sont l'inévitable conséquence. Il ne faut jamais laisser entendre, ni se permettre de croire que la guerre soit compatible, en un sens quelconque, avec la justice et l'humanité. »

Il revient épouvanté par les horreurs de la guerre. En pacifiste et rationaliste, il pouvait penser que ce que les soldats avaient vécu devaient les détourner à jamais ce l'esprit guerrier. C'est donc un peu désabusé qu'il constate, une fois la guerre finie, que beaucoup d'Anciens Combattants la glorifie au lieu de la condamner, se prennent à aimer le système militaire et à devenir nostalgiques. « L'homme qui a échappé aux dangers, qui s'est vengé comme il pouvait, et qui a admiré son propre courage, trouvera occasion, si les cérémonies sont convenablement réglées, d'adorer le système et le chef, un court moment, et ensuite par souvenir. Ainsi les survivants louent la guerre toujours plus qu'ils ne voudraient. »

Dès son retour à la vie civile, il reprend ses fonctions au Lycée Henri IV. Il s’engage aux côtés du mouvement radical, en faveur d'une république libérale strictement contrôlée par le peuple. En 1927, il signe la pétition contre la « Loi sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre », loi qui abrogeait toute indépendance intellectuelle et toute liberté d’opinion. Parmi les signataires, on trouve Louis GUILLOUX, Jean-Paul SARTRE et Raymond ARON. Jusqu'à la fin des années 30, son œuvre sera guidée par la lutte pour le pacifisme et contre la montée du fascisme. En 1934, il est cofondateur du Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes. S'y côtoient le physicien Paul LANGEVIN et l'anthropologue Paul RIVET. Bien que n'ayant jamais adhéré au socialisme, il montre de la sympathie pour le mouvement ouvrier et syndical. Certains de ses « Propos » ont été publiés dans la revue hebdomadaire « L'École libératrice » du Syndicat National Des Instituteurs.

Il est anticlérical mais il respecte l'esprit religieux. Dans « Propos sur la religion » et « Propos sur le bonheur » apparaît une certaine fascination pour l'Évangile. Du catholicisme il apprécie la dimension universelle. Cela ne l'empêche pas d'écrire : « Fondez une Société des honnêtes gens, tous les voleurs en seront. Ainsi fait l'Eglise. L'Eglise a institué des offrandes et des pratiques qu'elle proclame être le signe de la vertu; aussitôt tous ceux qui ont des vices ou des vols à cacher s'empressent de faire ces offrandes et ces pratiques; les plus tarés payent un peu plus que les autres, de leur personne ou de leur bourse, et on peut les voir dans toutes les villes où la procession circule ; on peut les voir derrière le dais, semblables à des loups devenus bergers."

 

En 1936, où une attaque cérébrale le laisse à demi paralysé et le condamne au fauteuil roulant. Il décédera 15 ans plus tard en 1951, à l’âge de 83 ans, quelques semaines après avoir reçu le Grand Prix National des Lettres. Il est enterré au Père Lachaise, Division 94.

 

Bibliographie: Quatre-vingt-un Chapitres sur l'esprit et les passions (1917), Petit Traité d'Harmonie pour les aveugles (en braille, 1918), Système des Beaux-arts (1920), Mars ou la guerre jugée (1921), Propos sur l'esthétique (1923), Lettres au Dr Henri Mondor (1924), Propos sur les pouvoirs - Eléments d'une doctrine radicale (1925), Souvenirs concernant Jules Lagneau (1925), Sentiments, passions et signes (1926), Le citoyen contre les pouvoirs (1926), Les idées et les âges (1927), La visite au musicien (1927), Propos sur le bonheur (1928), Entretiens au bord de la mer (1931), Idées (1932), Propos sur l'éducation (1932), Les Dieux (1933), Propos de littérature (1934), Propos de politique (1934), Propos d'économique (1935), Stendhal (1935), Souvenirs de guerre (1937), Entretien chez le sculpteur (1937), Les Saisons de l'esprit (1937), Propos sur la religion (1938), Eléments de philosophie (1940), Vigile de l'esprit (1942), Préliminaires à la mythologie (1943).

 

 

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 "L’opinion que la guerre est inévitable est fort dangereuse, comme j’ai dit. Mais l’opinion que la guerre est impossible, soit par les traités, soit par l’adoucissement des mœurs, est tout aussi dangereuse à mes yeux, et aussi mal fondée."

 

18/01/2013

CIMETIERE DE HERSTAL: MONUMENTS AUX MORTS ET MONUMENTS COMMEMORATIFS..

 

Il s'agit bien sûr du Cimetière des Rhées, situé Rue de MILMORT à HERSTAL.

Dès que l'on aborde la porte d'entrée du Cimetière, se présente aux visiteurs une longue et large allée qui traverse le cimetière de part en part.

A centre du cimetière se edresse ce Monument aux Morts:

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Ceci est la face avant qui s'offre aux regards dès l'entrée du cimetière.

En voici le détail. On peut remarquer que le sculpteur a utilisé les caractères romains

( "U" est écrit "V" )

 

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Ci-dessous, la frace arrière: une plaque métallique reprenant la liste des noms.

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Une vue, prise de profil. Ce monument est érigé sur un terre-plain. Deux canons semblent y monter la garde!

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Ce Monument se situe, en fait, à un cfarrefour de deux allées plus imortantes que les autres.

Un peu en retrait, sur la gauche, on peut voir un Monument dédié ausx soldats allemands morts en août 1914.

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Le lichen qui le recouvre semblerait signaler qu'il est un peu oublié. Pouratnt, une gerbe de fleurs artificielles se trouve au bas.

Manifestement, il est quand même bien respecté car non vandalisé.

Derrière le Monument aux Morts, s'ouvre une allée bordée de chaque côté de stèles commémoratives de soldats de 1940-1945.

Cette allée fait donc office de "Pelouse d'Honneur"

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Parmi ces stèles, celle d'un combattant britannique.

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Quelques stèles prises au hasard:

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Une stèle dédeiée aux membres d'une association de HERSTAL ( " L'AS Herstalienne")

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Stèle édifiée après la guerre de 14-18, mais modifiée après 40-45:

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Enfin, dans une allée latérale, mais toujours proche du Monument aux Morts, ce tombeau:

Il s'agit d'un Volontaire de Guerre, PAES Louis.

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Enfin, au fond de l'allée bordée par les stèles, ce Mémorial dédié aux victimes civiles d'aôut 1914

 

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07/01/2013

WARNANT-DREYE: MONUMENT AUX MORTS.

WARNANT-DREYE:

COMMUNE DE VILLERS-LE-BOUILLET:

MONUMENT AUX MORTS.

Le Monument aux Morts de WARNANT-DREYE se dresse à proximité directe de l'église du village.

Cela dit, ce monument ne présente aucun caractère religieux à l'exception d'une croix sur le piédestal.

 

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Le piédestal est surmonté d'une allégorie pourvue de l'inscription " A NOS HEROS"

 et portant un drapeau dont la hampe est pourvue du lion belge.

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Au pied de l'allégorie, une couronne de lauriers.

Le piédestal porte les noms des soldats morts à la guerre de 14-18.

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Les deux petites colonnes latérales mentionnent la liste des Combattants.

Le Monument a été complété après la seconde guerre mondiale.

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31/12/2012

SOUVENIR DE GUERRE. CHAPITRE IV: Canal de Willebroeck et Capelle-au-Bopis.

 

CHAPITRE IV : Le Canal de WILLEBROECK et CAPELLE-AU-BOIS.

 

ICamionette.jpgl était six heures du soir, quand l'ordre de départ fut donné. Joséphine avait été nettoyée, astiquée et vérifiée, sa carburation était bonne. Les différentes compagnies se rassemblent et nous partons dans la direction d'ANVERS.

 

Nous arrivons dans un petit village qui n'avait pas encore vu la guerre. Un brave fermier nous ouvre les portes de la grange. Vers trois heures du matin, je gare Joséphine puis me couche dans de la bonne paille. Il était impossible de dormir, les plus tristes penséesz m'assaillaient. Qu'étaient devenus les miens ?

 

Dans cette grange où nous logions à plus de deux cents, j'avais à côté de moi un tout jeune homme. Il n'avait pas vingt ans. Il parlait en rêvant. Tout à coup il se relève et crie « Maman, maman ! » D'un coin de la grange, une botte fut lancée, mon brave rêveur la reçoit sur la tête, il se rassied et fond en larmes. A quoi venait-il de rêver ? Pourquoi avait-il crié ce mot qui est à la fois si doux et si pénible d'entendre pendant ces jours de guerre ? Cette guerre, nous autres soldats, nous ne l'avons pas demandée et pourtant déjà plusieurs de mes amis ont payé de leur vie cette infernale folie. Que sera demain?Ne serai-je pas enfoui sous les décombres de mon camion et mes dernières heures ne se déchireront-elles pas en appelant ma chère petite maman ?

 

Je m'enfonçais ainsi dans mes réflexions, mais je fus vite rappelé à la réalité. Le clairon sonne « Alerte avion ». Alors qu'il y a quatre jours, nous nous cachions et cherchions des abris, cette nuit, personne ne bouge. Seuls quelques murmures s'élèvent au milieu des ronflements.

 

A six heures, le réveil est sonné. On rassemble la compagnie et notre lieutenant nous lit une lettre que le Roi venait d'adresser à ses troupes :

 

«  Soldats !

Assaillie brutalement par un coup de surprise, aux prises avec des forces supérieurement équipées et bénéficiant d'une aviation formidable, l'Armée belge exécute depuis trois jours une manoeuvre difficile dont le succès importe au plus haut point pour la ,conduite générale des opérations et pour le sort de la guerre.

 

Cette manoeuvre exige de tous, chefs et soldats, des efforts exceptionnels, soutenus jour et nuit au milieu d'une tension morale, que porte à l'extrême le spectacle des ravages exercés par un adversaire impitoyable.

 

Quelque rude que soit cette épreuve, vous la surmonterez avec bienveillance.

 

Notre position s'améliore d'heure en heure ; nos rangs se resserrent. Aux jours décisifs qui vont venir, vous saurez raidir toutes les énergies, consentir tous les sacrifices pour arrêter l'invasion.

 

Comme sur l'Yser en 1914, les troupes françaises et anglaises y comptent, le salut et l'honneur du pays le commandent.

 

Léopold. »

 

Après cette lecture, le clairon sonna « Aux champs » et la compagnie fait une minute de silence pour nos soldats morts au Champ d'Honneur. La liste comptait déjà soixante-cinq noms. Soixante-cinq camarades que l'un et l'autre d'entre nous avaient assistés dans leurs derniers moments recueillant de leurs lèvres mourantes leurs ultimes paroles pour ceux qu'ils aimaient.

 

Après cette cérémonie qui toucha le coeur de tous les hommes, l'Etat-Major nous fit part des derniers ordres. Nous devions remonter en ligne le canal de WILLEBROECK. Quant au charroi, il devait prendre position à OPUERS et y attendre les ordres. Naturellement une nouvelle fois, « Josephine » fut promue au rang de char de ravitaillement en nourriture et munitions.

 

Les cyclistes partent vers leurs positions sauf deux compagnies qui iront occuper le village de LEZ PUERS et y organiseront la chasse aux parachutistes.

 

Le cuisinier vint me trouver et me fait part de son manque de matériel. Lors du repli de LIERS, il avait oublié ou perdu tous ses bidons . Il me propose de demander au lieutenant la permission d'aller dans la zone de combat où certainement dans les maisons abandonnées, nous trouverons ce qui nous manque.

 

Pour le tirer d'affaire, il faut bien me dire d'accord, quoique depuis une heure, j'eusse entrepris un travail assez absorbant. Je faisais ma lessive et devais en surveiller le séchage. Je ne pouvais quitter un instant car si j'avais le malheur de tourner la tête, une chemise, une paire de chaussettes, des mouchoirs disparaissent comme par enchantement. Si je voulais garder mon linge, je devais le prendre avec moi. Je tends des cordes dans le camion et y mets pendre mes effets, puis, ainsi équipé, nous allons chercher le cuisinier et partons vers les villages déserts.

 

En passant dans une rue, j'y vis une quincaillerie à moitié démolie ; Avec le cuisinier, nous cherchons dans les décombres, en déblayant, nous apercevons l'entrée d'une cave. Aidé de ma lampe de poche, nous nous introduisons dans le sous-sol. Le spectacle n'était pas réjouissant. Sur une civière, le cadavre d'une femme et, dans une brouette le corps d'un enfant, tous deux baignant dans leur sang.

 

Dans la seconde cave, je trouvai tout ce qu'il me fallait : bidons émaillés, marmites à lessive et même et surtout des flacons de parfum. Sans scrupule, puisque cela devait servir au ravitaillement des hommes, j'emportai le nécessaire et avec quelque remord, je dissimulai dans mes poches, les flacons de parfum. J'aurais ainsi l'occasion, avant de mourir de me faire une bonne friction !

 

Nous revenons à la cuisine, j'y dépose le matériel puis je reviens à ma lessive qui, par suite de notre randonnée devait certainement être séchée. En effet mon linge était sec, mais oh malheur ! Il était tout gris, plus sale que lorsque je l'avais tendu. La fumée et la poussière de la route me l'avaient mis dans cet état. Mais enfin, à la guerre comme à la guerre, puisque j'avais lavé mon linge, je n'avais qu'à me bercer de l'illusion qu'il était propre ; Je le repliai et plaçai dans ma valise.

 

Je charge les bidons de soupe et avec un convoyeur cuisinier, Joséphine part pour ravitailler nos soldats. Nous arrivons à CAPELLE-AU-BOIS et je distribue la nourriture. Tout homme qui remplissait sa gamelle avait droit à une friction. Malgré la forte odeur qu'elle dégageait, certains de mes camarades avaient encore l'audace de se présenter une seconde fois. J'entre alors dans une maison où les amis s'étaient réfugiés pour prendre leur repas et je constatai avec plaisir que tous étaient passés chez le coiffeur ambulant. Mais l'odeur était tellement forte » que tous avaient mis leur masque à gaz.

 

Ce que voyant, le cuisinier qui n'avait pas compris la blague, courut au camion chercher son masque. Il croyait à une attaque par les gaz ! Il nous revint tout essoufflé sous son masque, il reconnut sa méprise et partit furieux.

 

Dans ce village abandonné, nous avons fait la visite de toutes les maisons et y avons pris ce qui pouvait servir à la cuisine. C'est ainsi que nous chargeâmes Joséphine de trente kilos de lard.

 

La nuit survint, il était temps que je rentre. Les gardes-frontière allaient prendre position. Notre Etat-Major avait tendu un piège à l'ennemi. Ayant posé devant le canal quelques éléments légers, il fortifia l'autre rive. Quand l'ennemi se présentait devant les éléments d'avant-garde, ceux-ci devaient se replier sur BOOM et faire croire à l'abandon de la défense du canal. Le secteur serait ainsi à découvert et permettrait à nos soldats de livrer combat à tout élément qui s'avancerait sur les bords du canal.

 

Comme l'Etat-Major l'avait pensé, la bataille s'engagea et, pendant toute la nuit, la fusillade fait rage. A tout prix, l'ennemi voulait forcer le passage du canal. De notre côté nous laissions remplir de militaires les canots allemands et dès que ceux-ci s'étaient engagés, nous nles mitraillions et percions les canots des deux côtés. Ils s'enfonçaient et les occupants étaient forcés de regagner l'autre rive à la nage.

 

Pendant cette première nuit, nos troupes conservent leurs positions et au lever du jour, les Allemands se replièrent. De mon côté, très tôt le matin, je partis avec Joséphine pour ravitailler nos hommes qui toute la nuit avaient durement combattu. Cela se voyait sur leur visage ; l'angoisse et la fatigue les avaient fortement déprimés.

 

Ils réclamaient des munitions. Revenu au poste de commandement, j'en fis part au commandant qui nous désigna à nouveau sitôt le ravitaillement fini, pour porter aux troupes ce dont elles avaient besoin. Je continuai donc le ravitaillement vers LEZ-PUERS, où se trouvaient les deux compagnies qui faisaient la chasse aux parachutistes. Ce secteur n'était pas très dangereux mais il pouvait réserver des surprises.

Dès que les soldats qui l'occupaient supposaient que le danger était proche, ils avertissaient leur charroi par un lancement de fusée. Nous ayant vu venir, ils lancèrent une fusée convenue, mais le sergent-fourrier qui m'accompagnait, froussard comme pas deux, crut à une attaque. Il prit son revolver, puis le mien, caché derrière la portière de la voiture, il tira dans toutes les directions. Supposant que devant nous il y avait un engagement sérieux, je demandai à Joséphine des efforts surhumains. Elle traversa les campagnes et escalada les fossés.

 

Ah ! Quel tableau ! Ma camionnette avec ses bidons pleins de soupe faisait des bonds formidables à travers champs avec accompagnement d'une fusillade bien nourrie. Nos camarades qui nous observaient se demandaient avec anxiété si leur soupe arriverait à bon port et si, par hasard, nous n'étions pas devenus fous.

 

Enfin je parvins au village, les soldats me font signe d'entrer dans la cour d'un château et j'y pénètre comme une flèche. Patatras ! J'accroche la grille, je l'arrache, le propriétaire m'engueule, le fourrier pour se remettre de ses émotions attrape le châtelain par le collet et lui crie « Monsieur, fermez-la, si un de ces moustiques vous lâchait un de ses pruneaux il ne resterait plus tien de votre belle bicoque. »

 

A peine a-t-il fini, qu'un avion allemand volant à très basse altitude, ayant aperçu mon pauvre camion, lâcha une torpille. Nous nous jetons tous par terre... Abasourdis par la déflagration, nous nous relevons hébétés.

 

Oh ! Surprise ! Oh ! A travers le nuage de fumée, j'aperçois « Joséphine ». Elle n'a pas voulu mourir ! J'en fais le tour, la regardant de très près. Hélas, elle porterait les traces de ce bombardement : un panneau et une poignée avaient été emportés par les éclats du projectile. Je mis le pied sur la pédale de mise en marche. Bonheur ! Joséphine marchait toujours ! Nous n'avons plus revu le pauvre châtelain ni sa barrière. Je fis la distribution de soupe. Les bidons n'avaient pas trop souffert. Je revins au cantonnement. Je rechargeai mon camion et repartis vers la zone de combat où j'arrivai juste à temps pour ne pas être surpris par la nuit.

 

L'ennemi profitant de l'obscurité essaya à nouveau de percer par le canal. Nos gardes-frontière se défendaient avec acharnement jusqu'à épuisement des munitions. De son côté, l'adversaire redoublait ses attaques et dirigeait sur nous un terrible feu d'artillerie. Nous lançons une fusée pour demander une riposte et en cinq secondes les canons de notre 3° d'artillerie mettent hors de combat les canons de l'ennemi. Celui-ci d'ailleurs allait essayer une nouvelle fois de lancer ses canots à l'eau.

 

Que faire ? Nous n'avons plus de munitions pour l'arrêter, déjà nos soldats préparent leur retraite. Mais nous avions un petit lieutenant qui avait toujours fait preuve d'initiative. Il m'appelle et nous chargeons sur ma camionnette mille litres d'essence que le génie français avait abandonnés. Nous nous amenons près du bord du canal, nous ouvrons les bidons et laissons couler l'essence. Nous y mettons le feu. Le résultat fut prodigieux. Le canal se transforma en fournaise. Cette vision fut inoubliable. Nous trépignions de joie. Tous les canots qui étaient déjà à l'eau brûlaient comme des torches de paille. Pendant ce temps le lieutenant courut au poste de commandement pour lui faire part du manque de munitions. Sa surprise fut grande en constatant que tout avait disparu. Bureau, maisons, tout était démoli. L'aviation allemande avait passé par là.

 

Désespéré, il revint nous trouver et donna l'ordre de repli, bien que nos soldats demandassent à rester ! Rester oui ! C'était beau tant que l'essence brûlait encore, mais après ?

 

Les garde-frontière comprirent et obéirent avec résignation. Nous nous replions deriière le 24° de ligne et au lever du jour, nous partons vers l'ouest. Nous allons, paraît-il, près de TORHOUT. Nous sommes le 19 mai.