02/06/2013

ROGER MARTIN DU GARD: UN GRAND TEMOIN A RELIRE!

 

 ROGER MARTIN DU GARD.

 Né à NEUILLY -SUR-SEINE le 23 mars 1881

 Décédé à SERIGNY le 22 août 1958.

 

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Auteur marquant de la première moitié du 20e siècle, son oeuvre intéressa tant l'avant-garde littéraire que le grand public.

 

Lauréat du Prix Nobel de Littérature en 1937.

 

  Voilà une des personnalités littéraires les plus honnêtes, les plus solides, les plus fraternelles de la première moitié du 20°siècle. Son œuvre est lucide, ironique et tendre, éloignée des modes et des coteries. Son écriture se remet en permanence en question. Il ne s’enferme jamais dans l’esthétisme. Individualiste farouche, écrivain engagé, il traque les âneries ( et la langue de bois ) politiques, religieuses, morales et artistiques.

 

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Il est né le 23 mars 1881, dans une famille aisée composée surtout de « gens de robe », magistrats et avocats. Il fit ses études secondaires au célèbre Lycée Condorcet, à PARIS.

 

Encore adolescent, il fut convaincu de sa vocation d'écrivain après la lecture du roman de TOLSTOÏ, « Guerre et Paix ». L’écriture lui apparaît comme l’unique moyen d’exprimer ses refus, sa contestation. Après le Lycée, il tenta des études de Lettres. Mais il y échoua.

 

Il décida alors de passer le concours de l'École des Chartes où il entra en 1899. Il y obtient son diplôme d'archiviste-paléographe en 1905. Cette formation, rigoureuse et scientifique, influencera son œuvre d'un point de vue historique et lui donnera le souci de l'objectivité. Il lui doit aussi son goût pour l'Histoire et plus spécialement pour les événements contemporains qui imprégneront ses trois principaux romans: « Jean Barois » avec l'Affaire Dreyfus, « Les Thibault » avec la guerre de 1914-1918, les campagnes du Maroc et la seconde guerre mondiale.

 

Finalement, si le Jury de la licence de lettres n'a pas su déceler la force ni le talent de Martin du Gard, son refus aura été d'un grand bénéfice pour la littérature !

 

Dès ses premières œuvres, il ne fait pas table rase de son héritage mais toutes les valeurs psychologiques, idéologiques, littéraires et esthétiques de son milieu et de son époque sont passées au crible de sa raison et de sa sensibilité. Il n’a cessé de mesurer les risques courus l’individu: les compromissions et les bassesses, les ambitions malsaines, le devenir collectif, les fatalités de l’Histoire et l’engrenage des fanatismes.  

En 1906, il se marie avec Hélène Foucault. En 1907, le couple a une fille. Durant le voyage de noces, il commença à écrire un roman « Une Vie de saint ». Ce sera un échec relatif qui ne le décourage pas. Après ce roman et une nouvelle à compte d'auteur, il attire l'attention en proposant, en 1913, au comité de lecture de la NRF un roman dialogué, « Jean Barois ». Cette publication lui permettra de se lier d'amitié avec André GIDE qui avait été intrigué par la forme de ce roman. Ils échangèrent, au cours de leur vie, une correspondance dans laquelle ils développèrent, avec passion mais respect mutuel, leurs visions, opposées, de la littérature.

 

Dans « Jean Barois » , il ne cherche rien à démontrer. Il n'émet ni jugement ni condamnation. Il décrit avec objectivité l'évolution de la religion avec les deux crises de son époque: le modernisme qui semble en saper les fondements et la séparation des Eglises et de l'Etat. Dans la seconde partie, on trouve la première représentation littéraire de l'affaire DREYFUS et du procès d'Emile ZOLA.

 

En 1913, il écrit une pièce de théâtre « Le Testament du père Leleu ». Il envisage alors la réalisation de pièces satiriques dans le cadre d'une Comédie nouvelle dont il développe une première vision. Ce projet ne pouvant se réaliser, il revient au roman.

 

Survient la Première guerre. Il sera mobilisé. Mais on sait peu de choses sur son activité militaire.

 

Après la guerre, il conçoit le projet d'un roman fleuve, « Les Thibault », en huit volumes qui l'occupera de 1920 à 1940. À travers l'histoire de Jacques et Antoine Thibault, c'est le portrait de la bourgeoisie parisienne, catholique ou protestante, universitaire, mais aussi en révolte dans le cas de Jacques Thibault. Les deux derniers volumes sont consacrés à la guerre de 14-18 et à la disparition des deux frères. « L'Été 1914 » décrit la marche à la guerre que ne peuvent empêcher ni les socialistes, ni les groupes pacifistes. Révolutionnaire et pacifiste de cœur, Jacques Thibault ne saura que se sacrifier en lançant sur les tranchées un appel à la fraternisation des soldats allemands et français. Dans « Epilogue », il décrit la lente agonie d'Antoine Thibault gazé durant le conflit. Il y évoque aussi la « marche à la paix » et les propositions du Président WILSON, la SDN.

 

« L'été 1914 », écrit en 1937, est une critique acerbe de la mentalité bourgeoise de sa famille. On y trouve cette condamnation, cinglante: « La vanité aristocratique du Bourgeois !... Quelle race !... On dirait, ma parole, qu'ils prennent pour une supériorité, non seulement leur fortune, mais leur habitude de bien vivre, leur goût du confort, de la “qualité”! Ça devient pour eux un mérite personnel ! Un mérite qui leur crée des droits sociaux ! Et ils trouvent parfaitement légitime cette “considération” dont ils jouissent ! Légitimes, leur autorité, l'asservissement d'autrui ! Oui, ils trouvent tout naturel de “posséder”! Et ils trouvent tout naturel que ce qu'ils possèdent soit inattaquable, protégé par les lois contre la convoitise de ceux qui n'ont rien ! Généreux, oh, sans doute ! Tant que cette générosité est un luxe de plus : une générosité qui fait partie des dépenses superflues...»

 

Il expose aussi comment les présages de la guerre était ou non (ou mal) perçus; les illusions de certains socialistes pensant que le mouvement ouvrier international allait empêcher ce conflit. Il y stigmatise l'attitude de Charles MAURRAS et de « l'Action Française » qui lance de façon voilée quasiment un appel au meurtre de JAURES. « Action Française » qui deviendra ouvertement fasciste dans les années 30 et collaborationniste en 39-45. "Action française" dont les héritiers lointains mais directs redeviennent très virulents en FRANCE actuellement. L'occasion était belle pour MAURRAS d'accuser, plus violemment que jamais, la faiblesse spécifique du gouvernement républicain en matière de politique extérieure, et de flétrir l'antipatriotisme des partis de gauche. Les socialistes étaient particulièrement visés. Non content de répéter, comme chaque jour depuis des années, que JAURES était un traître à la solde de l'Allemagne, il écrivait: « Nous ne voudrions déterminer personne à l'assassinat politique. Mais que M. Jaurès soit pris de tremblement ! Son article est capable de suggérer à quelque énergumène le désir de résoudre par la méthode expérimentale la question de savoir si rien ne serait changé à l'ordre invincible, dans le cas où le sort de M. CAMETTE serait subi par M. Jean JAURES ».

 

Juste après la publication de « L'été 1914 », il reçoit le Prix Nobel de Littérature pour l'ensemble de son œuvre.

 

Martin du Gard avait une réputation de parfaite droiture et de grand bon sens. Il ne craint pas de déclarer que chaque homme reste marqué toute sa vie par ses premières expériences et ses premières curiosités sexuelles :« Elles ont une action déterminante sur le caractère, les tendances, l'existence entière de l'adulte. Là est la clef de l'homme. Dis-moi ce qu'a été ta puberté et je connaîtrai ta nature, et je saurais tes secrets ». Ilpose toujours la question du bonheur de l’homme, dans la liberté de ses choix lucidement assumés: en 1930 paraît « Confidence africaine », une histoire d'inceste; en 1931, le drame « Un taciturne » dont le héros ne peut supporter son homosexualité; et aussi le roman posthume resté inachevé, les « Souvenirs du lieutenant-colonel de Maumort » dont le héros est homosexuel.

 

Il refuse de rejeter dans l'anormalité les homosexuels. Dans sa jeunesse, pour la « bonne société » l'homosexualité était «contre-nature»: il fait noter, plaisamment, que tout homme qui noue des relations amoureuses avec une femme sans le désir de procréer «agit lui-même contre la nature».

 

Il passe ensuite la majeure partie de la guerre 1939-1945 à NICE. Par deux fois en moins de trente ans, il a ainsi vu s’écrouler ses idéaux de paix, de justice et de liberté. Il nous incite à résister aux mots d’ordre politiques. On ne trouve chez lui aucun désir d’endoctrinement, mais le souci que chacun fasse le meilleur usage de son libre arbitre.

 

Il affirmait, en 1957, à Roger IKOR: « […] à tous les échelons, les petits d’hommes naissent dans une société où il est plus “rentable”, – comme ils disent –, de paraître que d’être, et c’est là, je crois, le grand principe de base qu’il importerait de saper… ». Il affirmait en fin de vie cette alarmante vérité dont, cinquante ans plus tard, nous percevons la perversité.A quelques mois de son décès, il s'inerroge encore sur l'avenir du bonheur, tout relatif face au culte omniprésent du "rendement". C'était en 1957 !  

En 1958, un mois avant sa mort, il protesta publiquement contre la saisie du livre d’Henri ALLEG contre la torture en Algérie. Il écrira à André MALRAUX une de ses ultimes lettres: « Ma signature, elle vaut ce qu’elle vaut, mais elle n’a pas été galvaudée. ».

 

Ce fut sa dernière manifestation publique.

 

Il est enterré au cimetière de Cimiez, sur les hauteurs de NICE.

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 BIBLIOGRAPHIE:

Oeuvres publiées de son vivant:

 

  • Devenir !  1908
  • L'Une de Nous 1909
  • Jean Barois 1913
  • Le Testament du père Leleu, farce (1913)
  • Les Thibault : Le Cahier gris (1922)
  • Les Thibault : Le Pénitencier (1922)
  • Les Thibault : La Belle Saison (1923)
  • Les Thibault : La Consultation (1928)
  • Les Thibault : La Sorellina (1928)
  • Les Thibault : La Mort du père (1929)
  • Un Taciturne (1931)
  • Vieille France (1933)
  • Les Thibault : l'Été 1914 (1936)
  • Les Thibault : l'Épilogue (1940)
  • Œuvres complètes dans la collection de la Pléiade avec une préface d'Albert Camus (1955)
  • In memoriam [en souvenir de Marcel Hébert] in RMDG Œuvres complètes, La Péiade, Gallimard, Paris, 1955, p. 561-576.

Oeuvres publiées après sa morts:

Après sa mort, de nombreux admirateurs travaillèrent à la publication de ses œuvres posthumes. On y retrouve notamment des nouvelles.

  • Correspondance avec André Gide (posthume 1968)
  • Correspondance générale 1 1896-1913 (posthume 1980)
  • Le Lieutenant-colonel de Maumort (posthume 1983)
  • Journal I Textes autobiographiques 1892-1919 (posthume 1992)
  • Journal II 1919-1936" (posthume 1993)
  • Journal III 1937-1949 Textes autobiographiques 1950-1958 (posthume 1993)
  • Correspondance générale X 1951-1958" (posthume 2006)

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Quelques citations:

"J'ai le fétichisme du bonheur humain; je ne serais pas éloigné d'en faire le but de la civilisation." 

« Est-ce possible qu'à Paris vous n'ayez pas encore la moindre notion de ce qui se passe depuis trois semaines ? Tous ces présages qui s'accumulent !... Il ne s'agit plus d'une petite guerre dans les Balkans: c'est toute l'Europe, cette fois, qui va droit à une guerre ! Et vous continuez à vivre, sans vous douter de rien ?"

" Le courage, le vrai, ça n'est pas d'attendre avec calme l'évènement; c'est de courir au devant, pour le connaître le plus tôt possible, et l'accepter."

" Les étalages des libraires sont remplis de fausses valeurs, qu’on achète, qu’on se passe de main en main, qu’on discute comme si cela en valait la peine… »