05/10/2014

14-18: Elisabethville...en Grande-Bretagne.

ELISABETHVILLE...

...en GRANDE-BRETAGNE.

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Dès le début de la guerre, de nombreux Belges vont fuir vers les PAYS-BAS, la FRANCE et la GRANDE-BRETAGNE pour échapper à l’occupation allemande. Ce mouvement de fuite frappa toutes les régions et toutes les classes sociales.

 

Ces trois pays d'accueil eurent une attitude différente face aux réfugiés belges. Les PAYS-BAS, neutres dans le conflit, eurent une attitude suspicieuse. Au contraire, la FRANCE et la GRANDE-BRETAGNE, engagés dans le conflit, prouvèrent, à travers l'aide apportées aux réfugiés belges, leurs sentiment face aux Allemands.

 

Ce n'était pas toujours désintéressé. Dans ces deux pays, les autorités voient aussi dans la population belge réfugiée de la main-d'oeuvre disponible pour remplacer les hommes partis combattre. Ce qui amena parfois, par après, une certaine rancoeur. En effet, pendant que les hommes valides du pays d'accueil risquaient leur vie au front, des réfugiés qui y avaient échappé occupaient leurs places au travail.

 

Nous aborderons un aspect généralement méconnu chez nous: l'exode vers la GRANDE-BRETAGNE. Pourtant, selon les statistiques, on estime à 250.000 le nombre de migrants belges sur le territoire britannique. C'est le plus grand flux migratoire de l'histoire britannique.

 

L'exode débuta très tôt. Le 14 octobre 1914, à FOLKESTONE, 16.000 Belges débarquent pour fuir leur pays occupé par l'armée allemande. Pendant les mois qui suivent, des milliers migrants belges continuent à débarquer. Les premiers Belges qui y débarquèrent étaient des gens aisés qui, au début des hostilités, pensaient qu'ils y seraient plus en sûreté et qui ne croyaient pas que la guerre durerait si longtemps. Mais fin août l'afflux des réfugiés augmenta. FOLKESTONE dut s'organiser en centre d'accueil. A partir du 5 septembre, on compte 5000 réfugiés par jour.

 

Voilà aussi une des particularités dont la guerre de 14-18 fut un précurseur: l'accueil de réfugiés en masse !

 

 

L'accueil des migrants fut plus que chaleureux. La propagande britannique avait largement utilisé l'argument de la « malheureuse BELGIQUE, agressé » pour encourager l'enrôlement de volontaires pour la guerre. La BELGIQUE était devenue la "POOR LITTLE BELGIUM"  !

  On a déjà dit, sur ce blog, que la conscription n'existait pas en GRANDE-BRETAGNE. La presse britannique représentait les réfugiés comme les "braves" Belges. Cette afflux de réfugiés était un bon prétexte pour le gouvernement britannique pour galvaniser l'esprit antiallemand et le soutien à la guerre.

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Comment expliquer autrement l'accueil fait aux réfugiés belges ? La GRANDE-BRETAGNE possède une des traditions philanthropiques les plus fortes au monde. Les réseaux de bienfaisance traditionnelle se mobilisèrent rapidement pour venir en aide à nos compatriotes. Des milliers de bénévoles et d'hôtes généreux se portèrent à leur secours.

 

Ensuite, on créa le « War Refugees Committee (WRC) » gérant  les offres de logement.

 

L'émigration belge se fit en 3 phases :

 

La première phase:

 

De fin août 14  à début octobre: c'est une évacuation organisée. Le gouvernement anglais assure la traversée et réceptionne les réfugiés sur son sol. L'hébergement et l'entretien sont à charge du WRC et de comités de secours locaux.

Au cours du mois de Septembre, vu l'afflux de réfugiés, une sélection est opérée à Ostende.

Les candidats à l'exode doivent prouver qu'ils proviennent de régions directement touchées par les combats et qu'ils disposent en Angleterre d'une offre de logement en bonne et due forme. Une visite médicale est obligatoire.

 

La deuxième phase :

 

A la mi-octobre, la chute d'ANVERS puis d'OSTENDE vont provoquer un exode de masse. Le premier bateau affrété par le gouvernement britannique est pris d'assaut et manque de chavirer.

Des personnes sont poussées à l'eau. D'autres fugitifs s'entassent sur tout ce qu'ils peuvent: bateaux de pêche, yachts, streamers et même des barques ! Le gouvernement et les comités de secours sont débordés.

 

La troisième phase:

 

Au cours du premier trimestre 1915, un flux de 1000 réfugiés par jour débarque. Fin 1915, il y a 250 000 réfugiés en GRANDE-BRETAGNE dont 95 % de Belges.

 

En 1917, plus d'un Belge réfugié sur trois vit à LONDRES. Mais aussi en grand nombre dans les cités ouvrières de BIRMINGHAM, GLASGOW, MANCHESTER, LIVERPOOL...

 

Des villes furent mêmes créées pour les réfugiés. Les Belges y avaient leurs propres écoles, leurs journaux, leurs hôpitaux, des églises et même leurs forces de l'ordre. On peut citer le cas d'ELISABETHVILLE, une enclave souveraine habitée par 7000 Belges et située au nord, à proximité de l'ECOSSE, une véritable colonie ouvrière belge pour le plus grand profit des alliés.

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Plan du village belge.

Cette « ville » se trouvait à proximité de la « Nationale Projectile Factory », usine d'armement créée en 1916. A l’origine, la production hebdomadaire imposée à l’usine était de +/- 15.000 obus, d’un calibre variant entre 5 et 8 pouces. Cette production n’a pas tardé à être très largement dépassée. Les ingénieurs et ouvriers belges surent se monter à hauteur de la tâche. Ce n'était quand même qu'une ville en bois.

 

Cette « ville » fut conçue comme une reproduction de nos villes ; Ses rues, ses places, ses avenues portent des noms empruntés à notre épopée militaire, aux villes et villages martyrs, aux grandes figures de la guerre, aux nations alliées.

 

Cela ressemblait surtout à un grand phalanstère. 500 habitations étaient réservées aux ouvriers mariés; pour les célibataires,de vastes baraquements; deux immenses réfectoires ou « dining halls » pouvant contenir chacun 2.000 personnes; des écoles où les enfants belges reçoivent une instruction conforme aux programmes en vigueur en Belgique; une église catholique; un vaste marché public; un poste de gendarmerie belge. En fait, une enclave belge en GRANDE-BRETAGNE. Le village est éclairé à l’électricité. Une canalisation d’eau chaude assure le chauffage. Les immeubles sont pourvus de lavabos, de salles de bains et d’installations hygiéniques modernes.

 

Leur travail ne fut pas toujours sans risque et certains y laissèrent la vie dans des explosions. La plupart travaillaient dans des usines d'armement où de tels risques sont fréquents. Ainsi, un habitant de la commune d'AWANS perdit la vie dans l'explosion d'une usine d'armement à MANCHESTER le 13 octobre 1915. Il s'agit de FASTRE Nicolas né à VILLERS-L'EVÊQUE, le 25 octobre 1868.

 

Les communautés de réfugiés se mélangent peu avec les locaux. Les Britanniques qui avaient accueilli ces migrants avec générosité ne se figuraient pas que la guerre durerait si longtemps. Au fil du temps, la pénurie s'installe. L'hospitalité laisse la place à l'impatience, parfois même à la rancoeur. Dans leurs « villes » autonomes, les Belges avaient toujours accès à l'eau et l'électricité, alors que les villes voisines peinaient à en obtenir.

 

 

À la fin des combats, le discours du gouvernement britannique change radicalement. Il offre des billets aux Belges pour qu'ils rentrent chez eux. Douze mois plus tard, 90 % étaient de retour chez eux. Les dix pour cent restants se sont intégrés à la population.Au fil du temps, ces migrants ont été oubliés par l'histoire.