16/01/2013

MAX DEAUVILLE: TEMOIN PRIVILEGIE DE LA VIE DES COMBATTANTS EN 14-18.

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Max DEAUVILLE

Nom de plume de

 

Maurice DUWEZ

 

Né à IXELLES le 31 août 1881

et y décédé le 1° février 1966

Il a participé au front à la Guerre de 14-18 comme médecin militaire.

Plusieurs fois cité à l'ordre du jour de l'armée. Titulaire de nombreuses décorations dont la croix de guerre avec 2 palmes, la carte du feu avec 7 chevrons et 1 blessure, la médaille de l'Yser, la croix de guerre française.

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Maurice DUWEZ ( Max DEAUVILLE ) est né à Ixelles le 31 août 1881 dans une famille bourgeoise et intellectuelle. Son père, brillant ophtalmologue, collabora avec le vicomte de Spoelberch, ( bibliophile de Balzac, Sand, Mérimée...) tout en étant son médecin.

Dans son cas, nous parlerons d'un nom de plume plutôt que d'un pseudonyme car il ne mena pas une carrière exclusivement littéraire. Il mena parallèlement une brillante carrière de médecin sous son nom propre. Son nom de plume n'éclipsa jamais son patronyme contrairement à d'autres qui allèrent jusqu'à obtenir en Justice la substitution de celui-ci au profit de leur pseudonyme.

Véritable prodige, il entame à 16 ans, à l'Université de Louvain des études de médecine. En 1901, son père décède. Il le remplace comme secrétaire du vicomte de Spoelberch. Ce dernier l'introduisit dans les milieux littéraires ( Revue Générale et l'éditeur parisien Gaston Calman-Levy.) A 22 ans, en 1903, il termine ses études. Durant toute sa carrière, il est médecin aux Assurances Générales, tout en travaillant à l'hôpital d'Ixelles et en ayant une clientèle privée.

Dès ses débuts de médecin généraliste, il se lance dans l'écriture. Il publie en 1907 son premier roman, «La Fausse Route». Ensuite seront aussi publiés: «Le Fils de ma Femme» en 1909, «L'Amour dans les Ruines» en 1910 et, en 1914, «Le Métier d'Homme». En outre, Il avait collaboré avant guerre à diverses revues littéraires: « La Revue Générale », « Le Mercure de France », « Le Thyrse ».

Max DEAUVILLE fut en Belgique un témoin privilégié de ce que fut la Grande Guerre pour le simple combattant. Engagé volontaire, il fit la campagne d'ANVERS et il participa comme médecin à la retraite de l'Armée belge sur le front de DIXMUDE. En avril-mai 1915, il est atteint de la « Fièvre des tranchées ». Ayant été gazé, le 1er février 1916, il quitte son régiment pour être nommé médecin à l'hôpital de Saint Lunaire (Bretagne). Il est affecté à l'Aérostation militaire du 26 janvier 1918 au 11 novembre 1918. Il participe à l'offensive victorieuse et à l'occupation en Allemagne. Il fut démobilisé en décembre 1918.

Grâce à ses ouvrages «Jusqu'à l'Yser», «La Boue des Flandres» et «Dernières Fumées», on comprend mieux ses sentiments durant ces années de guerre. Il dénonce l'inhumanité du conflit qui lui inspira d'abord une résignation stoïque, puis du désenchantement, aggravé par l'atmosphère qui régna après-guerre dans certains milieux. Cette ambiance, il l'a décrite dans «Jonas» et dans «Dernières Fumées». «Jonas» fut adapté en pièce de théâtre. Dans  «Dernières Fumées», il exprime cette pensée en ces termes :

" Entre les gens qui étaient restés chez eux et nous s'était creusé un fossé. Nous n'avions plus la même appréciation de la souffrance et des devoirs de la vie envers nous. Ce fossé  ne s'est jamais comblé. Aussi on a cherché à nous faire taire. Il se peut bien du reste que les gens qui se défiaient de nous n'avaient pas tout à fait tort, car nos idées de décivilisés étaient capables de troubler la tranquillité publique. dans le fond de nos coeurs nous n'avions conservé le respect de rien. Cela se voyait sans doute."    

 

On peut citer aussi la dédicace de " Jusqu'à l'Yser": 

 

" Gardons le souvenir de ceux qui ont été tués dans la laideur des jours et des nuits de la guerre. Ce sont eux qui ont sauvé l'honneur de la Patrie. Que ce livre soit comme un témoignage de tout ce qu'ils ont souffert." 

 


 

"Jusqu'à l'Yser" fut publié à PARIS durant la guerre. La censure supprima de nombreux passages, il connut néanmoins un grand succès. Il fut l'un des rares écrivains de guerre à avoir résisté à l'ambiance de l'époque qui décrivait une guerre irréelle et idéalisée, une guerre romancée. Il fait comprendre que la guerre. Il fait comprendre que la guerre, ce n'est pas seulement l'ennemi invisible et meurtrier, mais aussi une vie pénible et monotone où règne l'ennui, la malpropreté, les parasites, l'angoisse de la mort. Que ce sont aussi les ménages brisés, les soucis matériels quant à l'avenir et celui des enfants.

Voici ce que lui-même en dit:

 « ... j'ai tenu mon carnet de route, notant les faits, décrivant les paysages, les impressions, sans commentaires ni interprétations. J'ai pu ainsi établir un tableau objectif de ce qu'un témoin des grands événements peut voir. Le médecin d'un bataillon se trouve au milieu des hommes. S'il est exempt d'assaut, comme on disait alors, il vit de la même vie, court les mêmes dangers, ou presque, subit les mêmes peines, les mêmes ennuis et les mêmes privations.».

Ecrivain fécond, il collabore activement après la Guerre aux mouvements littéraires d'avant-garde en Belgique. Il présida également le Pen Club d'expression française de 1948 à 1957. Sous l'impulsion de Maurice GAUCHEZ, avec d'autres, il participe au groupe de " La renaissance d'Occident", amalgame hétéroclite où certains venaient avec la nostalgie de Londres, de Paris ou du midi de la France, où ils avaient vécu durant les hostilités, comme blessés ou pour d'autres raisons.

Après la guerre, il s'installa à IXELLES, avec sa mère, sa compagne et leur fils. Il y tint un cabinet médical. Il fut par ailleurs engagé aux Assurances Générales et nommé à l'hôpital d'IXELLES. Il poursuivra sa carrière médicale jusqu'à sa retraite. Il fermera son cabinet privé dès 1946.


Il fut toujours un médecin très dévoué aux pauvres. Dans ses romans, «Fourrière» et «La Soledad », il parle de son environnement professionnel médical qu'il estime déshumanisé:

 

" On ne dit plus un tel ou un tel. On dit le lit quinze, le lit six de la salle trois. Il faut une personnalité bien marquante pour qu'on dise: la petite blonde ou le grand roux. On dit aussi la pneumonie du six ou l'arthrite du huit.

 

 

Muet sur le plan politique belge, il s'enflamme pour la cause catalane. En 1926, en Catalogne, une tentative d'indépendance échoue. Les meneurs, réfugiés en France, sont jugés à Paris et, curieusement, expulsés vers la Belgique. Ils s'installent à BRUXELLES. Le poète Ventura GASSOL devient son ami. Fransescos MACIA est nommé en 1932, Président de la Généralité de Catalogne. Il proclame la république indépendante ede Catalogne le 12 avril 1931. Trois mois plus tard, il accueille Max DERAUVILLE. Ensemble, ils visitent la Catalogne. Il a aisi l'occasion de découvrir le pays et le peuple pour lequel il a lutté. Ce sera l'objet de textes, notes de voyage, conférences, articles sur l'histoire et la culture catalanes.

Au Pen Club, il a une attitude peu commune. Au congrès de 1947 à ZURICH, il intervient avec force contre les crimes allemands et la reconstitution prématurée du PEN Club allemand. En revanche, il prend position pour l'établissement de relations avec les écrivains de l'Europe de l'Est. En 1950, il écrit:

" Le Pen Club international estime que rien de ce qui peut contribuer à combler le fossé qui existe entre l'Est et l'Ouest ne peut être négligé et que toute occasion de nouer des relations sur le plan intellectuel avec des écrivains vivant de l'autre côté de ce que l'on nomme communément le mur de fer, doit être accueilli favorablement."

 

Lui et son épouse Marguerite NYST eurent un fils, chirurgien, Yser DUWEZ (1915 – 1974).

Son œuvre littéraire est immense : 11 romans, 5 « œuvres de guerre », 9 contes, 15 pièces de théâtre, 5, récits et nouvelles, 3 essais et 5 œuvres inédites.

 


 


 

La fièvre des tranchées.

 


 

La « fièvre des tranchées » dont a été victime Max DEAUVILLE a été observée au cours de la Première Guerre mondiale chez les soldats en campagne, d'où son nom.

 

Elle est transmise par les poux de corps, entraînant un état fébrile avec de terribles maux de tête et des douleurs osseuses intenses aux tibias pouvant entraîner une impotence fonctionnelle. D'autres signes plus inconstants sont rapportés, tels des lombalgies, des signes fonctionnels digestifs ou urologiques et une insomnie. Une anémie complique volontiers les formes chroniques. Elle est maintenant traitée par les antibiotiques.

 

Heureusement, l'issue est rarement fatale. L'évolution connaît une succession d'accès fébriles, de moins en moins sévères, tous les cinq jours environ (4 à 8 jours). Cette périodicité s'observe en règle sur 4 à 6 semaines. Toutefois, une minorité de cas évoluent vers une forme chronique, avec une altération sérieuse de l'état général et une tendance à la surexcitation.

 

Durant la Première Guerre mondiale, elle fut la cause alors de grandes épidémies avec plus d'un million de cas estimés en Europe tant chez les Alliés que chez les Allemands.

 

Elle réapparut durant la Seconde Guerre mondiale, puis s'éteignit. Actuellement, c'est une pathologie ré-émergente, concernant essentiellement les populations exposées à une hygiène précaire et à la présence de poux de corps, notamment chez les SDF dans les pays industrialisés.

 

La contamination se fait via les déjections des poux, dans lesquelles l'organisme est présent et peut pénétrer dans la circulation sanguine par le biais d'une légère plaie cutanée due au grattage.

 

Les poux vivent dans les coutures des vêtements et peuvent proliférer dans toutes les conditions d'hygiène défavorables telles que les guerres, les famines, les camps de réfugiés et la précarité sociale dans les pays industrialisés.

 

A ne pas confondre avec le typhus, beaucoup plus grave, qui fit aussi des dégâts durant la Première Guerre, avec conséquences mortelles. A notre cependant que les bactéries coupables sont parentes ( bactérie Rickettsia prowazeki, pour le typhus et Bartonella quintana de la famille des rickettsies. Pour la fièvre des tranchées.)