17/06/2016

Léon WERTH: écrivain pacifiste, volontaire de 14-18, contestataire solitaire après.

 

Léon WERTH

 

 

Ecrivain et journaliste, esprit libre, témoin de deux guerres.

Tombé dans les oubliettes de l'histoire.

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Léon WERTH est né en 1878 à REMIREMONT dans les Vosges, dans une famille juive assimilée. Son père était drapier. Sa mère, la sœur du philosophe Frédéric RAUH.

Brillant élève, il obtint le grand prix de philosophie au  Concours Général. Il étudia au Lycée Henri IV. Il délaisse pourtant ses études pour gagner sa vie aux Halles. Ensuite, il devient chroniqueur pour diverses revues.

 

Avant la guerre de 14-18, il se manifeste par son anticléricalisme, son esprit d'indépendance. Il échoue de peu au Goncourt en 1913,  pour son roman La Maison blanche. Il est en balance contre un autre favori, Alain Fournier avec Le Grand Meaulnes. Aucun des deux ne l'obtint.

 

En août 1914, libertaire et antimilitariste, il fut un partisan de JAURES. Malgré tout, il se porte volontaire , convaincu qu'il va « faire la guerre à la guerre ». Il y combattra durant 15 mois avant d'être blessé. Il est réformé en août 1915 pour maladie.

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En janvier 1917, il signe un appel à la paix dans le journal anarchiste Ce qu’il faut dire. Il écrit dans Le Journal du peuple. Sa critique est très acerbe: " le Peuple n’est plus. Sa majuscule s’est noyée dans la boue des tranchées. Le peuple a rampé et ne s’est pas insurgé lorsque les oligarques l’ont conduit à l’abattoir."

 

Cette expérience guerrière le marqua durablement et renforça son pacifisme. Il en tire deux roman, Clavel Soldat et Clavel chez les majors. Clavel, un soldat qui perd tout espoir en l'intelligence et l'humanité de l'homme après avoir été blessé. Ce livre est un témoignage, un réquisitoire contre le nationalisme. Mais c'est aussi un véritable chef d'oeuvre. Il y dépeint des hommes résignés à mourir dans un « monde fermé, sec aux yeux, gras aux pieds ». Cet ouvrage fit scandale.

 

Dans l'entre-deux guerres avec une verve acide, il vitupère autant contre le colonialisme (Cochinchine en 1926), que contre le stalinisme dont il dénonce l'imposture et contre le nazisme montant.

 

Voici ce qu'il au retour d'un voyage en Cochinchine: “Tout Français qui n’appartient pas à la race coloniale revient d’Indochine avec un sentiment de honte”. Pour lui, il n'y a aucun bilan positif à tirer de la colonisation.

 

Vers 1950, il reconnaît: "On me repoussa de partout". C'est bien vrai ! Durant les années 1920, il publie beaucoup. Il est l’un des intellectuels de gauche en vue. Proche des communistes et des anarchistes, mais membre d’aucun parti, il suscite la méfiance. En 1923, il veut partir en URSS en reportage. Mais les autorités soviétiques lui refusent l’entrée dans le pays.

 

Militant anti-stalinien, il prend fait et cause pour Victor SERGE, ancien anarchiste passé au trotskysme et déporté par le pouvoir communiste. Les deux hommes deviennent amis. Défendre un trotskyste est en effet un crime majeur aux yeux de certains.

 

Dans les années 1930, il continue à écrire reportages et romans, critiques cinématographiques et picturales mais il est mis à l'écart. Certains de ses manuscrits sont refusés par des maisons d’édition . Ses critiques du colonialisme, du communisme, sa liberté de pensée et son style souvent sarcastique, l’isolent d’une partie du monde littéraire. Si on y ajoute un antimilitarisme clairement affiché, on comprend pourquoi Léon WERTH fut pendant tant d'années jugé infréquentable.

 

Malgré ces rejets, il noue une grande amitié avec Antoine de SAINT-EXUPERY. Au début de la guerre, ce dernier rejoint WERTH à SAINT-AMOUR où il est réfugié. WERTH lui recommande de quitter la France. Il lui confie le manuscrit de Trente-trois Jours pour le faire publier aux USA. Mais il n'y arriva pas. En 1943, SAINT-EXUPERY lui dédicace Le Petit Prince.

 

33 jours, est un court récit écrit quelques semaines après la débâcle de 1940. Léon WERTH y raconte sa fuite de Paris vers sa maison de Saint-Amour dans le Jura. Un récit dont on avait perdu la trace et redécouvert en 1992 et publié par que  Viviane HAMY. Cette éditrice a permis de redécouvrir cet écrivain en republiant plusieurs de ses ouvrages dans les années 1990 et 2000. Les différentes manifestations organisées en 2005 pour le cinquantenaire de sa mort ont remis cet écrivain au goût du jour.

 

La lettre à un otage de Saint-Exupéry mais surtout la première partie (Lettre à un ami) a été écrite à l'origine pour servir de préface à 33 jours.

 

Ce n'est qu'en 1992 que Viviane Hamy découvre le manuscrit et le publie. Cette éditrice a permis de redécouvrir cet écrivain en republiant plusieurs de ses ouvrages dans les années 1990 et 2000. Les différentes manifestations organisées en 2005 pour le cinquantenaire de sa mort ont remis cet écrivain au goût du jour.

 

 

Contraint de rester à SAINT-AMOUR jusqu'en janvier 1944, ( La zone libre étant plus sûre pour les personnes d’origine juive ), il doit néanmoins, le 9 juillet 1941, aller se déclarer “juif” à la préfecture de Lons-le-Saunier : “Je me sens humilié, non pas d’être juif, mais d’être présumé, étant juif, d’une qualité inférieure” et « Je me sens humilié, c’est la première fois que la société m’humilie. […] Je lançai le mot : Juif, comme si j’allais chanter La Marseillaise. ». Son nom figure sur la liste des « Jüdische Autoren in französischer Sprache », c’est-à-dire des écrivains juifs de langue française.

 

Durant ces années, il tient, jour après jour, son journal publié, après la guerre, sous le titre Déposition. Un témoignage sur l’état de l’opinion dans la zone "libre": les difficultés de la vie quotidienne, les rumeurs du bourg, les propos des paysans, les émissions de radio Londres, radio Paris ou de la radio suisse. Il note l’impopularité de LAVAL et la popularité de PETAIN. Celle de de GAULLE qui croît au fil du temps. Il lit la presse de la résistance.

 

Dès 1943, mentionne l’existence d’AUSCHWITZ, en Pologne. Ce qui est un démenti cinglant à tous ceux qui " ne pouvaient pas savoir ".

 

Après la libération il assiste, en tant que journaliste, au procès du maréchal PETAIN. Malgré les tout, WERTH ne cède pas à la haine. On ne trouve dans ses ouvrages aucune trace de haine. Il reste profondément humain malgré ses coups de griffe. Jusqu’à sa mort, en 1955.

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Voici un passage de CLAVEL: 

 

J’ai peur. Oui, j’ai peur… Et je me demande en quoi cette explication peut vous paraître insuffisante. Si on m’invitait à monter dans un train destiné à une catastrophe, dans un train dont le déraillement serait marqué par l’indicateur, je refuserais. Je ne vois pas dans la guerre autre chose qu’une catastrophe. Je refuserais… Et personne ne me traiterait de lâche… Mais s’il vous est agréable de me traiter de lâche, allez-y, allez-y, ne vous gênez pas. Si c’est cela que vous entendez par être lâche, j’accepte le mot comme un hommage. Je tiens dans cette époque la lâcheté militaire pour une vertu, c’est la plus belle vertu de l’époque, la plus rare. J’entends l’aveu de cette lâcheté. Car s’il suffisait d’être lâche, pour être méritant, quelle belle époque serait la nôtre. Lâches, ceux qui s’embusquaient en affirmant leur patriotisme; lâches, ceux qui font triompher leurs conceptions diplomatiques ou leur foi patriotique par la mort des plus jeunes ou des plus exposés; lâches, ceux qui se font un mérite d’un risque auquel ils ne peuvent se soustraire; lâches aussi, s’ils l’acceptent comme une nécessité supérieure; lâches alors, parce que trop bêtes. Lâches, les femmes qui envoient leurs enfants à la belle gué-guerre et qui sont prises du même émoi que la maîtresse du toréador quand elle le voit face au taureau. Lâches, les femmes qui portent glorieusement le deuil de leurs enfants, comme si la suprême lâcheté n’était pas de remplacer par une comédienne attitude le deuil qu’on n’a pas sur le cœur. Lâches… parce que sont lâches les femmes qui ont, si leur fils meurt, une autre sentiment que la révolte, un autre mouvement que le sanglot. Lâches… oui, lâches, tous lâches, les femmes, les civils et les soldats… Et si vous pensez que j’ai peur pour ma peau, tout simplement, oui… J’ai peur pour ma peau. J’ai peur des obus, j’ai peur des balles, j’ai peur des bombes, j’ai peur des grenades, j’ai peur des baïonnettes, j’ai peur des couteaux, j’ai peur de tous les instruments et de tous les engins qui écrasent, arrachent, transpercent ou coupent. Les autres aussi… mais ils ne le disent pas ou ils sont trop bêtes pour s’imaginer le risque. Les bœufs qui paissent aux champs n’ont pas peur de l’abattoir. Et j’ai peur aussi des poux et des puces… peur de la caserne et peur du dépôt… peur du conseil de réforme… qui pourrait me récupérer… vous entendez bien… peur de me mettre nu encore une fois devant un général, des scribes et des médecins, peur d’être encore palpé, ausculté, percuté… peur enfin… J’ai peur…

Extrait de Clavel chez les majors, Paris, Albin Michel, 1919. RééditionViviane Hamy, 2006.

 

 

 

 

 

 

15/06/2016

TOURINNE-LA-CHAUSSE: Monument aux Morts.

TOURINNE-LA-CHAUSSEE

( Commune de BRAIVES):

Monument aux Morts.

TOURINNE-LA-CHAUSSE était une commune autonome jusqu'à la fusion des communes en 1976.

Elle est maintenant une section de la commune de BRAIVES.

Le Monument aux Morts est situé sur une petite place non loin de l'église Saint Pierre.

La partie centrale est dédiée aux combattants de la guerre de 14-18. Ce n'est pas un Monument dédiés aux seuls combattants morts pour la patrie, la liste des combattants rescapés y figure.

Les deux ailes latérales sont dédiées aux combattants de la guerre de 40-45.

Il n'y a pas de pathos. On ne trouve pas " A nos martyrs " ou "A nos héros " ( ce qui n'a déjà pas la m^me signification ), mais, simplement " TOURINNE-LA-CHAUSSEE à ses enfants."

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13/09/2014

CELEBRER ou COMMEMORER: Au delà d'une querelle de vocabulaire.

COMMEMORER OU CELEBRER ?

 

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Faut-il dire «  Commémorer «  ou « célébrer » ? Ce n'est pas une simple question de vocabulaire. Car, au-delà du vocabulaire, au-delà de la signification sémantique, les deux mots, bien que décrivant un même comportement ne sont pas des synonymes.

 

Il faut bien distinguer « commémoration » et « célébration » . « Célébration » renferme une notion de fête. On célèbre un évènement dont on doit se réjouir. On célèbrera l'anniversaire de l'Armistice le 11 novembre. On commémorera, le 4 aôut, l'anniversaire de la déclaration de la guerre.

 

La Guerre de 14-18, que l'on a cyniquement, après 1918, dénommé « Grande Guerre » apparaît à tous, de nos jours, et plus spécialement aux jeunes qui seront amenés à visiter des expositions, qui seront amenés à rendre hommage devant des Monuments aux Morts, qui étudieront des textes dans les écoles, comme une absurdité et comme la démonstration d'une brutalité sans précédent.

 

Il n'est pas question de « célébrer », donc de « fêter » l'anniversaire du déclenchement d'une des plus grandes catastrophes de l'histoire des temps modernes. On se contentera de le «  commémorer ».

 

Pourquoi commémorer ?

 

Essentiellement pour six raisons.

 

Pour maintenir le souvenir ou le faire ressurgir:

 

Au sens étymologique du terme, « commémorer » c'est « mémorer avec (com) ». « Commémorer », c’est donc se remémorer ensemble un événement, une histoire. C'est faire du « devoir de mémoire » un devoir de rendre justice par le souvenir à des générations passées. Ainsi est affirmée l’idée de dette et de reconnaissance envers les générations passées et les morts.

 

Cette volonté de se souvenir, les combattants de la Première Guerre mondiale l'ont manifestée très tôt. D'autant plus que les armées étaient formées de citoyens, de civils, rassemblés pour un m^me devoir. C'est ce qui explique la floraison des Monuments aux Morts, souvent exigés par les Anciens Combattants. C'est, par exemple, ce qui explique que jusqu'il y a une quarantaine d'années , et parfois moins, les Anciens Combattants entretenaient eux-mêmes les Monuments, arboraient eux-mêmes le drapeau...

 

Pour assurer la continuité historique du groupe:

 

Lors des commémoration, l'injonction « souviens-toi » peut aussi signifier « rappelle-toi qui tu es, rappelle-toi d'où tu viens, rappelle-toi quel peut être un jour ton devoir.». La commémoration prend la forme d’un travail de mémoire sur soi, en tant qu’individu ou communauté. C’est à partir des valeurs et des idéaux qui ont animé la vie de ses ancêtres qu’un groupe élabore son unité et assure sa continuité.

 

Pour constituer un ensemble de modèles de vie:

 

Le « devoir de mémoire » dont on parle aujourd’hui s’explique en partie par la volonté de ne pas voir les horreurs du XXe siècle se répéter. Dans cet esprit, tourner la commémoration de la Guerre de 14-18 vers la glorification des soldats morts pour la patrie, si elle est honorable et s'ils le méritent bien, serait un comportement erroné s'il n'intégrait pas la notion de révolte contre les morts absurdes. C'est d'ailleurs dans cet esprit que les fameux « Monuments aux Morts maudits » sont enfin reconnus et intégrés dans le patrimoine national. Ces Monuments dont on a parlé sur ce site et qui ne faisaient que propager ce cri « Guerre à la guerre ! »

 

Pour forger l'identité, l'unité nationale:

 

Commémorer, c’est construire ou ressusciter une identité nationale collective. Les cérémonies commémoratives sont destinées à réunir la population, à inculquer des valeurs comme la morale du devoir ou la glorification de la liberté à travers des figures symboliques ( Gabrielle PETIT, Walter DEWE...). Attention, se borner à ces figures présente un danger: ce sont des figures tellement élevées qu'elle paraissent éloignées du commun des mortels.

 

Il est plus judicieux de faire ce que certaines communes, comme la commune D'AWANS, ont fait: Rappeler la mémoire des gens communs de la localité. Rappeler, ou apprendre à la majorité qui l'ignore, qui était le simple soldat dont on a donné le nom à une rue de la localité.

 

Pour créer les conditions d'un accord général sur le sujet à commémorer:

 

Ainsi, la plupart des nations ( sauf la Russie et les pays vaincus ) ont établi un deuil collectif avec un jour de commémoration officielle, souvent le 11 novembre. On a créé des lieux de mémoire pour rappeler le martyre des combattants tués: les monuments aux morts, les cimetières militaires et les ossuaires avec leurs milliers de corps anonymes. Au début des années 20, l'apparition d'un culte national organisé autour de la figure du « Soldat inconnu » (sauf en Allemagne). « Soldat inconnu » honoré obligatoirement par les chefs d'états étrangers en visite officielle.

 

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Pour enfin se souvenir de toutes les victimes de la guerre.

 

Un véritable rituel civil, sorte de religion laïque, s'est progressivement mise en place pour exalter le sacrifice des soldats tombés. Avec le risque, bien réel, de l'oubli des autres victimes: les civils ( occupés, déportés, rançonnés, martyrisés, réfugiés ); les prisonniers de guerre; les soldats blessés, malades ou handicapés; les troupes coloniales; les victimes de la grippe espagnole; les combattants qui ont vu leur mariage détruit lors de leur retour et qui ont dû divorcer.

 

Nous avons vu, lors des commémorations récentes, que le sort de ces victimes était enfin reconnu. Voir notamment, à LIEGE, l'exposition au musée de la Vie Wallonne « LIEGE dans la tourmente »

 

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