09/09/2014

Aux origines de la conscription: le tirage au sort.

Le tirage au sort.

AWANS, tirage au sort, centenaire e 14-18, combattants

Quand on examine les dates de naissance des soldats de la commune d'AWANS tués lors de la guerre de 14-18, on remarque que +/- 50% d'entre eux sont nés avant 1890. Ce qui signifie que ce sont des soldats qui ont été incorporés dans l'armée belge selon le système du tirage aux sort.

Notre pays a célébré, en 2009, le centenaire de l'introduction du service militaire obligatoire. Le service militaire obligatoire a été pris en vertu d'une loi signée le 14 décembre 1909 par le roi Léopold II, trois jours avant sa mort. Ceci pour la petite histoire: à l'époque où l'on enseignait l'histoire, à l'école primaire, en découpant celle-ci selon les règnes, on présentait cette décision comme étant le couronnement du règne de LEOPOLD II. En fait, c'était l'aboutissement d'années de revendications et d'opposition à l'enrôlement par tirage au sort.

 

Origines du tirage au sort.

Jusqu'en 1909, le service militaire était fondé sur un tirage au sort. Ce n'était en réalité que l'héritage des systèmes existant lors de l'occupation française et du Royaume des PAYS-BAS. Les Pays-Bas en avaient également hérité de l'époque française.

La conscription remplaçait les armées professionnelles ou de mercenaires de l' Ancien Régime. Elle a été a été principalement développée et créée par la Révolution française, avec la fameuse levée en masse de l'an II (22 septembre 1793 au 21 septembre 1794).

Quand en l'an VI de la République française avaient  été apposés les premiers placards annonçant l'extension à la Belgique des lois sur la conscription, ce fut la guerre des paysans, petites troupes mal organisées et vouées à la défaite. Les Belges restaient farouches et hostiles à ces enrôlements, et bon nombre furent réfractaires ou déserteurs.

Héritage du passé, le tirage au sort a été la méthode utilisée pour la conscription dans différents pays, dont la Belgique, la France et les Pays-Bas .

En France, le service militaire fut rendu obligatoire en 1872. Dès ce moment, le service militaire était obligatoire pour tous les Français âgés de 19 ans. Mais le tirage au sort subsistait néanmoins. Les effectifs étant limités à 400000 hommes, c'est par tirage au sort que l'on décidait de la durée du service actif: pour les « mauvais numéros », le service était de cinq ans, pour les « bons numéros » c'était un service d'un an. Le remplacement n'existait pas mais les dispenses et les sursis étaient nombreux. Le tirage au sortfut supprimé en 1889.

Aux PAYS-BAS, le tirage au sort survécut jusqu'en 1938 !

 

 

En BELGIQUE, comment cela fonctionnait-il ?

" Tout Belge (était) tenu de se faire inscrire pour la milice pendant le mois de décembre de l'année où il avait 19 ans accomplis", disait la loi. Le « tirage » avait lieu pour les jeunes gens inscrits vers la fin de février.

Selon la coutume, tous les jeunes hommes âgés de vingt ans devaient d’abord aller se faire inscrire sur la liste de conscription ouverte au mois d’octobre à la maison communale de leur village. On constate que les listes ne se faisaient pas en suivant un ordre alphabétique, ce qui laisse à penser que l’officier de l’ État civil prenait les immatriculations le jour où le conscrit appelé à servir l’armée venait se présenter à la maison communale).

Voici la formule de convocation:

 

CONVOCATION

 

Milice nationale

 

Tirage au sort – Avertissement

 

L’Administration Communale de

invite le sieur

à se présenter le à …………………………heures

à (commune et local où avait lieu le tirage au sort.

À ……………………. Le ……….. 18...

Par ordonnance,

Le Secrétaire communal Le Bourgmestre

 

Chaque province devait fournir un nombre précis de conscrits, en vertu d'un contingent voté annuellement par le parlement. Le tirage avait lieu chaque année en février.

 

Jusqu'à l'établissement du service militaire personnel en 1910, (l'année 1909 fut la dernière année du"tirage au sort") la cérémonie de ce mode de recru­tement, était dans les communes rurales, un événement très important.

 

Description de cette cérémonie dans le roman de Robert VIVIER « Délivrez-nous du mal »

 

« Au printemps de 1866, sous le règne du deuxième Roi Léopold, Louis ANTOINE alla tirer au sort à la Maison communale de FLEMALLE. Ils étaient quatre de MONS et cinq de CROTTEUX qui s'en revinrent bras dessus bras dessous, tenant toute la largeur de la route et chantant à tue-tête :

 

Po les hauts c'teun' bonn' djornèye,

Po les bas, c'n'est nin çoula !

 

Ils avaient mis au ruban de leur chapeau le numéro qu'ils avaient tiré. Comm c'était justement l'heure de la sortie de l'école, les enfants accoururent en les entendant de loin.

  • Voilà les conscrits !

Cela faisait une sorte de carnaval, une fête en plein jour dans le village.

Chacun avait à son chapeau un chiffre noir sur blanc, haut ou bas, bon ou mauvais. Chacun chantait de la même façon, et jusqu'au soir chacun buvait autant de petits verres dans les cafés de CROTTEUX ou de MONS. La différence ne devait se faire sentir qu'un peu plus tard, les uns restant au village et continuant à travailler, à gagner leur vie, tandis que les autres, à moins de pouvoir « se racheter », allaient disparaître d'ici pendant trois années. »

 

Au fait, quelle procédure suivait-on ?

 

Le contingent annuel était divisé en deux parties: l'une d'active, l'autre de réserve assignée à l'infanterie. Chacune de ces deux parties était répartie entre les provinces, et par la Députation permanente, entre les cantons de milice composés de une ou plusieurs communes.

La répartition était faite proportionnellement au nombre d'inscrits de la levée. Au jour fixé par le Gouverneur et annoncé par affiches, le tirage se faisait  sous la direction du Commissaire d'Arrondissement, assisté de deux membres du collège échevinal.

 

Le Commissaire d'Arrondissement, après avoir fait connaître le chiffre des ajournés de chacune des deux catégories, paraphait et comptait à haute voie autant de numéros qu'il y avait d'inscrits pour la levée. Il déposait en­suite les numéros dans l'urne.

Les numéros les plus bas en montant jusqu'à ce que le nombre requis de miliciens à incorporer soit complet, désignaient les inscrits qui feront partie de l'armée  active;  les numéros les plus élevés en descendant jus­qu'à ce que le nombre  également requis  soit complet, désignaient les ins­crits qui feront partie de la réserve.

Les premiers et les derniers nu­méros, sont attribués de droit,  respectivement aux deux catégories d'a­journés et dont le numéro avait été appelé pour la formation du contin­gent de l’armée où ils avaient tiré au sort. L’une de ces listes compre­nait les ajournés de la partie active du contingent,  l'autre,  ceux de la réserve" (Loi sur la milice)

L'appel du nom se faisait par lettre alphabétique. L'inscrit prenait un numéro dans l' « urne » ou «  tambour », le remettait au commissaire qui, après avoir crié et inscrit le numéro,  le rendait à l'intéressé.

Les " bons numéros" étaient  les numéros les plus élevés. Les "mauvais" étaient  les numéros les plus bas, donnant ordre de service; plus une troisième catégorie, "la réserve".

Le milicien qui était "dehors" recevait un congé définitif.  Celui qui avait pris un "mauvais" numéro, devait se rendre 1 mois après le tirage, au chef-lieu du canton de milice où avait  lieu la visite au Conseil de révision.

En Belgique, ce système, réminiscence de temps anciens,  contraire à la fois à l'intérêt militaire et à la justice sociale, fut, quand il fut supprimé , remplacé par le principe du service personnel pour un fils par famille. C'est en 1913 qu'apparut le service militaire universel.

Pour le milicien défavorisé par le sort, existait un moyen d'échap­per au service: il pouvait payer un remplaçant. Celui-ci devait satis­faire naturellement aux conditions requises, mais le remplacé était néanmoins responsable, c'est-à-dire,  qu'il devait être désigné pour le ser­vice si son remplaçant désertait, se faisait chasser de l'armée ou était condamné à la dégradation; (il pouvait s'affranchir de toute responsabi­lité en versant à la caisse de l'Etat, une  somme dans les dix jours qui suivaient l'avis que son remplaçant était admis).

Si aucun remplaçant ne se présentait, certains miliciens passaient une annonce dans le journal.

En 1909, lors de l'introduction du service militaire personnel, il en coûtait ainsi 1.800 francs (environ 3.000 euros actuels) pour se faire remplacer sous les drapeaux.

 

Et maintenant ?

 

Le service militaire obligatoire a été supprimé progressivement dans la plupart des pays européens, à l'exception de sept d'entre eux, alors que la Suisse doit se prononcer dimanche par référendum sur le maintien de ce système.

Souvent obligatoire depuis le début du 19e siècle dans la plupart des pays européens, la conscription laisse progressivement la place, depuis les années 1960, à l'armée de métier.

Seules en Europe, la Norvège, la Finlande, le Danemark, l'Estonie, l'Autriche, la Grèce et Chypre maintiennent la conscription.