13/03/2018

L'euphorie des premiers jours de guerre et les premières déconvenues; Témoignage de René BENJAMIN.

L'euphorie des premiers jours de guerre et les premières déconvenues :

Témoignage de René BENJAMIN.

837889.jpg

René BENJAMIN est né à PARIS le 20 mars 1885. Il est mort à TOURS le 4 octobre 1948. Il obtint le Prix Goncourt en 1915 pour son roman GASPARD écrit alors qu'il était soigné à l'hôpital de TOURS où il séjourna plusieurs mois. Il avait été gravement blessé en septembre 1914, près de VERDUN.

c0a9764329d695e36844ee28d9e1aeaf--il-sera-gaspard.jpg

Septante ans après sa mort, il reste méconnu, non seulement du grand public, mais même de ceux qui se piquent de bien connaître la littérature française ou la littérature de guerre.

 

Sorti de l'hôpital, il fut versé dans les services auxiliaires comme convoyeur aux armées. C'est ainsi qu'il connut successivement tous les fronts. La guerre est à l’origine de plusieurs de ses œuvres dont Gaspard, publié en 1915.

 

Le 28 juin 1915, il avait épousé une infirmière,Elisabeth LECOY, qu’il avait connue à l’hôpital de SAUMUR et qui fut citée dans Gaspard sous le nom de « Mademoiselle Viette ». GASPARD est un roman mettant en scène un Parisien truculent et hâbleur : Gaspard, qui compte rentrer du front « pour les vendanges », et que nous suivons en campagne, dans le train des blessés ou choyé par de jolies infirmières...

 

Ce roman connaîtra un grand succès jusqu'à la fin 1916. Alors, il est clair que le conflit va s'éterniser. A Gaspard succéderont des oeuvres plus noires : Le Feu de Barbusse, Ceux de 14 de Genevoix, Les Croix de bois de Dorgelès... GASPARD est sans doute le premier roman inspiré par la mobilisation et par l'euphorie de l'été 1914. C'est en cela qu'il est intéressant. Mais passé l'euphorie des débuts de la guerre, il n'était plus d'actualité.

DSCN1323-770x577.jpg

Avant d'aller plus loin, on ne peut passer sous silence le comportement politique de BENJAMIN dans l'entre-deux guerres: il s'attaque au régime parlementaire, au mouvement syndical, à la Société des Nations, à Aristide BRIAND...

 

De 1940 à 1945, BENJAMIN et sa famille ont vécu près de TOURS. Comme MAURRAS, il s’en remit immédiatement au Maréchal PETAIN qu'il vénère comme le Père de la Patrie.

Cependant, on ne peut nullement l'incriminer davantage et encore moins l'assimiler à CELINE. Comme le prouve le texte suivant :

« Les Allemands enlèvent les Juifs de chez eux à six heures du matin. Ce sont des scènes comme celles de la révolution espagnole. Marie D. vient d’entendre un matin la Gestapo enlever un locataire juif. Horreur ! Claquement brutal de la porte d’entrée. Appels gutturaux au concierge. Bruits de bottes dans l’escalier. Cris des femmes. Et on ne sait pas ce qu’ils deviennent ! Jean-Jacques Bernard vient d’être arrêté. Le mari de Colette aussi. Sont-ils à Compiègne ? »

 

Nous sommes évidemment aux antipodes de CELINE qui s'en réjouissait !

Son fils aîné qui avait participé aux campagnes de TUNISIE, d'ITALIE et de FRANCE fut tué en Alsace le 9 février 1945. Nous ne sommes donc nullement non plus dans une famille de collabos.

 

Revenons à 14-18. Depuis les premiers jours d'août 1914, René BENJAMIN, agit comme un jeune journaliste. Mobilisé en Lorraine, il note dans un carnet les « choses vues ». Il écrit à sa mère :

 

« Avec de l'eau plein nos chaussures et ma culotte, je me dis encore : il y a une page épatante à faire là-dessus »

 

Il décrit la mobilisation de l'armée dans une ville de province :

 

« C’était la grande semaine d’août 1914, où chaque ville de chaque province offrit un régiment à la France. Alençon, chef-lieu de terre normande, eut le sien, comme les autres, à assembler et à équiper. Ses maisons et leurs habitants n’ont pourtant rien de guerrier. Race avant tout pratique. Vous lisez clairement dans tous les yeux que deux et deux font quatre, dans certains le regret que deux et deux ne fassent cinq ; mais dans aucun vous ne voyez briller le désir vibrant de sonner la charge. Les casernes se cachent ; on ne les trouve pas seul : il faut qu’un soldat vous mène. La première est un antique couvent, dans un cul-de-sac ; et la seconde, du siècle dernier, est dans un autre cul-de-sac. Quand les quartiers sont consignés, que les rues sont vides, les gens chez eux – l’été, vers deux heures –, lorsque la ville somnole et que les nuages glissent lentement, on aurait peine à croire que d’Alençon il pût sortir un vrai régiment, solide et discipliné, qui marche en cadence, avec un bruit de baïonnettes et de souliers ferrés. Et pourtant ce miracle s’est accompli. »

 

Au-delà de la gouaille de cette grande gueule de Gaspard, il faut lire entre les lignes l'horreur, l'inutilité des boucheries, les prises de pouvoir multiples dans les relations humaines, les recherches de confort personnel, les manques, la faim, la souffrance, les conditions infra humaines dans lesquelles ont vécu les soldats, ceux tombés en héros, ceux qui en sont revenus ... oui, mais comment?

 

« La tranchée, lorsqu'on croit vivre sa dernière minute, est dure à escalader pour les reins. Puis, il y a la surprise de n'être plus enfoui ; on se trouve plus grand ; et, serrant son fusil , les doigts crispés, on marche gravement, avec des yeux qui cherchent les balles. Elles arrivent tout à coup, balayant toute la largeur de l'air, et quelques hommes s'effondrent, sans un cri , mais leur chute en avant est suspendue par l'arme, qui glisse et se fiche en terre, en sorte que le soldat tombe dessus, arrêté, empalé, dans une étrange et effrayante attitude, mort et presque debout, atroce à voir comme tous les cadavres qui n'ont pas l'air au repos. »

 

Mais Gaspard ce n'est pas que de la gouaille. Il est sans aucune pose héroïque, sans complaisance dans le sordide, ni de sentimentalisme facile. L'auteur raconte avec simplicité et une gaîté rabelaisienne,ce qu'il a vu et vécu.

Il peint aussi la souffrance et la mort. Il parle aussi de la mentalité qui règne dans les hôpitaux chez les blessés : la tristesse, la rancoeur, l'appréhension du futur :

 

« Un mois avant, à l'hôpital, il avait vu sa femme, sa Bibiche. Il en parlait dans des termes assez peu amoureux ; il disait :
- Oh ! j'l'aime bien, mais ell' m'poisse !...J'espère qu'elle r'viendra pas d'si tôt. Elle peut pus m'voir sans pleurer. Et "mon pauv'e loup" par-ci, et "mon poulet" par-là, et "si c'est pas affreux comme ils t'ont arrangé!..." 
Ah ! j'l'ai envoyée paître !...Elle cherche tout l'temps la jambe qu'y est plus. J'ai dit : "Regarde au moins l'aut'e, pisqu'il en reste une !" J't'en fiche ! Mon tit loup, mon pauv'e tit loup, hi hi !...Qu'est-ce qu'on va d'venir, hi hi !...Ton métier, hi hi !...l'est fichu, hi hi !..."
Qu'est-ça peut m'foute à moi ; y en a-t-il pas six cent mille des métiers ? J'peux pus bouger, ben j's'rai ministre : on les balade dans des landaus ! »

 

Quand il est blessé voici comment il voit la situation

 

"Il bougonna. Il aurait fallu lui citer un nom de grande bataille historique, pour qu'il fût satisfait. Gercourt... ce n'était pas célèbre ! Avoir été blessé à Gercourt, ça ne serait même pas à dire - quoiqu'il l'eût échappé belle : il en avait tant vu tomber et rester sans mouvement ! Il n'y avait que les boches qu'il n'avait pas vus".

 

L'arrivée d'un soldat blessé à l'hôpital et la découverte du monde de l'hôpital:

 

"Un soldat blessé, qui arrive à l'hôpital, pénètre dans un monde nouveau. Il vient de se battre et de souffrir parmi les hommes de son pays. Soudain, il repose entre les mains des femmes. Autre face de la vie. On le commandait ; on lui demande ce qu'il veut. On ne lui parle plus de la mort ; on lui promet qu'il va guérir".

 

Enfin, le retour sur le front près des tranchées. Au front, c'est l’horreur, la pluie et la boue, la faim, les marches interminables, mais aussi la camaraderie.

 

"Un jour de brume d'hiver est en soi si mortel, que lorsque la nuit tombe, l'homme à peine s'en effraie. Gaspard mit sur sa tête sa couverture mouillée ; et Mousse, qui tremblait de froid, se serra contre lui. - La tranchée, toute la nuit, remue autant que le jour. Les hommes ronflent, mais ils grelottent et se cherchent l'un l'autre".

 

Il semble vouloir excuser ou, en tout cas, expliquer son style gouailleur :

 

« Pourquoi tout cela ? s’interroge Gaspard. Qu’est ce qu’on cherchait ? Mais alors, pour exprimer son dépit, il trouvait des mots comiques au milieu de ces horribles choses. »

 

 

09/03/2018

Guerre des montagnes et guerre des tranchées sur le front italien. Témoignage d'Emilio LUSSU.

Le front d'Italie : témoignage d'Emilio LUSSU.

800px-Emilio_Lussu_WWI.jpg

Emilio LUSSU est né le 4 décembre 1890 à Armungia en Sardaigne. Il est mort le 5 mars 1975 à Rome. Il fut, tour à tour, combattant de la Première guerre, homme politique pro-sarde, fondateur d'une association d'anciens combattants, écrivain et militant antifasciste.

 

Diplômé en Droit de l'Université de Cagliari, il se range, dès 1914, dans le camp des « interventionnistes démocrates » (républicains ) afin que l'Italie déclare la guerre contre l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne. Dès l'entrée en guerre, en 1915, il participe au conflit comme officier de réserve dans la Brigade SASSARI qui était constituée essentiellement de paysans sardes.

 

En 1916, cette Brigade est envoyée sur les collines près d'Asagio. Elle avait pour mission de former un front capable de résister, coûte que coûte, à l'armée autrichienne qui menaçait Vicenze et Vérone. Lors des premiers combats,cette brigade connut des victoires mais une contre-attaque les bloqua sur place jusqu'au mois de juillet 1917.

 

Ces combats très sanglants se transformèrent, comme sur le front occidental, en guerre de tranchées.

 

Cette expérience lui inspira un roman, Un anno sull'Altipiano. Il le publia en 1938, à PARIS où il était en exil politique. Elu député, il avait été la cible de la violence fasciste : en 1926, après un attentat contre MUSSOLINI, une bande de chemises noires prit sa maison d’assaut. Ancien soldat et chasseur averti, il était bien décidé à se défendre. L’un de ses assaillants fut tué et les autres prirent la fuite. Arrêté, il passa plus d’un an en prison avant son procès. Contre toute attente, le Tribunal ordinaire, estima qu’il avait agi dans le cadre de la légitime défense. Mais, il fut déféré devant le Tribunal Spécial (émanation du parti fasciste) qui le condamna à une peine de cinq ans de confino (résidence surveillée) dans les îles Lipari. Il s'en évada en 1929.

 

Ce roman fut porté au cinéma en 1970 par Francesco ROSI sous le titre « Uomini contro » ( « Les hommes contre » ). Il y raconte la vie des soldats italiens dans les tranchées et décrit l'irrationnel, le non-sens de la guerre et de la discipline militaire. Le roman sera publié en France sous le titre «  Les hommes contre ».

118660503.jpg

Ce récit est considéré comme un des principaux récits italiens sur la Première guerre mondiale. Il est considéré comme un récit fidèle et documentaire de l'expérience de la guerre qu'a vécue le capitaine LUSSU dans la Brigade SASSARI : en 1916, LUSSU, jeune lieutenant idéaliste, convaincu du bien fondé de la guerre, en découvre l'absurdité et l'horreur en participant à l'attaque de l'armée italienne pour reprendre le contrôle de la colline de Montefiore. Parmi la neige et la rocaille des hauts plateaux alpins, soldats et officiers se débattent dans les mâchoires d’acier de la Grande Guerre. Les hommes tombent par milliers pour quelques mètres carrés de rochers et de boue.

arton977-6c936.jpg

Il y dénonce le dysfonctionnement chronique :

 

« Chaque jour, il arrivait des munitions et des tubes de gélatine. C’étaient les grands tubes de gélatine du Karst, de deux mètres de long, faits pour ouvrir des passages dans les barbelés. Et il arrivait des pinces coupe-fil. Les pinces et les tubes ne nous avaient jamais servi à rien, mais ils arrivaient quand même. »

 

Il y dénonce l'usage de l'alcool pour doper les combattants. Avant chaque bataille, le ravitaillement en alcool atteint des sommets, au point que cela devient un signal précurseur de l’ordre d’attaque imminent :

 

« Et il arriva du cognac, beaucoup de cognac : nous étions donc à la veille d’une action »

 

Ainsi les paroles d'un Lieutenant-Colonel au jeune lieutenant LUSSU au sujet de l'alcool:

 

« Je me défends en buvant, sinon je serais déjà à l'asile. Ce n'est pas l'artillerie qui nous tient debout, nous de l'infanterie, en fait, le contraire [..] Abolir l'artillerie, des deux côtés, la guerre continue. essayez d'abolir le vin et les liqueurs [..] aucun de nous ne bougera plus. L'âme du combattant est l'alcool ... ".

 

 

D'abord, le sentiment d'inhumanité :

 

« Je me mis à songer que , peut-être, ne ne tirerais pas. Je pensais. Mener à l'assaut cent hommes, ou mille, contre cent autres hommes, ou mille, c'est une chose. Prendre un homme, le détacher du reste des hommes et puis dire : "Voilé, ne bouge pas, je tire sur toi, je te tue", c'en est une autre. C'est une tout autre chose. Faire la guerre est une chose, tuer un homme, est une autre chose. Tuer un homme comme ça, c'est l'assassiner. »

 

Mais il exprime aussi la découverte de l'humanité des ennemis :

 

« Voici l’ennemi, et voici les Autrichiens. Des hommes et des soldats comme nous, faits comme nous, en uniforme comme nous, qui à présent bougeaient, parlaient et prenaient le café, exactement comme étaient en train de le faire, derrière nous, au même moment, nos propres camarades. Étrange. Une telle idée ne m’avait jamais traversé l’esprit. À présent ils prenaient leur café. Curieux ! et pourquoi n’auraient-ils pas dû prendre le café ? Pourquoi donc me semblait-il extraordinaire qu’ils prennent le café ? » 

 

Et, a contrario, l'inflexibilité de la hiérarchie militaire :

 

« Ceux qui commandent ne se trompent jamais et ne commettent pas d’erreurs. Commander signifie le droit qu’a le supérieur hiérarchique de donner un ordre. Il n’y a pas d’ordres bons et d’ordres mauvais, d’ordres justes et d’ordres injustes. L’ordre est toujours le même. C’est le droit absolu à l’obéissance d’autrui »

 

L'éloge de la trêve :

 

 « Nous sommes des professionnels de la guerre et nous ne pouvons pas nous plaindre si nous sommes obligés de la faire. Mais quand nous sommes prêts à un combat et qu’arrive, au dernier moment, l’ordre de le suspendre, c’est moi qui vous le dis, croyez-moi, on peut être aussi courageux qu’on veut, mais ça fait plaisir. C’est ça, en toute franchise, les plus beaux moments de la guerre »

 

En exemple, ce comportement des soldats autrichiens. Au cours d'une offensive, le massacre est tellement effroyable parmi les Italiens, que les Autrichiens retranchés dans leur fortifications, cessent soudain de tirer et appellent les Italiens eux-mêmes à arrêter le carnage :

 

«Assez ! Assez braves soldats italiens ! Ne vous faites pas tuer comme ça !»

 

Le ressentiment des classes sociales dans l'armée italienne.Ces paroles d'un homme de la troupe à propos des officiers :

 

«Oui, ils meurent aussi mais avec tout le confort possible. Biftecks le matin, biftecks à midi, biftecks le soir. – Et ils touchent tous les mois un salaire qui suffirait chez moi pendant deux ans».

 

Son sentiment personnel, il fait son devoir mais il est désabusé :

 

« Bien sûr, je faisais la guerre consciemment et la justifiais moralement et politiquement. Ma conscience d'homme et de citoyen n'était pas en conflit avec mes devoirs militaires. La guerre était pour moi, une dure nécessité, terrible, bien sûr, mais à laquelle j'obéissais, comme l'une des nombreuses nécessités ingrates mais inévitables de la vie. J'étais à la guerre et j'étais aux commandes des soldats. Donc je le faisais moralement deux fois. »

 

Les tranchées :

 

« Ces tranchées si énergiquement défendues, que nous avions attaquées si souvent sans succès, avaient fini par nous paraître inanimées, comme des constructions désolées, que n'habitaient pas des hommes, comme le refuge de créatures mystérieuses et terribles dont nous ne savions rien. Et maintenant celles-ci se montraient à nous pour ce qu'elles étaient, en réalité des hommes et des soldats comme nous, comme nous en uniforme, qui bougeaient, parlaient et buvaient du café, tout comme le faisaient nos propres camarades juste derrière nous en ce même instant. » 

mark_thomson.jpg

23/02/2018

Dans l'armée britannique. témoignage de Robert GRAVES.

Témoignage de Robert GRAVES

poète anglo-irlandais engagé volontaire.

GRAVEZS.jpeg

Robert GRAVES est né en 1895 à WIMBELDON d’une mère prussienne et d’un père irlandais. Malgré cette double ascendance, ce fut un pur britannique

 

En août 1914, il avait terminé ses études secondaires à LONDRES à Charterhouse. Il avait tout juste dix-neuf ans. Il s’apprêtait à entrer à Oxford en octobre 1914, mais il s’engagea, comme volontaire, un ou deux jours après la déclaration de guerre par le Royaume-Uni.

adieu-a-tout-cela-1024207-264-432.jpg

Il a écrit ses souvenirs de guerre dans « Adieu à tout cela ». Il explique son engagement volontaire au chapitre X de ce livre:

 

« Les journaux prédisaient une guerre de très courte durée – terminée au pire à Noël ; j’espérai pourtant qu’elle se prolongerait assez pour retarder mon entrée à Oxford au mois d’octobre, chose que j’appréhendais par-dessus tout. Je n’avais pas non plus envisagé la possibilité de me retrouver au coeur du combat […]. J’étais en outre révolté par le cynisme avec lequel, selon les comptes rendus de presse, les troupes allemandes avaient violé la neutralité du territoire belge »

 

Pour rappel, au Royaume-Uni, ceux qui participèrent au combat furent tous des engagés volontaires ou des militaires professionnels. Armée de petite dimension, très spécifique par son caractère professionnel par rapport aux armées de masse continentales qui connaissait le régime de conscription, l’armée britannique subit des pertes considérables au cours des premiers mois du conflit. Dès 1915, on assiste à une croissance considérable des effectifs grâce à l’appel au volontariat puis à la conscription. L’expression « armée britannique » englobe bien sûr les combattants issus du Royaume-Uni, mais également ceux qui viennent des territoires britanniques d’outre-mer : Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud en particulier. 

Kitchener-Britons.jpg

Poète, Robert GRAVES décrit, en poèmes, des scènes du front. Voici quelques exemples.

 

« Les mitrailleuses crépitent comme des jouets sur la colline
Et, dans la vallée, à la file, tombent les braves soldats de plomb :
Voici ce dont il faut se souvenir à l’âge mûr
Tandis que, savamment, nous consacrons l’avenir
À des visions plus fanfaronnes encore du désespoir. »

 

Dans Adieu à tout cela, GRAVES critique la propagande de guerre :

« Les civils parlaient une langue étrangère, et c’était celle des journaux. »

Ses poèmes de guerre et d’après-guerre furent publiés dans d'autres ouvrages : parmi eux « Escape », « Évasion » (Goliath and David, 1916), et « Dead Cow Farm », « Ferme de la vache morte » (Fairies and Fusiliers, 1917), poème de l’effondrement des valeurs :

«Ici encore, c'est le chaos,

Boue primitive, pierres froides et pluie. »

« Voici maintenant le chaos de retour,

Primitive boue, pierres froides et pluie. »

 

On voit ici, à la dernière strophe, la même obsession que les autres écrivains-combattants : la boue !

 

Dans Au revoir à tout cela , il traite des séquelles, surtout psychologiques, de la guerre. Il existe une traduction française de cet ouvrage aux éditions Autrement "littératures" publié en 1998 sous le titre "Adieu à tout cela"

 

«Je savais qu'il faudrait des années avant que je puisse affronter autre chose qu'une paisible vie à la campagne. Mes handicaps étaient nombreux: je ne pouvais pas utiliser un téléphone, je me sentais malade chaque fois que je voyageais en train, et voir plus de deux personnes en une seule journée m'empêchait de dormir. » 

 

L'absence de haine vis-à-vis de l'ennemi. La difficulté de tuer un homme seul. Tuer semble être excusé par la tuerie de masse.

 

« Tandis que posté sur une colline dans la tranchée de soutien, je pointais mon fusil par une meurtrière dissimulée, je vis un Allemand, à 700 yards environ, dans mon viseur télescopique. Il prenait un bain dans la troisième ligne allemande. L’idée de tuer un homme nu me déplaisait, et je tendis le fusil au sergent qui était avec moi. « Tenez, vous êtes meilleur tireur que moi. » Il l’eut – mais je ne suis pas resté pour assister au spectacle?"

 

« Au mess, les instructeurs étaient à peu près tous en mesure de citer des cas précis où l’on avait assassiné des prisonniers sur le chemin du retour. […] Les chefs d’escorte racontaient en arrivant au quartier général qu’un obus allemand avait tué les prisonniers ; on ne posait alors aucune question. »

3248637398_1_3_f9D5ECSP.jpg

IL expose aussi, d'une façon critiquée par après, la mentalité de l'armée britannique, un esorte de spécificité britannique: dans l'armée anglaise, deux mondes se côtoient sans se mélanger. D'un côté, les officiers, des gentlemans ayant conscience d'appartenir à un groupe à part; de l'autre, les soldats.

 

Enfin, c'est quasiment le seul à accordre de l'importance à un sujet tabou: la sexualité des combattants: la prostitution, les maisons de tolérance ( les bordels). C'est ainsi qu'il a décrit:

 

«Il n’y avait aucune restriction en France. Ces garçons avaient de l’argent à dépenser et savaient qu’ils tenaient une bonne chance d’être tués en quelques semaines de toute façon. Ils ne voulaient pas mourir vierges.» 

 

Robert GRAVES, qui assure n’avoir jamais cédé à la tentation, raconte :

 

«... deux officiers d’une autre compagnie avaient dans la même pièce couché avec une femme et sa fille. Ils avaient joué à pile ou face pour la mère car la fille «n’était qu’un petit laideron jaunâtre et squameux comme un lézard». La Lanterne rouge, bordel des armées, se trouvait au coin de la rue principale. J’y avais vu des queues de 150 soldats attendre à la porte pour passer à tour de rôle un très court instant avec l’une des 3 femmes de l’établissement.» 

 

Et, évidemment, les conséquence sanitaires: 

 

« Il y avait foule dans les hôpitaux où l’on traitait les maladies vénériennes. Le Drapeau blanc sauva la vie à des vingtaines de soldats en les rendant inaptes à servir.  »

 

Il fallait s'en douter, après la publication dans les années 30, des associations d'anciens combattants se sentant diffamées ont énergiquement protesté en démontrant des erreurs manifestes trouvées dans le texte. Il fut contraint de reconnaître que tout n'était pas à prendre pour argent comptant et qu'il avait usé d'une certaine liberté littéraire.

 

17/02/2018

Derrière le front italien ( contre l'Autriche ). Témoignage de Ernest HEMINGWAY.

Témoignage de Ernest HEMINGWAY.

Le journaliste-baroudeur, engagé volontaire.

Ernest_Hemingway_in_Milan_1918_retouched_3.jpg

Ernest HEMINGWAY, écrivain, journaliste et correspondant de guerre, est né le 21 juillet 1899 à Oak Park (Illinois) aux Etats-Unis. Il est mort le 2 juillet 1961 à Ketchum (Idaho).

 

Après avoir quitté le lycée, il travailla quelques mois comme journaliste, avant de partir pour le front italien et de devenir ambulancier pendant la Première Guerre mondiale.

 

Ce choix du Front Italien est bizarre mais s'explique par ceci : il avait tenté de se faire incorporer lors de l’entrée en guerre des USA  en avril 1917. Son incorporation fut refusée à cause d’un problème à un œil. En avril 1818, il parvint cependant à incorporer la Croix-Rouge italienne et, après avoir traversé l’Atlantique sur le Chicago, il débarque à Bordeaux, gagne Paris, puis Milan, où il arrive le 6 juin.

front_est_1915_italie.jpg

Il fut grièvement blessé et passa alors plus de trois mois à l'hôpital. À sa sortie, il s'engagea dans l'armée italienne. Cette expérience a servi de fondement à son roman L'Adieu aux Armes. Dans un style froid et laconique, Hemingway dépeint une guerre futile et destructrice, le cynisme des militaires et l'indifférence de populations. Dès sa parution en 1929, on en vendit 20 000 exemplaires par mois.

 

Le titre est emprunté à un poème patriotique anglais mais peut-être par dérision. L’ouvrage nullement élogieux montre l'absence de sens de cette guerre. Le sentiment amoureux n'est pas épargné lui non plus, ce qui rend l'œuvre très pessimiste. "L’adieu aux armes". Il y a aussi, en Anglais et intraduisible en français un double sens caché : (A Farewell to Arms ; arms en anglais a un double sens «armes guerrières» ou «bras aimants»

 

Après plusieurs semaines passées à l’arrière, il rejoint le front. Le 8 juillet 1918, de nuit, il est blessé aux jambes par un tir de mortier. Un de ses camarades fut tué et deux autres, blessés grièvement. Alors qu’il tente de ramener un camarade vers l’arrière, il est de nouveau blessé par un tir de mitrailleuse, mais parvient à un poste de secours, avant de s’évanouir. Pendant sa convalescence de trois mois dans un hôpital de Milan, il s’éprend d’une infirmière américaine, Agnes von Kurowski,  plus âgée que lui de huit ans et qui lui inspirera le personnage de Catherine BARKLEY dans L'Adieu aux armes. Histoire d'amour tragique : HEMINGWAY, c’est Frederic HENRY et Agnes von Kurowski, Catherine Barkley.

Hemingway blessé.jpg

L’Adieu aux Armes, considéré souvent comme son plus grand roman, le rendit populaire. L'adieu aux armes fut interdit en Italie sur ordre de Mussolini. Et aussi, plus anecdotiquement à Boston, un shérif l'ayant jugé scandaleux.

ob_6851e0_l-adieu-aux-armes-4.JPG

Ce qui rend aussi ce livre intéressant, c’est parce qu’il se situe du point de vue des Italiens, ce qui est rare. Tout au long du roman, leur opinion sur la guerre est explicitement exprimée : ils sont sceptiques, désenchantés. Ils n’ont pas confiance en leur chance de vaincre et sont du coup persuadés d’une défaite prochaine : l’épuisement de certains, la fuite d’autres en sont des signes avant coureurs…

soldats-italiens.jpg

Quelques extraits :

L’attaque dont il est victime.

« Je terminai mon fromage et bus une gorgée de vin. Au milieu du bruit, je distinguai de nouveau un toussotement, puis le tchu, tchu, tchu, puis un éclair comme lorsque la porte d’un haut fourneau s’ouvre brusquement, un grondement, blanc d’abord, rouge ensuite, accompagné d’un violent courant d’air. J’essayai de respirer, mais j’avais le souffle coupé et je me sentis sortir tout entier de moi-même, emporté loin, bien loin par le vent. Tout mon être s’enfuyait rapidement et je savais que j’étais mort et que c’était une erreur de croire qu’on mourait comme ça, sans s’en apercevoir, puis j’eus l’impression de flotter et, au lieu de continuer dans mon vol, je me sentis retomber. »

 

Aussi, comme sur les autres fronts, la pluie, la boue.

 

« A midi, nous nous embourbâmes dans un chemin détrempé, à environ 10km d’Udine, autant que nous pussions nous en rendre compte. La pluie avait cessé dans la matinée et, trois fois, nous avions entendu des aéroplanes. Ils avaient passé au-dessus de nous et s’étaient éloignés vers la gauche, et nous les avions entendu bombarder la grand route. Nous avions peiné à travers un réseau de chemins de traverse. Nous nous étions engagés dans maint cul de sac ; il nous avait fallu revenir en arrière prendre d’autres routes; cependant nous étions toujours parvenus à nous rapprocher d’Udine. »

 

Le manque d’humanité vis-à-vis des blessés en cas de retraite.

 

« Quelquefois il nous arrive aussi de les transporter du poste d’évacuation aux ambulances du front, dis-je. Dites-moi, je n’ai jamais vu de retraite, mais en cas de retraite, comment évacue-t-on tous les blessés ?/ On ne les évacue pas tous. On emmène ceux qu’on peut, et on laisse le reste. »

 

Le désarroi des civils.

 

« Je ne m’étais pas rendu compte de l’énormité de la retraite. Ce n’était pas seulement l’armée, mais tout le pays qui s’enfuyait… Cela semblait si bête de la part de BONELLO de se rendre à l’ennemi. Il n’y avait aucun danger. Nous avions traversé deux armées sans incidents. Si AYMO n’avait pas été tué, nous ne nous serions jamais doutés qu’il y avait du danger. Personne ne nous avait inquiétés quand nous marchions à découvert sur les rails. La mort était arrivée à l’improviste, sans raison. » 

 

Il manifeste son pessimisme, son refus d'applaudir aux slogans. On comprendra ici pourquoi les fascistes au pouvoir en Italie censurèrent ce livre. Alors qu'ils vantaient la bravoure de l'armée italienne, héritière des légions romaines !

 

"J'ai toujours été embarrassé par les mots: sacré, glorieux, sacrifice et par l'expression "en vain". Nous les avions entendus debout, parfois, sous la pluie, presque hors de la portée de l'ouïe, alors que seuls les mots criés nous parvenaient. Nous les avions lus sur les proclamations que les colleurs d'affiches placardaient depuis longtemps sur d'autres proclamations. Je n'avais rien vu de sacré, et ce qu'on appelait glorieux n'avait pas de gloire, et les sacrifices ressemblaient aux abattoirs de Chicago avec cette différence que la viande ne servait qu'à être enterrée. »

...

« Les mots abstraits tels que gloire, honneur, courage ou sainteté étaient indécents, comparés aux noms concrets des villages, aux numéros des régiments, aux dates. »

 

fronts_18-ebecd.png

11/02/2018

Au front et dans les tranchées. Témoignage de Gabriel CHEVALLIER

Témoignage de Gabriel CHEVALLIER.

La-peur.jpg

Gabriel CHEVALLIER est né le 3 mai 1895 à LYON et décédé le 5 avril 1969. Il étudiait aux Beaux-Arts de LYON lorsque la guerre interrompit ses études. Mobilisé dès 1915, il arrive sur les zones de combat le 15 août 1915. Il est blessé quelques mois plus tard, le 7 octobre. Une fois rétabli, il retourne au front, où il restera comme soldat de deuxième classe jusqu’à la fin du conflit.Son unité a participé à toutes les grandes étapes de la guerre, quasiment à toutes les offensives. 

 

À partir de 1925, il commence sa carrière de romancier en utilisant sa propre expérience. Avec « La Peur », il témoigne de son atroce calvaire de combattant. Le héros s'appelle DARTEMONT, mais tout ce qui est écrit, c'est le soldat Gabriel CHEVALLIER qui l'a vécu.

 

Ce livre, fut publié en 1930 et réédité en 2008. Il a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, par le réalisateur Damien ODOUL en 2015.

De tous les romans publiés, après-guerre, par les écrivains-combattants, c'est le plus dérangeant,peut-être le plus vrai. Mais c'est aussi le plus oublié, le moins souvent cité. Ce roman a été censuré en 1939, soit-disant pour le « défaitisme qui y serait véhiculé. Il est vrai qu'il ne cache rien des incohérences et des absurdités de l’État-major. Cependant, malgré cela, « La Peur » n'est pas un texte « défaitiste » au sens où l'entendirent les dirigeants de l'armée française : si défaite il y eut, ce fut d'abord celle de la raison.

Ordre_de_Mobilisation_générale_2_août_1914.jpg

Il faut bien dire que ce livre est dérangeant. Notamment lorsqu'il décrit l'esprit revanchard, nationaliste à l'extrême qui régnait en 1914. Ainsi, ce « passage à tabac » d'un malheureux qui refusait de s'associer à la liesse populaire. Malheureux à qui CHEVALLIER attribue le titre de « première victime de la guerre. »

 

« Son visage tuméfié est méconnaissable, avec un œil fermé et noir; un filet de sang coule de son front et un autre de sa bouche ouverte et enflée; il respire difficilement et ne peut pas se lever. Le gérant appelle deux garçons et leur commande: “Enlevez-le de là!” Ils le traînent plus loin sur le trottoir où ils l’abandonnent. Mais un des garçons revient, se penche et le secoue d’un air menaçant: “Dis donc, et ta consommation?” Comme le malheureux ne répond pas, il le fouille, retire de la poche de son gilet une poignée de monnaie dans laquelle il choisit, en prenant la foule à témoin: “Ce salaud serait parti sans payer!” On l’approuve: “Ces individus sont capables de tout!” -Heureusement qu’on l’a désarmé! -Il était armé? -Il a menacé les gens de son revolver. -Aussi, nous sommes trop bons en France! -Les socialistes font le jeu de l’Allemagne, pas de pitié pour ces cocos-là! -Le prétendus pacifistes sont des coquins. Ça ne se passera pas comme en 70, cette fois!.

Pour fêter cette victoire, on réclame à nouveau La Marseillaise. On l’écoute en regardant le petit homme sanglant et souillé, qui geint faiblement. Je remarque près de moi une femme pâle et belle, qui murmure à son compagnon: “Ce spectacle est horrible. Ce pauvre homme a du courage…” Il lui répond: “Un courage d’idiot. On ne s’avise pas de résister à l’opinion publique.”

Je dis à Fontan:

Voilà la première victime de la guerre que nous voyons.

-Oui, fait-il rêveusement, il y a beaucoup d’enthousiasme! »

 

CHEVALLIER explique que, finalement, il peut résumer tout ce qu'il a fait durant la guerre par la peur.

 

« — Que vous êtes énervant ! Répondez donc. On vous demande ce que vous avez fait ?

— Oui ?... Eh bien, j'ai marché de jour et de nuit, sans savoir où j'allais. J'ai fait l'exercice, passé des revues, creusé des tranchées, transporté des fils de fer, des sacs à terre, veillé au créneau. J'ai eu faim sans avoir à manger, soif sans avoir à boire, sommeil sans pouvoir dormir, froid sans pouvoir me réchauffer, et des poux sans pouvoir toujours me gratter... Voilà !

— C'est tout


— Oui, c'est tout... Ou plutôt, non, ce n'est rien. Je vais vous dire la grande occupation de la guerre, la seule qui compte : J'AI EU PEUR. »



Pourtant, il nous dit que cette peur n'est pas un sentiment honteux, q'elle n'est pas synonyme de couardise, qu'elle est même à la base de toutes les actions d'éclats.

« – Ce terme de peur vous a choquée. Il ne figure pas dans l’histoire de France – et n’y figurera pas. Pourtant, je suis sûr maintenant qu’il y aurait sa place, comme dans toutes les histoires. Il me semble que chez moi les convictions domineraient la peur, et non la peur les convictions. Je mourrais très bien, je crois, dans un mouvement de passion. Mais la peur n’est pas honteuse : elle est la répulsion de notre corps, devant ce pour quoi il n’est pas fait. Peu y échappent. Nous pouvons bien en parler puisque cette répulsion nous l’avons souvent surmontée, puisque nous avons réussi à la dissimuler à ceux qui étaient près de nous et qui comme nous l’éprouvaient. Je connais des hommes qui ont pu me croire brave naturellement, auxquels j’ai caché mon drame. Car notre souci, alors que notre corps était plaqué au sol comme une larve, que notre esprit en nous hurlait de détresse, était encore parfois d’affecter la bravoure, par une incompréhensible contradiction. Ce qui nous a tant épuisés, c’est justement cette lutte de notre esprit discipliné contre notre chair en révolte, notre chair étalée et geignante qu’il fallait rosser pour la remettre debout… Le courage conscient, mademoiselle, commence à la peur. »

 

Le pacifisme. On peut rester pacifiste en faisant la guerre.

 

« Mourir ? Je ne peux pas l'envisager. Tuer ? C'est l'inconnu, et je n'ai aucune envie de tuer. [...] Je n'ai aucune haine, aucune ambition, aucun mobile. Pourtant, je dois attaquer. »

 

La découverte des blessés. D'abord les premiers blessés français.

 

« Ce premier cadavre français précédait des centaines de cadavres français. La tranchée en était pleine. (Nous débouchions dans nos anciennes premières lignes, d’où était partie notre attaque de la veille). Des cadavres dans toutes les postures, ayant subi toutes les mutilations, tous les déchirements et tous les supplices. Des cadavres entiers, sereins et corrects comme des saints de châsses; des cadavres intacts, sans traces de blessure; des cadavres barbouillés de sang, souillés et comme jetés à la curée de bêtes immondes; des cadavres calmes, résignés, sans importance; des cadavres terrifiants d’êtres qui s’étaient refusés à mourir, ceux-là, furieux, dressés, bombés, hagards, qui réclamaient la justice et qui maudissaient. Tous avec leur bouche tordue, leurs prunelles dépolies et leur teint de noyés. Et des fragments de cadavres, des lambeaux de corps et de vêtements, des organes, des membres dépareillés, des viandes humaines rouges et violettes, pareilles à des viandes de boucherie gâtées, des graisses jaunes et flasques, des os laissant fuir la moelle, des entrailles déroulées, comme des vers ignobles que nous écrasions en frémissant. »

 

Et aussi, son tout premier cadavre.

 

« Je me trouvai brusquement nez à nez avec le premier cadavre récent que j’eusse vu de ma vie. Mon visage passa à quelques centimètres du sien, mon regard rencontra son effrayant regard vitreux, ma main toucha sa main glacée, assombrie par le sang qui s’était glacé dans ses veines Il me sembla que ce mort, dans ce court tête à tête qu’il m’imposait, me reprochait sa mort et me menaçait de sa vengeance. Cette impression est l’une des plus horribles que j’ai rapportées du front. »

 

Et la découverte de cadavres allemands qui ne lui inspirent aucune haine ni jouissance malsaine.

 

« En fouillant hors des boyaux, je découvris dans le sous-sol d’une maison deux cadavres allemands très anciens. Ces hommes avaient dû être blessés par des grenades et murés ensuite, dans la précipitation du combat. Dans ce lieu privé d’air, ils ne s’étaient pas décomposés, mais racornis, et un récent obus avait éventré cette tombe et dispersé leurs dépouilles. Je demeurai en leur compagnie, les retournant d’un bâton, sans haine ni irrespect, plutôt poussé par une sorte de pitié fraternelle, comme pour leur demander de me livrer le secret de leur mort. »

 

La vue des « gueules cassées ».

 

« À terre sont affalés des malheureux, des blocs boueux surmontés d’un visage hagard, empreint de cette atroce soumission que donne la douleur. Ils ont le regard des chiens qui rampent devant le fouet. Ils soutiennent leurs membres brisés et psalmodient le chant lugubre monté des profondeurs de leur chair. L’un a une mâchoire fracassée qui pend et qu’il n’ose toucher. Le trou hideux de sa bouche, obstrué par une langue énorme, est une fontaine de sang épais. Un aveugle, derrière son bandeau, lève la tête vers le ciel dans l’espoir de capter une faible lueur par le soupirail de ses orbites, et retombe tristement dans le noir de son cachot. Il sonde le vide autour de lui en tâtonnant, comme s’il explorait les parois visqueuses d’une basse-fosse. Un troisième a les deux mains emportées, ses deux mains de cultivateur ou d’ouvrier, ses machines, son gagne-pain, dont il disait probablement, pour prouver son indépendance : « Quand un homme a ses deux mains, il trouve partout du travail ».

 

Les faux rapports établis par le commandements sur le terrain pour masquer les échecs.

 

« Ce chef habile, qui ne manquait pas de sang-froid dans la présentation des faits, réfléchit qu’aucune mission officielle ne viendrait enquêter sur les lieux. Son rapport transforma notre défaite accidentelle en un récit de défense à outrance, relata le sacrifice de mille hommes cramponnés au terrain, s’ensevelissant sous les ruines. Cette version, si conforme à l’enseignement militaire, fut adoptée d’emblée par le colonel, qui la transmit à la division en l’amplifiant encore. »

 

08/02/2018

Vie au front. Témoignage de Marcel PAQUOT, le poète-soldat.

Témoignage de Marcel PAQUOT, le poète défenseur de la langue française derrière l'Yser.

 

Il est né à Liège le 07/07/1891et y décédé le 14/09/1988. Mobilisé sur le front de l’Yser durant la Guerre de 14-18, compagnon de Louis BOUMALl et de Lucien CHRISTOPHE. Compagnon de combat et collègue à l'Université de Liège de Robert VIVIER.

C'est extraordinaire le nombre d'écrivains de valeur, liégeois, combattants de 14-18, qui sont injustement méconnus. Rien n'a été réellement fait dans la région pour les mettre en valeur !

On lui doit une description du camp de RUCHARD où il fut « hospitalisé ». Le camp de RUCHARD, surnommé «  le camp où l'on mourait ».

C'est aussi un témoignage des conditions précaires de la médecine militaire lors de la guerre de 14-18. Au cours de celle-ci, la France a offert l’hospitalité à de nombreuses formations médicales belges. Ce fut le cas du camp pour convalescents du RUCHARD. Ce camp fonctionna du 31-12-14 au 14 -7-17, soit trente mois et demi et qu’il accueillit durant cette période 9.586 convalescents. Peu de témoignages existent au sujet de ce camp. Celui de Marcel PAQUOT est donc précieux.

Il décrit un univers extrêmement dur et souvent inhumain. Avec un extraordinaire taux de mortalité surtout quand on pense qu'on y trouvait des soldats pourtant considérés comme guéris et envoyés en convalescence ! Les registres de l'état-civil de la commune signalent le décès de 79 militaires belges; on trouve 63 pierres tombales belges au cimetière communal ( les autres ayant été rapatriés après la guerre ). 79 décès, soit un convalescent sur 121 !

Le soldat et poète PAQUOT décrivit la vie et de son ami le musicien liégeois Georges ANTOINE avec qui il séjourna dans ce camp.

Marcel PAQUOT, écrira ce que fut sa courte vie dans des pages émouvantes dans " Les Écrivains Belges morts à la guerre ", édité par la Renaissance du Livre Belge, en 1922 ). Malgré une santé très fragile, Georges ANTOINE fut renvoyé au front. IL rentra dans BRUGES reconquise au début du mois d'octobre 1918. Il est mort à Sint-MichielsBruges le 15 novembre 1918  d'une maladie contractée pendant la guerre et, sans doute, des mauvais soins reçus à RUCHARD.

ruchard_001.jpg

Voici le texte, élogieux et instructif, de Marcel PAQUOT :

« Survint la guerre, ANTOINE s'engagea. à peine initié au maniement d'une arme, il combattit sous Anvers et fut de ceux qui à l'Yser offrirent au dernier lambeau de la Patrie le dernier souffle de leur poitrine. Après que l'effort ennemi eut échoué, les opérations marquèrent un temps d'arrêt et chacun essaya à revivre pour oublier que le lendemain, peut-être, il faudrait mourir. Comment allait vivre ANTOINE, inactif, étendu sur la paille boueuse d'une tranchée? Dans sa détresse, il écrivit à Vincent D'Indly, le maître dont il ne prononçait le nom qu'avec une ferveur admirative et lui demanda du papier à musique. »

Dans ce texte, nous retrouvons, comme chez les autres écrivains-témoins, cette obsession de la boue:

« L'appel fut entendu, et c'est accroupi dans le fumier qu'ANTOINE recopia de mémoire, pour l'envoyer à son maître, la Sonate en la bémol pour piano et violon qu'il avait composée dans le calme des derniers mois de la paix. Peu après, épuisé par la rude existence du front, ANTOINE tomba malade. Bientôt on le réformait. Un matin, il se trouva rejeté dans la vie, affaibli et sans aide. Il s' établit en Bretagne, donna des leçons, gagna son pain, et fiévreusement comme ceux qui ont une œuvre à accomplir et dont les jours sont comptés, se remit au travail. »

Dans la suite, il nous montre que l'on était sans pitié. Même réformé, on pouvait être réaffecté :

« Quelques mois plus tard, ANTOINE redevint soldat. On l'envoya au camp de convalescence du RUCHARD où je le retrouvai en août 1916. C'est le sort des choses usées qu'on les laisse se chauffer au soleil. Pendant les belles journées d'automne, nous allions lui demander un regain de confiance et de force; nous nous remplissions les yeux des apothéoses magnifiques du ciel tourangeau; puis, le soir tombé, nous allions recueillir du bois dans la forêt, car les nuits étaient froides. Rentrés au camp avec notre précieuse provision, nous faisions un grand feu qui chantait en dégageant une odeur de résine et, à la lueur des bougies, nous écrivions. (ANTOINE composa à cette époque : Wallonie ; La Joie d'aimer). »

Puis nous avons la sinistre description du camp:

« L'hiver fut mauvais, le charbon manqua au camp et une garde sévère empêcha nos fuites dans la forêt. Mon ami retomba malade. Cependant il se rétablit assez vite, grâce au soleil hâtif cette année-là. Les beaux jours nous rendirent témoins de la féerique floraison du sol en Touraine. Nous  passions de longues heures dans ce cadre émouvant. Nous nous plaisions à reconnaître dans la douceur fuyante des lignes et la nuance délicate des lumières, quelques-uns des aspects de notre terre wallonne; nous sentions que ce sol était aussi le nôtre, que cet air de fraîcheur et de sèves était le même qui courait sur nos bruyères, et quand nous chantions la douceur de cette terre hospitalière, il nous semblait célébrer aussi celle de nos aïeux. »

Enfin, c'est le renvoi sur l'Yser de soldats mal guéris :

« Au mois de l'année 1917, nous fûmes séparés. Je revis l'Yser, tandis qu'Antoine était envoyé au camp de Parigné l'Evêque où l'on fit de lui un cantinier. Lorsqu'en 1918, au front belge, je fondai (avec Louis BOUMAL et Lucien CHRISTOPHE) les Cahiers, une revue de littérature et d'art dont le but était d'affirmer notre spiritualité française, ANTOINE fut aussi des nôtres. C'est qu'il n'était pas qu'un musicien, c'était un honnête homme au sens classique de ce mot. il pensait avec Maurras "que les plus puissantes doctrines – l'art et la science – ont besoin des lettres humaines, qu'elles en ont besoin pour se penser". Sa force était d'avoir compris  l'importance qu'a un artiste à se définir, ne fût-ce que pour pouvoir se contrôler. Nul n'était d'un esprit plus ouvert à toutes les hardiesses de l'art contemporain, mais nul n'avait davantage le respect des maîtres qui élevèrent la musique à un rang éminent des arts et en firent la langue des âmes. Il croyait en son étoile parce qu'il savait où et comment elle le conduirait, le cerveau révisant chez lui le jeu subtil des fibres du cœur. Ainsi doué, servi par une vaste culture et par une plume habile, Antoine aurait pu jouer un rôle important dans la critique musicale, mais le temps lui a manqué et il n'a écrit que quelques chroniques. Au cours de l' année 1918, il trouva encore le temps et la force de composer "Veillées d'armes", un poème pour orchestre. 

Le sacrifice ultime, que l'on aurait pu -dû- empêcher :

« Cependant l'offensive qui devait nous donner la victoire se préparait. Incapable de combattre, Antoine voulut au moins revenir au front et se rendre utile  à ceux qui allaient sacrifier leur vie. Il eut la joie d'entrer dans Bruges reconquise, mais y mourut brusquement de la grippe, le 15 novembre 1918, sans avoir revu les premiers clochers de sa terre wallonne. Il avait 26 ans. La Belgique perdait en lui le meilleur de ses jeunes musiciens. »

 



04/02/2018

Dans les tranchées. Témoignage de Louis MAUFRAIS ( médecin militaire ).

 

Témoignage ( posthume ) de Louis MAUFRAIS

Médecin militaire au font.

9782221109182ORI.jpg

Louis MAUFRAIS (1889-1977) était externe à l’hôpital Saint-Louis, il se trouve en vacances au moment de la déclaration de la guerre. Il reçoit sa feuille de route le 3 août. IL est nommé médecin auxiliaire dans le service de santé.



Il rejoint alors le front et découvre les tranchées. Il va y rester quatre ans pendant lesquels il côtoie la mort, les pieds dans la boue et les mains dans le sang, jour et nuit enterré au fond de postes de secours secoués par le souffle des obus. Quand il a un moment de repos, il prend des notes, photographie, pour raconter la souffrance, celle de ses camarades, la sienne, mais aussi l'amitié, le burlesque, l'absurde.



En fait, l'ennemi contre lequel il s'est battu, c'était contre la mort de ses compagnons, les obus, les shrapnells, la boue, les gaz, ces cadavres qu'il écrasait en transportant des mourants de boyau en poste de secours. Après la guerre, il restera à l'armée comme médecin militaire.

trta.jpg

En 2001, sa fille découvre ses témoignages, ses photographies prises au cours de la guerre. Celle-ci en a conçu un livre "J'étais médecin dans les tranchées ". On peut regretter que cela n'ait pas été publié au lendemain de la guerre compte tenu de la valeur du témoignage et de sa qualité littéraire. Ce témoignage nous montre l'état de misère et d'impréparation de la médecine militaire.

Voici quelques extraits:

« Alors nous nous avançons. Nous trouvons des gars qui cherchent on ne sait quoi, l’air hagard. Il y en a qui titubent. Un peu plus loin, qu’est-ce que je vois ? Des Allemands. Je dis à Cousin : – ça y est mon vieux, nous sommes prisonniers. – Oh, me répond-il, ce n’est pas possible, les Allemands n’ont pas d’armes.

Eh bien oui. Aucun d’eux n’est équipé, pas plus les Allemands que les Français. Les hommes se croisent, ils ne se parlent pas. Tous, ils sont brisés. Plus bons à rien. Dégoûtés de tout. De la guerre en particulier. Les Allemands comme les Français, ils sont à chercher quelque chose, des blessés, des morts, ou rien ».

 

On trouve cette remarque intéressante au sujet du brassage social induit par l’expérience militaire :

 

« Je trouve tout à fait extraordinaire de pouvoir discuter amicalement avec des gens que je n’aurais jamais eu l’occasion de rencontrer dans la vie civile ».

 

Son récit est évidemment intéressant pour l'histoire des premiers soins. Il évoque ses pratiques de médecin de tranchées, dans les postes de secours de première ligne:

 

« Je suis découragé. Par moments, il y a quinze à vingt blessés à évacuer. Je demande des renforts au régiment et aux musiciens. Le chef de musique me fait répondre qu’un saxophone vient d’être évacué et que, s’il donne encore des hommes, la musique cessera d’exister. Alors, on fait appel aux brancardiers divisionnaires, qui font le service entre les postes de régiments et les hôpitaux de l’arrière ».

 

Il parle aussi des simples soldats amenés à l'aider: les brancardiers. Particularité du statut des soignants, la neutralité, notion complètement absurde. La Convention de Genève n’est pas toujours respectée. Au front, personne ne croit plus en l’immunité du personnel de santé: es obus ne choisissent pas leurs cibles, et parce que peu de « trêves des brancardiers » sont effectivement accordées dans le combat.

dscn2583.jpg

« Parmi les brancardiers bénévoles et les convoyeurs volontaires qui effectuent les évacuations, quelques-uns reviennent mais pas tous. Les autres préfèrent rester aux cuisines, en fin de compte. Faut-il leur en vouloir ? Ils risquent leur vie à chaque trajet. Au poste de secours, nous vivons dans l’attente des brancardiers, qui arrivent souvent trop tard, pour les blessés les plus graves »

 

 

 « Malgré le bruit des balles, mes camarades de l’infirmerie ont parfaitement dormi. C’est tous des gars aguerris qui vivent ce métier-là depuis le début du mois d’août. Ils ont fait la retraite de la Marne, la bataille de la Marne, sont remontés se battre à Sézanne, puis finalement au fort de la Pompelle et, de là ; ils sont partis participer à la guerre des Flandres. Rien ne les impressionne plus. Les bruits sont ceux de leur vie quotidienne. Leur sensibilité devant les atrocités s’est émoussée. C’est indispensable. Ils cherchent un dérivatif à leurs pensées en remontant les mois, les années pour retrouver des souvenirs de famille, de caserne, de femme… Voilà comment je me trouve bientôt entraîné dans leur vie privée sans l’avoir cherché. Car, dans les tranchées, on ne se cache rien entre copains »

 

Et, lancinante, cette obsession de la boue:

 

"Dans la tranchée nous vivions constamment dans l'humidité, la boue, la neige et, surtout le froid.


L'hiver était particulièrement rigoureux. Depuis que j'étais en ligne, à savoir pas loin de huit jours, je ne m'étais pas réchauffé une seule fois. On avait froid au nez, aux oreilles, aux mains.... nos pieds enserrés dans des chaussures pleines d'eau macéraient, gonflaient. Il était formellement INTERDIT DE SE DECHAUSSER. Il en résultait des espèces d'engelures qui s'infectaient, et les pieds gelaient.


Une affection extrêmement sérieuse, qui me fit évacuer un grand nombre d'hommes, dont certains restèrent estropiés pendant des années." 

ob_32212f_journal-medecin-tranchees-jpg.jpeg

Autre obsession, l'absence totale d'hygiène:

 

" Nous lui faisions son pansement tous les deux jours. Chaque fois nous trouvions la plaie comme remplie de riz ou de semoule. C'étaient des asticots et des œufs d'asticots. On commençait par vider tout cela avec une cuillère puis avec une spatule pour compléter le nettoyage. Enfin on lavait et on rembourrait le pansement de compresses stériles. Deux jours plus tard, tout était à refaire. Et bien, il arriva quelque chose d'incroyable : la plaie devint absolument propre, et des bourgeons de cicatrisation poussèrent sans aucune espèce de pus ni d'infection ! J'avais déjà remarqué bien des fois que les plaies souillées d'asticots évoluaient admirablement. Ces observations furent faites par quantité de médecins du front. Elles servirent après la guerre, à la mise au point d'un procédé de cicatrisation par broyage d'asticots."

 

Et:

 

" Nous avons à peine assez d’eau pour laver nos mains pleines de boue. On passe les plaies à la teinture d’iode, qui fixe le sang. Les blessés sont très choqués, mais en 1915, en première ligne de bataille, nous n’avons rien comme antichoc. Il ne faut pas songer à faire des transfusions intraveineuses ; rien n’est propre. Les transfusions sanguines sont tout aussi impensables ; on ignore les groupes sanguins et autres groupes Rhésus. Avec les infirmiers, nous faisons des pansements. Après un nettoyage des plaies, on applique de gros pansements tout préparés de l’armée, pratiques peut-être mais absolument inopérants."

 

Et son expérience personnelle de la diarrhée:

 

" J’ai aussi de la fièvre, et plus du tout d’appétit. Comme les autres, je vais dans le fond des trous. Et là, je me mets à rêver à ce vieux siège en bois si confortable, à cette chasse d’eau au bruit de cascade sympathique."