18/09/2017

Cris lancés par les artistes et les poètes.

 

Le CRI

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Cette photo du  CRI de RODIN  est une contribution à la réflexion sur notre façon de voir, de penser le monde, et d'écouter ses cris d'alarme qui nous sont lancés tels des SOS. De l'émotion qui est exprimée à travers l'expression du visage découle la colère, la douleur, le désespoir.

 

Un penseur a dit: "Si tu es dans le monde, alors, tu participes au monde...". Entre 1936 et 1945, la voix des poètes s'élève pour dire la détresse, la souffrance, mais aussi la colère, l'espoir et l'amour de la liberté. La Résistance, c'était aussi l'écriture.

 

La parole, l'écriture sont essentielles, surtout à notre époque à notre époque. La parole et l'écriture réunissent les peuples et les cultures. Ils s'adressent à l'humain. C'est le cri des poètes et des lanceurs d'alerte. Mais les sourds n’entendent pas ce cri, surtout les sourds volontaires. " Il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ". on peut rappeler la parole du roi Louis-Philippe:

« Ne me parlez pas des poètes qui parlent de politique ! » Cri du cœur du roi répondant au fameux cri du cœur de LAMARTINE: « Périssent nos mémoires, pourvu que nos idées triomphent ! […] Ce cri sera le mot d’ordre de ma vie politique. » 

 

 

Pour illustrer ce cri, voici un poème de Paul ELUARD,

 

Paul ÉLUARD. (1895-1952) Les sept poèmes d’amour en guerre, 1943

 

Au nom du front parfait profond


Au nom des yeux que je regarde


Et de la bouche que j’embrasse


Pour aujourd’hui et pour toujours


Au nom de l’espoir enterré


Au nom des larmes dans le noir


Au nom des plaintes qui font rire


Au nom des rires qui font peur


Au nom des rires dans la rue


De la douceur qui lie nos mains


Au nom des fruits couvrant les fleurs


Sur une terre belle et bonne


Au nom des hommes en prison


Au nom des femmes déportées


Au nom de tous nos camarades


Martyrisés et massacrés


Pour n’ avoir pas accepté l’ombre


Il nous faut drainer la colère


Et faire se lever le fer


Pour préserver l’image haute


Des innocents partout traqués


Et qui partout vont triompher.


 

23/01/2017

Jean - Claude MOSCOVICI: un enfant interné à DRANCY.

Jean-Claude MOSCOVICI

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Né à Paris en 1936. 

Il exerce la pédiatrie à Paris depuis 1972. 

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Enfant juif, capturé lors d'une rafle, sorti miraculeusement de DRANCY.

Il témoigne de la vie d'un enfant juif durant la seconde guerre mondiale.

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Il n'a pas connu l'horreur de la Shoah. Mais son récit nous reconduit dans les coins les plus tristes de notre humanité,

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Nous parlons aujourd'hui du neveu de Lazar MOSCOVICI, Jean-Claude MOSCOVICI.

Ephraïm MOSCOVICI et son épouse Louise demeuraient à Vernoil-le-Fourrier (Maine et Loire) avec leurs deux enfants, Jean-Claude, né en 1936, et Liliane, née en 1940. Ephraïm était médecin du village jusqu'à la parution du statut des Juifs qui lui interdit d'exercer sa profession. Malgré tout, il essaya de continuer à exercer son métier de médecin. Il voulait aider les gens. C’est ce qui a entraîné sa déportation.

En été 1942, ses frères et le frère de sa femme, fuyant Paris, vinrent se réfugier chez Ephraïm Aucun n'avait la nationalité française. Le 16 juillet 1942, au petit matin, des gendarmes français vinrent arrêter les trois frères au cours d'une rafle.

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Affiche de propagande antijuive.

Ils avaient été manifestement signalés par des villageois et dénoncés par le maire pétainiste d'Angers, René DROUART. Par la loi du 16 novembre 1940, le gouvernement de Vichy avait imposé une nouvelle loi municipale: dans les villes de plus de 10 000 habitants, les maires étaient désignés par le ministre de l'Intérieur; dans les villes de moins de 50 000 habitants, les conseillers municipaux étaient nommés par le préfet. A noter que le régime municipal pétainiste ressemble étrangement au régime instauré en Belgique par le Secrétaire Général de l'Intérieur, Gérard ROMSEE.

 

Les préfets disposaient de pouvoirs régaliens. Ils pouvaient prononcer des internements administratifs. Les deux préfets successifs du Maine-et-Loire ne s'en privèrent pas: ils firent détenir des communistes, ou supposés tels, ainsi que des ressortissants étrangers. C'est dans ce cadre que le sort des trois frères MOSCOVICI fut réglé. Le 20 juillet 1942, ils furent déportés vers Auschwitz par le convoi n° 8 parti d'Angers. ( Voir l'article sur Lazar MOSCOVICI ).

 

Six semaines plus tard, le 1er septembre, les autorités allemandes vinrent arrêter Louise MOSCOVICI. Mais elle réussit à s'enfuir grâce à sa voisine et amie Odette BLANCHET qui s'était engagée à 17 ans comme agent de liaison du réseau Confrérie Notre-Dame de Castille.  Louise rejoignit des membres de sa famille en zone dite "libre".

Les deux enfants furent confiés à des voisins. Visiblement, on ne se rendait pas compte de la gravité de la situation ! Tout s'enchaîna rapidement: le 9 octobre 1942, les enfants furent arrêtés par les autorités d'occupation. Tout s'était déroulé en à peine 100 jours ! On aurait pourtant eu le temps de "camoufler" les enfants.

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Madame MOSCOVICI et ses deux enfants.

Jean-Claude et Liliane furent internés au camp de Drancy. D'août 1941 à août 1944, le camp d'internement de Drancy ou camp de Drancy a été la plaque tournante de la politique de déportation antisémite en France. C'est cela qu'on appelait un "camp de transit": un camp qui servait à enfermer les gens avant de les déporter vers d'autres camps, les camps de concentration et les camps d'extermination. C'étaient des Français qui gardaient ce camp, sous la responsabilité du préfet de police nommé par le gouvernement de Vichy. Il vit passer plus de 100.000 personnes, hommes, femmes, vieillards, enfants, bébés : le 17 août 1944, au moment de la Libération, il y avait 1467 internés.

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Camp de DRANCY

Les conditions de vie y étaient très difficiles surtout pour de si jeunes enfants. Ils vivaient dans un milieu de vie insalubre et mangeaient peu.  Un de leurs oncles, interné lui aussi à Drancy, parvint à obtenir de les faire sortir pour les placer dans un orphelinat de l'UGIF, rue Lamarck à Paris.

UGIF = Union générale des Israélites de France. Fut fondée, sur injonction des Allemands, par une loi du gouvernement de Vichy du 29 novembre 1941. En réalité, elle avait pour but de rendre repérables les Juifs de France dont l’appartenance religieuse n’était plus mentionnée dans les recensements depuis 1872 et à les fondre en une communauté unifiée. Le rôle de l'UGIF fut très controversé en raison de son légalisme qui a transformé les maisons d'enfants qu'elle patronnait en véritables souricières particulièrement vulnérables aux rafles.

Odette BLANCHET, toujours elle, vint les y chercher pour les héberger, à MORANNES, chez sa tante. En janvier 1943, ils retrouvèrent enfin leur mère. Grâce à  la résistance, on leur procura de de faux papiers et de cartes d'alimentation. Ils prirent le nom de "Moreau". Par mesure de précaution, pendant deux ans, ils restèrent cloîtrés et ne fréquentèrent pas l'école. pas à l'école.

A la fin de la guerre, en 1945, ils purent regagner leur maison dans leur village et attendre le retour d'Ephraïm. Alors ils apprirent, par une lettre de Lazar qu'Ephraïm ne rentrerait pas, que celui-ci, leur oncle Léon et leurs grands-parents avaient été assassinés à Auschwitz.

Pour Jean-Claude MOSCOVICI, le courage et la force de témoigner ne lui permettront de raconter son histoire que cinquante ans après la guerre. Ce n'est en effet que le 5 octobre 1995 que sort le roman dans lequel, sous le regard de l'enfant qu'il était, il raconte son internement à Drancy avec sa petite soeur alors âgée de 2 ans, Liliane Moscovici. Ce témoignage est le récit de la tragédie que lui, sa soeur mais aussi sa famille ont vécue. Plus d'un million et demi d'enfants juifs européens ont été tués durant la deuxième guerre mondiale par les nazis.

 

Ce roman, autobiographique, c'est " Voyage à Pitchipoï ".  " Pitchipoï " est un surnom utilisé pour désigner une destination inconnue vers laquelle partaient les convois de déportation. Ce livre est son histoire, un témoignage poignant du calvaire subit par les enfants juifs d'Europe... toute une enfance assassinée par la folie de l'Allemagne nazie et par la lâcheté de ses suppôts locaux ( les Pétainistes en France, les rexistes en Belgique ). Sans sombrer dans la sensiblerie, dans le misérabilisme, Jean-Claude MOSCOVICI rapporte seulement des faits. Il privilégie les détails concrets plutôt que l'expression abstraite de la souffrance.

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Son récit s'adresse à des enfants. C'est pourquoi l'auteur est particulièrement attentif à restituer non seulement ses souvenirs, mais aussi son point de vue de petit garçon: la fierté, par exemple, avant d'en saisir le sens, que l'étoile jaune soit cousue sur sa veste comme sur les vêtements des grands.

 

" On parlait souvent d'un endroit où nous irions peut-être après Drancy, qui s'appelait Pitchipoï. Peut-être y retrouverions-nous nos parents ? C'était un lieu mystérieux où certains étaient déjà partis, mais dont personne ne semblait avoir de nouvelles. C'était à la fois la promesse de la liberté et l'angoisse de l'inconnu. " [...]

 

 

Que signifie " Pitchipoï " ? " Pitchipoï " est un néologisme apparu parmi les enfants dans le camp de Drancy. Il désignait la destination inconnue, à la fois mystérieuse et effrayante, des convois de déportés, là-bas, quelque part, très loin « vers l’Est », au pays de nulle part. Il est, avec Henri RACZYMOIW, auteur des Contes d’exil et d’oubli (Gallimard, 1979), l’un de ceux qui ont rapporté ce surnom. " Pitchipoï " c'est le nom qu'utilisaient les juifs de France pour désigner la destination inconnue des convois des déportés. Cela signifie "pays de nulle part". Ce " Nulle part " c'était Auschwitz-Birkenau. C'était bien " Nulle part " puisque c'était le lieu de l'anéantissement.

 

" Voyage à Pitchipoï " est le récit de cette enfance arrachée, de cette famille séparée, de la survie d’un petit garçon qui tient plus que tout à protéger sa petite sœur plus jeune de quatre ans, un petit garçon qui est loin de tout saisir aux événements – si ce n’est leur gravité, et leur caractère irrémédiable. Malgré tout, grâce au dévouement de résistants, ils n'ont pas vécu les pires sévices de la seconde guerre mondiale. Il est une victime indirecte de la Shoah par ce qu'il a vécu durant cinq ans et du fait de la disparition de la plupart de sa famille. Il ignore ce qu'on eut à vivre les juifs des ghettos et ceux (juif, communiste, homosexuels, roms, etc ...) qui ont été envoyés dans les camps de la mort. " Voyage à Pitchipoï " nous conduit dans les coins les plus tristes de notre humanité.

 

Nous terminerons par ce qu'un déporté survivant écrit: « C’est un devoir de venger nos chers disparus. Nous n’en dirons jamais assez sur la barbarie et les crimes des Nazis. Avant tout, la Providence nous a condamnés à vivre pour accomplir le devoir sacré de témoigner au nom des millions d’êtres innocents exterminés par ces criminels. »

 

 

07/01/2017

Témoignage d'un médecin prisonnier à AUSCHWITZ: Lazar MOSCOVICI.

LAZAR MOSCOVICI.

Né en 1914 à Flaticeni, en Roumanie.

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Déporté à Auschwitz en juillet 1942, il est un des rares survivants. Il témoignera pour que personne n'oublie.

Il apporte le témoignage d'un médecin.

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Il est resté en France où il a exercé la médecine jusqu’en 1979. Il est mort en 1988.

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On ne peut envisager la vie de Lazar MOSCOVICI sans le dissocier de sa famille. Il est né en 1914 à Flaticeni, en Roumanie. Dans les années 30, suite aux mesures antisémites locales, il part pour la France rejoindre ses deux frères aînés, Léon et Ephraïm. Il y poursuit, comme eux, des études de Médecine. En Roumanie, la Garde de fer " exigeait un numerus clausus contre les étudiants juifs dans les facultés. Leurs parents croyaient avoir trouvé en France une terre d'asile et de liberté.

A la déclaration de guerre, il s’engage comme volontaire dans la Légion Etrangère pour participer à la défense de son pays d’adoption. Les résidents non français volontaires devaient passer par là.

 

Son frère Ephraïm habitait Vernoil-le-Fourrier en  Maine et Loire. Il avait deux enfants, Jean-Claude et Liliane. Médecin du village, il était aimé de tous. Le statut des Juifs lui interdit d'exercer sa profession.

 

Les trois frères avaient été "signalés" par le maire de Saumur, René DROUART. Dans un rapport, il les avait dénoncés " médecins juifs d'origine roumaine, qui ont perdu l'autorisation d'exercer " et présentés comme communistes. Juifs et communistes: tout pour être persécutés !

 

Dans la nuit du 15 au 16 juillet 1942, les trois frères furent arrêtés et déportés vers Auschwitz par le convoi n°8 parti d'Angers le 20 juillet 1942. Les gendarmes français avaient prêté assistance à la Feldgendarmerie. En France, entre 1942 et 1945, plus de 70 000 personnes d'origine juive furent déportées. Le convoi N°8 fut le seul qui partit de province sans rassemblement préalable dans un camp d'internement. 824 juifs du département en faisaient partie.

Au  Grand Séminaire d'ANGERS, le 20 juillet 1942, les juifs du grand Ouest, 430 femmes et 394 hommes, furent internés avant d’être déportés à destination du camp d’Auschwitz. C'est ce " Convoi n°8 " dont seulement 14 hommes ont survécu.

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Des milliers de personnes y passent chaque jour, mais savent-ils qu'il y a maintenant 70 ans, la gare d'Angers fut une plaque tournante de départ pour les camps de concentration et d’extermination.

Durant l'été 1942 , il a survécu au camp de la mort avec l'aide de  ses deux frères. Un de ses frères mourut tué par la maladie. L'autre, désigné «trop faible », fut sélectionné pour les chambres à gaz. Lazar  est resté en vie grâce à son rôle de médecin permanent au sein du camp.

 

Il est resté dans le camp d'Auschwitz-Birkenau jusqu'au 8 janvier 1945. Ensuite, il a subi durant trois jours et trois nuits les marches de la mort, durant lesquelles il marcha jusqu'à la gare, en direction du camp de concentration de Mauthausen, au nord de l'Autriche. Finalement, Lazar fut transféré dans le camp d'Ebensee. C'est là qu'il fut libéré le 6 mai 1945 par les américains.

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Lazar MOSCOVICI, étant médecin, a pu observer,analyser, enregistrer pour se souvenir. Cela est une forme de résistance. Il fut membre de l'organisation secrète placée sous la direction du Comité international de la résistance clandestine qui s'opposa à l'extermination totale du camp.

 

Entretemps, sa belle-soeur et ses deux enfants, sous la fausse identité de MOREAU, furent sauvés et cachés par les soins d'une voisine, sans cesse soumis à la crainte d'être retrouvés ou dénoncés. A la fin de la guerre en 1945, ils purent enfin retrouver leur véritable maison à Vernoil.

 

Une lettre de leur oncle Lazar parvint: « Je suis par miracle, un des rares survivants du camp d'Ebensee, et libéré maintenant, je compte bientôt rentrer ». Ils comprirent ainsi qu'ils ne reverraient jamais le reste de la famille. A son retour, il élèvera, comme ses propres enfants, ses neveux Liliane et Jean-Claude dont le père était mort en déportation.

 

Dès son retour en 1945, Lazar MOSCOVICI a témoigné devant tous les habitants de son village afin que personne n'oublie la cruauté des actes nazis perpétrés dans les camps mais également dans le but  de faire réagir: un tel crime ne doit pas se reproduire. Population du village qui, pour partie, avait dénoncé sa famille. Il raconta le quotidien du camp, les sévices, les expérimentations sur les malades, les assassinats quotidiens et l'organisation de la résistance.

 

« Je vous ai raconté pendant une heure ou plus, un temps qui a dû vous sembler long, des faits qui pourraient paraître pour un esprit équilibré, sinon inventés, tout au moins exagérés. Je voudrais surtout que vous soyez convaincus de l'exactitude de mon témoignage, bien qu'il soit évidemment incomplet. D'autres parleront ou écriront pour le compléter et vous apporteront des détails que j'ai omis ou que j'ai moi-même ignorés, tant les crimes étaient multiples à tous les niveaux de la hiérarchie. "

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Photo prise alors que les crématoires fonctionnaient toujours.

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Ce qui reste des fours crématoires à l'heure actuelle.

Voici un extrait de son témoignage, écrit en France le 22 juin 1945, soit un mois après son retour:

"Je réussis à garder Fondane quelques semaines sans trop d’incidents. Il commençait à aller mieux, à prendre du poids, et je pensais pouvoir lui procurer quelque occupation moins pénible à l’infirmerie, reculer sa sortie en commando, qui équivalait à une condamnation à mort. Je me rappelle encore ces soirées émouvantes, quand il nous récitait des fragments de son poème Ulysse, commencé à Paris, et qui devait être l’élégie du peuple juif et symboliser son propre sort. Avec quelle tendresse nous parlait-il de sa femme Geneviève, de sa vie à Paris, de ses livres, de ses peintures, de ce cadre où l’on devinait une atmosphère de chaleur et d’entente, de fraternité et d’humanité. Cela ne devait pas durer. Le Moloch réclamait ses victimes....Je revois encore, dans cette journée étouffante d’été polonais, défiler, torse nu, tous ces malheureux demi-cadavres, implorant la pitié de leur regard désespéré. J’ai toujours devant les yeux le visage d’apôtre de Fondane, ce regard résigné, fier et souriant, qui cherchait le mien pour m’adresser son adieu. Était-ce un reproche ?"

 

Grâce à son statut de médecin, il avait pu observer, analyser et enregistrer plus scientifiquement que les autres déportés tous les événements et tous les actes émis par les Allemands. Ainsi, grâce à ces témoignages, l'humanité a été au courant très rapidement, de la barbarie nazie. Son long et poignant témoignage figure dans le livre " 1942, convoi n°8 ". Pour lui, Auschwitz est le camp de la mort où si la maladie ne tue pas, les moyens criminels s’en chargent. Ce livre fut écrit avec la collaboration d'un autre médecin prisonnier à Auschwitz, le Dr André LETTICH. Grâce à la mémoire de ces deux médecins, les simples citoyens ont connu au fur et à mesure la vérité et la cruauté subie dans les camps en particulier les expériences médicales sur des cobayes humains.

 

Il décrit, médicalement, les expériences sur les femmes par rayons X, les injections de substances caustiques. Il parle de personnes "honteusement mutilées" et d’horreurs qui dépassent l’imagination, des expérimentations soit-disant scientifiques mais sans aucun fondement. « Je vois encore les visages si pâles de ces malades qui montaient dans les camions, de ces grands blessés qui poussaient des cris de douleur sous les coups et les injonctions des SS. ».

 

Pour lui, témoigner de l'horreur du nazisme, du génocide, c'est une forme de résistance, celle qui permet de « résister » après l'internement, celle qui est un devoir de mémoire afin d' empêcher la renaissance de tels crimes. La précision du témoignage, met à mal toute suspicion d’inauthenticité. Sauf pour ceux, comme le père de Marine LEPEN, pour qui " Ce n'est qu'un point de détail de l'histoire ".

 

Ce témoignage, paru aux Éditions du Retour en 2009 sous le titre 1942 CONVOI N°8 a été réédité sous le titre "910 jours à Auschwitz". Ce nouvel ouvrage propose en plus des notes d'un historien, Michel Laffitte, et quelques reproductions couleurs de documents.

 

 

 

21/10/2016

Qui fut vraiment le Pasteur NIEMOLLER ?

Emil Gustav Friedrich Martin NIEMÖLLER

Né le 14 janvier 1892 à Lippstadt  

Décédé le 6 mars 1984 à Wiesbaden.

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Militaire allemand en 14-18, théologien et pasteur protestant, d'abord favorable à Hitler puis résistant au nazisme, déporté en camp de concentration et militant pacifiste après la guerre de 40-45.

Un cheminement parfois contestable mais qui représente bien les tourments des intellectuels allemands dans l'entre-deux guerres.

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Il est issu d'une famille religieuse et conservatrice: son père ( Heinrich NIEMÖLLER ) était pasteur luthérien. En 1900, il déménage à Elberfeld où il termine sa scolarité par l'obtention de l'ABITUR. L’Abitur est un examen qui clôture les études secondaires en Allemagne. Cela correspond au baccalauréat en France. Cet examen permet l'accès aux Universités.

 

Au lieu d'entrer à l'Université, il entra, à l'âge de dix-huit ans, dans la marine allemande comme élève-officier où il fut finalement diplômé.

 

Lorsque la Première guerre éclata, il avait le grade de sous-lieutenant. Il fut affecté à un sous-marin poseur de mines. La marine allemande pratiquait alors une guerre sous-marine à outrance. Il écrit dans ses mémoires, après avoir assisté au torpillage d'un navire de transport : « Ce 25 janvier 1917 a marqué un point de non-retour dans ma vie, car il m'a ouvert les yeux sur l'impossibilité absolue d'un univers moral. » En 1918, on lui confia le commandement du sous-marin UC67. Il était notamment chargé de la pose des mines au large de Marseille. Ce sous-marin fit couler trois navires ennemis totalisant 17.000 tonnes. À la fin de la guerre, considéré comme un des meilleurs officiers, il reçut la Croix de Fer de première classe.

 

Son activité après l'Armistice ne fut pas toujours pacifique. Il participa activement à vie politique allemande. Le corps des officiers, vaincu militairement, se sentait humilié et aigri par l'Armistice ressentie comme un « coup de poignard dans le dos ». Les officiers supérieurs commencèrent à mettre sur pied des armées privées appelées "Freikorps". Celles-ci furent d'abord utilisées pour défendre les frontières allemandes cdans l'éventualité d'une invasion de l'Armée rouge. Niemöller a rejoint ce groupe. Il soutint la tentative de putsch de Kapp en 1920.  Ce coup d' Etat de droite a finalement été vaincu par une grève générale. 

 

Après la création de la République de Weimar, il devint brièvement agriculteur. Puis il s'orienta vers la théologie protestante de 1919 à 1923. Il fut ordonné en 1924. En 1931, il devint pasteur à Dahlem. Il continua à s'intéresser à la politique et soutint Hitler au début. En 1931, dans des discours, il fit valoir que l'Allemagne avait besoin d'un Führer. Dans ses sermons, il épousa le point de vue de Hitler sur la race et la nationalité. En 1933,il décrit le programme nazi  comme un «mouvement de renouvellement basé sur une base morale chrétienne".

 

Les Églises en tant qu'institutions ont peu cherché à s'opposer à un chancelier pourtant néo-païen et antichrétien. Hitler s'est toujours bien gardé de mettre en application les projets d'éradication du christianisme nourris par Martin Bormann ou Alfred Rosenberg. Il a préféré jouer sur l'anticommunisme, l'antiféminisme et les aspects réactionnaires de son programme pour séduire les publics religieux. Cela n'empêcha pas les révoltes personnelles.

 

Contrairement à l’Eglise catholique dont les structures rendaient difficile toute intrusion d’éléments étrangers à la foi, les Eglises Protestantes avec leurs structures plus souples et leurs traditions d'union avec le Pouvoir furtent plus exposées. Elles furent rapidement confrontées aux menées de ralliement au régime. Au fur et à mesure de sa montée en puissance, le pouvoir nazi se mit à noyauter l'Église protestante allemande. Ainsi, le " Mouvement des Chrétiens Allemands " qui prônait un christianisme héroïque fondé sur le sang et la race, se propagea à partir de 1933.

 

En 1933, les églises protestantes furent contraintes de fusionner au sein d'une "Eglise Protestante du Reich", noyautée par le " Mouvement des Chrétiens Allemands ". Les " Chrétiens allemands " avaient comme but de purifier la Bible et la foi chrétienne de tous les aspects juifs. Ils écartaient donc l'Ancien Testament et voulaient éliminer l'apôtre Paul du Nouveau Testament. Ils voulaient un Jésus aryen, non-juif. Le danger de voir le protestantisme infiltré et submergé par l'idéologie nazie suscita une mobilisation des forces hostiles à une telle évolution.

 

Il fallait faire l'exercice difficile de s’opposer aux détenteurs du pouvoir sans être soutenu par la hiérarchie. Niemöller, pourtant partisan du régime hitlérien, appela les pasteurs hostiles aux mesures antisémites à s'unir au sein d'une nouvelle organisation, le "Pfarrernotbund" ( « Ligue d'urgence des pasteurs » ), basée sur les principes de tolérance énoncés par la Bible et la profession de foi des réformés. Il appelait à combattre toute atteinte à la confession évangélique, à aider matériellement "les frères opprimés". Cet appel fut bien accueilli: fin 1933, 6000 pasteurs, soit plus d'un tiers des ecclésiastiques protestants, avaient rejoint ce groupe dissident. 1934 vit la création de «l’Eglise confessante » ("Bekennende Kirche"), un schisme dans l'Eglise Protestante. Le noyau de la résistance se trouvait à Berlin-Dahlem, la paroisse de Niemöller. Celle-ci lutta ouvertement, dès 1934, contre la dictature et l'idéologie nazie qualifiée de " non chrétienne et de non morale ".

 

Ils s'opposaient notamment à l'introduction du terme « aryen » par "l'Eglise Protestante du Reich", qui prévoyait l'exclusion des pasteurs d'origine juive ou mariés à une juive. Mais la majorité des Églises luthériennes resta fidèle aux dirigeants du Troisième Reich, pendant toute son existence.

 

Cette " Ligue " reçut le soutien des protestants à l'étranger. Elle adressa au Synode une lettre de protestation contre les mesures d'exclusion et de persécution prises envers les Juifs et envers les pasteurs refusant d'obéir aux nazis. Malgré les protestations, début novembre 1933, Martin Niemöller fut déchu de ses fonctions de pasteur et mis prématurément à la retraite. Mais la grande majorité de ses paroissiens décida de lui rester fidèle. Il put ainsi continuer à prêcher et à assumer ses fonctions de pasteur. Mais son attitude reste néanmoins équivoque: il fait partie de ceux qui ne sont pas radicalement opposés au régime: en novembre 1933, après avoir fondé, en septembre, son mouvement dissident, il envoie un télégramme à Hitler pour le féliciter de retirer l'Allemagne de la SDN. Il qualifie cela comme un « acte utile à l'intérêt national »

 

Mais à plusieurs reprises, il outrepassa dans ses sermons les limites entre religion et politique. Il fut arrêté le 1er juillet 1937. Au cours de son procès, bien que reconnu comme " non traître à la patrie ", il fut reconnu coupable d' avoir «abusé de la chaire» et condamné à sept mois de prison et à une amende de 2000 marks. Mais ensuite, il fut déporté au camp de Sachsenhausen puis de Dachau comme « prisonnier privé » de Hitler (1937-1945). " Prisonnier privé de Hitler" signifiait qu'il était placé en quartier spécial, ce qui le mettait à l'abri des mesures arbitraires des SS.

 

Peu après, des centaines de pasteurs iront en prison pour avoir dénoncé en chaire les idées de tendance nationale et raciste ainsi que l’engouement pour une domination à l’échelle mondiale.

 

Libéré en 1945, il se consacre par la suite, jusqu'à sa mort en 1984, à la reconstruction de l'Église protestante d'Allemagne et prend de plus en plus de distance avec les milieux conservateurs de ses origines pour devenir un militant pacifiste et pour la défense des droits civils.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, il est devenu président du Conseil oecuménique des Eglises. Niemöller était convaincu que l'Allemagne et l'Église étaient " coupables par action et omission " et qu'elles partageaient une responsabilité collective eu égard aux atrocités nazies.

 

En 1961, il est élu à New Delhi coprésident du Conseil mondial des Eglises. Malgré les controverses, son image reste celle d’un homme qui a consacré avec détermination toute son existence au service de sa foi et d’une Eglise juste.

 

Niemöller est mort en 1984, il a été internationalement reconnu comme une personnalité extraordinaire dans le christianisme du XXe siècle.

 

Il doit être plus important de souligner que Niemoeller est quelqu'un qui a été en mesure d'apprendre de ses erreurs, plutôt que de mettre l'accent sur ses terribles défaillances dans la première moitié de sa vie.

 

On lui doit le poème " Quand ils sont venus me chercher ".

 

Quand ils sont venus chercher les communistes, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher. 
Et il ne restait personne pour protester...



C'est un texte dénonçant la lâcheté des intellectuels allemands au moment de l'accession des nazis au pouvoir et des purges qui ont alors visé leurs ennemis, un groupe après l'autre.

 

De nombreuses variations et adaptations dans l'esprit de l'original ont été publiées dans différentes langues.

En 1976, Niemöller répond lors d'une interview à une question sur l'origine du poème :

 

«  Il n'y a pas de minutes ou de copie de ce que j'ai dit, et je l'ai peut-être formulé différemment. Mais le fond de l'idée était : les communistes, nous laissons toujours faire avec calme ; et les syndicats, ça aussi nous laissons faire ; et nous laissons même faire pour les sociaux-démocrates. Rien de tout cela n'est notre affaire. L'Église ne s'est pas inquiétée de politique à ce moment, et elle ne devrait d'ailleurs pas en faire. Dans l'Église confessante nous ne voulions pas représenter une résistance politique en tant que tel, mais nous voulions décider pour l'Église que tout cela n'était pas juste, et que cela ne devait pas être accepté par l'Église, c'est pourquoi déjà en 33, quand nous avons créé la Fédération d'urgence des pasteurs (Pfarrernotbund), nous avons mis en4e point de notre charte : si une attaque se produit contre des ministres du culte et qu'ils sont expulsés de leur ministère parce que de « lignée juive » (Judenstämmlinge) ou quelque chose de ce genre, alors en tant qu'Église nous ne pouvons que dire : Non. Et voilà le 4e point dans sa substance, et c'était probablement la première prise de position contre l'antisémitisme issue de l'Église protestante.  »