11/01/2018

Dans les tranchées. Témoignage de Max DEAUVILLE, écrivain belge.

 

Témoignage de Max DEAUVILLE.

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Max DEAUVILLE, de son vrai nom Maurice DUWEZ est né à Ixelles le 31 août 1881. Il décèda à Ixelles le 1er février 1966. Durant toute sa carrière professionnelle, il est médecin aux Assurances Générales, tout en travaillant à l'hôpital d'Ixelles et en ayant une clientèle privée.

 

Parallèlement à sa profession médicale, il fut un écrivain fécond et collabore activement après la Guerre aux mouvements littéraires avant-gardistes en Belgique sous le pseudonyme de Max DEAUVILLE.

 

A l'instar de Georges DUHAMEL, c'est un engagé volontaire en 1914. Comme médecin il participa à la retraite de l'Armée belge sur le front de Dixmude. Après les combats de Steenstrate en avril-mai 1915, il est atteint par la fameuse « Fièvre des tranchées ». Après sa guérison, il soigne les blessés à l'hôpital de Saint Lunaire (Bretagne) de février 1916 à janvier 1918. Il rejoint ensuite l'Aérostation militaire jusqu'à la fin de la Guerre.

 

Il décrivit son expérience de guerre, et des tranchées, dans divers livres, qui mériteraient d'être aussi connus que les livres des écrivains français de l'époque.

 

Il décrit méthodiquement, et avec son lyrisme d'écrivain, divers événements du front.

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Tels que la situation à Oostvleteren, 27 mars 1915 :

 

« Tout autour s’étend la campagne verte et joyeuse. Elle se peuple de tous les fugitifs. Les groupes disséminés dans les champs lui donnent l’aspect d’un paysage peint par un primitif. Les teintes vives de certains uniformes tranchent sur la verdure.

(…)Tout le sol est couvert de tuiles cassées, de débris de briques, d’éclats de vitres. Une grosse branche est allée se ficher dans un toit. Partout s’ouvrent des entonnoirs.  Les pavés sont rejetés ça et là. Un obus a traversé l’église pleine encore de poudre blanche, au travers de laquelle apparaissent les chaines renversées, la dorure des statues, ainsi que de longues stries de lumière qui viennent des fenêtres. Dans la grand rue une petite chapelle votive s’est écroulée. Plus loin les murs sont éclaboussés de sang. Deux chevaux sont là, tués, le cou aplati, la tête étendue, le ventre gonflé, les pattes raidies. D’une maison on sort un cadavre. Sa face est verdâtre, de son oeil mi-ouvert, il regarde en l’air d’un air bête. Le coin de la bouche se relève découvrant une dent. »

 

Et aussi, comme ses confrères écrivains-combattants, l'obsession de la boue:

« Ah ! La boue, l’horrible boue, (…) Dans la boue les baraquements sont comme des îlots. Dans une demi-ténèbre, entassés au milieu de leurs nippes terreuses, s’empilent les hommes pressés dans une atmosphère livide, dans une pénombre où tout est de la même teinte uniforme, couleur de rat. (…) »

 

Comme cette description du secteur au nord de DIXMUDE ( toujours cette boue ):

 

« Le terrain argileux est imbibé par l’inondation, les eaux des pluies restent à la surface, les cieux gris empêchent l’évaporation. Dans la nuit, tout se confond, la plaine morne, les nuages bas. Dans un brouillard sombre marche une file d’ombres. Par endroits il y a des fascines, à chaque pas la boue liquide monte comme l’eau dans une éponge, avec un glougloutis vaseux. Quelques saules trapus, en rang, semblent accroupis dans les marais. (…) Une ligne plus sombre apparaît. C’est la digue, avec la silhouette de ses quelques arbres maigres. Elle se découpe en un léger vallonnement sur le ciel plus gris. Et de loin en loin, une lumière qui semble sortir de terre, marquant un trait de fissure d’un abri, trace une ligne d’un jaune d’or dans le noir absolu. »

 

Et les tranchées en hiver ( malgré l'hiver, la boue ):

 

« Le terrain argileux est imbibé par l’inondation, les eaux des pluies restent à la surface, les cieux gris empêchent l’évaporation. Dans la nuit, tout se confond, la plaine morne, les nuages bas. Dans un brouillard sombre marche une file d’ombres. Par endroits il y a des fascines, à chaque pas la boue liquide monte comme l’eau dans une éponge, avec un glougloutis vaseux. Quelques saules trapus, en rang, semblent accroupis dans les marais. (…) Une ligne plus sombre apparaît. C’est la digue, avec la silhouette de ses quelques arbres maigres. Elle se découpe en un léger vallonnement sur le ciel plus gris. Et de loin en loin, une lumière qui semble sortir de terre, marquant un trait de fissure d’un abri, trace une ligne d’un jaune d’or dans le noir absolu. »

 

Et toujours cette boue obsédante:

 

"La boue a tout englouti et il n'est resté que des malheureux, des esclaves armés, trop incertains du succès d'une révolte pour oser la tenter. Malgré cela ils tiennent parce que dans le cœur de l'homme reste enracinée la certitude de son importance."

 

Et il s'oppose à la glorification de la guerre. C'est un véritable appel pacifiste:

 

"La guerre n'est que le suicide misérable d'une foule en folie. Ses remous sanglants ne servent que les intérêts de ceux qui la dirigent. Et même s'il faut qu'un jour pour sauver un pays ou l'honneur, de nouveaux soldats prennent les armes, pourquoi leur mentir, pourquoi faire miroiter devant leurs yeux le mirage de la gloire et de l'héroïsme?

 

Comme aussi cet extrait de La boue des Flandres:

 

« Mais demain viendront des gens qui parleront de courage, de héros, de gloire. C’est dans la suite naturelle des choses. Quand un misérable soldat abruti par la peur, ou luttant de toute son énergie pour y résister aura été déchiré par un brusque éclatement, qu’en restera-t-il ? Un tas de chairs, d’entrailles et de loques souillées de sang, auxquels les injures de la poudre auront donné l’aspect des détritus que déversent les poubelles. La grimace du mort sera presque toujours grotesque dans son horreur, et il en sera de même des gestes déjetés de ses membres brisés. Pourtant lorsqu’il aura été couché sur un brancard et que sous sa couverture étendue, la forme allongée de son corps se reconnaîtra, il commencera à reprendre une existence nouvelle. Il n’était plus rien. Voici que de nouveau il est quelque chose. Il s’en va au pas cadencé des porteurs. Ceux-ci en titubant dans le dédale de terre remuée, l’emportent vers une réincarnation. Corps morcelé il sera déposé dans une caisse en bois blanc. Et lorsque les couleurs du drapeau, en larges touches rouges, jaunes, noires l’auront recouvert de leurs teintes violentes que le soleil exalte, alors il deviendra un brave, un vaillant, que les vivants salueront de leurs gestes et de leurs sonneries, un héros qui entrera de plein pied dans le mensonge de l’histoire. »

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09/01/2018

Dans les tranchée: Témoignage de Georges DUHAMEL

Témoignage de Georges DUHAMEL:

« l'enfer et l'envers de la guerre ».

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Pendant la Guerre de 14-18, le Prix Goncourt fut chaque année attribué à des écrivains combattants. Le 11 décembre 1918, ce fut à Georges DUHAMEL, médecin au front, pour son roman Civilisation. Georges DUHAMEL fut élu à l’académie française en 1935. Il décéda le 13 avril 1966.

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En 1914, Georges DUHAMEL fut un engagé volontaire. Il a d'abord opéré à l'arrière, puis il a été nommé dans une ambulance, plus près du front. Chirurgien militaire, il assiste au long supplice que les combattants, sans exception, subissent et dont seulement quelques-uns réchappent. Mais ceux qui en réchappent en demeurent marqués pour toujours.

 

Au cours de la guerre, il tenta de rendre un peu d'espoir, de chaleur humaine, à ces hommes à qui la vie a laissé un sursis, parfois de quelques jours, parfois seulement de quelques instants. Il explique sa mission:

 

« A la lisière du bois des Sartelles j’ai travaillé durement jusqu’au début du printemps. Je dis durement parce presque toutes les nuits, j’étais de service ou j’aidais mes camarades. Et quand arrivait le matin après avoir passé la nuit à opérer, à faire des urgences, à amputer… le matin, je voyais les deux ou trois poubelles devant la porte de la salle d’opération, il y avait comme des bouquets de bras et de jambes car on avait mis là-dedans tout ce qu’on avait dû faire tomber. [...] »

 

A un ami, il écrit.

 

« Je n'ai certes pas vu ce qu'on appelle la guerre, mais l'envers, et l'enfer de la guerre….. »

 

Il rédige d'abord «  Vie des Martyrs » : où il écrit :

 

« Il n'est pas une ville française jusqu'où ne viennent saigner les blessures ouvertes sur le champ de bataille. Pas une ville française qui n'ait assumé le devoir de soulager une part de cette souffrance ».

 

Certains lui reprochèrent d’être trop sensible. A ce reproche, il rétorque et met en garde ses lecteurs et le public en général contre l’endurcissement du cœur par l’habitude. Comme en témoigne cette citation:

 

« Pour que cette guerre finisse un jour et finisse le moins mal possible, il faut souffrir jusqu’à la fin; il faut refuser de nous laisser endurcir, de devenir indifférentsaveugles, sourds, il faut refuser de ne plus juger, de n’être pas des témoins ».

 

Quelques extraits significatifs :

 

« Doucement, l’ombre rentra dans sa chambre et s’installa partout, comme un animal familier dérangé dan ses habitudes. Avec elle une triste chose se glissa partout, qui était l’odeur de la maladie de Réchoussat. Un silence bourdonnant se déposa sur tous les objets, comme une poussière. Le visage du blessé cessa de refléter la splendeur de l’arbre en fête ; il baissa la tête, regarda le lit, les jambes maigres et ulcérées qui étaient ses jambes, le vase de verre plein de liquide louche, la sonde, toutes ces choses incompréhensibles, et il dit en bégayant d’étonnement :

 - Mais… mais quoi c’est qu’il y a donc ? Quoi c’est qu’il y a donc ? »

Et cette sinistre histoire de comptabilité des morts dans un hôpital. Histoire qui nous montre la déshumanisation qui pouvait gagner certains dans les hôpitaux militaires. Le décompte des morts par rapport aux entrants et aux blessés sauvegardés faisait apparaître, dans cette sinistre comptabilité un mort de trop.



« - Sept ! Sept seulement ! Vous ne devez avoir que sept cadavres. Vous êtes un cochon ! Qui est-ce qui vous l’a donné ce mort là ? Je n’en veux pas. Il n’est pas sur mon compte. D’où vient-il seulement ce mort-là ?

Avec son brancardier, le docteur Poisson enquêta de baraque en baraque demandant :

Est-ce que c’est vous qui nous envoyez des morts sans papiers ?

Evidemment les paroles du Dr Poisson prêtaient plutôt à la moquerie. Les subalternes en bien riaient en-dessous ou bien prenaient peur mais tous répondirent

- Un mort sans identité ? Oh ! Monsieur le médecin-chef, ce n’est pas sûrement de chez nous. 

Rentrés bredouille dans son bureau, le médecin-chef n’en revenait toujours pas !

- Voilà ! Il en est rentré 1.236. Il en est sorti 561. Comprenez-vous ? A cette heure, il en reste ici 674. Celui-là qui est en trop ! Et on ne sait pas ce qu’il est ! Nous sommes frais, nous sommes frais ! »

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05/01/2018

Dans les tranchées: Témoignage de Guillaume APPOLINAIRE.

Témoignage de Guillaume APPOLINAIRE.

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Guillaume Apollinaire (Wilhelm de Kostrowitzky) est né à Rome d'un officier italien et d'une française originaire de la noblesse polonaise.

 

Il est considéré comme l'un des poètes français les plus importants du début du 20° siècle.

 

En 1914, il s'engage comme artilleur dans l'armée française. Blessé à la tête en 1916, il doit être trépané et suit une longue convalescence. Guillaume Apollinaire meurt de la grippe espagnole, deux jours avant l'Armistice, le 9 novembre 1918. Il est néanmoins déclaré mort pour la France en raison de son engagement durant la guerre.

 

Voici, dans une lettre, son témoignage sur les tranchées :

 

« Mon Lou,


je suis donc retourné aux tranchées de fantassins pour service. Je devais trouver l’adjudant observateur que naturellement n’ai pas pu trouver après l’avoir cherché pendant six heures dans les tranchées sans arrêter de marcher de boyau en boyau.

 
Je me suis rendu compte aujourd’hui de ce que sont ces tranchées : Muraille de Chine, plus frêle que cette muraille de Chine dont on se moquait tant dans les récits de voyage où j’en ai lu la description. 

...

 

Les tranchées blanchoient dans la plaine. On dirait qu’on fait le Métro. Nous arrivons aux tranchées et entrons dans le premier boyau. 2 mètres de haut, 1 mètre de large. Jusqu’à un mètre et demi depuis le sol, c’est de la craie : blanc de neige. Tout cela est d’une propreté minutieusement extraordinaire. Pas un fétu de paille, pas un papier. Tous les 4 ou 5 mètres, un garage semi-circulaire permet à un homme de se mettre de côté, afin de laisser passer ceux qui viennent en sens contraire. En face, se trouve un puisard. Les boyaux ont des noms : Boulevart  Bonaparte, Boulevart Allemand, Boulevart Mort aux Boches, Boyau Fabert, Boyau Gabrielle, Boyau de la Rose, Boyau de la Marquise, Boyau des Foireux. Tout cela s’entrecroise infiniment. C’est, je te l’ai dit, la muraille de Chine, mais en creux. C’est un vrai dédale. Minos avec sa tête de vache s’y croirait dans son labyrinthe, qui était carré somme toute, mais pas d’Ariane, les Arianes sont complètement absentes. »

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Et voici un de ses poèmes:

Et combien j'en ai vu

Et combien j'en ai vu qui morts dans la tranchée
Étaient restés debout et la tête penchée
S'appuyant simplement contre le parapet

J'en vis quatre une fois qu'un même obus frappait
Ils restèrent longtemps ainsi morts et très 
crânes
Avec l'aspect penché de quatre tours 
pisanes

Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit
Dans les 
éboulements et la boue et le froid
Parmi la 
chair qui souffre et dans la pourriture
Anxieux nous gardons la route de Tahure

J'ai plus que les trois cœurs des poulpes pour souffrir
Vos cœurs sont tous en moi je sens chaque blessure
Ô mes soldats souffrants ô blessés à mourir

Cette nuit est si belle où la balle roucoule
Tout un fleuve d'obus sur nos têtes s'
écoule
Parfois une 
fusée illumine la nuit
C'est une fleur qui s'ouvre et puis s'évanouit
La terre se lamente et comme une marée
Monte le 
flot chantant dans mon abri de craie
Séjour de l'insomnie incertaine maison
De l'
Alerte la Mort et la Démangeaison

O poète des temp à venir o chanteurs
Je chante la beauté de toutes nos doleurs
J’en ai saisi des traits mais vous saurez bien mieux
Donner un sens sublime aux gestes glorieux
Et fixer la grandeur de ces trépas 
pieux
L’un qui 
détend son corps en jetant des grenades
L’autre ardent à tirer 
nourrit les fusillades
L’autre les bras ballants porte des 
seaux de vin
Et le prêtre-soldat dit le secret divin.

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03/01/2018

Dans les tranchées: Témoignage de Blaise CENDRARS.

Témoignage de Blaise CENDRARS

 

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La Main coupée est une œuvre autobiographique de Blaise CENDRARS (1887-1961) dans laquelle il évoque son expérience de la guerre 14-18.

 

Blaise CENDRARS, citoyen suisse, aurait facilement et sans qu'aucun reproche lui soit adressé, échappé au cataclysme. Il détestait la guerre et pourtant il s'est engagé pour la faire comme volontaire étranger dans l'armée française. Il perdit la main droite au combat le 28 septembre 1915. 

 

Dès 1918, il avait entrepris une première version de La Main coupée, restée inachevée et fort différente du récit qu'il publiera en 1946. Cette seconde version a paru près de trente ans après la fin de la Première Guerre, un délai exceptionnellement long.

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Dans ce livre Blaise CENDRARS décrit la vie dans les tranchées durant la première guerre mondiale. Il fourmille d'anecdotes qui vont du comique au tragique, teintées d'amertume et de dépit devant l'incompétence et l'incongruité de la hiérarchie. Anarchiste et libertaire, ( ce qui peut sembler contradictoire avec son engagement volontaire ), il dénonce l'incurie, l'incompétence et la lâcheté de l'état-major, des officiers, et des planqués de l'arrière. "La Main Coupée" est en fait un plaidoyer contre la guerre qui évoque un passé douloureux.

 

Avec une froide lucidité, il montre comment la civilisation européenne a sabordé ses valeurs pour se transformer en machine de guerre. Effectivement, à l'issue de la guerre, on peut dire que l'Europe entière était perdante.

 

 " Ce simple mot, pluie, qui ne signifie rien pour un civil ayant un toit au-dessus de la tête, contient à lui seul toute l'horreur pour un soldat sur le champs de bataille"

Nous étions remontés en ligne devant Herbécourt, dans la tranchée Clara, où tout l'héroïsme consistait de résister durant quatre jours à la succion de la boue qui faisait ventouse par en bas... Pour un sale coin c'était un sale coin, un lac de bouillasse d'où émergeaient des tas de boue qui s'arrondissaient en forme de croûtes molles et boursoufflées que crevaient les obus qui faisaient jaillir des geysers giclant épais à différentes hauteurs, le trou des entonnoirs se remplissant lentement mais inexorablement d'une eau lourde et crayeuse. Dans ce magma les hommes glissaient, sautaient, nageaient, étaient le plus souvent sur le dos ou sur le ventre que sur pieds et, comme des naufragés vidés dans un lagon, allaient munis d'une grosse canne ou d'un bâton, pataugeaient, s'enlisaient perdaient le fond, plongeaient dans la flotte jusqu'au menton, se cramponnaient à des pieux ou à des bouts de planche coincés entre deux monticules bavants ou fichés de travers le long des parois glissantes comme les échelons d'une échelle démantibulée dont les deux bouts eussent été engloutis, et les hommes se sentaient perdus et restaient cramponnés à leurs misérables appuis, comme suspendus au bord du gouffre qui digérait tout ce qui y tombait, et si l'immonde bouillasse ne montait pas jusqu'à leur instable point d'appui pour leur faire lacher prise à la longue, on voyait dans leurs yeux monter l'horreur et le détresse au fur et à mesure qu'ils prenaient conscience de leur situation et sentaient grandir leur faiblesse. »

Et toujours, cette obsession de la boue :

« C’était le bout du monde et nous ne savions pas au juste où finissaient nos lignes et où commençaient les lignes allemandes, les deux tracés se perdant dans une prairie marécageuse plantée de jeunes peupliers jaunissants, maladifs et rabougris qui s’étendait jusqu’aux marais, où les lignes s’interrompaient forcément pour reprendre de l’autre côté de la vallée inondée et des méandres compliqués de la Somme, sur l’autre rive, à Curlu, haut perché, et au-delà. »

Et ce récit, cette aventure d'un soldat blessé que l'on avait cru mort et déjà enterré:

« Est ce que je suis vraiment mort, caporal ? je l’ai cru quand vous m’avez flanqué des pelletées de terre sur la figure et que je vous ai entendus vous éloigner. Oui, j’étais bien mort ou tout au moins en train de crever pour de bon, lentement, sûrement, et je tournais de l’oeil quand une douleur fulgurante m’a fait revenir à moi. C’était ce bon dieu d’obus qui m’a emporté la jambe et qui m’avait déterré et envoyer dinguer à 100 mètres. Alors, je me suis mis à gueuler. Oh, veine ! ma voix sortait et l’on est venu le ramasser. Mais si vous, salauds, n’étiez pas venus me changer de place, jamais le deuxième obus ne m’aurait trouvé justement là pour me prendre la jambe et me rendre la voix, et j’aime mieux parler que courir »

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02/01/2018

Dans les tranchées: témoignage de Roland DORGELES.

Témoignage de Roland DORGELES.

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Roland Dorgelès (1886-1973), avant 1914, journaliste o L'Homme Libre dirigé par Georges CLEMENCEAU.

 

Deux fois réformé lorsqu'il avait vingt ans, il insiste fois pour partir au front, en dépit de l'avis de sa compagne et de sa famille. Engagé volontaire au front comme fantassin, il a pris des notes tout au long de la guerre. En 1918, il commence à écrire Les Croix de bois, à partir de ces notes.

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Ce roman décrit le quotidien des combattants français. Dans ce livre, la mort est présente à chaque page comme toutes ses épouvantes de la vie dans les tranchées.

 

Le titre évoque l'image des cimetières militaires provisoires. Les Croix de bois , ce sont les croix provisoires fabriquées à la hâte pour la tombe des morts «  au champ d'honneur ». Il obtint le Prix Femina en 1919 et le roman connut un extraordinaire succès.

 

A l'époque, en 1919, cette littérature du front rencontre un grand succès auprès du public et des jurys littéraires. Les Croix de Bois est un de ces romans portant une valeur documentaire, un témoignage précieux.

 

Ce roman cité fréquemment par les auteurs actuels qui s’avisent d’écrire sur la Première Guerre mondiale est une référence. Les croix de bois est un roman pacifiste dans le sens où, en le lisant, on devient fatalement pacifiste. Mais ce n'est pas un roman idéologique ni non plus revendicatif mais un roman vrai, descriptif. C’est un livre triste mais dans lequel Dorgelès a accordé beaucoup de place à l’amitié, à l’humour, aux blagues que se faisaient les poilus entre eux. C’est paradoxalement un roman plein de vie. C'est un hymne à la camaraderie, aux petits, aux sans-grades.

 

DORGELES dirigera une association d'Anciens Combattants. Comme BARBUSSE. Mais l'association dirigée par BARBUSSE fut d'essence révolutionnaire.

 

Il n'y a pas ici d'éructations comme chez CELINE.

 

Dans cet ouvrage apparaît aussi le désir de vivre de « poilus » et aussi, paradoxalement leurs moments de joie, leur bonne humeur. Il écrit :

 

« Une telle joie était en vous qu'elle dominait les pires épreuves. Dans la boue des relèves, sous l'écrasant labeur des corvées, devant la mort même, je vous ai entendus rire, jamais pleurer...Etait-ce votre âme, mes pauvres gars que cette blague divine qui vous faisait plus forts?» 

 

Voici d'autres extraits: 

 

« Sans regarder, on sauta dans la tranchée. En touchant du pied ce fond mou, un dégoût surhumain me rejeta en arrière, épouvanté. C'était un entassement infâme, une exhumation monstrueuse de Bavarois cireux sur d'autres déjà noirs, dont les bouches tordues exhalaient une haleine pourrie, tout un amas de chairs déchiquetées, avec des cadavres qu'on eût dit dévissés, les pieds et les genoux complètement retournés, et, pour les veiller tous, un seul mort resté debout, adossé à la paroi, étayé par un monstre sans tête.

(...) On hésitait encore à fouler ce dallage qui s'enfonçait, puis, poussés par les autres, on avança sans regarder, pataugeant dans la Mort...

Et encore:

« D’un parapet à l’autre, les hommes courent sans savoir, trébuchant, se poussant. Beaucoup culbutent, la tête lourde, les reins plies, et les tombes en vomissent toujours d’autres, dont les shrapnells et les fusées découvrent les silhouettes traquées. Au centre, devant le saint impassible, les torpilles piochent, hachant les soldats sous les dalles, écrasant les blessés au pied des croix. Dans les tombes, sur les gravats, cela geint, cela se traîne. Quelqu’un s’abat près de moi et me saisit furieusement la jambe, en râlant. Les coups précipités nous cognent sur la nuque. Cela tombe si près qu’on chavire, aveuglé d’éclatements. Nos obus et les leurs se joignent en hurlant. On ne voit plus, on ne sait plus. Du rouge, de la fumée, des fracas… Quoi, est-ce leur 88, ou notre 75 qui tire trop court ?… Cette meute de feu nous cerne. Les croix broyées nous criblent d’éclats sifflants… Les torpilles, les grenades, les obus, les tombes même éclatent. Tout saute, c’est un volcan qui crève. La nuit en éruption va nous écraser tous…

Au secours ! Au secours ! On assassine des hommes ! »

Et aussi:

« On entend monter des gourbis la respiration de ceux qui dorment : on dirait que la tranchée geint comme un enfant malade. Transi, je me remets à danser comme un ours devant mon créneau noir, sans penser à rien qu’à l’heure qui s’écoule. Nez à nez, les bras croisés, les hommes sautillent pesamment en bavardant, ou battent la semelle d’un rythme régulier. La nuit s’anime de ce bruit cadencé. Dans le cheminement, dans le boyau, la terre gercée résonne sous tous ces pieds cloutés. Toute la tranchée danse, cette nuit. Tout le régiment danse, cette veille d’attaque, toute l’armée doit danser, la France entière danse, de la mer jusqu’aux Vosges… Quel beau communiqué pour demain !

Fatigué, je ne saute plus. Accoudé au parapet, je pense vaguement à des choses… Puis ma tête tombe tout d’un coup et je me redresse… C’est bête, je m’endormais. Je regarde ma montre à mon poignet : encore deux heures. Jamais je ne pourrai attendre minuit, jamais. J’écoute, avec envie, le ronflement d’un camarade qui « en écrase » dans son trou. Si je pouvais me glisser près de lui, sur la paille tiède, la tête sur son oreiller de sacs à terre, et dormir… Mes yeux se ferment délicieusement en y pensant… »

 

29/12/2017

Dans les tranchées: témoignage de CELINE, l'écrivain maudit.

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT.

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Faut-il boycotter Voyage au bout de la nuit du fait de ce que l'on sait sur son auteur, une personne absolument méprisable ?

Ou faut-il le lire comme la réalisation de cette cette personne écrite dans un moment de génie ? Il serait dommage de ne pas le lire sous le seul prétexte que son auteur est CELINE. Mais, en le lisant, on doit quand même avoir bien en mémoire son comportement par après.

On présente souvent Louis-Ferdinand DESTOUCHES dit CELINE comme l’une des figures essentielles des écrivains-combattants. Est-ce bien mérité ?

 

Cette représentation du CELINER en soldat des tranchées est présente depuis 1932. C'est alors qu'il a publié « Voyage au bout de la nuit », livre qui n'est d'ailleurs pas consacré entièrement à la guerre de 14-18 et à la vie dans les tranchées. Le récit de son expérience du front, trois mois de guerre de mouvement, se résume à une centaine de pages qui ouvrent ce roman.

 

C'est pourtant un auteur maudit. Pourquoi en parler ici, en soldat des tranchées, alors que, par après, il a porté bien d’autres masques nauséabonds ? Certains contestent d'ailleurs qu'on puisse le présenter comme un témoin majeur

 

Il n'empêche, il fut un témoin et un acteur des souffrances morales et physiques subies au front. On ne peut pas douter de l'authenticité de son témoignage. D'autant plus qu'il se met en scène et raconte ses impressions, pas toujours, loin de là, à son avantage. Un exemple, non puisé dans le roman mais dans une lettre envoyée à ses parents le 20 août 1916:

« je ne me connais encore que deux infirmités, une paralysie radiale qui m’a rapporté la médaille militaire – et une légère phobie inconstante qui ne m’a encore rien rapporté. » Manifestement, et il ne s'en cache pas, il vise à monnayer son état.

 

C'est pourquoi certains doutent de son aura de combattant patriote et héroïque Pour eux, ces pages entreraient de façon délibérée, dans une stratégie d’affirmation de soi.

 

Les références à son passé glorieux d’ancien combattant auraient avant tout permis d’assurer la meilleure diffusion possible aux idées nauséabondes des pamphlets des années 1930-1940, avant d’être exhibées pour la défense du proscrit au moment de l’Épuration.

 

Mais n'empêche, c'est un témoignage. Et un témoignage fort. Voyage au bout de la nuit est un récit à la première personne dans lequel le personnage principal, Bardam raconte son expérience de la guerre de 14-18, de ses occupations en Afrique, des Etats-Unis, de l'entre-deux-guerres et de la condition sociale en général.

 

Ces cent pages sont une dénonciation des horreurs de la guerre, dont le pessimisme imprègne toute l'oeuvre.

 

Voici des extaits:

 

« Lui, notre colonel, savait peut-être pourquoi ces deux gens-là tiraient, les Allemands aussi peut-être qu’ils savaient, mais moi, vraiment, je savais pas. Aussi loin que je cherchais dans ma mémoire, je ne leur avais rien fait aux Allemands. J’avais toujours été bien aimable et bien poli avec eux. Je les connaissais un peu les Allemands, j’avais même été à l’école chez eux, étant petit, aux environs de Hanovre. J’avais parlé leur langue. C’était alors une masse de petits crétins gueulards avec des yeux pâles et furtifs comme ceux des loups ; on allait toucher ensemble les filles après l’école dans les bois d’alentour, où on tirait aussi à l’arbalète et au pistolet qu’on achetait même quatre marks. On buvait de la bière sucrée. Mais de là à nous tirer maintenant dans le coffret, sans même venir nous parler d’abord et en plein milieu de la route, il y avait de la marge et même un abîme. Trop de différence. La guerre en somme c’était tout ce qu’on ne comprenait pas. Ça ne pouvait pas continuer.

...................

Donc pas d’erreur? Ce qu’on faisait à se tirer dessus, comme ça, sans même se voir, n’était pas défendu ! Cela faisait partie des choses qu’on peut faire sans mériter une bonne engueulade. C’était même reconnu, encouragé sans doute par les gens sérieux, comme le tirage au sort, les fiançailles, la chasse à courre !... Rien à dire. Je venais de découvrir d’un coup la guerre tout entière. J’étais dépucelé. Faut être à peu près seul devant elle comme je l’étais à ce moment-là pour bien la voir la vache, en face et de profil. On venait d’allumer la guerre entre nous et ceux d’en face, et à présent ça brûlait ! Comme le courant entre les deux charbons, dans la lampe à arc. Et il n’était pas près de s’éteindre le charbon ! On y passerait tous, le colonel comme les autres, tout mariole qu’il semblait être et sa carne ne ferait pas plus de rôti que la mienne quand le courant d’en face lui passerait entre les deux épaules.

...................

Il se remit à pleuvoir, les champs des Flandres bavaient l’eau sale. Encore pendant longtemps je n’ai rencontré personne, rien que le vent et puis peu après le soleil. De temps en temps, je ne savais d’où, une balle, comme ça, à travers le soleil et l’air me cherchait, guillerette, entêtée à me tuer, dans cette solitude, moi. Pourquoi ? Jamais plus, même si je vivais encore cent ans, je ne me promènerais à la campagne. C’était juré. »

Après les considérations sur l'absurdité de la guerre et sur les capacités morales des supérieurs, on retrouve, dans le dernier paragraphe la même obsession de la boue dans les tranchées.

 

Hélas, CELINE n'a pas écrit que ce livre. Dès 1937, il publie « Bagatelles pour un massacre ». Un livre ouvertement antisémite. Il semble en vouloir personnellement aux juifs qu'il accuse de ses échecs. Une phrase en dit long :

« Mais si HITLER me disait Ferdinand, c’est le grand partage ! on partage tout ! il serait mon pote ! les juifs ont promis de partager, ils ont menti comme toujours… »

En 1938, autre pamphlet antisémite, L'école des cadavres. Dans lequel, de la page 20 à 305, se déroule une longue diatribe : le monde entier est « enjuivé » et que de là viennent tous les maux actuels de l’époque. La solution, pour Céline, repose sur un rapprochement entre une France débarrassée de la démocratie parlementaire, de ses Juifs et Francs-maçons, et l'Allemagne nazie. Avec cette phrase :

« Moi, je veux qu'on fasse une alliance avec l'Allemagne, et tout de suite, et pas une petite...Union franco-allemande. Alliance franco-allemande. Armée franco-allemande... »

En 1941, rebelote avec Les beaux draps. Ouvrage publié sous l'Occupation, dans lequel il exprime son aversion des Juifs et des francs-maçons, son dégoût de la démocratie parlementaire, mais aussi sa sympathie pour l'Occupant.

Nous sommes loin du Voyage au bout de la nuit. Encore que transparaissent déjà certaines idée comme le déni du patriotisme.

Peut-on être considéré comme un des plus grands écrivains français du XXème siècle après avoir non seulement tenu des propos et publié des propos fortement injurieux, racistes, xénophobes, homophobes et très accablants d'antisémitisme ?



18:49 Écrit par P.B. dans Actualité, Général, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

28/12/2017

Dans les tranchées: aujourd'hui le témoignage dHenri BARBUSSE.

Témoignage de Henri BARBUSSE

" LE FEU "

 

le Feu.jpg

« Le grand ciel pâle se peuple de coups de tonnerre : chaque explosion montre à la fois, tombant d’un éclair roux, une colonne de feu dans le reste de nuit et une colonne de nuée dans ce qu’il y a déjà de jour. Là-haut, très haut, très loin, un vol d’oiseaux terribles, à l’haleine puissante et saccadée, qu’on entend sans les voir, monte en cercle pour regarder la terre.

 

La terre ! Le désert commence à apparaître, immense et plein d’eau, sous la longue désolation de l’aube. Des mares, des entonnoirs, dont la bise aiguë de l’extrême matin pince et fait frissonner l’eau ; des pistes tracées par les troupes et les convois nocturnes dans ces champs de stérilité et qui sont striées d’ornières luisant comme des rails d’acier dans la clarté pauvre ; des amas de boue où se dressent çà et là quelques piquets cassés, des chevalets en X, disloqués, des paquets de fil de fer roulés, tortillés, en buissons. Avec ses bancs de vase et ses flaques, on dirait une toile grise démesurée qui flotte sur la mer, immergée par endroits. Il ne pleut pas, mais tout est mouillé, suintant, lavé, naufragé, et la lumière blafarde a l’air de couler. On distingue de longs fossés en lacis où le résidu de nuit s’accumule. C’est la tranchée. Le fond en est tapissé d’une couche visqueuse d’où le pied se décolle à chaque pas avec bruit, et qui sent mauvais autour de chaque abri, à cause de l’urine de la nuit. Les trous eux-mêmes, si on s’y penche en passant, puent aussi, comme des bouches. »

 

Henri BARBUSSE a retranscrit fidèlement, lors de la première guerre mondiale ce qu'il a vu et ressenti sur le front. Ce livre publié en Novembre 1916 par Flammarion remporta le Prix Goncourt. Ce livre est considéré dans le monde entier comme un des chefs-d’œuvre de la littérature de guerre.

 

Chez Henri BARBUSSE, sa tentative de traduire les horreurs de la Première Guerre mondiale continue, cent ans plus tard, à capter l'imagination. Ce qui le hante, c’est la situation dans les tranchées. La même obsession que GENEVOIX: la boue, la puanteur…En fait, la réalité de la guerre. La pluie transforme le champ de bataille en une inondation universelle, elle constitue l'expression la plus horrible de la guerre.

 

Le monde de la guerre, se réduit à un décor de boue, de mares, de fossés. Les conditions matérielles de vie sont extrêmes, l'eau arrive même à tuer les soldats, alors que les tranchées sont faites pour les protéger. Elles deviennent des pièges effroyables et les combattants sont des errants de marécage. Les soldats sont contraints d'y mener une vie de troglodytes.

 

 

 

Henri BARBUSSE avait connu lui-même la vie des tranchées dès 1915, d’abord comme soldat d’escouade, puis comme brancardier au 231e régiment d’infanterie où il s’était engagé. C’est en majeure partie dans les hôpitaux que le livre fut écrit.

 

Dans ce livre, il manifeste ses aspirations pacifistes.

 

Il décrit dans un autre chapitre la réalité d’une attaque:

 

« C´est le barrage. Il faut passer dans ce tourbillon de flammes et ces horribles nuées verticales. On passe. On est passé, au hasard; j´ai vu, çà et là, des formes tournoyer, s´enlever et se coucher, éclairées d´un brusque reflet d´au-delà. J´ai entrevu des faces étranges qui poussaient des espèces de cris, qu´on apercevait sans les entendre dans l´anéantissement du vacarme. Un brasier avec d´immenses et furieuses masses rouges et noires tombait autour de moi, creusant la terre, l´ôtant de dessous mes pieds, et me jetant de côté, comme un jouet rebondissant. Je me rappelle avoir enjambé un cadavre qui brûlait, tout noir, avec une nappe de sang vermeil qui grésillait sur lui, et je me souviens aussi que les pans de la capote qui se déplaçait près de moi avaient pris feu et laissaient un sillon de fumée. À notre droite, tout au long du boyau 97, on avait le regard attiré et ébloui par une file d´illuminations affreuses, serrées l´une contre l´autre comme des hommes.
- En avant!

Maintenant, on court presque. On en voit qui tombent tout d´une pièce, la face en avant, d´autres qui échouent, humblement, comme s´ils s´asseyaient par terre. On fait de brusques écarts pour éviter les morts allongés, sages et raides, ou bien cabrés, et aussi, pièges plus dangereux, les blessés qui se débattent et qui s´accrochent. »

 

Plus tard, après la guerre, Henri BARBUSSE devint membre de l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires.

 

Il serait aussi très curieux d’étudier la façon dont, politiquement, les écrivains-combattants ont évolué après la guerre. Entre BARBUSSE devenu communiste et CELINE, devenu le personnage ignoble que l’on sait, il y a de la marge...

 

Barbusse4.jpg

 

18:55 Écrit par P.B. dans Actualité, HISTOIRE, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |