17/10/2014

L'enfer de la boue des tranchées ( Henri BARBUSSE )

 

Dans la boue des tranchées.

 

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Comme d’autres écrivains mobilisés sur les lignes du front, Henri BARBUSSE dans « Le feu » décrit ce tableau apocalyptique du champ de bataille où les fantassins se confondent avec la boue des tranchées :

 

« On ne peut déterminer l’identité de ces créatures : ni à leur vêtement couvert d’une épaisseur de fange, ni à la coiffure : ils sont nu-tête ou emmaillotés de laine sous leur cagoule fluide et fétide ; ni aux armes : ils n’ont pas leur fusil, ou bien leurs mains glissent sur une chose qu’ils ont traînée, masse informe et gluante, semblable à une espèce de poisson.

Tous ces hommes à la face cadavérique, qui sont devant nous et derrière nous, au bout de leurs forces, vides de paroles comme de volonté, tous ces hommes chargés de terre, et qui portent leur ensevelissement se ressemblent comme s’ils étaient nus.

De cette nuit épouvantable, il sort d’un côté ou d’un autre quelques revenants revêtus exactement du même uniforme de misère et d’ordure.

A une époque, je croyais que le pire enfer de la guerre ce sont les flammes des obus, puis j’ai pensé longtemps que c’était l’étouffement des souterrains qui se rétrécissent éternellement sur nous. Mais, non, l’enfer, c’est l’eau ».

 

 

20:02 Écrit par P.B. dans Actualité, Général, HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | | Digg! Digg

15/10/2014

CONSTANT-LE-MARIN: Liégeois, patriote, champion du monde.

CONSTANT-LE-MARIN.

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CONSTANT-LE-MARIN qui s'appelait, en réalité Henri HERD, est né en 1884, à LIEGE, dans le quartier d'Outremeuse, dans la rue Porte-aux-Oies, une étroite ruelle qui donne sur la rue Puits-en-Sock.

 

CONSTANT-LE-MARIN, avec son parcours mouvementé et atypique, est une grande figure liégeoise et un véritable héros populaire. Ce titre de « Héros populaire », il le mérite pour plusieurs raisons.

 

Il s’est fait connaître à l’échelle internationale en tant que champion de lutte gréco-romaine. En fait, cela devait ressembler au catch actuel. En 1901, à 17 ans, Henri HERD avait déjà attiré l'attention en remportant coup sur coup plusieurs compétitions. Deux fois champion du monde de lutte, il était l'idole des Liégeois, attirant des foules considérables à chaque combat. Sa célébrité a vraiment décollé au moment de l’Exposition universelle de 1905 à LIEGE.

 

Pourquoi ce surnom de CONSTANT-LE-MARIN ? Il avait été épaté par les exploits de son modèle, le lutteur CONSTANT-LE-BOUCHER (un boucher de FLORENNES). Il prend le surnom de CONSTANT-LE-MARIN en hommage et aussi, par analogie, pour ressembler à celui-ci. Il n'avait rien à voir, de près ni de loin, avec la marine...sauf qu'il voulait voyager dans le monde entier comme un marin...

 

Ce rêve fut réalisé. D'abord comme lutteur: devenu catcheur professionnel, il fut plusieurs fois sacré champion du monde de lutte, notamment à BUENOS AIRES, en 1913.

 

Mais, c'est aussi un héros de la guerre de 14-18. Il fit partie, de 1915 à 1917, de l'incroyable épopée de l'armée belge sur le front russe et en SIBERIE durant la première guerre mondiale, Il devint maréchal des logis. Dans cette unité, il était aux côtés de deux autres liégeois devenus célèbres par après: le poète et homme politique Marcel THIRY et Julien LAHAUT, futur dirigeant du Parti communiste.

 

Ce Corps avait été formé en France par le major COLLON en 1915. Il était constitué de dix auto-canons-mitrailleuses, de motos, de vélos, de camions et de 300 volontaires belges. Placé sous le commandement russe, le Corps participa notamment, en Galicie (Pologne), à des combats contre les Autrichiens et les Allemands.

 

Dans cette expédition, il s’est particulièrement distingué, après une expédition assez incroyable, un retour avec l’Orient-Express, un défilé et des acclamations sur la 5e Avenue à NEW YORK. Une citation de 1917 glorifie la dernière d'une série d'actions d'éclats accomplies par le maréchal des logis Henri HERD, sur le front russe, dans le Corps des autos-canons-mitrailleuses. Je cite: «Sous-officier très brave et très courageux, animé d'un grand esprit de sacrifice et d'un réel mépris du danger. Chef d'une voiture blindée depuis le début de la campagne, a toujours été un exemple pour ses sous-ordres. A été sérieusement blessé en accomplissant une mission et, au prix de souffrances inouïes, est parvenu à rejoindre nos lignes»

 

Il subit de graves blessures. Au cours d'une attaque, frappé de trois balles, il saute de son véhicule détruit par les tirs ennemis, se jette dans un trou d'obus d'où, malgré d'horribles blessures, il se traîne vers ses lignes. Lorsqu'on le trouve, il faut cinq hommes pour le haler vers l'arrière. Il sera sauvé grâce, notamment, à un de ses neveux, engagé sur le même champ de bataille. Il recevra les Croix de St-Georges, les plus hautes distinctions militaires octroyées par le tsar Nicolas II.

 

La campagne de RUSIE lui avait coûté de nombreuses blessures. Sa cuisse gauche était gravement atteinte. Après la guerre, à force de volonté, il redeviendra le champion du monde qu'il avait été. Ce fut en 1921. On comprend qu'il dut faire preuve d'un courage exemplaire pour s'entraîner de nouveau et récupérer son titre !

 

Ardent patriote, en 1940, il veut à nouveau s'engager. Mais il a près de 57 ans, l'armée ne veut plus de lui. Il se rendra en FRANCE pour aider à l'organisation des réfugiés belges et s'embarquera de justesse sur le dernier bateau en partance pour l'Amérique d'où il ne reviendra qu'en 1946.

 

Cet enfant d'Outremeuse est mort à LIEGE, sa ville natale, en 1965. Il avait fait le tour du monde, même plusieurs fois, comme il se l'était promis. Il fut inhumé dans la caveau familial au Cimetière de ROBERMONT.

CONSTANT-LE-MARIN est un homme du peuple à citer en exemple pour son patriotisme et son courage. A 56 ans, il repart à l'action contre les nazis. A méditer à une époque où certains banalisent la collaboration qui n'aurait été " qu'une erreur".

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En 1988, le 14 août, une plaque commémorative a été apposée rue Porte-aux-Oies.

 

 

 

10/10/2014

Monument aux Morts de CLAVIER.

MONUMENT AUX MORTS 

DE CLAVIER.

L'ancienne commune de CLAVIER présente quelques particularités qui perturbent les visiteurs qui cherchent leur route. 

Tout d'abord, elle est subdivisées en plieurs villages qui ont une vie pratiquement autonome. Quant à CLAVIER même, deux villages portent ce nom: Clavier-Station et Clavier-Village, distants de quelques kilomètres.

Clavier-Village est le centre de la commune...qui présente la particularité d'être le plus petit village de l'ensemble. C'est là que l'on trouve l'église paroissiale ( bien qu'il y en ait une autre à Clavier-Station ), la Maison Communale et le Cimetière.

Le véritable centre attractif se trouve en fait à Clavier-Station. 

Sur la façade de la Maison Communale, aucune trace de la fameuse "Plaque provinciale" liégeoise. Sur aucune place de la commune, aucun Monument aux Morts. 

Pour trouver le Monument aux Morts, il faut se rendre au Cimetière où on finit par le découvrir en examinant bien tous les monuments. De loin, sans cet examen attentif, pas grand chose ne le distingue.

Par dessus le mur du cimetière, on aperçoit la Maison Communale.

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Le Monument est mutilé. C'est regrettable car un subside aurait pu être obtenu pour le restaurer ! Ou, en tout cas, aurait pu être demandé. A noter cependant que cet édicule est bien fleuri par un rosier.

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La base du Monument: un lion sur un drapeau. Lion à l'expression assez agressive.

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Voici les flancs du Monument: des combattants français sont honorés. Sur un flanc, les français; sur l'autre flanc, les belges.

Deux tombes d'anciens combattants, dans le cimetière. Avec plaques de la FNC.

 

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09/10/2014

Le KRONPRINZ et la presse satirique française.

Le KRONPRINZ

 

Tête de Turc des revues satiriques.

 

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«  La BAÏONNETTE » est un hebdomadaire satirique français. Il est entièrement consacré à la guerre. Il parut pour la première fois en 1915 ( le 23 janvier ) sous le titre " A la Baïonnette ". Dès juillet de la même année, son titre fut légèrement modifié . Il devint « La Baïonnette ». Il paraîtra sous ce titre jusqu'en 1919. 

 

Le titre est à l'image des premiers dessins, tout en charge contre l'ennemi. Dans l'image ci-dessus, c'est le KRONPRINZ qui en fait les frais. Le journal s'en prend d'ailleurs volontiers au Kronprinz.

 

Le KRONPRINZ aimait se donner l'image d'un combattant chevaleresque qui respectait les adversaires vaincus qui s'étaient bien battus. Ci-dessus, par un seul dessin qui valait plus qu'un long texte, on lui brosse son tableau: un bellâtre affublé d'un ridicule couvre-chef ( la fameux colback «  à tête de mort » ) mais qui ne laisse derrière lui que ruines et incendies. On a inversé le dessin: la tête de mort pour le personnage lui-même et l'image de la figure sur le colback !


Elle traita néanmoins avec humour et justesse de la vie des soldats, brossant sur le ton de la satire certains sujets, sans excès.

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Toujours dans le même esprit, la comparaison entre la "Marianne" française, fraîche, jeune et joyeuses et "Germania", marâtre casquée, bougonne, râleuse...

 Le sous-titre en dit long " Histoire d'un bonnet et d'un casque "

Dès le début de la guerre, la presse humoristique fut placée devant un dilemme: se mettre au service de la cause nationale ou disparaître. Bien des titres interrompirent leur publication. Pour certains, ce ne fut qu'une suspension suivie rapidement d'une reprise dans le ton attendu, c'est-à-dire contribuer à la propagande pour l'effort de guerre. De nouvelles publications apparurent. C'est le cas de « A la baïonnette ». D'autres nouveaux titres parurent également tel « Le Mot » fondé par Paul IRIBE associé à COCTEAU.

 

Apparaît aussi en septembre 1915, « Le Canard enchaîné »  quise distingue par une volonté critique à l'égard de la propagande. Son titre parodie le journal « L'Homme libre » de Georges CLEMENCEAU.

 

Finalement, de cette époque, seul « Le canard enchaîné » continue, depuis presque cent ans sa parution.

 

 

Les Hussards "à tête de mort", le Kaizer et le Kronprinz.

Les « Hussards à tête de mort »,

Le KAIZER

et

Le KRONPRINZ.

 

A côtés des Uhlans dont nous avons déjà parlé existait une autre formation dotée d'une auusi mauvaise renommée: les Hussards, dits « Hussards à tête de mort » ou plus populairement « Hussards de la mort ».

 

A l'origine, les hussards n’étaient encore que des bandes armées sans discipline, sans vergogne et sans peur, des maraudeurs effrayants. Ils sont issus de la tradition hongroise. D'ailleurs, le Colback, élément le plus saisissant de l’uniforme, vient en droite ligne de cette tradition. Les 1er, 2ème et 17ème Régiments de Hussards, devenus des unités d’élite de l’Armée allemande, ont conservé cette double tradition: la mission de terroriser l’adversaire...et le port du colback. Ils étaient pourvus d'un uniforme très extravagant. Ce qui frappait surtout et inquiétait, c'était le colback garni d'une tête de mort ricanant sertie de fourrure. Cet impressionnant couvre-chef arborant l’insigne aux tibias croisés s'appelle « colback ». Très vite, ceux qui le portaient furent surnommés les « Hussards de la Mort ».

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Lorsque la Grande Guerre éclate, le 1er Régiment de Hussards est l’unité chérie de l’empereur Guillaume II. Il décora ce régiment à diverses reprises.

 

L’allure de ses troupes, dont il assurait personnellement le commandement, se devait d’être à l’image de l’empire. Pour confectionner les uniformes de cette unité, on recourait aux matières les plus nobles, dont la peau de loutre ou d’opossum importée à grands frais pour réaliser ces colbacks. En 1914, les Hussards de la Mort portaient donc fièrement cette coiffure anachronique et clinquante à un moment où on inventait l’art du camouflage…C'était, alors qu'on venait d'inventer la guerre industrielle, un reliquat du passé.

 

On doit rappeler que le Kaizer était obsédé par l'uniforme. On rapporte qu'il changeait fréquemment d'uniforme selon les circonstances. Quand il naviguait, il portait l'uniforme d'amiral. Il portait l'uniforme qui convenait le mieux à ses activités. On dit même que lorsqu'il partait en pique-nique, il revêtait l'uniforme de garde-champêtre ou de garde-chasse !

 

C'est ici qu'intervient le Kronprinz. Lors de la Première Guerre mondiale, il fut nommé commandant des « Hussards de la Mort ». Généralement considéré comme un « M'as-tu vu ? » et un être frivole, grand amateur de danseuses, le Kronprinz assura néanmoins le commandement de ses troupes près de VERDUN et tint son Quartier Général pendant le conflit à CHARLEVILLE. Bien sûr, ce n'était pas en première ligne mais il était quand même proche du front. « KRONPRINZ » était le titre porté par l'héritier du trône du Kaizer. Comme « DAUPHIN » fut, en son temps, en FRANCE, le titre de l'héritier du Roi. Frédéric Guillaume Victor Auguste Ernest de Hohenzollern  (Wilhelm von Hohenzollern) fut le dernier Kronprinz. Il est né le 6 mai 1882 et mort le 20 juillet 1951, en Allemagne, à HECHINGEN.

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Il eut donc quand même une attitude assez différente du Kaizer, son père, cantonné à SPA où il fut surnommé par les vieux spadois « Guillaume le cantonnier ». Le Kaizer se faisait photographier dans des pseudo-tranchées qu’il passait son temps à creuser lui-même dans les environs du château !

 

«On a raconté aussi sa manie de préparer des pseudo-tranchées pour s’y faire photographier en train de combattre les Français, blancs et de couleur, comme disaient les communiqués fameux de Ludendorff. Un jour, Guillaume fit porter une grande quantité de sacs remplis de sable sur les Fagnes, où une tranchée profonde avait été aménagée. La photographie que les journaux firent paraître portait comme titre: l’Empereur dans les plaines de la Champagne. On dit aussi qu’il s’y fit cinématographier».  (Extrait de : Notre Pays du 4/7/1920)

 

Après la défaite et l'abdication du Kaizer, le Kronprinz renonça à ses droits au trône. Il fut d'abord exilé sur l'île de Wieringen aux PAYS-BAS. Il put revenir en Allemagne en 1923. Il revêt de nouveau l'uniforme des « hussards à tête de mort ».

 

Il soutint Hitler lors de sa prise de pouvoir et les nazis se servirent du Kronprinz comme caution morale. Dans les années 30 , il fréquenta assidûment les nazis. Ceux-ci s'en servirent ( mais fallut-il le presser beaucoup ? ) pour assurer la jonction des corps-francs allemands et des anciens combattants de la Grande Guerre avec le parti Nazi. Dans l'imaginaire allemand d'après guerre, on avait cultivé l'image d'une armée en réalité invaincue mais trahie par les politiciens, les syndicalistes...Le Kronprinz avait conservé une assez bonne image étant donné qu'il avait été relativement proche de l'armée pendant le conflit et qu'il avait dirigé une troupe d'élite.

 

Sur les images d'archives datant des années 1930, on peut le voir, paradant aux côtés d'AdolfHITLER et des dirigeants nazis, portant au bras le brassard à croix gammée. En 1933, après l'investiture d'Adolf HITLER comme chancelier, le Kronprinz fut manipulé par les nazis qui l'utilisèrent afin de lever les dernières hésitations des Allemands qui se méfiaient encore de la politique prônée par Adolf HITLER.

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Sur une photo, on peut le voir assis à côté de son frère August-Wilhelm, devenu général dans la SA. Malgré cette proximité avec la SA, les membres de la famille Hohenzollern résidant en Allemagne ne furent pas inquiétés lors de la "Nuit des longs couteaux" ( 29 et 30/06/1934 ) qui vit l'élimination des SA. Ils restèrent discrets comme on leur avait demandé.

 

A noter aussi, une résurgence de la tête de mort sur le képi des SS. SS considérés, à l'instar des hussards « à tête de mort » pendant le 2° Reich comme l'unité d'élite du 3° Reich. 

Les Nazis, avec l'aide du Kronprinz, ont réussi à transformer, sans grand effort, les Hussards "à tête de mort" en précurseurs des SS. Comme eux, leur but était d'abord de terroriser la population et les ennemis , ennemis de l'intérieur d'abord, des pays conquis ensuite !

 

 

commémoration 14-18,combattants

 

05/10/2014

14-18: Elisabethville...en Grande-Bretagne.

ELISABETHVILLE...

...en GRANDE-BRETAGNE.

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Dès le début de la guerre, de nombreux Belges vont fuir vers les PAYS-BAS, la FRANCE et la GRANDE-BRETAGNE pour échapper à l’occupation allemande. Ce mouvement de fuite frappa toutes les régions et toutes les classes sociales.

 

Ces trois pays d'accueil eurent une attitude différente face aux réfugiés belges. Les PAYS-BAS, neutres dans le conflit, eurent une attitude suspicieuse. Au contraire, la FRANCE et la GRANDE-BRETAGNE, engagés dans le conflit, prouvèrent, à travers l'aide apportées aux réfugiés belges, leurs sentiment face aux Allemands.

 

Ce n'était pas toujours désintéressé. Dans ces deux pays, les autorités voient aussi dans la population belge réfugiée de la main-d'oeuvre disponible pour remplacer les hommes partis combattre. Ce qui amena parfois, par après, une certaine rancoeur. En effet, pendant que les hommes valides du pays d'accueil risquaient leur vie au front, des réfugiés qui y avaient échappé occupaient leurs places au travail.

 

Nous aborderons un aspect généralement méconnu chez nous: l'exode vers la GRANDE-BRETAGNE. Pourtant, selon les statistiques, on estime à 250.000 le nombre de migrants belges sur le territoire britannique. C'est le plus grand flux migratoire de l'histoire britannique.

 

L'exode débuta très tôt. Le 14 octobre 1914, à FOLKESTONE, 16.000 Belges débarquent pour fuir leur pays occupé par l'armée allemande. Pendant les mois qui suivent, des milliers migrants belges continuent à débarquer. Les premiers Belges qui y débarquèrent étaient des gens aisés qui, au début des hostilités, pensaient qu'ils y seraient plus en sûreté et qui ne croyaient pas que la guerre durerait si longtemps. Mais fin août l'afflux des réfugiés augmenta. FOLKESTONE dut s'organiser en centre d'accueil. A partir du 5 septembre, on compte 5000 réfugiés par jour.

 

Voilà aussi une des particularités dont la guerre de 14-18 fut un précurseur: l'accueil de réfugiés en masse !

 

 

L'accueil des migrants fut plus que chaleureux. La propagande britannique avait largement utilisé l'argument de la « malheureuse BELGIQUE, agressé » pour encourager l'enrôlement de volontaires pour la guerre. La BELGIQUE était devenue la "POOR LITTLE BELGIUM"  !

  On a déjà dit, sur ce blog, que la conscription n'existait pas en GRANDE-BRETAGNE. La presse britannique représentait les réfugiés comme les "braves" Belges. Cette afflux de réfugiés était un bon prétexte pour le gouvernement britannique pour galvaniser l'esprit antiallemand et le soutien à la guerre.

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Comment expliquer autrement l'accueil fait aux réfugiés belges ? La GRANDE-BRETAGNE possède une des traditions philanthropiques les plus fortes au monde. Les réseaux de bienfaisance traditionnelle se mobilisèrent rapidement pour venir en aide à nos compatriotes. Des milliers de bénévoles et d'hôtes généreux se portèrent à leur secours.

 

Ensuite, on créa le « War Refugees Committee (WRC) » gérant  les offres de logement.

 

L'émigration belge se fit en 3 phases :

 

La première phase:

 

De fin août 14  à début octobre: c'est une évacuation organisée. Le gouvernement anglais assure la traversée et réceptionne les réfugiés sur son sol. L'hébergement et l'entretien sont à charge du WRC et de comités de secours locaux.

Au cours du mois de Septembre, vu l'afflux de réfugiés, une sélection est opérée à Ostende.

Les candidats à l'exode doivent prouver qu'ils proviennent de régions directement touchées par les combats et qu'ils disposent en Angleterre d'une offre de logement en bonne et due forme. Une visite médicale est obligatoire.

 

La deuxième phase :

 

A la mi-octobre, la chute d'ANVERS puis d'OSTENDE vont provoquer un exode de masse. Le premier bateau affrété par le gouvernement britannique est pris d'assaut et manque de chavirer.

Des personnes sont poussées à l'eau. D'autres fugitifs s'entassent sur tout ce qu'ils peuvent: bateaux de pêche, yachts, streamers et même des barques ! Le gouvernement et les comités de secours sont débordés.

 

La troisième phase:

 

Au cours du premier trimestre 1915, un flux de 1000 réfugiés par jour débarque. Fin 1915, il y a 250 000 réfugiés en GRANDE-BRETAGNE dont 95 % de Belges.

 

En 1917, plus d'un Belge réfugié sur trois vit à LONDRES. Mais aussi en grand nombre dans les cités ouvrières de BIRMINGHAM, GLASGOW, MANCHESTER, LIVERPOOL...

 

Des villes furent mêmes créées pour les réfugiés. Les Belges y avaient leurs propres écoles, leurs journaux, leurs hôpitaux, des églises et même leurs forces de l'ordre. On peut citer le cas d'ELISABETHVILLE, une enclave souveraine habitée par 7000 Belges et située au nord, à proximité de l'ECOSSE, une véritable colonie ouvrière belge pour le plus grand profit des alliés.

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Plan du village belge.

Cette « ville » se trouvait à proximité de la « Nationale Projectile Factory », usine d'armement créée en 1916. A l’origine, la production hebdomadaire imposée à l’usine était de +/- 15.000 obus, d’un calibre variant entre 5 et 8 pouces. Cette production n’a pas tardé à être très largement dépassée. Les ingénieurs et ouvriers belges surent se monter à hauteur de la tâche. Ce n'était quand même qu'une ville en bois.

 

Cette « ville » fut conçue comme une reproduction de nos villes ; Ses rues, ses places, ses avenues portent des noms empruntés à notre épopée militaire, aux villes et villages martyrs, aux grandes figures de la guerre, aux nations alliées.

 

Cela ressemblait surtout à un grand phalanstère. 500 habitations étaient réservées aux ouvriers mariés; pour les célibataires,de vastes baraquements; deux immenses réfectoires ou « dining halls » pouvant contenir chacun 2.000 personnes; des écoles où les enfants belges reçoivent une instruction conforme aux programmes en vigueur en Belgique; une église catholique; un vaste marché public; un poste de gendarmerie belge. En fait, une enclave belge en GRANDE-BRETAGNE. Le village est éclairé à l’électricité. Une canalisation d’eau chaude assure le chauffage. Les immeubles sont pourvus de lavabos, de salles de bains et d’installations hygiéniques modernes.

 

Leur travail ne fut pas toujours sans risque et certains y laissèrent la vie dans des explosions. La plupart travaillaient dans des usines d'armement où de tels risques sont fréquents. Ainsi, un habitant de la commune d'AWANS perdit la vie dans l'explosion d'une usine d'armement à MANCHESTER le 13 octobre 1915. Il s'agit de FASTRE Nicolas né à VILLERS-L'EVÊQUE, le 25 octobre 1868.

 

Les communautés de réfugiés se mélangent peu avec les locaux. Les Britanniques qui avaient accueilli ces migrants avec générosité ne se figuraient pas que la guerre durerait si longtemps. Au fil du temps, la pénurie s'installe. L'hospitalité laisse la place à l'impatience, parfois même à la rancoeur. Dans leurs « villes » autonomes, les Belges avaient toujours accès à l'eau et l'électricité, alors que les villes voisines peinaient à en obtenir.

 

 

À la fin des combats, le discours du gouvernement britannique change radicalement. Il offre des billets aux Belges pour qu'ils rentrent chez eux. Douze mois plus tard, 90 % étaient de retour chez eux. Les dix pour cent restants se sont intégrés à la population.Au fil du temps, ces migrants ont été oubliés par l'histoire.

01/10/2014

YVONNE VIESLET, entrée dans la légende.

YVONNE VIESLET

 

Tuée à l'âge de 10 ans quelques semaines avant l'Armistice.

 

Entrée dans la légende.

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Durant la première guerre mondiale, un mois seulement avant la fin du conflit, eut lieu à MARCHIENNE-AU-PONT un événement tragique qui laisse encore aujourd'hui des traces dans la mémoire des habitants de MARCHIENNE-AU-PONT et de MONCEAU-SUR-SAMBRE.

 

L'histoire de la famille VIESLET commence au début de la guerre. La région de CHARLEROI fut durement touchée par la violence et la brutalité des envahisseurs. De nombreux citoyens furent fusillés, des dizaines de maisons incendiées, des magasins vandalisés et des industries démantelées pour être rebâties en Allemagne. La famille VIESLET est domiciliée à MONCEAU-SUR-SAMBRE. Elle a deux petites filles: Yvonne, née le 8 juin 1908 et Simone, son aînée de quinze mois. Soixante-six personnes furent fusillées à MONCEAU-SUR-SAMBRE et de nombreuses rues détruites.

 

Dans cette atmosphère de crainte, les habitants des quartiers touchés se réfugient dans les quartiers les moins sinistrés. La famille VIESLET est dans ce cas. Yvonne fréquentait l'école communale de MONCEAU, dans l'actuelle rue des Combattants. Son père travaillait à l'Auto-Métallurgique, situé rue de Châtelet, à MARCHIENNE-AU-PONT.

 

Les écoles distribuaient, chaque jour,une brioche à chaque élève. Cela peut sembler plutôt symbolique mais pour certaines familles, totalement démunies, cette aide était plus que bienvenue. Surtout que l'on était à l'approche de l'hiver.

 

Le 12 octobre 1918, après l'école, Yvonne accompagne sa mère. Elles vont porter à Emile VIESLET, son repas. Arrivées à la route de Châtelet, elles passent devant le Cercle Saint-Edouard. Le Cercle a été transformé en camp de prisonniers. Y sont rassemblés des soldats français, gardés par des soldats allemands. La fin de la guerre est proche, et les allemands sentent qu'ils n'en sortiront pas victorieux. L'armée allemande est au bord de la désintégration. Les soldats français prisonniers sont épuisés et mal nourris. Le ravitaillement des allemands est maigre. Priorité est donc donnée aux allemands plutôt qu'aux prisonniers.

 

Yvonne VIESLET se trouvait sur le trottoir, en compagnie d’autres enfants et d’adultes, devant un des bâtiments réservés aux prisonniers français . Triste à la vue de ces soldats français affamés, Yvonne approche de la grille, malgré l'interdiction faite par les Allemands. Après avoir tenté à trois reprises, de donner sa brioche aux prisonniers français, elle jette sa couque par dessus la grille. Une sentinelle fait les cent pas à l'intérieur de la propriété protégée par des barbelés et un grillage. Un Français a remarqué le geste de l'enfant. Affamé, il se précipite. La sentinelle qui a tout vu, accourt, frappe le prisonnier à coups de crosse, prend ensuite son fusil et tire. Yvonne VIESLET est mortellement blessée. Elle est conduite à l'hôpital tout proche où elle décède le lendemain.

 

L'histoire d'Yvonne VIESLET est devenue une véritable légende. Après la guerre, un film, maintenant bien oublié lui consacré. Des monuments furent édifiés. Deux établissement scolaire ( une crèche et un Athénée ) portent son nom.

 

Une photo vendue à des milliers d’exemplaires après la guerre, montre une petite fille placée à l’endroit où se trouvait la victime, sur le trottoir. Une médaille également.

 

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Les communes de MARCHIENNE-AU-PONT et de MONCEAU-SUR-SAMBRE ont dénommé une rue Yvonne VIESLET pour garder en mémoire cette fillette au coeur généreux abattue par la barbarie.

 

Pour cet élan du cœur, le gouvernement Français veut honorer la petite martyr. À titre posthume, la médaille de la Reconnaissance lui est octroyée par Raymond POINCARE, Président de la République française, le 11 septembre 1919.

 

À son tour, la section Marchiennoise de la Fédération Nationale des Combattants Belges ( FNC ), veut glorifier le geste simple et sublime de l’héroïne et lui fait ériger un monument à l’endroit même où elle a été froidement abattue. Son corps est transféré dans le Carré militaire des Anciens Combattants.

 

Le 1er juillet 1928, des cérémonies grandioses sont organisées, rehaussées par la présence de la Princesse Marie-Josée, fille d’Albert Ier et d’Elisabeth de Belgique, et de nombreuses personnalités françaises et belges. Le général Gustave LACAPELLE donne lecture de la citation rédigée par Paul PAINLEVE, Ministre de la Guerre.

 

Le soldat pyrénéen du 12e R. I, concerné, est revenu, chaque année, sur la tombe de la petite fille, témoignage d’une gratitude éternelle à Yvonne VIESLET. A partir de 1936, il n'est plus revenu.

 

Un film «  Jeune Belgique », en 1920 raconte le martyre de la petite Yvonne VIESLET. L’objectif, au lendemain de la Guerre, est bien sûr de glorifier les héros et de dénoncer les atrocités commises par l’occupant !

 

Un livre ( «Yvonne Vieslet» ) écrit par Louis GOFFIN, en 1956, raconte le drame avec de nombreux détails et reproduit la poésie écrite par un prisonnier français quelques jours plus tard. L'ouvrage fait état aussi des nombreux hommages posthumes rendus à la jeune héroïne après la guerre.

 

Néanmoins, différentes versions existent, et la réalité a sans doute été quelque peu modifiée, faisant d'Yvonne VIESLET une martyre, héroïne de la première guerre mondiale. En fait, la sentinelle, qui ne visait pas, n’épaulait pas, réagit dans l’exaltation. Avec la défaite allemande qui se précisait et allait survenir un mois plus tard avec l’Armistice, la tension et l’énervement étaient à leur comble. Le projectile issu d’un fusil allemand Mauser, arme d’une grande force de pénétration, tua la petite fille sur le coup avant de blesser trois autres personnes situées derrière l’enfant. Ce récit serait un mythe. Yvonne VIESLET fut en fait victime d'une balle perdue.

La couque d'Yvonne VIESLET n'aurait pas été le seul pain jeté aux prisonniers. Ces jets de pain auraient été fait à la demande de religieuses qui tenaient un hôpital proche.

 

Lors de la seconde guerre mondiale, fin 1940, les nazis aidés des rexistes, démolissent le monument à Yvonne VIESLET et font verser les débris dans la décharge de la ville de Charleroi située alors Rue du Manège. A maintes reprises, et notamment les 12 octobre des années de guerre, des fleurs étaient déposées sur les restes du monument par des anonymes.

 

En 1946, le monument a été réédifié à sa place rue de Chatelet à MARCHIENNE-AU-PONT.

 

Mais, en 2007, la statue d’Yvonne, coulée dans du bronze, fut dérobée. Deux ans plus tard , le comité de quartier local se mobilise, un cahier des charges est rédigé et un artiste sollicité. Yvonne est de retour sur son piédestal, façonnée par Fabrice Ortogni.

 

 

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