21/12/2014

Pourquoi le bleuet pour les Francais ?

Au coquelicot des Britanniques correspond le bleuet des Français.

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Le coquelicot et le bleuet sont devenues les fleurs symboles de la guerre de 1914-1918. En FRANCE, l’armistice de la première guerre mondiale (11 novembre 1918), à pris cette fleur comme symbole.

 

Elle pousse très souvent dans les champs de blés. C’était autrefois une plante très commune qui s’est raréfiée de nos jours à cause des pesticides et des désherbants.

 

Dans les compositions florales le bleuet est signe de timiditédélicatesse mais aussi de fidélité. Les bleuets – comme les coquelicots – continuaient à pousser dans la terre retournée par les milliers d’obus qui labouraient quotidiennement les champs de bataille. Ces deux fleurs étaient le seul témoignage de la vie qui continuait et la seule note colorée dans la boue des tranchées.

 

La FRANCE a choisi le bleuet, présent en abondance dans l’Est de la France alors que le ROYAUME-UNI a privilégié le coquelicot, présente dans les champs de bataille des Flandres, de la Somme et de la Picardie.

 

Mais pour les Français, le mot « bleuet » a aussi une autre signification.

 

En 1915, les soldats présents au front depuis la mobilisation ont donné le surnom de « bleuets » aux jeunes recrues qui arrivaient au front, habillées du nouvel uniforme « bleu horizon » de l’armée française. Ces jeunes recrues avaient été surnommés ainsi par les poilus plus anciens qui avaient porté le désastreux pantalon « rouge garance »  en usage au tout début de la guerre. Ce surnom persistera toute la guerre parce que l’uniforme neuf aux couleurs encore fraîches qui équipait le nouvel arrivant contrastait avec la couleur de boue des uniformes des plus anciens.

 

Dans l’argot militaire, « Bleus, bleuet, bleusaille » désigne un soldat inexpérimenté. En temps de guerre, un soldat n’ayant pas encore ou peu vu le feu.

 

La popularité des « Bleuets » est telle que la propagande utilisera cette image au travers de cartes postales, affiches, chansons et poèmes:

 

« Les voici les p’tits « Bleuets »
Les Bleuets couleur des cieux
Ils vont jolis, gais et coquets,
Car ils n’ont pas froid aux yeux.
En avant partez joyeux ;
Partez, amis, au revoir !
Salut à vous, les petits « bleus »,
Petits « bleuets », vous notre espoir ! »

 

— Alphonse Bourgoin, extrait de Bleuets de France, 

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Le « Bleuet de FRANCE » fut donc un symbole commémoratif de la Première Guerre mondiale vendu sous forme de broches que l'on portait à la boutonnière.

 

A l'origine de ce symbole on trouve deux femmes: une infirmière, Suzanne LENHARD, veuve du Capitaine Maurice LENHARD du 21ème régiment d'infanterie coloniale, et Charlotte MALLETERRE, fille du Général NIOX, Commandant de l'Hôtel des Invalides. Toutes deux furent émues par les souffrances endurées par les blessés de guerre dont elles ont la charge, A elles deux, elles organisèrent des ateliers pour confectionner des bleuets dont les pétales sont en tissu et les étamines en papier. Les recettes de ces insignes devaient permettre de dégager des fonds pour la réinsertion des invalides et blessés de guerre.

 

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Madame LENHARD

 

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Madame MALLETERRE

Voici les références de cette oeuvre :

Œuvre Nationale du Bleuet de France 
Hôtel National des Invalides 
75700 PARIS 
Tél. : 01 49 55 75 41 
Fax : 01 49 55 75 05 
Chargé de la promotion du Bleuet de France : Alexandre FONS
Mail : 
alexandre.fons@onacvg.fr

 

La comparaison avec le coquelicot des Britanniques s'arrête là.

 

En 1920, Louis FONTENAILLE, président des Mutilés de France, présenta dans un rapport à la Fédération Interalliée des Anciens Combattants à Bruxelles un projet destiné à rendre pérenne le Bleuet de France comme fleur symbolique des soldats français morts pour la FRANCE.

 

En 1928, Gaston DOUMERGUE, Président de la République, accorda son haut patronage au Bleuet de France. Les ventes augmentèrent alors progressivement. Elles s'étendirent à l’ensemble du pays 

 

C'est depuis 1934 seulement que furent vendus lors de la commémoration de l'armistice des fleurs de bleuet confectionnées par les anciens combattants. L'Etat français officialisa cette vente dès 1935, chaque 11 novembre afin de témoigner de la reconnaissance de la nation. Depuis 1957, le 8 mai est le deuxième jour de vente autorisée.

 

Cette organisation avait fortement décliné. Un groupe d'officiers de l'École de guerre et du Cours supérieur d'état-major (CSEM) a décidé de relancer la vente de bleuets. De nos jours, l'Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ONACVG) a pris en charge la gestion de « l'Oeuvre Nationale du Bleuet de France ». 

 

En 1957, un second jour de collecte est créé, le 8 mai, date anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie. Depuis, chaque année lors des commémorations du 8 mai et du 11 novembre, le Bleuet de France est vendu sur la voie publique par des bénévoles de L’Œuvre Nationale du Bleuet de France.

 

A la différence de la FRANCE, au ROYAUME-UNI, la vente de coquelicots en papier commence près de deux semaines avant le 11 novembre et l'adhésion publique y est sans commune mesure. A tel point que le coquelicot a même franchi les océans et est arboré chez nous.

 

Cette vente recueille beaucoup moins d'écho. 90 % des ressources de l'oeuvre proviennent essentiellement des collectes sur la voie publique le jour du 11 Novembre (environ 1,2 million d'euros pour les meilleures années). C'est très loin derrière les résultats de la Royal British Legion, qui récolte chaque année plus de 50 millions d'euros avec son Poppy.

 

A l’occasion du centenaire de la Guerre de 14-18, la Monnaie de PARIS a édité une nouvelle série dont le symbole est un Bleuet.Avec cette nouvelle série, La Monnaie de Paris soutient le « Bleuet de France » en lui reversant 1 € sur chaque vente de cette série.

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L’Œuvre soutient aussi les militaires actuellement engagés sur des théâtres d’opération: par exemple le « Colis de Noël pour les soldats en OPEX ». Elle participe aussi à des actions auprès des écoles, des collèges et des lycées en participant financièrement à des déplacements permettant la découverte de lieux de mémoire.

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En 2011, près de 32 000 bénévoles ont réuni 1 102 449 € qui ont permis de venir en aide à 18 141 personnes et d’organiser plus de cinq cents initiatives de mémoire pour les jeunes génération partout en FRANCE.

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 Le Président François HOLLANDE porte le bleuet à la boutonnière.

 

12/12/2014

La Guerre de 14-18 et le spiritisme.

La guerre 14-18 et le spiritisme.

 

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Beaucoup de gens n'avaient jamais entendu parler du spiritisme avant cette période. Malgré l'existence de groupes, le sujet n'était guère compris. On ne lui reconnaissait guère d'existence.

 

La guerre a tout changé. Il faut distinguer les diverses périodes ( pendant la guerre et après la guerre ) et les endroits ( au front et dans les familles ). Il y a aussi une différence entre la FRANCE et la BELGIQUE. Et en BELGIQUE, la situation est autre en Wallonie qu'en Flandre. Et encore, en Wallonie, il y a des différences selon les régions. Le spiritisme en Belgique était presque exclusivement une spécialité wallonne. Il y avait des sections à Liège, Charleroi, Mons, Namur et Bruxelles. Il faut aussi parler de la mouvance Antoiniste, l'antoinisme n'étant rien d'autre qu'une dissidence du spiritisme.

 

Pourquoi cet intérêt soudain pour le spiritisme ( ou activités apparentées ) ? La mort qui frappait presque toutes les familles du pays, ou qui menaçait de frapper, a suscité un intérêt puissant pour la vie après la mort.

 

Nous assistons ici à deux phénomènes différents, deux croyances différentes.

 

Tout d'abord, les gens ont souhaité savoir si une communication était possible avec leurs chers disparus et, à l'aide de médiums, rechercher le contact. Des milliers de gens se sont aussi mis à chercher pour eux-mêmes. Dans cette optique, c'est la croyance en la possibilité d'entrer en relation avec les âmes des défunts.

 

D'autres ont poussé plus loin. Ils se sont posé la question : « Si un homme meurt, vivra-t-il à nouveau ? » Dans ce cas, c'est la croyance en la réincarnation. Ils étaient tellement frappés par l'injustice de ces morts qu'ils ne pouvaient pas se résoudre à la disparition définitive des victimes.

 

Il faut encore ajouter une forme souvent confondue avec le spiritisme mais qui s'apparente davantage avec la radiesthésie, la curiosité, le besoin de savoir où et dans quel état se trouvaient les soldats au front. C'est surtout le cas en BELGIQUE où le contact entre l'armée et les familles était pratiquement inexistants. Ici, nous rencontrons trop souvent les charlatans et les adeptes de superstitions. C’est l’avis d’un journaliste du Messager de Bruxelles qui écrit ceci en avril 1916 « ...jamais les diseuses de bonne aventure n’ont fait autant d’affaires que depuis le début de la guerre. J’ai eu l’occasion d’en interviewer une ces jours derniers et elle m’a confirmé que sa clientèle, féminine particulièrement, avait augmenté dans des proportions incroyables ".

 

Au front : la mort est devenue un élément du quotidien. Une culture de la mort s’est installée, souvent violente. Cependant, il semble que les soldats du front aient été écartés ( certains diront « protégés » des avancées spirites. Il y avait un fort encadrement religieux par les aumôniers.

 

Alors que le marché des livres relatifs aux prophéties, au spiritisme ou à d’autres croyances ésotériques et irrationnelles se porte bien en FRANCE ou en GRANDE-BRETAGNE pendant la guerre, en BELGIQUE occupée il est tout simplement impossible de publier de tels ouvrages.

 

En ce qui concerne la FRANCE, pour ne pas être exhaustifs, on peut citer le cas de LYON. Jusqu’à la guerre de 14-18, la Société d’Etudes Psychiques et Spirites de Lyon, présidée par M.BOUVIER, est en plein essor. Environ 7 à 800 personnes participent à des manifestations diverses: conférences, spectacles , un banquet et bal familial...Mais la tourmente de la guerre mondiale met la Société en veilleuse. Ce qui n’empêche pas le Président BOUVIER d’envoyer du coton magnétisé aux soldats du front. L’Ordre des Médecins lui intenta un procès pour exercice illégal de la médecine, mais son action tourna court vu la popularité de BOUVIER. En outre, ce n'était pas le moment de s’attacher à la froideur de la Loi alors qu’il y a tant de souffrances. Tout était bon pour soutenir le moral des troupes et de la population. Il aurait donc été malvenu de s'en prendre à cet homme.

 

Après l'Armistice, une culture et des rites funéraires se mettent en place. on érige des monuments aux morts, on fait des pèlerinages en famille sur les lieux même des combats, on magnifie les cimetières militaires. Ce sera aussi les «  Soldats Inconnus  »

 

On assiste alors à un regain du spiritisme, pour tenter de communiquer avec l'êtrecher trop tôt disparu. On peut citer le cas le plus célèbre. C'est en GRANDE-BRETAGNE: Arthur Conan DOYLE qui perdit son fils, son jeune frère et deux neveux durant la guerre... Conan Doyle sombra dans la dépression. Il trouva le réconfort en défendant le spiritisme. Il écrivit divers ouvrages dans lesquels il prétend prouver l'existence de la vie après la mort et la possibilité de communiquer avec l'au-delà.

 

En BELGIQUE, il faut s'attarder au cas de l'Antoinisme. Voici un extrait de l'ouvrage consacré à l'antoinisme par un Professeur de l'Université de LIEGE, Pierre DEBOUXHTAY.

 

« Survint la guerre. L'antoinisme profita du réveil des sentiments religieux qui marqua cette période, pour enfoncer ses racines dans la terre wallonne. »

 

DEBOUXHTAY cite ensuite un texte émanant du Culte Antoiniste :

 

« Pendant que la guerre accumulait les ruines et semait l'épreuve, le Culte Antoiniste se développait au milieu des obstacles, attirant la foule des coeurs meurtris que la révélation appropriée aux temps nouveaux éclairait et réconfortait. A la lecture du soir, dans la communion fraternelle si profonde que réalise l'Enseignement du Père, les adeptes anciens et nouveaux puisaient les forces morales nécessaires pour supporter les rigueurs de l'existence matérielle et les souffrances en tous genres : maladies, silencieuses et cruelles séparations ou morts d'êtres aimés. La guerre n'arrêta pas la construction des temples. En 1915, alors que la vie sociale était comme paralysée et que le doute angoissait les âmes, il s'élevait à MOMALLE et à SERAING des sanctuaires antoinistes, symboles de foi et d'espoir. L'année suivante, Mère ANTOINE allait consacrer d'autres à VISE et à BRUXELLES au milieu d'une population recueillie. Puis la sainte cérémonie se renouvelait en 1917 à HERSTAL et à LIEGER, en 1918 à JUPILLE et en avril dernier à JUMET »  ( extrait de «  Le Père Antoine et son oeuvre ,1919 » )

 

 

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10/12/2014

Pourquoi le coquelicot ?

D'où vient la popularité du coquelicot ?

 

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Pourquoi le coquelicot est-il généralement associé dans les pays du Commonwealth au souvenir des combattants morts au front et plus précisément à ceux tombés lors de la Guerre de 14-18 ? Le coquelicot est devenu le symbole du "Remembrance Day", jour de souvenir en hommage aux soldats morts lors des deux guerres mondiales. Mais pourquoi ?

 

Le coquelicot pousse pratiquement partout, y compris dans les zones les plus affectées par les combats, et notamment en Flandre. Les tranchées britanniques dans les champs au printemps 1915 étaient remplies de coquelicots. Des champs qui étaient devenus stériles regorgeaient de fleurs rouge sang une fois le combat terminé. Avant la Première Guerre mondiale, peu de coquelicots poussaient en Flandre, mais à cause des bombardements massifs, les sols calcaires se sont enrichis de chaux provenant des gravats. Ce phénomène a permis aux coquelicots de proliférer.

 

Il y a une seconde raison: la couleur traditionnelle des tenues soldats britanniques étaient de la couleur du coquelicot.

 

Enfin, le coquelicot est devenu mythique grâce au poème "In Flanders field" ("Au champs d'honneur") écrit par John McCrae, un lieutenant-colonel canadien. le coquelicot écarlate est rapidement devenu le symbole des soldats morts au combat. Parce qu'ils fleurissaient dans les champs de Somme et des Flandres sur les combattants tombés lors de la première guerre mondiale et leur couleur rouge était un symbole approprié pour le bain de sang de la guerre des tranchées.

 

Son oeuvre, qui débute par le vers "In Flanders fields the poppies blow", rend hommage à tous les soldats tués lors de ce conflit.

 

Trois années plus tard, Moina Michael, une Américaine qui travaillait dans la cafétéria d’un YMCA de la ville de New York, s’est mise à porter le coquelicot en souvenir des millions de soldats morts sur les champs de bataille. Lors d’une visite aux États-Unis en 1920, une dame française, madame Guérin, a été informée de cette coutume et, à son retour en France, a décidé d’utiliser des coquelicots fabriqués à la main pour recueillir des fonds afin de venir en aide aux enfants miséreux des régions dévastées par la guerre dans son pays.

 

L'usage du coquelicot comme symbole du Souvenir remonte à 1921.

 

C’est en novembre 1921 que les premiers coquelicots ont été distribués au Canada. Des millions de Canadiennes et de Canadiens arborent le coquelicot tous les mois de novembre à l’occasion du jour du Souvenir. Au Canada, du 5 au 11 novembre de chaque année, les gens célèbrent la Semaine des anciens combattants.

 

A noter que la France fait la même chose mais avec le bleuet.


Le coquelicot a garni les boutonnières ou les revers des manteaux cette année. Le coquelicot est devenu le symbole du "Remembrance Day", jour de souvenir en hommage aux soldats morts lors des deux guerres mondiales. Le «  Jour du Souvenir » est une journée pour rendre hommage aux anciens combattants. C'est un moment pour commémorer les services rendus et les sacrifices de plusieurs personnes à travers les générations. Qu'on soit pour ou contre la guerre, il s'agit tout de même de victimes qui se doivent d'être honorées.

 

Voici la traduction française du poème de John Mc Crae :

 

Au champ d'honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l'espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.
Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor' 
À nos parents, à nos amis, 
C'est nous qui reposons ici,
Au champ d'honneur.
À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l'oriflamme
Et de garder au fond de l'âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d'honneur.

 

 

 

 

 


25/11/2014

Une oeuvre maudite: "Les marchands de gloire" de Marcel PAGNOL et Paul NIVOIX.

Les oeuvres maudites :

 

«  Les Marchands de Gloire »

 

Pièce de théâtre de Marcel PAGNOL et paul NIVOIX.

 

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Nous avons vu que, en FRANCE, il y eut des Monuments aux Morts maudits. Il y eut aussi des oeuvres littéraires maudites qui n'ont été reconnues et acceptées par le public que bien longtemps après.

 

Il est est ainsi de la pièce de théâtre écrite par Marcel PAGNOL et Paul NIVOIX en 1925, « Les Marchands de Gloire ».Elle fut créée le 15 avril 1925, au Théâtre de la Madeleine, avec Pierre RENOIR, Suzy PRIM, Constant REMY, André BERLEY, et mise en scène par Gabriel SIGNORET.

 

Il s'agit d'une pièce satirique en cinq actes. Comme ce sera son habitude et son art par la suite, Marcel PAGNOL campe des personnages éternels. Il stigmatise toutes les bassesses, les ruses et les petits arrangements. C'est une pièce satirique qui dénonce les profiteurs de guerre et ceux qui, la paix revenue, exploitent le sacrifice des soldats morts. La Grande Guerre a coûté la vie à plusieurs millions de jeunes Français. Mais elle a été l'occasion de quelques grandes fortunes et a marqué le début de quelques brillantes carrières.

 

La critique fut très favorable, mais le public bouda. Cette pièce fit scandale à son époque avant d’être censurée, puis oubliée... tant l’effet miroir était dérangeantLa pièce ne fut jouée que treize fois.


Mais elle fut montée quelques mois plus tard à New-York et à Moscou.

 

Elle fut rejouée au Théâtre des Célestins de LYON en 1999. Avec Michel GALABRU dans le rôle du manipulateur, Roger MUNI, Anne-Marie MAILFER,Jacques TESSIER, Jean GALABRU, Michel CACCIA, Cédric COLAS, Stéphanie FAGADAU, Javotte ROUGERIE, Michel FEDER

et Serge LE MALEFANT.

 

Henri BACHELET est un poilu, héros de la Première Guerre, porté "mort au combat ».

 

Edouard BACHELET, modeste fonctionnaire d'une préfecture de province et précédemment antimiltariste, se sert de la gloire de son fils mort à la guerre, héros de Verdun, pour réaliser ses espoirs de jeunesse. Il utilise la mort de son fils pour monter dans l'échelle sociale et faire une carrière politique. Il est élu Président de la « Société des Parents de Héros », puis député, son ambition ne cesse de croître. Mais, au moment où il va sans doute devenir ministre, son fils réapparaît. Celui-ci, amnésique, hospitalisé dans un hôpital allemand, vient de retrouver la mémoire. Il n'est pas le héros qu'on croit, il s'agit d'un malentendu. Il porte de plus un regard fortement critique sur la guerre.Malgré tout, c'est un honnête homme, il ne semble pas voir les manipulations et les roueries de ses associés.

 

Pour le député BACHELET en campagne pour un poste de ministre, cette réapparition n'est pas aussi joyeuse qu'elle le devrait...Le retour de ce fils plus ou moins déserteur dynamite la carrière du père qui a construit celle-ci sur une surenchère militaro-patriotique et nationaliste.

 

Citons ici quelques tirades:

 

Berlureau: La première qualité d'un héros, c'est d'être mort et enterré. Et enterré plutôt deux fois qu'une.

 

Bachelet (grave) : Ferdinand, il est inutile de monter encore si c'est pour tomber de plus haut. (Il montre son fils). Il veut ressusciter tout de suite !

 

Berlureau :Hé là ! Pas de blague ! Ce n'est pas le moment ! Vous n'allez pas me dire que vous êtes mal à Boulouris ? Une villa de douze pièces, vue imprenable

 

Berlureau : Un gardien qui joue à la pétanque comme un dieu, je me demande ce qu'il vous faut !

Henri Bachelet Je vous remercie de votre hospitalité, mais je ne puis pas rester à Boulouris toute ma vie, et j'en ai assez de me cacher comme un coupable. Et finalement , je ne vois pas pourquoi mon père serait forcé de démissionner.

 

Berlureau :Mais mon pauvre ami, non seulement il s'écroulerait sous les huées, mais sa chute peut entraîner celle de tout le ministère ! (A Bachelet.) Bougrillot est capable de demander l'annulation de nos élections, en disant que toute notre campagne était fondée
sur une imposture ! Les journaux de gauche vont se régaler !
Et même si nous réussissons à nous accrocher, nous perdrons tout crédit à la Chambre Réfléchissez sérieusement avant de déclencher un pareil scandale !

 

Henri Bachelet : Parce que c'est un scandale de revenir de la guerre, avec trois blessures, deux citations, la Croix de Guerre, la Médaille Militaire et la Légion d'Honneur.

 

Berlureau : Les deux dernières à titre posthume, ne l'oubliez pas !

 

Yvonne : Vous pensez qu'il n'y aurait plus droit ?

 

Berlureau : Je ne vois pas bien un vivant porter des décorations posthumes !

 

(A Henri) Mon jeune ami, j'ai l'impression fâcheuse que vous croyez avoir une belle situation parce qu'on vous a fait des funérailles solennelles. Vous en avez vu des comptes rendus dans les journaux, avec de superbes photographies du monument, et du grand médaillon de marbre qui représente votre profil. Mais si vous ressuscitez, je crains fort qu'on ne reprenne vos décorations pour les donner au pauvre Pernette, et en tout cas, on changera le médaillon.
Et oui ! Le sergent Bachelet a eu une réputation grandiose, une situation morale énorme. Mais s'il sort du cimetière, il est mort ! Ressusciter aujourd'hui, c'est non seulement commettre un parricide, mais un suicide. Le suicide d'un mort glorieux ! Oui Monsieur."

 

La carrière du père BACHELET et ce qu'il est devenu moralement et politiquement tranchent avec ses premières pensées lorsqu'il apprit, erronément, la mort de son fils.

 

Voici les réflexions de cette époque :

 

 Bachelet.  —  Ça fait neuf jours. Nous avons donc la certitude qu'il y a neuf jours, il se portait bien, et qu'à ce moment-là, nous n'aurions pas dû avoir la moindre inquiétude. mais nous ne le savions pas. Et depuis, que s'est-il passé ? (À Grandel.)Ce facteur, elles l'attendent toute la journée. Et pourtant, que peut-il nous apporter ? Des nouvelles du passé ; de bonnes nouvelles qui sont peut-être déjà démenties par un éclat d'obus, ou une balle perdue... Perdue, pas pour tout le monde...



Grandel. Je te comprends. Mais toi, il te reste l'espoir. C'est une lumière, l'espoir. Moi, le facteur, je ne l'attends plus... Mon fils est mort pour la patrie. Peut-être aussi pour les marchands de canons...



Bachelet. Peut-être aussi pour les pétroliers, et pour la haute banque internationale... Ces messieurs ne bombardent pas la Ruhr ; en échange, les autres n'attaqueront jamais le Creusot. N'abîmons pas le capital du voisin, il respectera le nôtre. Tout ça, c'est compère et compagnon... C'est pour ça qu'on tue nos enfants !

 

 

En conclusion:une œuvre qui montre comment un homme peut faire fi de ses valeurs pour accéder à un poste politique et mettre tout en œuvre pour le conserver ! Une œuvre qui aurait toute sa place dans les bagages de tous ces politiciens qui nous veulent du bien !

24/11/2014

Affiche pacifiste après la guerre de 14-18.

Affiche pacifiste

Appel de la Ligue internationale des Combattants de la Paix.

Appel resté sans suite...

Il suffit de parcourir les rayons des jouets...

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19/11/2014

La guerre de 14-18 et la naissance des organismes humanitaires.

Guerre de 14-18 :

Origine lointaine des organisations humanitaires internationales :

Un préliminaire aux ONG ?

 

L'aide humanitaire connaît une mutation importante en 1914-1918. On peut même dire qu'elle y trouva son origine. Les programmes humanitaires, d'abord oeuvres de bienfaisance inspirées par la charité, se sont professionnalisées. Elles ont acquis aussi une reconnaissance sur le plan des relations diplomatiques. C'est la naissance des lointaines ancêtres des ONG actuelles. Il fallait vaincre l'arme de la faim.

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Nous allons en donner deux exemples.

 

Tout d'abord, en FRANCE: le CARD ( « Comité Américain pour les Régions Dévastées » ). Inspiré par Anne MORGAN, riche héritière américaine, fille de John PIERPONT MORGAN, un des plus grands banquiers américains et Anne MURRAY DIKE.

 

Fin 1914 déjà, elle collecte des fonds pour les soldats français. En 1917, l’armée française lui confie le domaine de BLERANCOURT à quelques kilomètres du front. Elle y établit le siège de son association d’aide humanitaire aux populations civiles victimes de la guerre. Cette action humanitaire va contribuer durant 7 ans à la reconstruction de ces territoires. Pour cela, elle construit 5 centres pour desservir une centaine de villages aux environs. C'est l'American Fund for French Wounded, qui se transformera en CARD le 31 mars 1918.

 

L’action du CARD est multiple : distribution de secours, réorganisation de l'agriculture, ouverture de magasins et de centres de distribution, aide sanitaire et sociale, création de foyers, garderies, de bibliothèques, encouragement au sport, création d’ateliers ou d’usines. Le CARD envoie des infirmières-visiteuses à domicile, distribue de la vaisselle, des meubles... L'action est axée en faveur des populations civiles. La reconstruction fut une œuvre de longue haleine. Elle était à peine terminée à la veille de la seconde guerre. Pour mener ces actions, le CARD fait venir du personnel américain et embauche sur place des ouvriers. Les volontaires sont logées dans des baraquements en bois, caractéristiques de la reconstruction. En 1921, le CARD se trouve à la tête d'un parc automobile de plus de 63 véhicules.

 

En BELGIQUE, la situation était évidemment entièrement différente. C'est facilement compréhensible. La FRANCE disposait, derrière le font, d'un immense territoire libre où les transports pouvaient être organisés. A l'exception des ports du nord, tous les ports français, surtout les plus importants, étaient encore accessible. La FRANCE avait encore toutes ces frontières libres avec l'ESPAGNE, la SUISSE et l'ITALIE ( en guerre mais alliée depuis 1915 ). En revanche, la BELGIQUE était entièrement occupée, ne disposait d'aucun port libre d'accès, n'avait plus la maîtrise de ses transports, ne disposait d'aucune frontière libre avec aucun pays ( la frontière avec les PAYS-BAS avait été électrifiée en 1915 ). Dèlors, l'aide devait prendre une autre forme et impliquer la diplomatie.

 

C'est ici qu'intervint l'Américain Herbert HOOVER et sa « Commission d'aide aux populations civiles de la Belgique occupée ». Des campagnes publicitaires furent organisées pour susciter des dons. Herbert HOOVER sera le 31e président des ETATS-UNIS. Il ne fit qu'un mandat, victime du krach de 1929. Herbert HOOVER sauva la Belgique d'une famine certaine pendant la Première Guerre mondiale. En raison du blocus britannique et de l'occupation allemande, 7 millions de Belges souffraient de la faim. la Belgique occupée est prise en étau entre le blocus économique allié et le refus allemand de contribuer au ravitaillement des territoires occupés. Il fallait donc inventer de toutes pièces les instruments de la survie économique et quotidienne du peuple belge.

 

Ces instruments seront le « Comité national de Secours et d’Alimentation » (CNSA) dans le pays. Il fut relié à la « Commission for Relief in Belgium » (CRB) dirigée par Herbert HOOVER à l’extérieur du pays. Il parvint à le faire placer sous la tutelle des ambassadeurs des pays neutres l'ESPAGNE, les PAYS-BAS et, jusqu'en avril 1917, date de leur entrée en guerre, des ETATS-UNIS. Ces derniers jouent un rôle d’intermédiaire entre les belligérants et un rôle de garants des engagements pris.

 

Entre 1914 et 1918, la Commission for Relief in Belgium expédia près de 320000 tonnes de farine vers notre pays, dans des sacs en coton. L'usage de ces sacs en Belgique était surveillé par la CRB, étant donné que les Allemands avaient besoin du coton et que on craignait malgré tout de la fraude ( éviter que ces sacs, vidés, ne fussent remplis à l'étranger d’une farine de qualité inférieure à l’étranger et revendus en Belgique comme de la farine destinée à l’aide alimentaire. En conséquence, les sacs de farine vides étaient soigneusement collectés et redistribués aux écoles d’enseignement professionnel, aux ateliers de couture, aux couvents et aux artistes. Divers métiers les réutilisèrent pour les transformer en vêtements, accessoires, oreillers, sacs et autres objets usuels.

 

Ces sacs eurent aussi cet autre second usage: des artistes les utilisaient comme toile pour leurs peintures à l’huile. Une fois décorés, ces sacs de farine étaient minutieusement contrôlés puis distribués à des commerces et organisations en Belgique, en Angleterre et aux États-Unis, dans le but de récolter des fonds destinés à l’achat de denrées alimentaires pour les victimes mais aussi à l’aide pour les prisonniers en Allemagne.

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Après le conflit, HOOVER allait encore organiser l'expédition de vivres pour des millions de personnes en Europe centrale. Après l'Armistice, comme il restait des fonds disponibles, il suggéra de les mettre à la disposition des universités belges.

 

 

17/11/2014

Oeuvre des Postiers liégeois: Discours prononcé le 16 novembre 2014

Oeuvre des Postiers liégeois.

Célébration de l'Armistice:

Discours prononcé le 16 novembre.

 

Le 11 novembre 1918, à 11 heures, les clairons sonnaient le cessez-le-feu. La guerre prenait fin, une guerre qui, aussitôt , fut dénommée « La Grande Guerre ». « La Grande Guerre ? », dénomination bien malvenue car une guerre n'est jamais grande ! D'ailleurs, elle deviendra plus tard, plus simplement, plus tragiquement, « la Première guerre ».

 

Malgré le temps passé et les nombreux traumatismes qui ont marqué, depuis, l'ensemble du 20° siècle, la Guerre de 14-18 occupe toujours une place bien particulière dans la mémoire collective. Ces cinquante-deux mois ont causé plus de bouleversements dans notre quotidien que jamais dans le passé une aussi courte période. Bouleversements marqués par la mort de millions d'hommes sur les champs de bataille. Un tournant aussi dans nombre de domaines: les institutions nationales, les relations étrangères, l'économie, la vie politique et sociale, les arts même.

 

Tout cela s'était terminé par l'Armistice. On s'est mis à célébrer l'Armistice avec recueillement et avec faste, avec joie souvent. « Armistice » était devenu un mot magique. « Armistice » était quasiment devenu le synonyme de «  Paix retrouvée », de « paix définitive ». D'ailleurs, dans le langage populaire, au terme grandiloquent de « Grande Guerre » avait été substitué celui de « Der des Der ».

 

« Armistice », était pourtant un terme ambigu. Personne ne s'était apparemment penché sur sa signification exacte. En tout cas, on s'était bien gardé d'en expliquer la véritable signification au peuple. Celle-ci aurait dû alerter la population. Au dictionnaire, on trouve comme définition: « Convention par laquelle des belligérants suspendent les hostilités sans mettre fin à l'état de guerre ».

 

Qui aurait pourtant pu croire, lors des premières commémorations, dans les années 20, que, cent ans plus tard, dans chaque localité on continuerait à les célébrer. Cette année, a été commémoré le centenaire de la déclaration de cette guerre. Ce centenaire nous invite à mettre de l'ordre dans nos pensées.

 

En quoiune commémoration est-elle utile? Elle sert à remettre notre histoire dans nos mémoires. Elle sert à faire mieux comprendre ce qui nous devrait nous unir dans la nation, surtout une nation comme la nôtre. Elle sert aussi à régénérer le patriotisme, le patriotisme qui unit, qui rassemble, qui n'écarte personne, qui fait fi des croyances, des origines, des parcours particuliers, des opinions politiques. Commémorer ce n'est pas seulement invoquer le passé, c'est porter un message de confiance dans l'avenir de notre pays.

 

2014 a été le théâtre de nombreuses manifestations commémoratives officielles. A tous les niveaux. Du niveau local au niveau plus élevé avec quelques points d'orgue au niveau international comme, par exemple, les cérémonies du 4 août chez nous, suivies de cérémonies de même niveau à Louvain, à Mons, à Ypres...

 

Quelle en fut la motivation ? Ce ne fut pas toujours clair. Certains y virent des opportunités politiques ou, même, commerciales. Les manifestations furent abondantes et toujours médiatisées. Même les plus locales bénéficièrent d'une médiatisation à leur niveau. On doit s'en réjouir. Loin de moi l'idée de le réprouver. Même l'aspect commercial ne doit pas nécessairement nous choquer: ainsi, le tourisme de mémoire doit être poursuivi, il ne doit pas s'arrêter fin 2014. Seule la récupération politique ne doit pas être admise. Au départ, les milieux séparatistes y avaient pensé.

 

 

Mais cette médiatisation ne risque-t-elle pas d'entraîner la lassitude, voire le rejet ? C'est pourquoi la communication, l'échange avec les enfants, avec le concours des enseignants est primordiale. Ce n'est pas toujours aisé, il faut demander aux enfants de faire un bond en arrière de quatre générations ! Je pense que nous avons aussi un rôle à jouer dans les familles.

Le Président de l'Oeuvre des Postiers Liégeois,

Pierre BEAUJEAN