20/02/2015

Souvenirs du poète Guillaume APPOLINAIRE

Souvenirs de Guillaume APPOLINAIRE

Guillaume Apollinaire est un poète et écrivain français, né sujet polonais de l'Empire russe. D'après sa fiche militaire, il est né le 25 août 1880 à Rome et mort pour la France le 9 novembre 1918 à Paris.

Il s'était engagé volontairement en décembre 1914, grâce à quoi sa procédure de naturalisation put démarrer. Il fut blessé à la tempe par un éclat d'obus le 17 mars 1916Affaibli par sa blessure, Guillaume Apollinaire meurt de la grippe espagnole.

 

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Célèbre par ses calligrammes. Il continua à écrire des poèmes durant la guerre.

En voici un: 

La petite auto

 

Le 31 du mois d'Août 1914
Je partis de Deauville un peu avant minuit
Dans la petite auto de Rouveyre 
Avec son chauffeur nous étions trois
Nous dîmes adieu à toute une époque
Des géants furieux se dressaient sur l'Europe
Les aigles quittaient leur aire en attendant le soleil
Les poissons voraces montaient des abîmes
Les peuples accouraient pour se connaître à fond
Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures
Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières
Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se battaient
Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où elles serpentaient
Avec les forêts les villages heureux de la Belgique
Francorchamps avec l'Eau Rouge et les pouhons
Région par où se font toujours les invasions
Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir saluaient encore une fois la vie colorée
Océans profonds où remuaient les monstres
Dans les vieilles carcasses naufragées
Hauteurs inimaginables où l'homme combat
Plus haut que l'aigle ne plane
L'homme y combat contre l'homme
Et descend tout à coup comme une étoile filante
Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité
Bâtir et aussi agencer un univers nouveau
Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille prodigieuse
Disposait un étalage extraordinaire
Et des bergers gigantesques menaient
De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles
Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route

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Et quand après avoir passé l'après-midi
Par Fontainebleau
Nous arrivâmes à Paris
Au moment où l'on affichait la mobilisation
Nous comprîmes mon camarade et moi
Que la petite auto nous avait conduits dans une époque

Nouvelle
Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs
Nous venions cependant de naître

 

 

 

 

Autre calligramme:

 

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19:05 Écrit par P.B. dans Actualité, HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/02/2015

La Chanson de CRAONNE

La chanson de CRAONNE

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Il existe plusieurs et légères variantes. Les paroles les plus connues ont été publiées par Raymond LEFEBVRE en 1919 dans « La Guerre des soldats ». Il y a celle, en 1934, avec quelques petites nuances, de Paul VAILLANT-COUTURIER parue dans le journal « Commune ».

Il y a, en 1937, la variante de Henry POULAILLE, écrivain anarchiste , qui combattit sur le Chemin des Dames. Elle est parue dans « Pain de soldat: 1914-1917 ». Cette chanson fut en réalité composée en 1915. Elle évoquait, alors, le secteur sanglant de Lorette, en Artois. Il était ensuite facile de l’adapter aux circonstances en remplaçant LORETTE par CRAONNE.

 

Cette chanson est anonyme, mais on pense qu'elle pourrait avoir été inventée par un soldat du midi. Durant la guerre de 14-18, elle fut apprise par cœur. Elle fut répandue oralement de manière clandestine. Elle est calquée sur la musique de Charles SABLON composée en 1911 pour une chanson d'amour " Bonsoir m'amour ",procédé relativement courant pour les chansons populaires.

 

La « Chanson de Craonne » est le cri de lassitude des combattants français. La situation au front semblait alors bloquée: la « guerre de position » pratiquée dans les tranchées par tous les pays dans le nord de la France ne donnait aucun résultat. Les soldats vivaient dans des conditions terribles et mouraient par dizaines de milliers chaque mois. Cette chanson de « poilus » est un souvenir de ce qu'a été la Première Guerre mondiale: la vie des soldats dans les tranchées y est décrite, les sentiments des soldats apparaissent nettement. C'est aussi un témoignage de la remise en cause de la guerre par les soldats à partir de 1917 ou, en tout cas, de la remise en cause de l'Etat-Major.

 

Elle est surtout connue pour avoir été entonnée par les soldats qui s'étaient mutinés dans une cinquantaine de régiments de l'armée française. Ces mutineries survinrent après l'échec de l'offensive meurtrière et désastreuse du Chemin des Dames, offensive orchestrée par le général NIVELLE. Ces mutineries, appelées aussi « grèves des attaques » débuta le 2 mai. La répression politico-militaire qui s’en suivit, déclencha une vague de "fusillés pour l’exemple". Elle fut terrible. Elle visa pas moins de 30000 mutins ou manifestants. Il y eut 3427 condamnations, dont 554 à mort dont 57 exécutions.

 

On raconte que, mais cela n'a jamais été prouvé, que le commandement militaire aurait promis un million de francs or et la démobilisation à quiconque dénoncerait l'auteur.

 

Cette fameuse offensive fut lancée le 16 avril 1917. Dès le premier jour, l'échec fut évident. L'armée française n'avait gagné que 500 mètres alors que l'Etat-Major avait promis 10 kilomètres !Malgré cet échec, l'Etat-major s'entêta et relança l'offensive à plusieurs reprises. Toutes les nouvelles tentatives furent aussi vaines que la première: les gains territoriaux étaient minimes alors que les pertes humaines étaient considérables. Du 16 au 30 avril, l'armée française perdit 147 000 hommes dont 40 000 morts. Prévenus de l'attaque, les Allemands avaient eu le temps de consolider leurs défenses dans ce secteur. Ils avaient dégarni leurs premières lignes, laissant seulement quelques points de résistance pour ralentir l'avancée française. Ils avaient regroupé l'essentiel de leurs troupes à l'arrière, hors de portée de l'artillerie française. Celle-ci ne détruisit que des positions abandonnées par l'ennemi. L'infanterie française se heurta lors d'une progression particulièrement pénible le long d'une pente escarpée et boisée, parsemée de grottes, à des troupes allemandes beaucoup plus fraîches.

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Le plateau de CRAONNE fut l'un des secteurs les plus disputés à l'Est du Chemin des Dames. .Au moment de l'assaut, les soldats français devaient franchir, par vagues, à découvert un marais sans fin, puis escalader une pente abrupte. Mais comme l'artillerie française n'avait pas réussi à détruire les emplacements des mitrailleuses allemandes, les « poilus » se retrouvèrent pris sous un feu croisé qui les massacra.

 

On comprend mieux les raisons de la mutinerie et l'effet que les paroles de la chanson pouvaient avoir...et aussi sur la colère de l'Etat-major. La lassitude, le sentiment d'être sacrifiés inutilement furent à l'origine des premières grandes mutineries au sein de l'armée française depuis le début de la guerre.

 

 

Paroles diffusées par Raymond Lefebvre

Quand au bout d'huit jours le r'pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c'est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s'en va là-haut en baissant la tête

Refrain :
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Craonne sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu'un qui s'avance
C'est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l'ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

Refrain

C'est malheureux d'voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c'est pas la même chose
Au lieu d'se cacher tous ces embusqués
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n'avons rien
Nous autres les pauv' purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr' les biens de ces messieurs là

Refrain :
Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront
Car c'est pour eux qu'on crève
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros
De monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau

La chanson souligne les rancoeurs qui se développent entre soldats du front et ceux de l'arrière: ("c'est malheureux de voir sur les grands boulevards tous ces gros qui font leur foire"). Ce sont les fameux " embusqués " ( ceux qui ont réussi à échapper à la mobilisation ou, en tout cas, à la présence au front, grâce à leurs relations). Ce sont aussi les " profiteurs de guerre " ( industriels, commerçants... qui s'enrichissent à la faveur du conflit ). Ces comportements scandalisent les soldats du front qui risquent leur vie tous les jours.

 

On observe la présence de deux termes de l'argot du front: les " civelots " (civils protégés) opposés aux " purotins " (fantassins exposés). «  Purotin » est un mot populaire et vieilli qui signifie « Homme dans la purée, dans la misère », littéralement « qui est dans la purée ».

 

On se trompe parfois sur la véritable signification de la « Chanson de CRAONNE ». Pour beaucoup, même des historiens, elle est classée parmi les chants révolutionnaires, diffusés après guerre, essentiellement par le Parti Communiste Français ou des anarchistes..

 

C'est sans doute vrai. Cependant beaucoup d’anciens combattants de 14-18 la chantaient occasionnellement même lors de leurs rencontres,après les commémorations. Pourtant ils étaient à patriotes, fiers de leur participation à la guerre, de leurs décorations. Ils la chantaient par souvenir des souffrances endurées, par esprit de groupe. Par cette chanson, ils se souvenaient, entre eux, des souffrances endurées que personne, dans leur entourage, ne pouvaient comprendre.

 

 

Les paroles n'ont-elles été radicalisées après guerre par l’extrême gauche. La variante de 1934 n'est guère différente de celle de 1919. La haine contre les « profiteurs » et les « embusqués » qui avaient laisser tuer leurs camarades dans les tranchées était partagée par tous les anciens combattants de tout bord politique.

 

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06/02/2015

La guerre 14-18, la justice militaire et la peine de mort en Belgique.

L'armée belge, la guerre 14-18 et la peine de mort.

 

En 1914, la justice militaire n’est pas préparée à la guerre. Contrairement au code pénal ordinaire et au code d’instruction criminelle, aucune modification profonde n'a été apportée à la législation militaire au cours du 19° siècle. La neutralité du pays n'a pas poussé les politiciens à s’y intéresser.

 

Les conséquences durant la guerre furent sérieuses: les textes de lois manquent de clarté, la législation militaire est floue ou même muette sur certains points de procédure et ou sur certaines infractions. Certaines infractions n'avaient jamais été connues ni mêmes imaginées. Certaines, comme la désertion, n'avaient évidemment en temps de paix qu'une importance toute relative. En temps de paix, une désertion relève plutôt de l'anecdote, ce qui ne peut pas être le cas en temps de guerre.

En outre, il y avait peu de juristes maîtrisant cette législation. Vu les circonstances, il n'était guère facile non plus d'en recruter en urgence.

 

La justice militaire fut donc placée, sans préparation, dans une situation totalement inédite. Il n'y avait non plus aucune jurisprudence sur laquelle s’appuyer puisqu’on n’avait jamais connu de guerre.

 

Un autre gros problème rencontré sera aussi l’inflation rapide du nombre de justiciables. La mobilisation des soldats belges se traduisait sans doute par un mélange d'adhésion et de contrainte. Toutefois l'obéissance requise par l'armée semble avoir été acceptée par la grande majorité des combattants.Ces hommes, exerçant des activités civiles ou y destinés, mobilisés, ont rapidement intériorisé les valeurs militaires. Malgré quoi, il y eut, au départ, manifestement assez bien de problèmes dont dut s'occuper la justice militaire.Rien d'étonnant, ces règles ne pouvaient pas empêcher pas la démoralisation et, partant, les tentations de s’évader de cet enfer.

 

Pour faire face à la situation, on dut prendre en urgence divers arrêtés-lois.

La loi du 4 août 1914 créa dix Conseils de guerre en campagne: un auprès du Quartier Général de chacune des six Divisions d’Armée, un auprès du Quartier Général de la Division de cavalerie et un auprès de chacune des places fortes ( LIEGE, NAMUR, ANVERS ).

 

D’autres arrêtés seront pris pour s'adapter au déroulement de la guerre.

Le nombre de Conseils de guerre sera augmenté: auprès du Grand Quartier Général de l’armée belge, près des unités belges incorporées dans les troupes françaises et anglaises, mais aussi à l’arrière auprès des Centres d’Instruction, auprès de l’approvisionnement des troupes à Calais et près de la base belge à Londres.

 

En contrepartie, avec l’avancée des troupes allemandes, les Conseils de guerre provinciaux permanents d’avant la guerre cesseront d’exister.

 

Dès la fin de l’année 1915, les Conseils de guerre furent déclarés compétents pour juger les civils ainsi que les soldats jusqu’au grade de capitaine. La Cour militaire, quant à elle, reçut une double compétence: juger les poursuites contre les officiers supérieurs et traiter les appels des Conseils de guerre.

 

La justice militaire eut à poursuivre aussi bien les infractions au droit pénal militaire mais aussi au droit pénal civil. Mais les infractions militaires furent de loin les plus fréquentes. Les cas de désertions et d'insubordinations furent les plus nombreuses.

 

Pour bon nombre de combattants de 14-18, la justice militaire fut perçue comme répressive et profondément inégalitaire. Elle donne aussi l'image d'une institution en crise, dépassée par la situation et ne sachant pas toujours prendre la bonne décision.

 

Il y a eu un nombre important de condamnation graves au cours de la guerre, mais la grande majorité des peines ne furent pas appliquées dans leur entièreté. Les soldats condamnés furent en général envoyés dans des compagnies de correction qui avaient un double le but: offrir une seconde chance aux condamnés mais aussi déjouer les manœuvres de ceux qui auraient préféré une peine réelle pour pouvoir se soustraire aux dangers du front.

 

En revanche, sur le nombre de condamnations, les condamnations à mort furent rares et les exécutions encore plus. Seules 220 condamnations à mort ( soit 5 jugements sur 1000, ou 0,5% ) furent prononcées. La grande majorité des condamnés à mort ont pu échapper au peloton d’exécution suite à la grâce royale ou par appel à la Cour militaire.

 

L’exécution, quand le recours en grâce était rejeté, se déroulait comme suit: le condamné attaché à un petit poteau en bois, sous les yeux d'un groupe de soldats contraints d'assister, douze soldats-collègues blêmes avec le fusil en joue, la salve... Le corps criblé de balles était enterré dans une prairie ou au bord du cimetière communal. Ces exécutés ne recevaient pas une place à un cimetière militaire. Dans le cimetière civil, c'était comme réprouvé.

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Il n'y eut que 20 exécutions. La majorité des individus exécutés au cours de la Première Guerre mondiale sont des soldats de nationalité belge: 12. En tout, 15 militaires et 5 civils ( dont une femme ) furent exécutés. Il y eut 4 allemands.

 

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( Fusillés français )

On constate que ce fut surtout au cours de la première année de guerre que la majorité des exécutions eut lieu. Il y eut quinze condamnés en 1914 pour seulement trois en 1915, aucune en 1916 et 1917 et deux en 1918. Il faut souligner que l'année 1914 se résume en fait à cinq mois ! Est-ce un signe que l'institution avait pu s'adapter ? En fait, dès le 19 mai 1915, les exécutions furent interdites. Les soldats coupables de désertion furent désormais emprisonnés.

 

Ces exécutés sont encore de trop mais sont loin des 550 soldats français et des 312 soldats du Royaume-Uni fusillés par les leurs. Et aussi les 750 soldats italiens. L'Allemagne n'en signale que 48 ! Honneur doit être rendu à l'Australie qui s'est opposée à toute exécution quel que soit le motif !

 

La justice militaire belge ne s'est jamais rendue coupable comme la justice militaire française d'actes inadmissibles même si certaines condamnations furent injustes. Il n'y eut aucune condamnation pour l'exemple, même si certaines sont sujet à question. Il y eut des « fusillés pour manquement au devoir, mutinerie ou désertion ". Certains, dans leurs descendants, les appellent des « fusillés pour l'exemple », influencés par l'histoire française.

 

Un soldat fusillé pour l’exemple désigne, dans le langage militaire courant, un militaire exécuté après décision d’une juridiction militaire intervenant non seulement dans un cadre légal pour un délit précis mais aussi dans un souci d’exemplarité visant à maintenir les troupes en parfait état d’obéissance. Etait-ce bien le cas des fusillés dans l'armée belge ? Sans doute pas expressément même si pour certains ce fut limite. On signale cas d'un soldat qui fuyait le front. Un psychiatre l'aurait sans doute fait interner...

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Faut-il les réhabiliter ? L'Etat belge doit-il présenter des excuses ? Faut-il même ajouter leurs noms sur les plaques commémoratives ? La question a été posée. Les commémorations ont rouvert d’anciennes blessures pas toujours cicatrisées. Les descendants des fusillés pour " manquement au devoir, mutinerie ou désertion " demandent des excuses aux autorités.

 

D’autres pays l'ont déjà fait. Le gouvernement britannique a, en 2006, par voie législative, réhabilité les 306 soldats britanniques fusillés. La Nouvelle-Zélande l'a fait en 2000 pour ses cinq fusillés. Le Canada le fit en 2001. En France, aucune décision générale n'a encore été prise mais, et ce depuis l'entre-deux guerres, un certain nombre de décisions individuelles ont été prises.

 

Si l'on excepte les condamnations pour homicide, il reste neuf soldats condamnés pour « manquement au devoir » par une justice militaire intransigeante. Les historiens admettent aujourd'hui que ce fut après des simulacres de procès ou, en tout cas, des procès expéditifs.

Pour l'année 1918, il y eut une condamnation pour faits civils. Celle de EmileFERFAILLE, guillotiné le26 mars 1918. Il fut guillotiné par Anatole DEIBLER, le bourreau français, venu de PARIS avec ses aides et sa guillotine. Le Roi ALBERT avait refusé la grâce, jugeant le crime trop odieux. Le gracier amenait à l'enfermer en sécurité en prison alors que ses camarades risquaient leur vie dans les tranchées. Ce dernier, sergent artilleur cantonné dans le dernier lambeau du pays non a envahi, avait tué, le 27 octobre 1917, sa petite amie, une domestique de ferme. Cette dernière, à qui il avait promis le mariage, était enceinte de quatre mois. Ferfaille n’avait nullement l’intention de l’épouser, puisqu’il entretenait une relation avec une autre femme. Il l'assassina à coup de marteau, puis l’étrangla à l’aide de la corde qu’il utilisait pour lier des légumes sur sa bicyclette. Il enterra le corps qu’il recouvrit de déchets de culture maraîchère. Reconnu coupable, il fut condamné à avoir la tête tranchée. Les condamnés à mort pour raison militaire étaient fusillés.

 

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Emile FERFAILLE fut privé de ses habits militaires.

Le crime de FERFAILLE relevant du droit privé, il devait subir l'exécution prévue dans le Droit pénal ordinaire. Pour l'exécution, un problème se posa: aucune guillotine ni bourreau n’était disponible sur le territoire belge. En effet, la peine de mort n'était plus appliquée depuis 1863 en Belgique, le roi graciant chaque fois le condamné. C'est ainsi que le bourreau de la république, Anatole DEIBLER, son équipe et son instrument furent mis à la disposition du gouvernement belge.

 

Après la guerre, jusqu'en 1928, la Belgique connut une forme de justice dite "transitionnelle", notamment dans le domaine de la justice pénale. Elle s’en prit d’abord aux profiteurs puis aux activistes. Les plus détestés furent ceux qui avaient livré des héros. Mais si on les a condamnés, ils ne furent pas exécutés. Il y eut autant de Flamands que de francophones.

 

Afin de répondre aux demandes de la vengeance de la population contre diverses personnes accusées de haute trahison, la peine de mort fut rétablie pour un certain nombre de crimes politiques. Les tribunaux militaires avaient le pouvoir de connaître des cas d'infractions contre la sûreté de l'État commis par des civils.

 

On doit noter le cas deJoseph DOUHARD ouvrier zingueur, de HERSTAL qui avait collaboré avec l'occupant allemand. Cet agent à la solde de la police allemande avait été chargé de dénoncer les organisations de passage à la frontière hollandaise et les espions patriotes. Suite à ses dénonciations, 23 personnes furent fusillées, 8 condamnées à mort, et de nombreuses autres emprisonnées.

 

Il fut condamné à mort en 1921 , le 11 juin par le jury de la Cour d'Assises de LIEGE. Les jurés signèrent une pétition demandant que la peine soit exécutée. Il y eut des pétitions jusqu’en Flandre occidentale pour qu’on l'exécute réellement. Albert Ier y était aussi favorable Mais Emile VANDERVELDE, Ministre de la Justice, opposé à la peine de mort, imposa de demander la grâce au Roi ALBERT. Celui-ci accepta afin de ne pas mettre en péril le gouvernement.

 

Dans ce cas, il faut noter que le jury demanda expressément l’exécution, alors que le Jury qui avait condamné BORMS ne le fit pas. Pendant l'occupation en 14-18, ce fut un "activiste". Il devint, en 1917, membre du Conseil de Flandre, à la création duquel il avait participé. Ce Conseil collabora activemement avec l'occupant et proclama l'autonomie de la Flandre le 22 décembre 1917. Condamné à mort, le 6 septembre 1919 par la Cour d'Assises de BRUXELLES, sa peine fut commuée en détention à vie. Ayant remis ça durant la seconde guerre, il fut, cette fois, exécuté le 12 avril 1946.

 

En 1926, trois Allemands accusés d'avoir assassiné un officier belge furent également condamnés à mort et graciés par le Roi après un long débat au sein du Conseil des Ministres.

 

 

01/02/2015

Un aperçu sur le rôle des chiens durant la guerre de 14-18.

Les chiens dans la guerre 14-18.

 

La Première Guerre mondiale ne fut pas seulement faites par des soldats. Toute une série d’animaux y furent engagés à divers titres, dont des chiens. 14 millions d’animaux ont été embarqués dans le conflit: chevaux, chiens, pigeons voyageurs… mais aussi, curieusement mulets, bœufs, ânes. Les animaux étaient bel et bien présents dans le quotidien des soldats et ont eux aussi participé massivement au conflit.

On estime à 1000000 le nombre de chiens engagés dans la guerre.

 

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Quelle que soit l'armée concernée, ces animaux ont joué un rôle important au cours des hostilités, tantôt comme acteurs dans les combats, tantôt que comme adjuvants au moral des hommes. La présence des animaux dans les campements et tranchées a contribué à soutenir le moral des troupes. Dans ce dernier cas, ce fut souvent des chiens abandonnés qui furent recueillis. Réunion d'êtres perdus dans la même tourmente. Les combattants n’hésitaient pas à qualifier ces compagnons d’infortune de « frères »Certains animaux devinrent rapidement les mascottes des soldats.

 

Il faut aussi se souvenir que, avant 1914, le chien occupait une place importante dans les pays européens. Il était couramment utilisé comme force de travail. On le trouve, comme force de traction, presque au même titre que le cheval, chez les laitiers, les légumiers, les marchands de journaux...et même à la Poste dans l'acheminement des dépêches. A titre d'exemple, une navette entre WAREMME et REMICOURT était assurée par un facteur accompagné d'un chien tirant une petite remorque.

 

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Du côté de l'armée française, en 14-18, on peut lister plusieurs types de fonctions dévolues aux chiens:

- les chiens de sentinelle;

- les chiens de liaison ou d’estafette ;

- les chiens de patrouille, d’attaque ou de recherche;

- les chiens sanitaire ; les chiens de trait; 

- les mascottes, chasseurs de nuisibles...

 

En ce concerne l'armée belge, au début du 20° siècle, on avait convaincu l’Etat-Major d’utiliser des mâtins pour tirer les mitrailleuses. Ce furent les sections dites « canimobiles ». La traction canine est une spécificité de l’armée belge. Deux chiens, généralement de la race des mâtins belges, assistaient les sections de carabiniers mitrailleurs en tirant des charrettes spécialement conçues pour le transport d’une mitrailleuse ou de caisses à munitions.

Durant la guerre, malgré des débuts prometteurs, il y eut, dans l'armée belge, trop peu de chiens bien entraînés: seules les sections des Carabiniers, purent montrer leur efficacité. Ce fut le cas, le 12 août 1914, à la Bataille de HAELEN. Une des sections canimobiles des Carabiniers bloquant la rue principale de HAELEN empêcha les escadrons allemands de s'y aventurer.

Ailleurs, dans d'autres brigades, ces sections ayant été constituées à la hâte, les mitrailleurs n'étaient pas habitués à soigner et diriger des chiens. Ceux-ci devinrent agressifs ou, à l'inverse, peureux, de toute façon, inefficaces.

La présence de chiens dans l'Armée belge a néanmoins marqué les esprits. L’écrivain américain Walter Alden DYER fit connaître le chien belge de mitrailleuse au travers de son livre " Pierrot, dog of Belgium ". Les recettes de la vente de ce livre ont alimenté la « Commission for Relief in Belgium » qui a fourni une aide importante à la population de la Belgique occupée.

 

 

 

D'une façon plus générale, quelle que soit l'armée, les chiens furent quasi tous utilisés de la même façon.

Chiens messagers:

Le chien muni d’un tube à message est capable de relier deux points fixes entre eux en effectuant des allers et retours et, si nécessaire, de ravitailler en munitions. Attaché au maître et à son chenil, on est sûr qu'il fera le chemin de retour.

Vitesse moyenne du Pigeon : 1 km en 1 minute. Celle du chien : 1 km en 2 minutes.

 

Chiens d'attaque ou de défense:

Dressé à l’attaque, il peut se révéler un redoutable adversaire. On a ici exploité la faculté d'attachement extrême que certains chiens vouent à leur maître. On peut malgré tout penser que l'usage des chiens à cet effet ne fut que occasionnel.

 

Chiens patrouilleurs:

Grâce à son ouïe fine et son odorat développé, le chien est un auxiliaire primordial pour les missions de défense et de reconnaissance. Notamment la nuit ou par temps de brouillard. Le chien patrouilleur accompagnait la troupe dans ses déplacements.

 

Chiens sentinelles:

À l’arrière du front, le chien remplit une fonction de sentinelle pour garantir le repos des unités cantonnées et surveiller les stocks de munitions.

Placé aux avant-postes ou dans les tranchées, il accomplit une tâche de guet. Rien n’échappe à sa vigilance. Toute approche invisible et silencieuse de l’ennemi est détectée et signalée.

 

Chiens auxiliaires de santé:

 

 

 

Les chiens sanitaires furent dressés pour retrouver les blessés. Les Allemands pratiquèrent ce dressage à grande échelle. Les Français, moins.

La guerre des tranchées caractérisée par des combats ininterrompus, un sol et le pilonnage continu de l’artillerie posa le problème de l’évacuation des blessés. Pour y remédier, toutes les armées généralisèrent l’emploi du chien « sanitaire ».

Grâce à sa faculté à franchir les obstacles et son odorat, il peut fouiller le moindre recoin du champ de bataille et repérer les blessés, de jour comme de nuit. Lorsqu’il en découvre, il le signale à son maître brancardier.

Le blessé est alors évacué puis soigné. Le chien est parfois attelé à une charrette aménagée en civière sur laquelle il peut transporter un à deux hommes.

 

La France abandonna leur usage en 1915. Pas l’Allemagne, et ni l’Autriche-Hongrie, sur le front alpin. Côté allemand, on estime qu’un chien a sauvé trois blessés par an.

 

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Histoire des chiens tireurs de traîneaux:

Durant l'hiver 1914, dans les Vosges, la situation des soldats français en première ligne était catastrophique. Il était impossible de les ravitailler en nourriture et en munitions du fait des conditions climatiques. Le front résistamaisdes milliers de combattants y perdirent la vie. Il fallait à tout prix éviter que le désastre se reproduise l’hiver suivant. La fracture de ce front aurait eu pour conséquence l'envahissement de la France.

 

 

Deux officiers, le capitaine Louis MOUFFLET et le lieutenant René HAAS proposèrent au commandement de l’Armée des Vosges d’utiliser des chiens de traîneau. Ces deux officiers avaient vécu en Alaska. Ces chiens y sont connus pour leur résistance: ils arpentent le grand nord sur des milliers de kilomètres. En août 1915, les deux officiers sont envoyés au CANADA avec comme mission de ramener 440 chiens. Et aussi d'acquérir le matériel nécessaire.

 

Ils reçurent l'aide du plus célèbre conducteur d'attelage de chiens de l'époque , Scotty Allan, un écossais naturalisé américain. Celui-ci s'empressa de faire la tournée de tous les villages d'inuits dans le but d'acquérir le plus de chiens possible, faisant croire qu'il les cherchait pour son propre chenil. Ainsi la discrétion fut gardée. Quelques semaines plus tard, 406 chiens furent rassemblés. Après un périple de plus de 3000 km à travers le CANADA, l'expédition embarqua, à QUEBEC, en direction de l'Europe en guerre. Scotty Allan tint à accompagner l'expédition jusqu'en France afin de former les soldats recrutés pour les "sections d'équipage d'Alaska".

 

Durant la traversée, on commença la préparation des chiens. On accrocha sur leur collier une plaque portant le nom du chien, son numéro d'équipage et surtout sa place dans l'attelage.

 

Sur 440 partis du CANADA, 436 arrivèrent au port du HAVRE. Une unité, constituée de gradés et d'hommes de troupe, en pris possession afin de constituer des équipages familiarisés à ces animaux à moitié sauvages et prêts à devoir monter au front. A SAINT-AME, près de GERARDMER, deux sections constituées.

 

Les soldats recrutés comme meneurs de chiens de traîneau ont vite compris l'importance de pouvoir ravitailler les soldats en première ligne. 60 équipages furent formés. Durant la période de formation, on leur apprit les rudiments du métier: place des chiens dans l'attelage, conduite du traîneau, harnachement ...

 

A la fin de la période de formation, les chiens furent transportés par camion jusqu'aux Vosges. Leurs premières missions furent de ravitailler une batterie d'artillerie isolée sur un mont enneigée et de remettre en état 50km de ligne téléphonique. Ces chiens réussirent là où les hommes et les mulets avaient échoué. Par la suite, les chiens reçurent de nombreuses autres missions: opérations de montagne, évacuation de blessés. Ils eurent parfois aussi en charge le transport des officiers généraux et de l'Etat-Major qui autrement n’auraient pas pu se rendre ou communiquer avec les premières lignes.

 

Les traîneaux étaient conduits par un homme de troupe ou un gradé qui se tenait debout à l’arrière, sur les patins du frein. Un frein au pied permettait d'engager dans la neige, des pointes d’acier. Cette manoeuvre avait pour but d'avertir les chiens qu'ils devaient arrêter leur progression. Sur le traîneau se tenait un deuxième conducteur chargé de surveiller le chargement et qui, le cas échéant, prêtait main forte au conducteur, afin d'équilibrer ou de diriger l'équipage. 

 

Pendant les périodes de l'année sans neige, les traîneaux étaient munis de roues caoutchoutées. 

 

Près de la moitié, sur un total de 436 chiens de traîneaux moururent durant le guerre, sous le feu ennemi. D'autres furent blessés, d'autres encore recevront des décorations militaires....

 

Monument à l'infanterie belge BXL.jpg

 

Dans le culte du souvenir, les chiens ne furent pas oubliés.  Après la guerre apparaissent, surtout en France, des monuments dédiés aux chiens combattants. A BRUXELLES, un monument sur lequel figure un chien a été érigé sur la place POELAERT, face au Palais de Justice.

 

 

Chien de guerre.jpg

 

19:40 Écrit par P.B. dans Actualité, HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/01/2015

La guerre de 14-18 fut vraiment mondiale: la preuve par les affiches.

AFFICHES DE PROPAGANDE:

La guerre fut vraiment mondiale:

Il y eut des campagnes d'affichage sur tous les continents.

 

FRANCE 1916: " Les Gueules cassées"

Manifestement, il n'y eut pas de censure sur ce problème.

C'était d'ailleurs impossible: les combattants français pouvaient correspondre par lettres et même obtenir des périodes de repos. 

Conrad Les Gueules cassées 1916.jpg

ITALIE en 1916: appel à un emprunt !

Les banques ont eu du boulot !

Italie 1916 Aidez-nous à vaincre;.jpg

RUSSIE: affiche de 1916.

Puisque l'on parle de %, il s'agit sans doute d'un appel aux porte-monnaies !

Nous en verrons d'autres !

Auteur inconnu russe 1916.jpg

AUTRICHE-HONGRIE en 1917:

Pauvre soldat austro-hongrois.

On fait appel à la souscription d'un emprunt.

Puisque les soldats souffrent, les citoyens sont appelés à ouvrir leurs goussets !

AUTRICHE 1917.jpg

 

AUSTRALIE: affiche de 1918 

à comparer avec celle de 1915, plus bas;

Australie 1918.jpg

AUSTRALIE en 1915: 

appel à l'enrôlement de volontaires.

Australie 1915.jpg

 

 

Affiche publiée en ARGENTINE en 1918:

appel à la souscription d'un emprunt de guerre.

affiche publiée en Argentine 1918.jpg

 

19/01/2015

Encore quelques renseignements sur Martial LEKEUX.

Toujours sur Martial LEKEUX.

Nous avons vu que Martial LEKEUX, dans sa mission en tant que militaire travaillait comme s'il était chargé d'une mission divine. Il considérait que les tourments qu'il subissait faisait partie de cette mission. C'est ce qui l'aidait probablement à passer de l'état de religieux à l'état de combattant. C'est ce qui explique sans doute le choix du titre de ses souvenirs ( " Mes cloîtres dans la tourmente" ).

Mais dans sa littérature religieuse, il lui arrive aussi plus tard de faire référence à des images militaires pour expliquer des concepts purement religieux. Curieux mélange des genres !

Voici, par exemple:

" Il faut viser l’impossible pour atteindre le possible. (…). Non pas qu’on doive prétendre atteindre l’impossible, mais il faut tendre au delà du but pour parvenir au but. C’est le procédé de l’artilleur. Il ne pointe pas sa pièce sur l’objectif : la pesanteur aidant, le projectile irait se ficher en terre bien avant celui-ci. Alors, il relève le canon, décrit sa trajectoire et retombe au but. Faites de même, visez haut, tenez compte de la pesanteur d’âme qui ramène toujours l’idéal en deçà de l’idéal."

"Sainteté et Bonne volonté" ( 1944 )

 Nous avons vu aussi que c'est à lui que l'on doit de connaître l'histoire des " Spéciaux " qu'il a vu à l'oeuvre près de son poste d'observation. Il écrit:

en mars 1915, d’après Martial Lekeux, ceux-ci furent envoyés en mission pour attaquer les « tanks à pétrole » immenses cuves métalliques  fortifiées par l’ennemi et qui sur la rive gauche de l’Yser dominaient les positions belges. L’attaque se révéla  un échec et celui-ci entraîna  la suppression de cette compagnie au grand regret du franciscain :

 

" Pauvres « spéciaux » ! Vous étiez trop sauvages et trop beaux pour la campagne nouvelle. La guerre s’organisait - l’ère des rapports - et des inventaires et vous n’aviez pas compris que dans un corps organisé il ne faut que des qualités et des vices médiocres : c’est pour cela que vous deviez disparaître, car vos mérites trop hauts étaient le compromettant signal qui faisait attaquer vos défauts. "

En mars 1915 d’après Martial LEKEUX,  les " Spéciaux " reçurent la mission  d'attaquer, sur la rive gauche de l'Yser, les « tanks à pétrole » immenses cuves métalliques fortifiées par l’ennemi. Ces cuves dominaient les positions belges. Ce fut un échec qui entraîna la suppression de cette compagnie.

Ce texte est édifiant: 

 Alors la voix divine parla ainsi en moi :

Mon bien-aimé, as-tu donc oublié que c'est pour Moi que tu luttes et pour Moi que tu souffres? N'es-tu pas, en cette guerre, soldat de la Justice et de l'Amour? — La Justice est ma fille, et l'Amour c'est moi-même. Tu le sais bien!... Sois-en bien sûr, chaque fois que sur la terre un bras se dresse contre quelque mensonge ou quelque ignominie, chaque fois qu'un coeur bondit pour venger la Beauté et défendre le trésor des choses spirituelles, c'est Moi-même qu'il défend, et c'est Moi- même qu'il venge. Aurais-tu, sans cela, repris cette épée qui m'était consacrée?... Alors, pourquoi laisser le doute envahir ta pauvre âme? Pourquoi ce trouble, cette angoisse, et cette grande détresse?

Tu demandes ton cloître... Cœur faible! Qu'es-tu allé chercher dans son silence austère? Qu'as-tu demandé à ses grilles, sinon le Sacrifice et, par lui, l'amour?

 

Ne sais-tu pas que c'est de renoncement qu'est faite toute sa paix et toute sa blancheur?"

...

"La guerre! La guerre sur les villes de Belgique ! C'est donc vrai, mon Dieu!". Mon esprit, désemparé, cherche en vain à fixer cette chose monstrueuse, énorme, démesurée...

Un bouillonnement de bruits confus monte des rues jusqu'à ma cellule, dominé par instants par le martèlement du tocsin et l'appel haletant du clairon. Il y a une fièvre dans l'air.

... Il y a une fièvre dans mon âme. Mon esprit chevauche, la bride sur le cou. Je vois les troupes qui se forment, qui se ruent vers la frontière... Branle-bas !

 

Et moi?... Pour la vingtième fois je relis l'odieux papier déplié sur ma table : « Officier démissionnaire »... On ne me rappellera donc pas, moi ! — Partir? je ne puis plus, je suis rivé : j'ai fait voeux— Rivé aux murs de cette cellule sans air ! Rivé, alors que c'est la guerre dans le pays, alors que le tocsin m'appelle, alors que ce clairon m'appelle, qui sonne éperdument l'alarme !... Mon regard s'affole, cherche à fuir... Il se bute aux murs blancs, il se bute aux carreaux plombés : ma cellule, tout à coup, est devenue trop étroite ; et, pour la première fois, je constate que mon coeur n'y est plus : j'ai l'impression très nette que je ne suis plus à ma place."

Nous avons aussi dit qu'il faisait, trop volontiers disent certains, étalage de scènes de boucherie. Cette littérature, d'apparence virile est surtout marquée par la foi. C'est la littérature d'un " miles Christi", un "soldat du Christ". Il lui arrive pourtant, parfois de se questionner sur sa foi.

En voici quelques exemples:

Je pousse la porte et reste cloué d’horreur. Une douzaine d’Allemands sont étendus pêle-mêle dans la salle crevée, tombés en tas les uns sur les autres, fauchés par le « coup de hache » d’un obus. L’un d’eux est éventré comme une bête de boucherie – une cervelle a jailli sur le mur et y a plaqué une affreuse étoile sanglante, des rictus contractent les faces lépreuses qui montrent des yeux blancs. Et cela me lance au nez une dégoûtante bouffée de cette fade et épouvantable odeur des cadavres pourris. Peste ! un joli endroit pour passer une journée ! "

....

 

Comment ! Pendant dix ans je n'ai fait que cela fourbir mes armes, me préparer à pouvoir un jour me croiser pour quelque rédemption. Je n'ai laissé ce rêve de ma vie que pour celui du cloître. Et maintenant qu'il s'offre comme une réalité, je dois rester en place, inutile, les bras vides ! Ah! non, voyons !... Un flot de sang monte à ma tête, mes tempes brûlent,.. Mon Dieu ! " 

 ...

 

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Martial LEKEUX représenté à son poste dans un vitrail.

 

Martial LEKEUX, moine soldat de 14-18, un acteur et témoin bien oublié.

Martial LEKEUX.

 

Moine soldat, soldat écrivain, moine écrivain.

Né à Arlon le 19 juin 1884.

Décédé à Liège le 16 octobre 1962.

Bien rares sont encore aujourd'hui ceux qui savent qui il était et quel a été son rôle dans la Guerre 14/18.

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Il a tenté de raconter son l’expérience , dans un style tantôt très réaliste, tantôt plus poétique, en tout cas toujours puissant. 
Ce témoignage, méconnu, a une valeur littéraire mais aussi historique.

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Rien ne prédestinait à la vie monacale Edouard-Martial LEKEUX, né à ARLON le 19 juin 1884. Après de brillantes études à l’Athénée Royal, il effectua à BRUXELLES une année de préparation à l’examen d’entrée à l’Ecole Royale Militaire. Ses études militaires terminées, il fut affecté à LIEGE, comme officier d'artillerie.

 

En 1911, le 15 novembre, il quitta l'armée pour l'ordre franciscain sous le nom de « Frère Martial ».

 

Il étudiait la théologie à TURNHOUT, lorsque la guerre éclata. Il reprit le service actif. Le 5 août 1914, il est envoyé en mission à la Citadelle de LIEGE pour évaluer les moyens de défense.

 

Voici comment LEKEUX, aspirant moine, a été amené à faire la guerre de 14-18 comme combattant et non comme les autres ecclésiastiques. Ces derniers étaient des « dispensés du service en temps de paix ». Ils furent mobilisés comme ambulanciers. Sans aucune formation militaire, ils se retrouvèrent subitement sous les armes.

 

Il vécut la reddition de la Citadelle de LIEGE. Déclassée depuis 1891, celle-ci n'a joué aucun rôle dans la défense de LIEGE. C'était une caserne pour réservistes. Elle ne possédait que six canons inutilisables. Le 12e de Ligne l'avait quittée la nuit du 1er au 2 août 1914 pour aller défendre les ponts de VISE et d'ARGENTEAU.

 

Le 6 août, au soir, le Colonel ECKSTEIN qui montrait, des signes d'aliénation mentale, fit arborer le drapeau blanc. Il tenta de se suicider et fut interné le soir même. Martial LEKEUX raconte une scène surréaliste relative à ce Colonel. Celui-ci lui ayant indiqué où se trouvent les canons, il note:  «Quels canons, bon Dieu ! (...) Alignés comme dans un musée, ils sont là, six, immobiles, léthargiques, rouillés, qui roupillent depuis vingt ans à la même place, sur leurs énormes affûts. Ils sont tellement pétrifiés que les roues sont devenues ovales.

La Citadelle fut bombardée le 7 août à 5 h 30. Vers 7 h, une troupe allemande, se présenta à l'entrée de la Citadelle et s'en empara sans combat. Sa centaine d'occupants furent faits prisonniers.

 

LEKEUX avait quitté LIEGE le 6 à l'aube pour participer aux combats de BONCELLES et de HERSTAL. Après la retraite de Liège, il conduira ses hommes à Anvers où sa batterie sera une des dernières à tenir. De là, il rejoignit l'Yser via les PAYS-BAS et KNOKKE.

 

Il fut placé comme observateur d’artillerie de décembre 1914 à mai 1916 à OUD-STUIVEKENSKERKE. Là se trouvait une église détruite en 1870. Seul le clocher subsistait. Vu sa position stratégique, on l'utilisa comme avant-poste, fortifié. Il se révéla un très bon observateur des lignes ennemies.Il y reçut, en 1915, la visite du Ministre Emile VANDERVELDE. Ce dernier révéla l’existence de ce « moine-soldat » lors d’une interview diffusée par la presse. VANDERVELDE dit: « Il est sorti de son couvent. J'ai quitté ma Maison du Peuple. Nous nous défendons coude à coude contre l'agression brutale et injuste ». Rencontre de deux hommes, différents, mais, avant guerre, pacifistes.

 

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Dans son journal, il décrit la vie, curieuse, qui se déroule à proximité de son poste d'observation. Grâce à lui, nous connaissons la vie des « Spéciaux » qui s’installèrent dans le hameau  en janvier 1915 pour effectuer des  reconnaissances vers les lignes allemandes. La « compagnie spéciale pour missions dangereuses » créée à la fin du siège d’Anvers. C’étaient des aventuriers à la recherche d’un coup à faire. L’ennemi tenta de les déloger par des bombardements et par  l’envoi de patrouilles nocturnes.

 

Dans son livre «Mes cloîtres dans la tempête», publié en 1922, il relate tous ses souvenirs de guerre. LEKEUX reconnaît que la guerre est d’abord souffrance. Il le dit avec son vocabulaire de franciscain exalté par la mission divine dont il se croit investi:

« Souffrir, souffrir… C’est donc cela, la guerre ! Il semble vraiment que notre mission soit de sauver le monde par la seule force de la souffrance. Combattre, ce n’est plus se battre, c’est porter le cilice ; c’est raidir son âme contre son corps, se forcer à vouloir, dans la fatigue, le dénuement, la détresse de la chair. ».

 

Il y décrit des images de boucherie comme BARBUSSE. Mais ce n'est pas par pacifisme. C'est un mystique qui se met en scène en soldat du Christ. En troquant son froc contre l’uniforme, il pense avoir obéi à un ordre divin.Son livre, bien oublié aujourd'hui, connut l'une des plus forts tirages de la littérature de guerre (150 éditions). Il fut traduit en plusieurs langues.

 « Des hurlements s’élèvent : la tranchée est atteinte. J’y vais voir. Un homme sans main, assis, les pieds dans l’eau, devant un abri, regarde fixement dans le vide d’un regard désespéré, le front plissé comme une reinette, et tandis que le sang s’égoutte du moignon de son bras, ses lèvres ne cessent de remuer, comme s’il marmonnait un chapelet. Un autre est couché, le ventre troué, la figure blême tirée comme celle d’un mort, sans s’arrêter de pousser des « hein… » lamentables, avec une voix d’enfant malade... Que c’est donc stupide, la guerre !

( Mes cloîtres dans la tempête )

 

 

 

 

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La guerre finie, il rejoignit son couvent, rhumatisé, grippé en permanence et rongé par une gastrite. Il fut ordonné prêtre le 8 septembre 1920. Pendant des années, il mena une activité fébrile au service des régions dévastées qu’il fallait reconstruire. Il enchaîne conférences de ville en ville et animations dans les paroisses et établissements religieux.

 

En 1927 sort le livre « Le patelin de Notre-Dame » qui connut aussi un grand succès. Les bénéfices étaient destinés à  l’érection d’un calvaire devant DIXMUDE.

 

En 1931, ce sera « Passeurs d'hommes, le drame de la frontière 1914-1915 ». Un film en fut tiré en 1937. On y décrit en Belgique envahie, les efforts des Allemands qui cherchent en vain à démanteler l'organisation des passeurs d'hommes qui aident des volontaires à franchir la frontière vers les PAYS-BAS.

 

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En mai 1940, il se trouvait à ALEXANDRIE. Il décida de rejoindre LONDRES pour se mettre à la disposition du gouvernement belge. Il y fut promu major. En avril 45, on l'autorisa à rentrer. Il resta un an au Ministère de la Défense pour aider à la planification de la réorganisation de l’armée.

 

Martial LEKEUX  passera la fin de sa vie à la maison franciscaine de LIEGE. Pendant toute sa vie, il eut aussi une abondante production littéraire religieuse. Il termina celle-ci en s’attachant à faire connaître la vie d’un  jeune prêtre de sa génération, Edouard POPPE qui mourut à l’âge de 34 ans en ayant montré un zèle chrétien et une  piété exceptionnelle. Cette biographie fut son dernier livre.

 

Il mourut le 18 octobre 1962. Le cortège funèbre n’était formé que de ses confrères moines franciscains et de quelques pauvres et vieux de la paroisse.