22/08/2015

La "PAIX de FEXHE", texte fondateur de l'état de droit.

18 juin 1316 : LA « PAIX DE FEXHE »

 

TEXTE FONDATEUR DE LA DEMOCRATIE

 

Vendredi prochain, 28 août, à 18H00, la Province de LIEGE lancera officiellement les "Fêtes de Wallonie".

Ce sera dans la commune de FEXHE-LE-HAUT-CLOCHER, plus précisément à VOROUX-GOREUX.

Pourquoi FEXHE-LE HAUT-CLOCHER, petite commune rurale ?

Parce que, l'an prochain, en 2016, on y célébrera le 700° anniversaire de la "PAIX DE FEXHE",texte fondateur de l'état de droit.

b2476598397b0f3936a98955336d81ff-1404907789.jpg

Stèle commémorative de la signature de la "PAIX de FEXHE"

Le 28 août, les Autorités provinciales et communales déposeront d'abord des fleurs et rendront un hommage au Monument aux Morts de VOROUX-GOREUX. Les associations patriotiques y sont invitées.

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le 18 juin 1316, la « Paix de FEXHE » est signée: elle scelle l'aboutissement de divers mouvements sociaux du début du 14e siècle. Les Villes s'étaient soulevées contre le Prince-Evêque. La « Paix de Fexhe » est une entente qui clôture ces conflits. Son but est d'établir un état de droit et un équilibre des pouvoirs.

 

 

1316-06-18_paixfexhe.jpg

Elle sera la base constitutionnelle du Pays de Liège jusqu'en 1795. Il s'agit donc d'un événement capital dans l'histoire de la Principauté de Liège et de la démocratie en général.

 

La « Paix de FEXHE », conclue par les représentants de tous les pouvoirs publics de la Principauté, des communautés voisines et de toutes les communes rurales, revêt le caractère d’une paix publique concernant tout le Pays de LIEGE et non plus d'une localité particulière. C'est en fait une vraie charte constitutionnelle.

 

Si un Liégeois voulait lire ou relire la « Paix de FEXHE », celle-ci était affichée sur un des piliers de la cathédrale Saint Lambert. La devise de la « Paix de FEXHE » était:

« Lecteur, apprécie tes libertés à leurs justes valeurs, mais souviens-toi que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. »

 

Elle énonce trois grands principes qui formeront jusqu'en 1795 les bases du droit public liègeois et des libertés politiques liégeoises. Différentes mesures de protections des citoyens sont mises en oeuvre. On peut citer la suppression des jugements arbitraires, la prestation de serment imposée aux magistrats, la création d’une véritable représentation du pays en instaurant à côté du pouvoir exécutif un pouvoir législatif, émanation des différentes classes de la population.

 

C'est un texte nettement en avance pour son époque. On y stipule notamment:

.que les franchises des villes ne peuvent être abolies que de l'accord commun du prince-évêque et des groupes sociaux qui en bénéficient;

2. que chacun doit être jugé conformément à la loi, « par jugement des échevins et des hommes ».

3. qu'il ne peut y avoir de tribunaux d'exception émanant de la justice du Prince-Evêque;

4. que personne ne peut être arrêté que par ordonnance des échevins.

5. que le droit ne peut être révisé que par accord entre le Prince-Evêque, du chapitre de Saint-Lambert, des chevaliers et des mandataires des Bonnes Villes.

6. que la confiscation des biens est interdite.

7. qu'est accordé aux habitants de la Principauté le droit d’approuver le budget et d’en contrôler l’exécution.

 

On en retient aussi deux dispositions capitales:

1. que le pouvoir législatif appartient au « Sens du pays », c’est-à-dire à une assemblée où la noblesse, le clergé et la bourgeoisie se retrouvaient comme trois états. La mission première de cette assemblée était d’interpréter le droit coutumier et, le cas échéant, d’amender les lois. Les lois et coutumes ne pouvaient être modifiées que par le « Sens du Pays ».

2. que la liberté individuelle est garantie et qu'une bonne justice est établie.

 

Notons aussi, et ce n'est pas anecdotique, que :

  • si le prince viole ses engagements, ses sujets s’accordent le droit de résistance, mais seulement après appel au Collège des Chanoines de Saint-Lambert.

  • le prince-évêque à son avènement, de même que les chanoines, les officiers gouvernementaux, les échevins, les maîtres à temps, les jurés du conseil communal, les gouverneurs des métiers, sont tous obligés, à leur entrée en fonction, de prêter serment de « tenir et warder » la « Paix de FEXHE », émanation de la volonté du pays.

 

Cette dernière disposition préfigure, avec cinq siècle d'avance, la prestation de serment du Roi lors de son avènement ( « Je jure de respecter la Constitution et les lois du Peuple belge... » ) et les prestations de serment de tous les élus, de tous les fonctionnaires, des assesseurs aux bureaux de vote...

 

Qu'est ce fameux « Sens du Pays » ? C'est une commission juridique regroupant le Prince-Evêque et les trois États ( le chapitre de Saint-Lambert, l’État noble et l’État tiers ). Cette commission est gardienne et seule interprète des lois et coutumes. Ce document témoigne d’une volonté de mettre un terme à l’arbitraire des jugements et anticipe également les difficultés dans l’interprétation des lois. Une préfiguration du « Conseil d'Etat » ...créé par une loi du 23 décembre 1946, soit 630 ans après la « Paix de FEXHE ».

 

Une préfiguration aussi de la Cour d'Arbitrage devenue Cour Constitutionnelle, mise en œuvre par la loi du 28 juin 1983, mais officiellement installée le 1er octobre 1984, soit 668 ans après la « Paix de FEXHE » !

 

Par la « Paix de FEXHE », la Principauté de LIEGE se distinguait institutionnellement des autres principautés, duchés... qui constitueront plus tard la BELGIQUE. Les pouvoirs du Prince se voyaient restreints. L'existence du « Sens du Pays » avait instauré dans la Principauté de Liège la préfiguration d'un Etat représentatif, bien qu'on ne puisse pas encore parler d'une véritable représentation populaire.

 

 

Le projet de décret instituant une constitution wallonne fait référence en commençant à la « Paix de FEXHE ».

La Principauté de LIEGE en Europe.

Principauté.png

07/08/2015

Souvenons-nous de la Shoah et du sort des enfants juifs.

La SHOAH n'a pas épargné les enfants.

 

Dans le dernier article, nous avons évoqué la rafle du Vél d'Hiv. à PARIS, accomplie sur ordre du gouvernement de VICHY et donc du Maréchal PETAIN. Cette rafle na pas épargné les enfants. Nous avons vu les panneaux-souvenirs affichés dans le XV° Arrondissement. La Shoah amène une des grandes interrogations sur le XXème siècle: « Comment des hommes ont-ils pu faire cela à d’autres hommes ? ». Et aussi comment a-t-on pu rester insensible au sort des enfants !

 

Un quart des enfants juifs raflés à PARIS étaient originaires du quartier de MONTMARTRE. On a souvent dit que la rafle était dirigée contre les Juifs étrangers. Cela ne semble pas être correct au vu des statistiques relatives aux enfants raflés. Et même si c'était vrai, cela ne réduit en rien l'ignominie de l'acte ;

 

La rafle du Vélodrome d'Hiver ( 16 juillet 1942), appelée « rafle du Vel’ d'Hiv » est la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France durant la guerre 40-45. En principe, elle visait essentiellement les Juifs étrangers ou apatrides réfugiés en France.

 

Cette rafle s'inscrit dans une opération menée à l'échelle européenne par le régime nazi. C'est l'opération « Vent Printanier », en juillet 1942. En France, les autorités de VICHY ont mobilisé les policiers français pour participer à l'opération: à PARIS, 7000 policiers et gendarmes. Cela se passa en deux jours: les 16 et 17 juillet 1942.

 

Pendant deux jours, la police française, dirigée par René BOUSQUET, a arrêté 13 152 Juifs - dont 4 115 enfants - et les a gardé en détention au Vélodrome d’Hiver, situé quai de Grenelle, dans le XVe arrondissement.

 

Après la rafle du Vel d'Hiv, près de 8.000 personnes furent transférées vers les camps d'internement du LOIRET. Parmi eux, plus de 4.400 enfants, dont certains avaient à peine deux ans. Moins de cent personnes rentrèrent de déportation. C'est ce que Jean-Marie LE PEN appelle « un détail de l'histoire » !

 

Les trois camps d'internement du LOIRET étaient installés à BEAUNE-LA-ROLANDE, PITHIVIERS et JARGEAU. Près de 18 000 juifs y furent internés. De là, ils furent déportés. Parmi eux figuraient plus de 4 400 enfants, arrêtés avec leurs parents lors de la rafle du Vél d'Hiv.

 

Ces enfants connurent un mois d'enfer dans ces camps. Après quelques semaines, on donna l'ordre de séparer les mères et les enfants. Ceux-ci criaient, pleuraient, appelaient leur mère. Nombre de ces enfants se retrouvent seuls, entourés de quelques rares adultes.

Mi-août, ils seront conduits à DRANCY puis à AUSCHWITZ. Pour les calmer, on leur a dit qu'ils allaient retrouver leur mère.

 

On a souvent, habilement, rejeté tout sur le gouvernement de VICHY, comme en témoigne la plaque commémorative installée Place Adolphe CHERIOUX, près de la Mairie du XV° arrondissement. Jacques CHIRAC a été, en 1995, le premier Président à reconnaître la responsabilité de la FRANCE dans la collaboration avec le régime nazi.

 

 

 

Dans le XV° Arrondissement, une autre plaque, apposée à la façade d'une école, au 19 de la Rue Blomet rappelle que 87 enfants juifs de cette école ont été raflés;

 

DSCI4383.JPG

Un Musée-Mémorial des milliers d'enfants internés dans les camps du LOIRET après la rafle du Vél'd'Hiv, puis déportés, a été installé à ORLEANS. Il a été inauguré le 27 janvier 2011 par Jacques CHIRAC et Simone VEIL. Il est intégré dans les locaux du «  Centre d'études et de recherches sur les camps d'internement du LOIRET ». Il est situé 45, rue du Bourdon Blanc à ORLEANS.

1280px-Orléans_musée_-_mémorial_des_enfants_du_Vel_d'Hiv_3a.jpg

 

Le Musée accueille documents, photographies, biographies et témoignages sur les enfants internés dans le département avant d'être acheminés vers les camps d'extermination nazis.

04/06/2015

Un peintre de guerre: Félix VALLOTTON.

Quelques mots sur Félix VALLOTTON.

Il n'est pas question ici de faire oeuvre de critique de peinture. Mais simplement de montrer comment la guerre a pu être représentée par un peintre déjà connu à l'époque. Célébre avant guerre par des oeuvres complètement différentes et qui, durant le conflit, a modifié sa façon de peindre pour exprimer son sentiment.

VALLOTTON, d'origine suisse,a été naturalisé français en 1900. Il a 49 ans au moment de l’éclatement de la Première Guerre mondiale. Il souhaiterait pouvoir s’enrôler, mais il est trop vieux. «Il est pourtant tout à fait patriote. On le voit sur cette toile où les couleurs qui dépassent de sa palette sont les couleurs du drapeau français.» Il va représenter la guerre, qui va le bouleverser personnellement et dans sa démarche formelle de peintre.

 

Il a 49 ans lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il se trouve à HONFLEUR. Il cherche a s'engager volontaire. Il est refusé vu son âge.

 

La guerre lui inspire en 1915 différents tableaux dont " Le Crime Chatie", "1914", ou "C'est la guerre", et ne cache pas son opinion pour une victoire française.

felixv10.jpg

Il va participer à une mission de peintres aux armées et ainsi se rendre compte de la désolation. En 1917, il visite le front qui lui inspire des paysages de guerre.

 

landscape-off-ruins-and-fires-1914.jpg

 

 

En 1917, il réalise « VERDUN ». Une vision sublimée de la guerre. Ce tableau traduit ses réflexions personnelles sur l'art au front. Il se demande comment l’artiste peut représenter la guerre, les forces, le bruit, la violence, les nuées de gaz. Il modifie sa façon de peindre: il faut abandonner l’arabesque et la courbe pour utiliser la droite. La guerre aura bouleversé sa peinture. La guerre nouvelle ne peut plus être prise en charge par le réalisme classique. Elle suscite d’autres formes de représentation

 

Par ce tableau, VALLOTTON représente un champ de bataille sous un déluge de feu et de fer dont l'espace est structuré de façon géométrique.La composition s'organise autour de faisceaux lumineux colorés se croisant au-dessus de flammes et de nuées de gaz en formant des triangles, tandis que sur la gauche s'abattent les lignes obliques de la pluie. La vision d'ensemble est celle d'un paysage de guerre où s'affrontent des forces antagonistes, la violence des intempéries et celle des hommes qui se battent.

Félix Vallotton VERDUN 1917.jpg

 

Il exprime aussi l'impact que la violence industrielle de la guerre a un impact produit sur le paysage. La forêt est saccagée, les troncs d'arbre en feu,le sol arasé et nu, la végétation disparue. On ne voit aucun soldat. Cette toile n’est pas un instantané de la bataille. 

31/05/2015

Les Monuments aux Morts en Flandre: une curieuse question sémantique.

Question sémantique:

En Flandre, les " Monuments aux morts " sont dénommés " Oorlogsmonumenten".

Attention, il ne faut pas se méprendre. Il n'y a pas lieu de croire que, en Wallonie, les monuments commémoratifs honoreraient les victimes tandis que, en Flandre, nous trouverions des mémoriaux glorifiant la guerre.

L'usage de tels monuments, chez nous, ne remontant qu'à un peu plus de nonante ans, il serait curieux de connaître pour quelles raisons on n'a pas de traduction littérale.

Maintenant, lorsqu'on examine de plus près les "Monuments aux morts" et les "Oorlogsmonumenten", à l'exception de la langue utilisée, on ne trouve pas de différence.

Et encore, pour le cas de TONGRES, on a un Monument parfaitement bilingue.

T1.jpg

T2.jpg

T3.jpg

T4.jpg

Que l'on se trouve d'un côté ou l'autre de la frontière linguistique, ces monuments  ont été érigés pour commémorer et honorer les soldats, et plus généralement les personnes, tuées ou disparues pendant la guerre.

La guerre de 14-18 est, chez nous,  la première guerre commémorée par de tels  monuments. 

27/05/2015

MARCHE-EN-FAMENNE: Monument aux Morts.

MARCHE-EN-FAMENNE:

Monument aux Morts du Cimetière.

Il existe deux cimetières, situés l'un en face de l'autre. Le Monument aux Morts se trouve dans l'ancien cimetière, adossé à une antique chapelle érigée au centre de ce cimetière.

Quand on parle du "Monument aux Morts", il convient de préciser qu'il s'agit des victimes de la Première Guerre Mondiale. Aucun ajout ni aucune modification n'ont été apportés concernant la Seconde Guerre Mondiale. 

Fait assez curieux mais qui n'est, hélas, pas unique !

Photo prise depuis l'entrée du cimetière.

DSCI3879.JPG

Vue globale du Monument:

Apposés sur le mur de la chapelle et surplombant le Monument, on peut voir les deux plaques reprenant les noms de tous les "morts pour la Patrie".

Chaque plaque se termine par ces mots: " La Ville de MARCHE reconnaissante "

DSCI3881.JPG

Voici les plaques gravées reprenant les noms des quatre combattants qui sont inhumés ici.

DSCI3882.JPG

DSCI3883.JPG

16/05/2015

Lettre d'un Prisonnier Politique ( 40-45 )

Lettre d'un Prisonnier Politique en attente de jugement à sa famille.

 

220px-Bundesarchiv_Bild_146-1993-051-07,_Tafel_mit_KZ-Kennzeichen_(Winkel).jpg

 

En attente de son jugement, ce (futur) prisonnier politique était incarcéré à la Prison de CHARLEROI. Après simulacre de jugement, ce fut l'expédition vers un camps de concentration mais dans ce cas précis ( Fernand FRISCH de TRAZEGNIES ) sans passer par BREENDONK.

Manifestement, il avait le droit de correspondre avec sa famille. Il devait utiliser le formulaire spécial fourni par l'occupant ( document trilingue: allemand, néerlandais et français ).

Ce document devait être rédigé au crayon. Il est évident que le courrier était contrôlé avant expédition. ce qui explique le ton de la lettre. 

Ce document étant très ancien et écrit au crayon, veuillez nous excuser pour la qualité de la copie.

 

PP 001.jpg

 Une fois au camp de concentration, il était "gratifié" d'un triangle, rouge dans le cas des Prisonniers Politiques. D'une autre couleur dans les autres cas. 

Voir tableau plus haut.

12/05/2015

HUIT MAI 1945. Que représente cette date et comment la commémorer.

 

 

LLB.jpg

 

 

HUIT MAI

 

Ce que représente cette date.

MDT.jpg

Le choix du 8 mai pour célébrer la fin de la Seconde Guerre mondiale n'était pas une évidence. Et cela pour diverses raisons.

 

Tout d'abord, pour une raison purement économique: le mois de mai compte déjà beaucoup de jours fériés. Avant la guerre, il n'y avait que l'ascension et le lundi de pentecôte. On a ajouté le 1° mai qui auparavant n'était pas un jour férié mais un jour chômé. Avec le 8 mai, cela faisait, aux yeux de certains trop !

 

La date elle-même: la véritable capitulation intervint dans la nuit du 6 au 7 mai.La Seconde Guerre mondiale se termina officiellement, en Europe en tout cas, le 8 mai 1945, à 23h01 ( heure de Berlin ) soit le lendemain de la capitulation sans condition signée à Reims,le 7 mai. Comme l'heure de Moscou retarde d'une heure par rapport à l'heure de Berlin, la fin de la guerre, pour les Russes est donc le 9 mai !

 

Tous les pays ne fêtent d'ailleurs pas la fin de la guerre le même jour ! De plus, il ne faut pas oublier que la guerre a encore continué en Asie durant près de quatre mois. La Seconde Guerre mondiale a donc véritablement pris fin en août 1945.

Humanité.jpg

Les Français sont les seuls à avoir considéré la date du 8 mai comme symbolique et a en avoir fait un jour férié. Bien qu'il y ait eu beaucoup de rebondissements, de retour en arrière, de rétablissements...chez eux.

 

Passons-les en revue. En France, selon une une loi de 1946, la victoire sur l'Allemagne nazie serait commémorée " le 8 mai de chaque année si ce jour est un dimanche et, dans le cas contraire, le premier dimanche qui suivra cette date ". Des problèmes apparurent de suite: la concurrence avec la fête de Jeanne d’Arc, qui tombe au même moment et qui est très vivace en France. Il est évident qu'il y aurait eu confusion et que la commémoration de la fin de la guerre aurait été occultée par une fête vraiment populaire et plus ancienne.

 

En 1953, une nouvelle loi fit du 8 mai le jour fixe de la commémoration et un jour férié. M en 1959, on en revint à une date variable ( le deuxième dimanche de mai ) donc à la suppression du jour férié. En 1968, cette commémoration fut à nouveau fixée au 8 mai, étant entendu que ce jour ne sera pas férié.

 

En 1975, nouveau retournement: Giscard d'Estaing, nouvellement élu Président, décida de supprimer la commémoration officielle de la victoire sur l'Allemagne nazie et de la remplacer par une " journée de l'Europe ", pour marquer la réconciliation franco-allemande. Dans la foulée, il souhaitait transformer le 11 novembre en une journée nationale du souvenir dédiée, indistinctement, à tous les morts pour la France. Inutile de dire que cela suscita l'indignation des associations d'anciens combattants.

 

En 1981, le 8 mai est rétabli par Mitterrand qui en fait à nouveau un jour férié dont le rituel est pratiquement copié sur celui du 11 novembre: le Président passe en revue les troupes sur la place de l'Étoile, dépose une gerbe, ravive la flamme du tombeau du soldat inconnu.

 

On doit aussi souligner que le débarquement est aussi commémoré en juin, souvent avgec faste, mais sans qu'un jour férié lui soit consacré.

Pravda.jpg

Les Russes célèbrent la capitulation de l’Allemagne nazie et la fin des combats le 9 mai. En effet, les Allemands ont capitulé une seconde fois le 9 mai, au quartier général des des forces soviétiques à Berlin. Une façon pour Staline de montrer aux Alliés que l'URSS ne comptait pas se laisser confisquer la victoire. Pour rappel, à cause du décalage horaire, la fin des combats a eu lieu le 9 mai et non le 8. Selon une habitude héritée de l'époque stalinienne, cette commémoration donne lieu à une gigantesque parade militaire.

 

Au Royaume-Uni et aux États-Unis, le 8 mai n'est pas un jour férié. Les Américains rendent hommage aux soldats morts pour la patrie le dernier dimanche de mai, appelé " Memorial Day ".

 

Au Pays-Bas, la victoire est fêtée le 5 mai.

 

En Belgique, la date du 8 mai est toujours restée dans l'ombre de celle du 11 novembre. A la différence du 8 mai 1945, le 11 novembre 1918 est une date qui a un rapport immédiat avec notre histoire. Le 11 novembre 1918, les Allemands étaient encore en Belgique, et ils ont dû commencer à partir. La date du 8 mai 1945, par contre, n'a aucun lien direct avec les événements qui se sont déroulés en Belgique. Notre pays a été libéré bien plus tôt, en septembre 1944, mais il y eut encore la bataille des Ardennes à l'hiver 1944.

 

Le 8 mai constitue surtout une date dans l'histoire diplomatique: c'est ce jour-là que la reddition de l'Allemagne a été officiellement signée. C'est sans doute pour cela, pour la rattacher à notre vécu, qu'on a pris l'habitude de dire que, le 8 mai, on commémore la « Victoire sur l'Allemagne nazie et la libération des camps »...bien que beaucoup de camps avaient déjà été libérés plus tôt.

 

Jusqu'à quand le 8 mai était-il un jour férié en Belgique ?

 

Cela n'a jamais été le cas. Le 8 mai n'a jamais été officiellement un jour férié généralisé en Belgique. Il était un «  jour de congé » seulement dans les écoles et les administrations. Mais il a été supprimé en 1983. Aujourd'hui, les défilés d'associations d'anciens combattants ont toujours lieu le 11 novembre, ou lors des fêtes de la Libération. Très peu de rituels propres au 8 mai sont organisés en Belgique, sauf les hommages dans le villages et la cérémonie à la Colonne du Congrès.

 

On doit aussi souligner que, dans de nombreuses localités, on continue de célébrer l'anniversaire de l'arrivée des Alliés, souvent donc en septembre. A titre d'exemple, le 8 septembre à Liège.

 

Pour moi, on devrait vraiment fêter la victoire ultime de la démocratie et de ses valeurs contre le racisme. La date du 8 mai aurait ainsi beaucoup plus de sens que de fêter uniquement la fin de la guerre. C'est pourquoi, il importe aussi d'y jumeler la libération des camps. Il s'agit d'une date marquante de la mémoire commune européenne.