06/11/2015

Poème de Guillaume Apollinaire: Si je mourais là-bas

Si je mourais là-bas...

 

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Si je mourais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais
 un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s'éteindrait
 comme meurt
Un obus
 éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals
 et l'étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant
 dans l'espace
Comme font les fruits d'or autour de Baratier


Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais
 le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants

Tu ne vieillirais point
 toutes ces belles choses
Rajeuniraient
 toujours pour leurs destins galants

Le fatal giclement
 de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse
 à l'onde
Un amour inouï
 descendrait sur le monde
L'amant serait plus fort dans ton corps écarté


Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie
- Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie

De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur
-
Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

Ô mon unique amour et ma grande folie

 

Guillaume APOLLINAIRE et rené ARCOS entretinrent, un temps, une correspondance. Cela prouve, une fois encore, en quelle estime René ARCOS était tenu par ses confrères. René ARCOS fut un grand poète, un grand écrivain qui, sciemment, sacrifia son avenir pour ses idées.

 

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03/11/2015

René ARCOS: Extrait du roman "CASERNE"

 

Extrait du roman "Caserne"

 (Paris, F. Rieder, 1921)

 

 

Depuis la guerre, les casernes absorbaient aveRené A.jpegc frénésie et ne rendaient plus rien. C’était une goinfrerie sans exemple dans l’histoire. Fini, le lent dressage des hommes. On raillait aujourd’hui l’ancien système, ce méticuleux travail d’orfèvre, burinant, ciselant et polissant la matière précieuse. On en était au fondu et à l’estampage. C’est qu’il fallait faire vite. Les commandes pleuvaient et on ne savait plus où donner de la tête. On avait bientôt parlé d’une crise d’effectifs. Envoyez-nous des bonshommes, encore des bonshommes, toujours des bonshommes suppliaient de là-bas les détaillants.


Alors, à la patience d’antan, avait succédé une hâte fébrile. Marches, exercices, écoles de tir, alertes nocturnes, ça bardait, il fallait voir. On nous gavait au galop de nourriture, de science militaire et de couplets patriotiques. On nous poussait comme des fruits de serre. Tant et si bien qu’au bout de quelques semaines, armés, vêtus et harnachés de neuf, nous étions mûrs pour le sacrifice. On était arrivé à couler un canon en quelques jours et à former un héros en moins de deux mois."

 

02/11/2015

René ARCOS: Correspondant de guerre en 14-18, militant pacifiste et antifasciste, écrivain.

René ARCOS.

 

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Né à Clichy, le 16-09-1880

Décédé à Neuilly-sur-Seine, le 17-07-1959

 

Poète et écrivain français.

Ecrivain, consacré à son époque, par les plus illustres de ses confrères, mais qui reste méconnu et quasi oublié.

 

Correspondant de guerre en 14-18.

Militant antifasciste et pacifiste de l'entre-deux-guerres.

L'amitié et l'honneur furent pour lui des constantes essentielles dans sa  vie d'homme et d'écrivain.

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D’ascendance espagnole par son père, bretonne par sa mère, René ARCOS est né dans la banlieue parisienne à CLICHY-la-GARENNE. Dessinateur dans une usine, il publie en 1903 son premier recueil de poèmes L’Âme essentielle.

 

En 1906, avec Charles VILDRAC, il prospecte et découvre une vieille bâtisse dans un grand parc, à CRETEIL. On la nommera l’ « Abbaye de CRETEIL » ( en référence à l’Abbaye de Thélème de François RABELAIS ). ARCOS rencontre aussi Georges DUHAMEL. C'est la « Communauté fraternelle et artistique de l’Abbaye ». Il y emménage avec le poète Charles VILDRAC et ses amis le peintre Albert GLEIZE, Georges DUHAMEL et quelques autres moins connus. Ils avaient l'intention de vivre en phalanstère, en auto-suffisance grâce à leurs activités. Comme le dit, longtemps après, Charles VILDRAC: 

« Nous devions nous retirer à la campagne et vivre comme des moines libres et sans autres règles que celle de l’amitié, consacrant une part de notre temps à la poésie et l’autre à quelques métiers manuels qui nous permettaient d’assurer notre vie matérielle ».

Le groupe se sépara 14 mois plus tard faute de ressources financières et victime de tiraillements internes.

 

En 1909, René ARCOS s'installe à Paris. Il donne des conférences sur sur la jeune poésie française en Europe et au Proche-Orient. En 1913, il participe à la revue « L'Effort » dirigée par J.R. BLOCH.

 

Survient la guerre de 14-18. Il se fait réformer mais accepte d’être le correspondant de guerre, jusqu’à l’automne 1917, du journal américain « The Chicago Daily News », d’abord près du front de Belgique et en France puis en 1916, en Italie, Egypte, Grèce et Turquie. Ce n'est donc pas par couardise qu'il s'est fait réformer. On n'en connaît guère les raisons: antimilitarisme, pacifisme ou réellement état de santé...

 

En 1914, le gouvernement français réserva une fonction précise aux écrivains: influencer l'opinion publique sur la guerre.La Première Guerre mondiale fut pourtant le premier moment où s'exprima un courant pacifiste en poésie. En France, les poètes pacifistes furent mis sur la touche. Mais ils y en eu: les anciens du groupe de l’ « Abbaye de Créteil », rassemblés autour de Romain ROLLAND qui ont publié à GENEVE, l’ « Anthologie des Poètes contre la guerre ». On y trouve René ARCOS, Charles VILDRAC, Luc DURTAIN, Georges DUHAMEL. Ces poètes pacifistes ne refusèrent pas systématiquement de prendre les armes. Ainsi, Paul VAILLANT-COUTURIER, soldat héroïque et décoré, devint révolutionnaire pendant la guerre. Il fonda, avec BARBUSSE, l’ARAC (« Association républicaine des anciens combattants »), proche du Parti Communiste.

 

En 1916, il s'établit en SUISSE, non point pour être "au-dessus de la mêlée ", comme ses détracteurs l'en ont accusé, mais au contraire pour mieux ressentir la guerre et en dénoncer toutes les souffrances. Là, il rencontre Romain ROLLAND et aussi Frans MASEREEL en compagnie de qui où il travailla au magazine « La feuille ». Tous les deux sont choqués par les atrocités de la Première Guerre mondiale. MASEREEL est un graveur belge né à BLANKENBERGE en 1889.

 

Ensemble, ils collaborèrent activement. En 1918, MASEREEL dessina la couverture du roman d'ARCOS « Le mal » et, en 1919, les gravures du recueil de poèmes contre la guerre: « Le sang des autres ». Ils créèrent une maison d'édition, en 1919, la « Maison d'Éditions du Sablier ». ARCOS avait visiblement de fortes relations: 4 des 8 premières éditions proviennent d'auteurs de l'Abbaye.

 

ARCOS rédige un manifeste, en fait une dénonciation politique de l’esprit revanchard régnant dès la fin des hostilités. Il est critique sur les conséquences du Traité de Versailles, qui, selon lui ,« n’est que l’organisation du désordre, de la haine et de la misère dans la malheureuse Europe »

 

caserne1-533x918.jpgEn 1921, René ARCOS fait paraître son roman « Caserne ».  Cette année, il participe à « Clarté » avec, notamment, Henri BARBUSSE. « Clarté » fut une revue clairement communiste. Convaincus que la révolution s’imposerait en Europe, à l’exemple de la RUSSIE, ils suivent avec ferveur l’insurrection allemande d’octobre 1923. L’échec de ce mouvement plongea l’équipe de Clarté dans le désarroi. À partir d’octobre 1927, « Clarté »  adopta une position ouvertement trotskiste, ce qui lui valut d’être sanctionnée par le PCF et de disparaître en février 1928.

 

En 1923, il participe avec Romain ROLLAND à la fondation de la revue « Europe ». Il en fut le rédacteur en chef jusqu'en 1929.Jean GUEHENNO lui succéda. Dans le premier comité de rédaction, on trouve DUHAMEL,VILDRAC, et plusieurs écrivains ayant appartenu au « Groupe de l’Abbaye ». Ils avaient fait de Romain ROLLAND le symbole du pacifisme et de l’indépendance d’esprit. ARCOS expliquait le choix du titre: 

« Nous disons aujourd'hui 'Europe' parce que notre vaste presqu'île, entre l'Orient et le Nouveau Monde, est le carrefour où se rejoignent les civilisations. Mais c'est à tous les peuples que nous nous adressons [...] dans l'espoir d'aider à dissiper les tragiques malentendus qui divisent actuellement les hommes».

Il concluait son premier éditorial:

« Il ne peut y avoir de victoire remportée par l’homme contre l’homme. Et les seules conquêtes durables sont celles qui intéressent l’universalité des êtres… L’Europe n’est pour nous qu’une étape, notre but est l’humanité."

Voici aussi un autre passage:

« Aucune des frontières qui séparent actuellement les nations n'est justifiée par des raisons valables. Les nôtres sont impuissantes à nous faire oublier, par exemple, qu'il y a plus de différence entre un Breton et un Marseillais qu'entre un homme de Cologne et un de Nancy. Trente siècles de civilisation ont fait l'Europe. Qui donc pourrait définir exactement la part d'honneur qui revient à chaque peuple ?  »

Et un de ses poèmes sur la guerre:

 

TOUT N’EST PEUT-ÊTRE PAS PERDU.

 
Tout n’est peut-être pas perdu
Puisqu’il nous reste au fond de l’être
Plus de richesses et de gloire
Qu’aucun vainqueur n’en peut atteindre;

Plus de tendresse au fond du coeur
Que tous les canons ne peuvent de haine
Et plus d’allégresse pour l’ascension
Que le plus haut pic n’en pourra lasser

Peut-être que rien n’est perdu
Puisqu’il nous reste ce regard
Qui contemple au-delà du siècle
L’image d’un autre univers.

Rien n’est perdu puisqu’il suffit
Qu’un seul de nous dans la tourmente
Reste pareil à ce qu’il fut
Pour sauver tout l’espoir du monde.

Le Sang des autres, 1919.

 

Malgré son engagement pacifiste et anti-fasciste, René ARCOS a toujours fui les partis et les organisations politiques afin de préserver sa liberté d’écrivain, ce qui l’a poussé peu à peu au retrait pour se consacrer presque exclusivement a sa maison d’édition. C'est ce qui fait aussi qu'il est resté injustement dans l'ombre. Pourtant, on peut quand même dire qu'il fut très proche des communistes. ROLLAND, BARBUSSE, BLOCH, VILDRAC furent ouvertement communistes.

 

« Europe » suit la route des communistes dans le combat anti-fasciste. où elle est suspendue , en 1939, à l'annonce de la signature du Pacte germano-soviétique. A ce moment, le comité de rédaction est dissout. Il y a de graves divergences au sein de l'équipe ; Certains dénonçant Moscou, d'autres restant fidèles. « Europe » reparaît en 1946 grâce à Louis ARAGON. Tout en se réclamant toujours des débuts, cette revue est, maintenant, essentiellement une revue littéraire de haut niveau.

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Après 1940, on n'a plus guère de nouvelles concernant ARCOS sauf qu'il est l’auteur d’une biographie sur Romain ROLLAND (Romain Rolland, Mercure de France, 1950).

 

On parle aussi d’un dîner « amical », chez lui, fin décembre 1940 à l’instigation de J-R BLOCH, resté fidèle au parti communiste, qui avait fait convier Henri WALLON, Francis JOURDAIN, Frédéric JOLIOT-CURIE, Georges BRUHAT et Jean LURCAT, tous communistes ou sympathisants ainsi que le dernier directeur de la revue « Europe », Jean CASSOU. Il s'agissait sûrement d'une tentative de « recoller les morceaux ». Tous les participants, surtout Jean CASSOU, eurent une activité dans la Résistance durant la guerre. Mais d'ARCOS, il n'en est jamais question. Pourtant, on peut être certain qu'il n'a jamais dévié de ses convictions. Son amitié indéfectible avec Romain ROLLAND en est la preuve.

Bibliographie.

  • L'Ame essentielle, Maison des Poètes, 1903

  • La Tragédie des espaces, L'Abbaye, 1906

  • L'Ile perdue, Mercure de France, 1913

  • Le Mal 1914-1917, Éditions d'Action Sociale, 1918

  • Le Bien Commun. Récits, Éditions du Sablier, 1919

  • Pays du soir, Éditions du Sablier, 1920

 

  • Pays du soir, Éditions du Sablier, 1920

  • Caserne, Rieder, 1921

  • Autrui, Rieder, 1926

  • Médard de Paris , Rieder, 1928

  • De source, Éditions du Sablier, 1948

  • Romain Rolland, Mercure de France, 1950

26/10/2015

LILLE: MONUMENT AUX MORTS.

VILLE DE LILLE:

Le Monument aux Morts.

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19/10/2015

Réfugiés belges à PARIS en 14-18.

Toujours sur les réfugiés belges à PARIS.

 

Dans le dernier article, nous avons parlé du sort réservé à certains réfugiés belges, notamment en ce qui concerne l'hébergement. 

Ainsi, nous avons vu, photos d'archives à l'appui, que certains avaient été logés sur des péniches aménagées, sur la Seine.

On imagine l'inconfort, le manque d'intimité, l'hygiène ( personne ne nous explique comment le problème des WC était, ou non, résolu ).

En revanche, d'autres, à PARIS aussi, eurent plus de chance. Ainsi ceux qui furent hébergés à l'ancien Séminaire sis à côté de l'église Saint-Sulpice.

Une plaque commémorative en témoigne.

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17/10/2015

Les réfugiés de 2015 et l'oubli de 14-18.

Les réfugiés: un problème qui n'est pas nouveau et que nos aïeux ont vécu.

 

« On dit aux gouvernants, aux hommes d'Etat, aux peuples de s'instruire principalement par l'expérience de l'histoire. Mais ce qu'enseignent l'expérience et l'histoire, c'est que peuples et gouvernements n'ont jamais rien appris de l'histoire et n'ont jamais agi suivant des maximes qu'on en aurait pu retirer", disait déjà Hegel.

 

Le problème des réfugiés se pose de nouveau de manière continue et récurrente. Dès qu'il paraît résolu parce que le calme est de retour dans la région d'origine, la crise reprend vigueur ailleurs sur la Terre. Ainsi, le nombre de déshérités en fuite se pose toujours de façon continue. Ils reste au même niveau et a même tendance naturellement à augmenter.

 

Jamais depuis 1945, il n'y a eu autant de migrants et de réfugiés. En 2014, l’Europe a été la destination la plus recherchée (714300 ). Plus qu'en 2013 (485000). 2015 se termine et a encore été pire. Ce phénomène sans précédent est sûrement l’un des enjeux les plus cruciaux de notre époque. Les événements tragiques survenus en Méditerranée sont là pour nous le rappeler. Aucun mur ni aucun barbelé n'empêchera jamais une personne en danger de mort de s'échapper.

 

Des millions de Syriens ont fui leurs foyers depuis le début de la guerre civile en mars 2011. On estime que plus de 240.000 d'entre eux ont péri.

 

Les Syriens constituaient la majeure partie des demandeurs d’asile en 2014 ( 149600 ). mais ce nombre qui semble énorme n'est rien en comparaison du nombre ayant cherché refuge dans un pays voisin (4 millions). 8 millions ont aussi été déplacés dans leur propre pays.

 

Comme le dit Amnesty International: « Il est facile de faire des théories sur la question des réfugiés lorsqu’on est assis à l’aise devant la télévision, à observer ce qui se passe sur terre et sur mer, avec un toit au-dessus de la tête, un lit bien chaud près de soi, et assez à manger et à boire sur la table. Certainement, on est attristé en voyant des milliers de réfugiés fuyant leur sort amer, cherchant un endroit sûr pour eux-mêmes et leurs familles ».

Sur base des témoignages des réfugiés rencontrés et des expériences vécues sur le terrain, confirmées par les autorités compétentes, on peut citer deux raisons principales expliquant ces mouvements de population: d’une part la fuite de situations de guerre. D’autre part, des situations de pauvreté extrême.

 

Bien sûr, les opposants à l’accueil vont s’emparer du sujet et accumuler un tas d’arguments, souvent fallacieux ou carrément inventés pour justifier le rejet ou, en tout cas, l'acceptation sous conditions. On a même entendu Bart DE WEVER proposer la solution miracle: dénoncer la Convention de GENEVE relative aux réfugiés. C'est soit idiot, mais il très intelligent, soit purement démagogique. On n'imagine pas voir la BELGIQUE convoquer les 145 pays ayant ratifié cette Convention et proposer une modification. Dénoncer cette Convention et s'en retirer nous causerait d'énormes problèmes. Laissons-là ces divagations !

 

Certes, les problèmes causés sont bien réels et on doit bien constater que, même dans des milieux en principe vaccinés contre de tels arguments.

 

L’accueil des réfugiés est une donc une obligation légale puisque le Parlement belge a, in illo tempore, ratifié cette Convention. Mais c'est aussi une obligation morale. Elle correspond aux valeurs humanistes et démocrates revendiquées comme étant le fondement des valeurs de l’Union européenne. Dans le monde, des nations ou des opposants dans certaines nationsnous ont pris pour modèle. Ce serait leur montrer que nous sommes prétentieux, menteurs, lâches et sans parole. C'est facile d'accueillir le Dalaï Lama ou  Aung San Suu Kyi en grande cérémonie puis de faire le contraire.La manière dont une société traite les individus repoussés à sa marge en dit long sur les grands principes qui la sous-tendent.

 

L'accueil et la protection des réfugiés n’est pas tâche facile, mais elle n’est pas pour autant impossible. Nous devons intensifier nos efforts pour protéger ceux qui fuient les guerres et les persécutions. Forte d’une volonté politique, l’Europe doit être à la hauteur de ses valeurs. La position de la HONGRIE est inhumaine et incompréhensible quand on se souvient comment, en 1956, les fuyard hongrois ont été reçus chez nous.

 

C'est ici que l'histoire intervient. La Première Guerre et la Seconde ont vu un nombre considérable de nos compatriotes fuir vers les pays voisins. Ce nombre, en 1914, dépassa le million ! Rien que pour la FRANCE, ce serait 350000 personnes, arrivées principalement au début de la guerre. Par après, il aurait fallu franchir le front.

 

La façon dont les réfugiés belges ont été accueillis en France, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne en 14-18 constitue un révélateur des conceptions que les pays d'accueil se font de leur engagement dans le domaine social et moral. Le cas des réfugiés belges ne se singularise pas. Les premiers réfugiés belges furent d'abord accueillis chaleureusement. Ce afflux massif fut accueilli avec générosité et sans heurts. La situation évolua néanmoins au fur et à mesure que la guerre se prolongea. On reprocha aux Belges de rester entre eux, de ne pas se mêler à la population d'accueil, de ne pas travailler dans les champs ( alors que la majorité d'entre eux étaient des citadins ), d'être un danger pour les femmes dont les maris étaient au front, d'être à l'origine de l'augmentation du coût de la vie.

 

Autant d'accusations qui trouvaient leur origine dans l'état de frustration générale générée par ces années de guerre, les difficultés d'approvisionnement, la spéculation.

 

D'autre part, les réfugiés constituaient une masse de population déracinée, ne maîtrisant pas bien la langue française. En 1914, le langage usuel des wallons n'était pas le français. Dans les régions où ils se trouvaient, le langage courant était aussi souvent un patois. On peut dès lors imaginer aisément ce que pouvait être pour un Flamand de se trouver dans une région où l'on parlait un patois qui leur était incompréhensible.

 

On vit aussi, parfois, la population locale exploiter la misère des réfugiés. Les campagnards avaient parfois emmené avec eux du bétail qui fut racheté à bas prix. Cela fut accepté car les réfugiés avaient besoin d'argent français.

 

On doit quand même signaler que, en FRANCE, de nombreuses associations se constituèrent pour secourir les réfugiés. Intellectuels et notables s’engagèrent pour collecter des fonds, distribuer vivres et vêtements, loger les réfugiés. Bien que certains d'entre eux furent hébergés dans des abris de fortune. En témoigne les logements dans des péniches sur la Seine à PARIS.

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Aux PAYS-BAS, un Comité d'accueil s'occupa des enfants isolés mais la plupart des réfugiés furent gardés dans des camps.

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En GRANDE-BRETAGNE, des organismes de charité privés les prirent en charge. Des « villes », en bois, furent parfois construites. La situation semble avoir été exemplaire.

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Durant la guerre, nos régions ont accueilli aussi des réfugiés français fuyant les zones situées derrière le front. Ils ne furent pas toujours bien reçus. Mais, après la guerre, tout ceci fut volontairement omis. Il fallait fêter la victoire et il y avait des souvenirs qu'il valait mieux oublier.

12/10/2015

Monuments aux Morts pacifistes: Exemple de CHÂTEAU-ARNOUX.

Un monument aux Morts pacifiste : Celui de CHÂTEAU-ARNOUX.

 

La mémoire de ce qu’on a appelé la Grande Guerre s’est construite autour des monuments aux morts, élevés dans les communes au lendemain de la Première Guerre mondiale, en privilégiant la mémoire combattante héroïque et virile.

 

Le premier conflit mondial constitue un épisode décisif de l’histoire européenne, souvent considéré comme la matrice des violences des années 1930 puis de la seconde guerre mondiale.

 

Selon Pierre ROY, coauteur de « Autour des monuments aux morts pacifistes en France' les monuments aux morts peuvent se classer en 5 catégories :

  • les triomphalistes,

  • les doloristes (femmes ou enfants en pleurs),

  • les explicatifs,

  • les pacifistes,

  • les problématiques. Par «problématique», il faut entendre qu'il renvoie un message de paix, un poème par exemple, mais en même temps on voit un poilu le fusil à la main».

 

Il y a quelquefois eu des réactions. Un certain nombre de monuments aux morts comportent le mot Paix ou Pax mais cela ne suffit pas pour les caractériser comme pacifistes. Toute inscription pacifiste un peu forte mérite d’être signalée même quand elle est mêlée à d’autres qui n’ont pas ce caractère.

Il en est de même lorsque les sujets représentés dans la statuaire font implicitement référence à la mémoire sans but triomphaliste. C'est ainsi que nous avons déjà signaler que le Monument aux Morts d'AWANS pouvait être considéré comme un monument pacifiste.

 

La ville de CHÂTEAU-ARNOUX située dans le département des Alpes-de-Haute-Provence possède un monument aux morts pacifiste. C'est celui-ci que nous prenons comme exemple.

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Ce monument est constitué d'un couple avec une femme en pleurs et un homme brisant une épée, symbolisant la douleur et la révolte après la perte d'un fils lors de la guerre. 

Il y est gravé l'inscription pacifiste « Pax, Vox Populi », titre du poème du maire Victorin MAUREL gravé sur le monument. Ce monument représente un homme qui brise un glaive sur son genou ; derrière lui, une femme pleure. Au sommet, un globe terrestre est entouré d’un rameau.

PAX... VOX POPULI

Passant incline-toi devant ce monument !...

Vois cette femme en deuil montrant les hécatombes
Ses yeux taris de pleurs, scrutent au loin les tombes
Où dorment tant de preux, victimes du moment !...
Ils firent ces héros le solennel serment
De fermer à jamais les noires catacombes
Arrières, disent-ils, les obus et les bombes
Et sois bénie, ô paix, sœur du désarmement !...
Passant, incline-toi ! Regarde cette mère !...
Elle clame à son fils : « la gloire est bien amère
La gloire, ô mon enfant, est là, chez nos grands morts
Mais, sache désormais, que la guerre est un crime
Qu’elle laisse après elle, à de cuisants remords,
Ceux qui firent sombrer les peuples dans l’abîme.

    Victorin Maurel, maire de Château-Arnoux (1868-1935), instituteur.