15/11/2015

Les attentats de Paris: quelques réflexions.

Les attentats de PARIS.

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Vendredi 13 Novembre 2015 est une date dont on parlera dans les manuels d’Histoire. L’effroi, la peur, la tristesse ont gagné le coeur des français. " PARIS, 13 novembre 2015 " est le pendant de " NEW YORK, 11 septembre 2001 " ou de " MADRID, 11 mars 2004 " ! 

Vendredi 13 ! Est-ce un hasard ou un choix délibéré ?

 

Dès le lendemain, à LONDRES, BERLIN, NEW YORK, MADRID ou SYDNEY et partout dans le monde des rassemblements ont eu lieu pour rendre hommage aux victimes des attentats. De nombreux monuments se sont parés des couleurs du drapeau français et la Marseillaise a été chantée lors de plusieurs rassemblements.

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Nous ne reviendrons pas sur le déroulement des événements, ni sur la suite des l'enquête. Il convient de s'interroger sur les suites ou les motivations de ces attaques. Le terrorisme international ne menace pas seulement la FRANCE, mais tout le monde, toute l’humanité. Des milliers de combattants provenant de trop de pays différents ont été entraînés par l’EI, ( « Daech » ).

 

Immédiatement, les réseaux sociaux ( blogs, facebook, twitter...) ont été mis à contribution de façon massive...avec le meilleur et le pire. Souvent le pire, hélas !

 

Pour le meilleur, de nombreuses personnes ont choisi les réseaux sociaux pour exprimer leur solidarité, prévenir leurs proches, chercher un abri et venir en aide. Le hashtag #PrayForParis (en français #PriezPourParis) dépassait déjà dans la nuit le million de mentions, d'après les estimations du site Topsy. Il est parfois accompagné de dessins: l'un d'entre eux représente la Tour Eiffel encerclée de noir, formant un signe de la paix.

 

Un mouvement de solidarité a mobilisé les internautes, sous le hashtag #PorteOuverte. Des milliers de Parisiens ont organisé vendredi soir sur Twitter un vaste mouvement proposant d'accueillir chez eux les personnes qui se trouvaient dans la rue, désemparées et à la recherche d'un lieu sûr.

 

Partout dans le monde occidental, la campagne #Pasenmonnom a mobilisé les musulmans contre l’État islamique. Celle-ci dénonce toutes actions haineuses et meurtrières commises au nom de l’Islam.

Mais, il fallait s'y attendre, on a vu aussi le pire. Il suffit de consulter la rubrique « Actualités » de skynetblogs, par exemple.

 

A la lecture des réactions et des communications sur les réseaux sociaux, il est clair, et cela fait peur, suite à Paris ensanglanté. J'ai peur que certains nous appellent carrément à répondre à la barbarie par une autre barbarie. On y trouve quasiment des appels aux meurtres de dirigeants politiques, ( pas ceux de gauche ni de la droite traditionnelle, bien sûr ). Jamais de Marine LE PEN ni des personnages insignifiants qui, en BELGIQUE, s'efforcent de profiter de son aura.

 

Il faut craindre la haine, la stigmatisation, la chasse à tout qui est différent, tout qui ne rentre pas dans le moule.

 

Les pires âneries sont présentées comme des vérités, telles que, par exemple, la conversion à l'islam de politiciens belges ! Déjà, la récupération politicienne pointe le bout du nez. Pas seulement en FRANCE mais aussi chez nous. Une société américaine spécialisée dans les recherches socio-politiques, STRATFORT, prévoit la hausse de la popularité de Marine LE PEN et de son Front national, dont la position est la réduction de l’immigration légale. Elle pourrait recevoir l'appui des électeurs après les attentats parisiens.

 

Les extrêmes s'attirent et parfois ont des intérêts convergents. Et si c'était là, sous-jacente, une des motivations , secrète, de ces actions ? Si Le FRONT NATIONAL venait au pouvoir et s'il appliquait toute sa doctrine relative aux migrants et à l'islam, les islamistes croient fermement que cela pousserait les musulmans de FRANCE à se radicaliser en masse... Résultat: une déstabilisation des pays où les islamistes radicaux n'auraient jamais pu s'organiser et prendre le pouvoir.

 

Une des conséquences est aussi la perte d'un peu de liberté individuelle. On y est prêts. Mais de là à vivre dans un système totalement sécuritaire, faisant taire la liberté collective.

 

Cette barbarie est inqualifiable et injustifiable. Ce sont des innocents qui ont été massacrés, qui souffrent. Il faut montrer notre solidarité. Notre révolte ne peut cependant pas nous faire perdre la raison: la montée du racisme, les amalgames, les apriori religieux ne feront que faciliter la barbarie que nous dénonçons. Il ne faut pas que ces barbares se sentent, chez nous,en FRANCE ou ailleurs en EUROPE, «  comme des poissons dans l'eau » !

 

Certains politiciens nous invitent quand même à garder la tête froide, ne voulant pas profiter en lançant des formules à la « Y a qu'à ». Ainsi les parole de Dominique de VILLEPIN:

"Ils veulent nous diviser et pousser notre pays à la guerre civile", a-t-il argumenté. Ce n'est pas "parce qu'une bande d'assassins fanatiques vous déclare la guerre que vous tombez dans le piège de la surenchère".

 

Nous ne pouvons nous empêcher de penser aux enfants. Surtout à ceux que nous avons rencontré, en début de semaine, lors des commémorations qui leur étaient spécialement réservées à l'occasion de l'Armistice. Nous leur avons parlé de guerre, de guerre mondiale, de guerre déclenchée au départ d'événements souvent moins tragiques que ceux-ci. Comment maintenant leur parler ? Comment à l'avenir leur parler lors de ces manifestations ?

 

Il est difficile de trouver les mots pour en parler aux plus jeunes. Doit-on minimiser pour rassurer ? Dire la vérité crue ? Un autre problème est qu'ils ont été submergés, comme nous, par la masse d'informations répétitives contenant une forte charge émotionnelle.

 

Il faudra sérieusement y penser pour la prochaine commémoration leur réservée en espérant que d'ici là rien de plus grave encore ne ce soit produit.

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14/11/2015

1914-1918: Voix pacifistes dans le désert !

1914-1918: Voix pacifistes dans le désert.

Jean JAURES et Romain ROLLAND.

 

« Eté 1914 », « Printemps 1940 » !

 

Oserait-on ajouter « Automne 2015 » ?

 

On ne peut empêcher les rapprochements avec la situation actuelle. A ces deux époques, tout laissait prévoir le cataclysme qui s'annonçait et rien ne fut entrepris pour l'arrêter. Ainsi, le 25 juillet 1914, quelques jours avant son assassinat et le déclenchement du conflit, Jean JAURES prononça ces mots, prémonition malheureuse des événements à venir. Voici ce qu'il disait:


« Eh bien ! Citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre européenne. […] 
Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation... ».

 

On connaît la suite. Durant la guerre, des voix pacifistes se sont fait entendre. Voix souvent taxées de « défaitistes ». Je vous livre les pensées de Romain ROLLAND, écrites le 2 novembre 1916.

 

Le 2 novembre ! le jour des morts:

 

« Arrêter la guerre qui est en cours, qui le peut aujourd’hui? Qui peut faire rentrer dans sa ménagerie la férocité lâchée? Même pas ceux peut-être qui l’ont déchaînée,—ces dompteurs qui savent bien qu’ils seront dévorés!… Le sang est tiré, il faut le boire. Soûle-toi, Civilisation!—Mais quand tu seras gorgée, et quand, la paix revenue, sur dix millions de cadavres, tu cuveras ton ivresse abjecte, te ressaisiras-tu? Oseras-tu voir en face ta misère dévêtue des mensonges dont tu la drapes? ... Peuples, unissez-vous! Peuples de toutes races, plus coupables, moins coupables, tous saignants et souffrants, frères dans le malheur, soyez-le dans le pardon et dans le relèvement! Oubliez vos rancunes, dont vous périssez tous. Et mettez en commun vos deuils: ils frappent tous la grande famille humaine! Il faut que dans la douleur, il faut que dans la mort des millions de vos frères vous ayez pris conscience de votre unité profonde; il faut que cette unité brise, après cette guerre, les barrières que veut relever plus épaisses l’intérêt éhonté de quelques égoïsmes. »

 

Sans le vouloir, mais par prémonition, Romain ROLLAND, était tristement prophétique. Le 2 novembre 1916, il citait le nombre de morts prévus pour cette guerre: 10 millions !

Lorsqu'il déclara cela, il fut maudit. Il fut traité de "défaitiste", injure suprême à ce moment de la guerre. 

Quant à Jean JAURES, on connait aussi la suite qui lui fut réservée quelques jours après avoir prononcé ces paroles !

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10/11/2015

11 novembre: commémoration, évolution et comparaisons.

                                                            11 NOVEMBRE:

                              Comparaisons et évolutions

 

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L’armistice de 1918, signé le 11 novembre, marque la fin des combats de la Première Guerre mondiale (1914-1918), la victoire des Alliés et la défaite totale de l'ALLEMAGNE. Il ne s'agit pourtant pas d'une capitulation au sens propre. Le cessez-le-feu est effectif à onze heures, entraînant dans l'ensemble du côté des Alliés des volées de cloches et des sonneries de clairons annonçant la fin d'une guerre qui a fait près de 10 millions de morts et des millions d'invalides ou de mutilés.

 

De part et d'autre de la frontière allemande entre, d'une part, l'ALLEMAGNE et la BELGIQUE, et, d'autre part, entre l'ALLEMAGNE et la FRANCE on peut remarquer une différence complète entre les conceptions forgées par les deux nations sur un même épisode historique: la fin de la guerre de 14-18 et l'Armistice..

 

Du côté français et belge, s'est constitué un « Devoir de Mémoire ». On souhaite laisser aux jeunes générations un souvenir du passé. Le meilleur souvenir, il existe dans chaque village, parfois en plusieurs exemplaires, le monument aux morts.

 

Il en existe souvent plusieurs. Au lendemain de la guerre, très vite est apparue la nécessité de rendre hommage aux victimes. Mais les communautés étaient quasi ruinées, on s'est donc souvent contenté d'une simple plaque commémorative apposée à la façade des maisons communales.

 

Par après, dans les années 20, au fur et à mesure que la prospérité revenait, sont apparus des monuments d'une autre espèce, bien souvent de véritable oeuvres d'art.

 

On a vu, aussi, en plus, dans bien des cimetières, la création de « Pelouses d'Honneur » ou de « Carrés d'Honneur ». Egalement, dans des entreprises, des stèles ou des monuments commémorant les membres du personnel.

 

Dans toute la mesure du possible, les sections locales de la FNC, en BELGIQUE, continuent à organiser des commémorations spécifiques destinées aux écoliers. C'est en tout cas vivement recommandé.

 

Le 11 novembre continue à être célébré avec tout l'apparat qu'il faut: fleurissement des monuments, TE DEUM ( en BELGIQUE du moins ), discours, réceptions officielles, banquets...

 

Cela sur le plan local. Sur le plan national, il y a immanquablement la traditionnelle cérémonie à la Tombe du « Soldat Inconnu », la Colonne du Congrès en BELGIQUE et l'Arc de Triomphe en FRANCE.

 

La commémoration du 11 novembre est pourtant, dès le début, une manifestation ambivalente: à la fois une fête voulant célébrer la victoire, et, d'autre part une commémoration empreinte de tristesse, le rappel du souvenir des « Morts pour la Patrie » et, en plus, une exaltation du patriotisme.

 

Progressivement , déjà dans les années 20, la joie de la fête de la victoire a tendance à s'estomper. Le ton change. On songe davantage aux sacrifices des soldats belges. Les hasards du calendrier font que l'Armistice se situe directement après la Toussaint et le jour des Morts. Dans le Journal « Le Peuple », on pourra lire : «  La journée du 11 novembre, n'est pas une journée de fête, mais en quelque sorte, un prolongement de la Toussaint ».

 

De l'idée de victoire que la population se faisait de l'Armistice, l'on passe à un sentiment de recueillement, dorénavant indissociable de l'Armistice. On n'oublie pas pour autant la notion de victoire mais celle-ci est emprunte de déception, de tristesse, de recueillement.

La commémoration de l'Armistice tend à devenir, dès ce moment, une célébration autour de laquelle se cristallise la mémoire de la Grande Guerre, notamment en mettant à l'honneur certaines catégories sociales. Ce changement de perception - de la délivrance à la reconnaissance au souvenir- implique qu'il faut perpétuer tant la mémoire des faits que le rituel mis en place. C'est ce qui se perpétue jusqu'à nos jours.

 

Tandis que de l’autre côté, on ne voit, bien entendu, aucune raison de se rassembler autour d'une notion de défaite et de changement de régime…

 

C'est assez dommage qu'on ne rende même pas un hommage, aux soldats qui ont péri. A titre de comparaison, bien que la guerre de 1870/71 se soit aussi traduite par une défaite en FRANCE, on trouve quand même encore beaucoup de monuments commémoratifs rendant hommage aux malheureuse victimes.

 

En ALLEMAGNE, l’Armistice n’est ni fêté ni commémoré et n’est pas non plus l’occasion d’un jour férié.

 

Mais, chez eux, le 11 novembre est malgré tout une fête. Une fête destinée aux enfants: la Saint-Martin, en souvenir de Saint Martin de Tours qui serait mort le 11 novembre 397, selon la tradition.

 

En outre, le 11 novembre à 11h11, à COLOGNE et à DÜSSELDORF notamment, débutent chaque année les festivités carnavalesques.

 

Donc, un ambiance festive, bien loin de l'ambiance plus rigoureuse que l'on rencontre chez nous.

 

Dans les rares articles qui évoquent cette date dans la presse d’Outre-Rhin, on trouve souvent une explication que l’auteur estime nécessaire au lecteur allemand : "Aujourd’hui, comme chaque année, on célèbre en France et en Angleterre le jour de l’armistice de 1918 comme un jour de fête nationale ".

Pourtant, ici, en BELGIQUE, on ne comprend pas très bien les réticences qui on surgi, en FRANCE, lorsqu'il a été question de commémorer, le 11 novembre, toutes les victimes de toutes les guerres. En Belgique, bien que cela ne soit pas officiel, bien que, officiellement, le 11 novembre ne concerne que la guerre de 14-18, dans les faits, depuis 1945, cette commémoration englobe aussi les combattants de 40-45.

 

 

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06/11/2015

Poème de Guillaume Apollinaire: Si je mourais là-bas

Si je mourais là-bas...

 

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Si je mourais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais
 un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s'éteindrait
 comme meurt
Un obus
 éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals
 et l'étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant
 dans l'espace
Comme font les fruits d'or autour de Baratier


Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais
 le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants

Tu ne vieillirais point
 toutes ces belles choses
Rajeuniraient
 toujours pour leurs destins galants

Le fatal giclement
 de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse
 à l'onde
Un amour inouï
 descendrait sur le monde
L'amant serait plus fort dans ton corps écarté


Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie
- Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie

De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur
-
Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

Ô mon unique amour et ma grande folie

 

Guillaume APOLLINAIRE et rené ARCOS entretinrent, un temps, une correspondance. Cela prouve, une fois encore, en quelle estime René ARCOS était tenu par ses confrères. René ARCOS fut un grand poète, un grand écrivain qui, sciemment, sacrifia son avenir pour ses idées.

 

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03/11/2015

René ARCOS: Extrait du roman "CASERNE"

 

Extrait du roman "Caserne"

 (Paris, F. Rieder, 1921)

 

 

Depuis la guerre, les casernes absorbaient aveRené A.jpegc frénésie et ne rendaient plus rien. C’était une goinfrerie sans exemple dans l’histoire. Fini, le lent dressage des hommes. On raillait aujourd’hui l’ancien système, ce méticuleux travail d’orfèvre, burinant, ciselant et polissant la matière précieuse. On en était au fondu et à l’estampage. C’est qu’il fallait faire vite. Les commandes pleuvaient et on ne savait plus où donner de la tête. On avait bientôt parlé d’une crise d’effectifs. Envoyez-nous des bonshommes, encore des bonshommes, toujours des bonshommes suppliaient de là-bas les détaillants.


Alors, à la patience d’antan, avait succédé une hâte fébrile. Marches, exercices, écoles de tir, alertes nocturnes, ça bardait, il fallait voir. On nous gavait au galop de nourriture, de science militaire et de couplets patriotiques. On nous poussait comme des fruits de serre. Tant et si bien qu’au bout de quelques semaines, armés, vêtus et harnachés de neuf, nous étions mûrs pour le sacrifice. On était arrivé à couler un canon en quelques jours et à former un héros en moins de deux mois."

 

02/11/2015

René ARCOS: Correspondant de guerre en 14-18, militant pacifiste et antifasciste, écrivain.

René ARCOS.

 

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Né à Clichy, le 16-09-1880

Décédé à Neuilly-sur-Seine, le 17-07-1959

 

Poète et écrivain français.

Ecrivain, consacré à son époque, par les plus illustres de ses confrères, mais qui reste méconnu et quasi oublié.

 

Correspondant de guerre en 14-18.

Militant antifasciste et pacifiste de l'entre-deux-guerres.

L'amitié et l'honneur furent pour lui des constantes essentielles dans sa  vie d'homme et d'écrivain.

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D’ascendance espagnole par son père, bretonne par sa mère, René ARCOS est né dans la banlieue parisienne à CLICHY-la-GARENNE. Dessinateur dans une usine, il publie en 1903 son premier recueil de poèmes L’Âme essentielle.

 

En 1906, avec Charles VILDRAC, il prospecte et découvre une vieille bâtisse dans un grand parc, à CRETEIL. On la nommera l’ « Abbaye de CRETEIL » ( en référence à l’Abbaye de Thélème de François RABELAIS ). ARCOS rencontre aussi Georges DUHAMEL. C'est la « Communauté fraternelle et artistique de l’Abbaye ». Il y emménage avec le poète Charles VILDRAC et ses amis le peintre Albert GLEIZE, Georges DUHAMEL et quelques autres moins connus. Ils avaient l'intention de vivre en phalanstère, en auto-suffisance grâce à leurs activités. Comme le dit, longtemps après, Charles VILDRAC: 

« Nous devions nous retirer à la campagne et vivre comme des moines libres et sans autres règles que celle de l’amitié, consacrant une part de notre temps à la poésie et l’autre à quelques métiers manuels qui nous permettaient d’assurer notre vie matérielle ».

Le groupe se sépara 14 mois plus tard faute de ressources financières et victime de tiraillements internes.

 

En 1909, René ARCOS s'installe à Paris. Il donne des conférences sur sur la jeune poésie française en Europe et au Proche-Orient. En 1913, il participe à la revue « L'Effort » dirigée par J.R. BLOCH.

 

Survient la guerre de 14-18. Il se fait réformer mais accepte d’être le correspondant de guerre, jusqu’à l’automne 1917, du journal américain « The Chicago Daily News », d’abord près du front de Belgique et en France puis en 1916, en Italie, Egypte, Grèce et Turquie. Ce n'est donc pas par couardise qu'il s'est fait réformer. On n'en connaît guère les raisons: antimilitarisme, pacifisme ou réellement état de santé...

 

En 1914, le gouvernement français réserva une fonction précise aux écrivains: influencer l'opinion publique sur la guerre.La Première Guerre mondiale fut pourtant le premier moment où s'exprima un courant pacifiste en poésie. En France, les poètes pacifistes furent mis sur la touche. Mais ils y en eu: les anciens du groupe de l’ « Abbaye de Créteil », rassemblés autour de Romain ROLLAND qui ont publié à GENEVE, l’ « Anthologie des Poètes contre la guerre ». On y trouve René ARCOS, Charles VILDRAC, Luc DURTAIN, Georges DUHAMEL. Ces poètes pacifistes ne refusèrent pas systématiquement de prendre les armes. Ainsi, Paul VAILLANT-COUTURIER, soldat héroïque et décoré, devint révolutionnaire pendant la guerre. Il fonda, avec BARBUSSE, l’ARAC (« Association républicaine des anciens combattants »), proche du Parti Communiste.

 

En 1916, il s'établit en SUISSE, non point pour être "au-dessus de la mêlée ", comme ses détracteurs l'en ont accusé, mais au contraire pour mieux ressentir la guerre et en dénoncer toutes les souffrances. Là, il rencontre Romain ROLLAND et aussi Frans MASEREEL en compagnie de qui où il travailla au magazine « La feuille ». Tous les deux sont choqués par les atrocités de la Première Guerre mondiale. MASEREEL est un graveur belge né à BLANKENBERGE en 1889.

 

Ensemble, ils collaborèrent activement. En 1918, MASEREEL dessina la couverture du roman d'ARCOS « Le mal » et, en 1919, les gravures du recueil de poèmes contre la guerre: « Le sang des autres ». Ils créèrent une maison d'édition, en 1919, la « Maison d'Éditions du Sablier ». ARCOS avait visiblement de fortes relations: 4 des 8 premières éditions proviennent d'auteurs de l'Abbaye.

 

ARCOS rédige un manifeste, en fait une dénonciation politique de l’esprit revanchard régnant dès la fin des hostilités. Il est critique sur les conséquences du Traité de Versailles, qui, selon lui ,« n’est que l’organisation du désordre, de la haine et de la misère dans la malheureuse Europe »

 

caserne1-533x918.jpgEn 1921, René ARCOS fait paraître son roman « Caserne ».  Cette année, il participe à « Clarté » avec, notamment, Henri BARBUSSE. « Clarté » fut une revue clairement communiste. Convaincus que la révolution s’imposerait en Europe, à l’exemple de la RUSSIE, ils suivent avec ferveur l’insurrection allemande d’octobre 1923. L’échec de ce mouvement plongea l’équipe de Clarté dans le désarroi. À partir d’octobre 1927, « Clarté »  adopta une position ouvertement trotskiste, ce qui lui valut d’être sanctionnée par le PCF et de disparaître en février 1928.

 

En 1923, il participe avec Romain ROLLAND à la fondation de la revue « Europe ». Il en fut le rédacteur en chef jusqu'en 1929.Jean GUEHENNO lui succéda. Dans le premier comité de rédaction, on trouve DUHAMEL,VILDRAC, et plusieurs écrivains ayant appartenu au « Groupe de l’Abbaye ». Ils avaient fait de Romain ROLLAND le symbole du pacifisme et de l’indépendance d’esprit. ARCOS expliquait le choix du titre: 

« Nous disons aujourd'hui 'Europe' parce que notre vaste presqu'île, entre l'Orient et le Nouveau Monde, est le carrefour où se rejoignent les civilisations. Mais c'est à tous les peuples que nous nous adressons [...] dans l'espoir d'aider à dissiper les tragiques malentendus qui divisent actuellement les hommes».

Il concluait son premier éditorial:

« Il ne peut y avoir de victoire remportée par l’homme contre l’homme. Et les seules conquêtes durables sont celles qui intéressent l’universalité des êtres… L’Europe n’est pour nous qu’une étape, notre but est l’humanité."

Voici aussi un autre passage:

« Aucune des frontières qui séparent actuellement les nations n'est justifiée par des raisons valables. Les nôtres sont impuissantes à nous faire oublier, par exemple, qu'il y a plus de différence entre un Breton et un Marseillais qu'entre un homme de Cologne et un de Nancy. Trente siècles de civilisation ont fait l'Europe. Qui donc pourrait définir exactement la part d'honneur qui revient à chaque peuple ?  »

Et un de ses poèmes sur la guerre:

 

TOUT N’EST PEUT-ÊTRE PAS PERDU.

 
Tout n’est peut-être pas perdu
Puisqu’il nous reste au fond de l’être
Plus de richesses et de gloire
Qu’aucun vainqueur n’en peut atteindre;

Plus de tendresse au fond du coeur
Que tous les canons ne peuvent de haine
Et plus d’allégresse pour l’ascension
Que le plus haut pic n’en pourra lasser

Peut-être que rien n’est perdu
Puisqu’il nous reste ce regard
Qui contemple au-delà du siècle
L’image d’un autre univers.

Rien n’est perdu puisqu’il suffit
Qu’un seul de nous dans la tourmente
Reste pareil à ce qu’il fut
Pour sauver tout l’espoir du monde.

Le Sang des autres, 1919.

 

Malgré son engagement pacifiste et anti-fasciste, René ARCOS a toujours fui les partis et les organisations politiques afin de préserver sa liberté d’écrivain, ce qui l’a poussé peu à peu au retrait pour se consacrer presque exclusivement a sa maison d’édition. C'est ce qui fait aussi qu'il est resté injustement dans l'ombre. Pourtant, on peut quand même dire qu'il fut très proche des communistes. ROLLAND, BARBUSSE, BLOCH, VILDRAC furent ouvertement communistes.

 

« Europe » suit la route des communistes dans le combat anti-fasciste. où elle est suspendue , en 1939, à l'annonce de la signature du Pacte germano-soviétique. A ce moment, le comité de rédaction est dissout. Il y a de graves divergences au sein de l'équipe ; Certains dénonçant Moscou, d'autres restant fidèles. « Europe » reparaît en 1946 grâce à Louis ARAGON. Tout en se réclamant toujours des débuts, cette revue est, maintenant, essentiellement une revue littéraire de haut niveau.

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Après 1940, on n'a plus guère de nouvelles concernant ARCOS sauf qu'il est l’auteur d’une biographie sur Romain ROLLAND (Romain Rolland, Mercure de France, 1950).

 

On parle aussi d’un dîner « amical », chez lui, fin décembre 1940 à l’instigation de J-R BLOCH, resté fidèle au parti communiste, qui avait fait convier Henri WALLON, Francis JOURDAIN, Frédéric JOLIOT-CURIE, Georges BRUHAT et Jean LURCAT, tous communistes ou sympathisants ainsi que le dernier directeur de la revue « Europe », Jean CASSOU. Il s'agissait sûrement d'une tentative de « recoller les morceaux ». Tous les participants, surtout Jean CASSOU, eurent une activité dans la Résistance durant la guerre. Mais d'ARCOS, il n'en est jamais question. Pourtant, on peut être certain qu'il n'a jamais dévié de ses convictions. Son amitié indéfectible avec Romain ROLLAND en est la preuve.

Bibliographie.

  • L'Ame essentielle, Maison des Poètes, 1903

  • La Tragédie des espaces, L'Abbaye, 1906

  • L'Ile perdue, Mercure de France, 1913

  • Le Mal 1914-1917, Éditions d'Action Sociale, 1918

  • Le Bien Commun. Récits, Éditions du Sablier, 1919

  • Pays du soir, Éditions du Sablier, 1920

 

  • Pays du soir, Éditions du Sablier, 1920

  • Caserne, Rieder, 1921

  • Autrui, Rieder, 1926

  • Médard de Paris , Rieder, 1928

  • De source, Éditions du Sablier, 1948

  • Romain Rolland, Mercure de France, 1950

26/10/2015

LILLE: MONUMENT AUX MORTS.

VILLE DE LILLE:

Le Monument aux Morts.

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