07/01/2017

Témoignage d'un médecin prisonnier à AUSCHWITZ: Lazar MOSCOVICI.

LAZAR MOSCOVICI.

Né en 1914 à Flaticeni, en Roumanie.

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Déporté à Auschwitz en juillet 1942, il est un des rares survivants. Il témoignera pour que personne n'oublie.

Il apporte le témoignage d'un médecin.

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Il est resté en France où il a exercé la médecine jusqu’en 1979. Il est mort en 1988.

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On ne peut envisager la vie de Lazar MOSCOVICI sans le dissocier de sa famille. Il est né en 1914 à Flaticeni, en Roumanie. Dans les années 30, suite aux mesures antisémites locales, il part pour la France rejoindre ses deux frères aînés, Léon et Ephraïm. Il y poursuit, comme eux, des études de Médecine. En Roumanie, la Garde de fer " exigeait un numerus clausus contre les étudiants juifs dans les facultés. Leurs parents croyaient avoir trouvé en France une terre d'asile et de liberté.

A la déclaration de guerre, il s’engage comme volontaire dans la Légion Etrangère pour participer à la défense de son pays d’adoption. Les résidents non français volontaires devaient passer par là.

 

Son frère Ephraïm habitait Vernoil-le-Fourrier en  Maine et Loire. Il avait deux enfants, Jean-Claude et Liliane. Médecin du village, il était aimé de tous. Le statut des Juifs lui interdit d'exercer sa profession.

 

Les trois frères avaient été "signalés" par le maire de Saumur, René DROUART. Dans un rapport, il les avait dénoncés " médecins juifs d'origine roumaine, qui ont perdu l'autorisation d'exercer " et présentés comme communistes. Juifs et communistes: tout pour être persécutés !

 

Dans la nuit du 15 au 16 juillet 1942, les trois frères furent arrêtés et déportés vers Auschwitz par le convoi n°8 parti d'Angers le 20 juillet 1942. Les gendarmes français avaient prêté assistance à la Feldgendarmerie. En France, entre 1942 et 1945, plus de 70 000 personnes d'origine juive furent déportées. Le convoi N°8 fut le seul qui partit de province sans rassemblement préalable dans un camp d'internement. 824 juifs du département en faisaient partie.

Au  Grand Séminaire d'ANGERS, le 20 juillet 1942, les juifs du grand Ouest, 430 femmes et 394 hommes, furent internés avant d’être déportés à destination du camp d’Auschwitz. C'est ce " Convoi n°8 " dont seulement 14 hommes ont survécu.

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Des milliers de personnes y passent chaque jour, mais savent-ils qu'il y a maintenant 70 ans, la gare d'Angers fut une plaque tournante de départ pour les camps de concentration et d’extermination.

Durant l'été 1942 , il a survécu au camp de la mort avec l'aide de  ses deux frères. Un de ses frères mourut tué par la maladie. L'autre, désigné «trop faible », fut sélectionné pour les chambres à gaz. Lazar  est resté en vie grâce à son rôle de médecin permanent au sein du camp.

 

Il est resté dans le camp d'Auschwitz-Birkenau jusqu'au 8 janvier 1945. Ensuite, il a subi durant trois jours et trois nuits les marches de la mort, durant lesquelles il marcha jusqu'à la gare, en direction du camp de concentration de Mauthausen, au nord de l'Autriche. Finalement, Lazar fut transféré dans le camp d'Ebensee. C'est là qu'il fut libéré le 6 mai 1945 par les américains.

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Lazar MOSCOVICI, étant médecin, a pu observer,analyser, enregistrer pour se souvenir. Cela est une forme de résistance. Il fut membre de l'organisation secrète placée sous la direction du Comité international de la résistance clandestine qui s'opposa à l'extermination totale du camp.

 

Entretemps, sa belle-soeur et ses deux enfants, sous la fausse identité de MOREAU, furent sauvés et cachés par les soins d'une voisine, sans cesse soumis à la crainte d'être retrouvés ou dénoncés. A la fin de la guerre en 1945, ils purent enfin retrouver leur véritable maison à Vernoil.

 

Une lettre de leur oncle Lazar parvint: « Je suis par miracle, un des rares survivants du camp d'Ebensee, et libéré maintenant, je compte bientôt rentrer ». Ils comprirent ainsi qu'ils ne reverraient jamais le reste de la famille. A son retour, il élèvera, comme ses propres enfants, ses neveux Liliane et Jean-Claude dont le père était mort en déportation.

 

Dès son retour en 1945, Lazar MOSCOVICI a témoigné devant tous les habitants de son village afin que personne n'oublie la cruauté des actes nazis perpétrés dans les camps mais également dans le but  de faire réagir: un tel crime ne doit pas se reproduire. Population du village qui, pour partie, avait dénoncé sa famille. Il raconta le quotidien du camp, les sévices, les expérimentations sur les malades, les assassinats quotidiens et l'organisation de la résistance.

 

« Je vous ai raconté pendant une heure ou plus, un temps qui a dû vous sembler long, des faits qui pourraient paraître pour un esprit équilibré, sinon inventés, tout au moins exagérés. Je voudrais surtout que vous soyez convaincus de l'exactitude de mon témoignage, bien qu'il soit évidemment incomplet. D'autres parleront ou écriront pour le compléter et vous apporteront des détails que j'ai omis ou que j'ai moi-même ignorés, tant les crimes étaient multiples à tous les niveaux de la hiérarchie. "

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Photo prise alors que les crématoires fonctionnaient toujours.

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Ce qui reste des fours crématoires à l'heure actuelle.

Voici un extrait de son témoignage, écrit en France le 22 juin 1945, soit un mois après son retour:

"Je réussis à garder Fondane quelques semaines sans trop d’incidents. Il commençait à aller mieux, à prendre du poids, et je pensais pouvoir lui procurer quelque occupation moins pénible à l’infirmerie, reculer sa sortie en commando, qui équivalait à une condamnation à mort. Je me rappelle encore ces soirées émouvantes, quand il nous récitait des fragments de son poème Ulysse, commencé à Paris, et qui devait être l’élégie du peuple juif et symboliser son propre sort. Avec quelle tendresse nous parlait-il de sa femme Geneviève, de sa vie à Paris, de ses livres, de ses peintures, de ce cadre où l’on devinait une atmosphère de chaleur et d’entente, de fraternité et d’humanité. Cela ne devait pas durer. Le Moloch réclamait ses victimes....Je revois encore, dans cette journée étouffante d’été polonais, défiler, torse nu, tous ces malheureux demi-cadavres, implorant la pitié de leur regard désespéré. J’ai toujours devant les yeux le visage d’apôtre de Fondane, ce regard résigné, fier et souriant, qui cherchait le mien pour m’adresser son adieu. Était-ce un reproche ?"

 

Grâce à son statut de médecin, il avait pu observer, analyser et enregistrer plus scientifiquement que les autres déportés tous les événements et tous les actes émis par les Allemands. Ainsi, grâce à ces témoignages, l'humanité a été au courant très rapidement, de la barbarie nazie. Son long et poignant témoignage figure dans le livre " 1942, convoi n°8 ". Pour lui, Auschwitz est le camp de la mort où si la maladie ne tue pas, les moyens criminels s’en chargent. Ce livre fut écrit avec la collaboration d'un autre médecin prisonnier à Auschwitz, le Dr André LETTICH. Grâce à la mémoire de ces deux médecins, les simples citoyens ont connu au fur et à mesure la vérité et la cruauté subie dans les camps en particulier les expériences médicales sur des cobayes humains.

 

Il décrit, médicalement, les expériences sur les femmes par rayons X, les injections de substances caustiques. Il parle de personnes "honteusement mutilées" et d’horreurs qui dépassent l’imagination, des expérimentations soit-disant scientifiques mais sans aucun fondement. « Je vois encore les visages si pâles de ces malades qui montaient dans les camions, de ces grands blessés qui poussaient des cris de douleur sous les coups et les injonctions des SS. ».

 

Pour lui, témoigner de l'horreur du nazisme, du génocide, c'est une forme de résistance, celle qui permet de « résister » après l'internement, celle qui est un devoir de mémoire afin d' empêcher la renaissance de tels crimes. La précision du témoignage, met à mal toute suspicion d’inauthenticité. Sauf pour ceux, comme le père de Marine LEPEN, pour qui " Ce n'est qu'un point de détail de l'histoire ".

 

Ce témoignage, paru aux Éditions du Retour en 2009 sous le titre 1942 CONVOI N°8 a été réédité sous le titre "910 jours à Auschwitz". Ce nouvel ouvrage propose en plus des notes d'un historien, Michel Laffitte, et quelques reproductions couleurs de documents.

 

 

 

04/01/2017

AWANS-BIERSET: la section FNC et le Groupement Régional.

La section FNC et le Groupement Régional.

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A diverses reprises, nous avons déjà parlé du Groupement Régional de la FNC.

Sous l'échelon provincial, existe un échelon régional. Pour le niveau provincial on n'a pas le choix: le territoire concerné correspond avec territoire provincial. Le niveau régional ne correspond à aucun territoire administratif. Les sections FNC font partie du Groupement régional choisi, en son temps, parfois lointain, par les directions des sections.

La section FNC "AWANS-BIERSET" fait partie du Groupement Régional de LIEGE.

C'est, pour la Province de LIEGE, le Groupement Régional le plus étendu et celui qui compte le plus de sections locales.

En voici la liste:

FNC: GROUPEMENT REGIONAL DE LIEGE

 

LISTE DES SECTIONS.

 

ANS-ALLEUR

ANTHISNES

AUBEL

AWANS-BIERSET

AWIRS

AYWAILLE

BASSENGE

BLEGNY-TREMBLEUR

AUBEL

BRESSOUX

CHAUDFONTAINE-EMBOURG

DAHLEM

FERRIERES

FLEMALLE

FOURON-LE-COMTE

GLONS

GRÂCE-HOLLOGNE

HACCOURT

HAMOIR

HARZE

IVOZ-RAMET

LIEGE

LIERNEUX

LIERS-JUPRELLE-MILMORT-VOROUX

LOUVEIGNE-SPRIMONT

NEUPRE

OTHEE

OUPEYE

ROCLENGE-SUR-GEER

ROUVREUX-FLORZE

SAINT-GEORGES-SUR-MEUSE

SOUGNE-REMOUCHAMPS

STAVELOT

TROIS-PONTS

TROOZ

VILLERS-L'EVÊQUE

VIVEGNIS

VOTTEM

Celles-ci connaissent évidemment des fortunes diverses. Mais depuis deux ans, nous nous efforçons de rendre vie à la Régionale et aux sections locales.

La prochaine Assemblée Générale du Groupement Régional est prévue le samedi 14 janvier 2017 à 14H00 dans les locaux du Musée du Fort de LONCIN.

Diverses propositions seront envisagées dans le but d'aider les sections.

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01/01/2017

AWANS-BIERSET: Pourquoi maintenir la FNC en vie ?

 

Pourquoi faut-il maintenir la FNC en vie ?

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Les associations patriotiques sont, pour la majorité du public, considérées comme dépassées, comme entretenant machinalement, un simple rituel. les manifestations patriotiques ne seraient que routine !

 

La FNC ( Fédération Nationale des Combattants ) n'échappe évidemment pas à ces considérations. Mais, aussi curieux que cela puisse paraître, ces remarques n'émanent pas de la jeunesse mais des personnes dites "mûres".

 

Nous avons déjà eu l'occasion de l'exprimer à l'une ou l'autre reprise, la démarche de la FNC ne vise certainement pas à promouvoir un nationalisme dépassé, ringard, chauvin ou cocardier ou, même, malsain.

 

Nous avons déjà souligné, à plusieurs reprises, la distinction qu'il convenait de faire entre " patriotisme " et " nationalisme ".

 

Il suffit de rappeler la citation de Charles de GAULLE: Le patriotisme, c'est aimer son pays. Le nationalisme, c'est détester celui des autres."

 

Le nationalisme, contrairement au patriotisme, et contrairement à ce que les nationalistes prétendent, ne défend pas les intérêts du pays. Le nationalisme utilise le fait national, détourne l'idée nationale, au profit de sa propre idéologie ou ambition politique.

 

Il suffit aussi de rappeler certains faits du passé, de rappeler l'attitude de ceux qui s'affirmaient nationalistes dans les années 30 comme les rexistes en Belgique. En 1940, la plupart des nationalistes d'avant-guerre ont rejoint la collaboration sans état d'âme. En France, c'est Pétain ( qui était nationaliste) qui a créé la Milice Française de sinistre mémoire sans même l'obligation des allemands ! 

 

Le patriotisme s’attache plutôt à défendre l’intégrité d’un sol national en cas d’invasion, de guerre, de menace directe ou indirecte à son encontre.

 

La volonté de la FNC est de promouvoir un attachement très fort à des valeurs considérées comme universelles: la liberté, l'égalité, le pluralisme idéologique, le respect des règles démocratiques, la séparation des pouvoirs, la séparation de l'Etat et des Eglises, la hiérarchie des normes... Valeurs qui ne sont pas tombées du ciel mais qui ont été nous forgées au cours des siècles. Rappelons la paix de Fexhe, signée le 18 juin 1316 à Fexhe-le-Haut-Clocher. Elle est la reconnaissance formelle et légale du partage du gouvernement entre le Prince-Evêque et le pays.

 

Cet attachement s'est manifesté de manière particulièrement forte et dramatique lors des deux guerres ( 14-18 et 40-45 ). Lors de ces deux conflits, nos prédécesseurs ont mené une lutte vitale et sans merci contre l'occupant allemand et contre la collaboration, sauvant la Belgique.

 

Mais, et surtout en 40-45, il ne s'agissait pas uniquement d'une simple lutte nationale ou territoriale mais d'un combat pour la défense de nos valeurs fondamentales et une certaine conception de la civilisation.

 

Mais, encore une question souvent posée " Pourquoi encore une " Fédération des Combattants ", alors qu'il n'y a quasiment plus d'anciens combattants ? Des associations d'anciens combattants existent dans tous les pays.

 

Nous voulons honorer ceux qui ont combattu des idéologies intolérantes comme le nazisme, par les armes, par l'esprit, l'écriture, le renseignement ou le sabotage.

Nous voulons aussi célébrer ces valeurs universelles que sont la liberté et la démocratie: sans le sacrifice de ces aînés, nous ne serions pas là pour en parler et surtout pour en jouir.

 

Victimes certaines d'un manque de motivation, les associations patriotiques belges d'anciens combattants et de prisonniers de guerre cherchent à attirer des porte-drapeaux et des joueurs de clairon.

 

Dans notre section ( la FNC "AWANS-BIERSET" ), après une période très critique où nous n'avions plus qu'un seul porte-drapeau, nous pouvons enfin sortir avec plusieurs drapeaux. A titre d'exemple, le 11 novembre dernier, notre section alignait six porte-drapeaux.

 

Nous vous attendons nombreux pour les cérémonies patriotiques qui ne concernent pas seulement les Anciens Combattants effectifs. Qui n'a pas eu dans sa famille un grand-père, un frère, un oncle, un père ayant participé à ces opérations. Rejoignez-nous aux Monuments aux Morts. Nous nous y rendons à deux reprises chaque année: VELROUX, BIERSET, GRÂCE-HOLLOGNE, FOOZ, HOGNOUL et AWANS.


S
oyons les relais d'une mémoire qui contribuera à écrire l'histoire. Notre but est de perpétuer le souvenir des combattants " Morts pour la Patrie", de servir leur mémoire.

 

Une autre interpellation souvent entendue:  " Pourquoi ressasser des événements aussi lointains. ? Pour la première guerre, cela remonte à plus de cent ans et pour la seconde, cela fait quand même plus de septante ans.

 

Aujourd'hui quelques exemples d'actualité doivent nous interpeller et nous rappeler le cri de ceux qui se sont battus pour notre liberté: " Plus jamais ça ! "

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19/11/2016

FNC "AWANS-BIERSET": Discours prononcé le 11 novembre 2016 ( Commémoration de l'Armistice.

Discours de la FNC "AWANS-BIERSET"pour l'Armistice 2016.

 

"Plus jamais ça !"  Ce slogan a une histoire...et il est toujours d'actualité ! Après 1918, il exprimait le sentiment profond des gens du peuple, des "Anciens Combattants " qui avaient subi durant quatre ans la vie des tranchées. Ils ne visaient que le bonheur de leur famille, de leurs enfants et, par delà, de toutes les familles, de tous les enfants. Ils étaient les porte-paroles des millions de morts et des millions de blessés, des veuves, des orphelins.

 

" Plus jamais ça !" Après la 2ème Guerre mondiale et ses 60 millions de morts, on proclamait bien haut cette exigence. Au fur et à mesure des découvertes et des révélations, il exprima le refus de l'enfer qui accompagna la guerre: les camps, Auschwitz, les ghettos, les massacres industriels, les massacres de civils, les génocides. On découvrait que derrière la guerre, il y avait pire que la guerre.

 

" Plus jamais ça ! " Cela ne peut rester un souhait utopique, proche de la naïveté. Sont toujours présents dans nos sociétés: la violence, le repli identitaire, le culte du nationalisme ethnique, le fanatisme, le mépris de ceux qui sont différents. Certaines personnalités, même des universitaires, certains groupes nient publiquement la Shoah. D’autres évoquent un simple “détail” de l'histoire. Paroles honteuses qui ne les empêchent pas de recueillir des succès électoraux.

 

Depuis 1945, si on a toujours pu éviter un nouveau conflit mondial, c'est au prix de conflits localisés tout aussi funestes. On recense plus de 100 guerres de par le monde et on évalue à au moins 25 millions le nombre de morts ! Certains peuples s'arrogent le droit d’en décimer d’autres. Des dirigeants s'arrogent le droit de décimer leur propre peuple. Des groupes fanatisés s'arrogent le droit d'imposer leur mode de vie: Cambodgiens, Kurdes, Bosniaques, Rwanda, Darfour, Soudan, Syrie...Un triste point commun unit ces populations: être les victimes d'un génocide. Aucune promesse faite après la découverte d'un charnier n'a pu empêcher la mort de millions d'innocents, ailleurs, quelques années plus tard.

 

Nier le passé des peuples c’est nier la vérité. Aucune communauté ne peut avancer vers l'avenir si elle ne connaît pas son histoire. Ses aspects désagréables doivent être dévoilés. Notre génération a pu côtoyer les "Anciens combattants" , les "Anciens prisonniers", les "Résistants". Ils nous ont transmis, sans que nous nous en rendions compte, un héritage de mémoire.

 

Quand on parle des aspects désagréables du passé, on doit admettre les erreurs de l'Europe démocratique. Elle a parfois été indifférente au sort des réfugiés juifs de l'Allemagne nazie; les accords de Munich ont été adoptés avec l'espoir que, Hitler ayant la possibilité de déplacer ses frontières vers l'est, on éviterait la calamité d'une nouvelle guerre; la Tchécoslovaquie a été sacrifiée; la république espagnole a été abandonnée à Franco...Rien n'a empêché la guerre. Et, durant celle-ci, on doit aussi évoquer la facilité avec laquelle on a procédé au recensement des juifs.

 

" Plus jamais ça ! " conserve toute sa valeur. Tout ce qu'on vient de citer doit servir de leçon. Il faut mettre un terme à la lâcheté, à la barbarie ! Il ne faut plus que cela ne recommence ! Il ne faut jamais oublier ! Puisque les jeunes ne peuvent plus côtoyer les anciens témoins directs, il faut investir dans le travail de mémoire. Rendre publiquement hommage aux victimes est un pas dans cette direction. Nous avons encore en mémoire ce que les témoins directs nous ont raconté, à nous de le transmettre. Les commémorations sont des moments privilégiés car elles permettent que se manifestent la perception du passé et la façon dont on fait usage de cette perception. Les discours d'autosatisfaction n'ont plus leur place. Exalter la paix retrouvée c'est faire preuve d'aveuglement, c'est refuser de voir les malheurs actuels.

 

"Plus jamais çà !" signifie qu'il faut ancrer la morale dans le comportement public. Les attentats et la vague d'immigration de l'an dernier font le jeu de l'extrême droite. Nombre de citoyens, et même des élus démocrates, reprennent à leur compte certaines de ces idées, jugées naguère inacceptables. Espérons que cela ne signifie pas une adhésion croissante aux idées brunes. Chaque fois que nous entendons un tel message, il ne faut pas craindre de manifester publiquement notre réprobation !

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21/10/2016

Qui fut vraiment le Pasteur NIEMOLLER ?

Emil Gustav Friedrich Martin NIEMÖLLER

Né le 14 janvier 1892 à Lippstadt  

Décédé le 6 mars 1984 à Wiesbaden.

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Militaire allemand en 14-18, théologien et pasteur protestant, d'abord favorable à Hitler puis résistant au nazisme, déporté en camp de concentration et militant pacifiste après la guerre de 40-45.

Un cheminement parfois contestable mais qui représente bien les tourments des intellectuels allemands dans l'entre-deux guerres.

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Il est issu d'une famille religieuse et conservatrice: son père ( Heinrich NIEMÖLLER ) était pasteur luthérien. En 1900, il déménage à Elberfeld où il termine sa scolarité par l'obtention de l'ABITUR. L’Abitur est un examen qui clôture les études secondaires en Allemagne. Cela correspond au baccalauréat en France. Cet examen permet l'accès aux Universités.

 

Au lieu d'entrer à l'Université, il entra, à l'âge de dix-huit ans, dans la marine allemande comme élève-officier où il fut finalement diplômé.

 

Lorsque la Première guerre éclata, il avait le grade de sous-lieutenant. Il fut affecté à un sous-marin poseur de mines. La marine allemande pratiquait alors une guerre sous-marine à outrance. Il écrit dans ses mémoires, après avoir assisté au torpillage d'un navire de transport : « Ce 25 janvier 1917 a marqué un point de non-retour dans ma vie, car il m'a ouvert les yeux sur l'impossibilité absolue d'un univers moral. » En 1918, on lui confia le commandement du sous-marin UC67. Il était notamment chargé de la pose des mines au large de Marseille. Ce sous-marin fit couler trois navires ennemis totalisant 17.000 tonnes. À la fin de la guerre, considéré comme un des meilleurs officiers, il reçut la Croix de Fer de première classe.

 

Son activité après l'Armistice ne fut pas toujours pacifique. Il participa activement à vie politique allemande. Le corps des officiers, vaincu militairement, se sentait humilié et aigri par l'Armistice ressentie comme un « coup de poignard dans le dos ». Les officiers supérieurs commencèrent à mettre sur pied des armées privées appelées "Freikorps". Celles-ci furent d'abord utilisées pour défendre les frontières allemandes cdans l'éventualité d'une invasion de l'Armée rouge. Niemöller a rejoint ce groupe. Il soutint la tentative de putsch de Kapp en 1920.  Ce coup d' Etat de droite a finalement été vaincu par une grève générale. 

 

Après la création de la République de Weimar, il devint brièvement agriculteur. Puis il s'orienta vers la théologie protestante de 1919 à 1923. Il fut ordonné en 1924. En 1931, il devint pasteur à Dahlem. Il continua à s'intéresser à la politique et soutint Hitler au début. En 1931, dans des discours, il fit valoir que l'Allemagne avait besoin d'un Führer. Dans ses sermons, il épousa le point de vue de Hitler sur la race et la nationalité. En 1933,il décrit le programme nazi  comme un «mouvement de renouvellement basé sur une base morale chrétienne".

 

Les Églises en tant qu'institutions ont peu cherché à s'opposer à un chancelier pourtant néo-païen et antichrétien. Hitler s'est toujours bien gardé de mettre en application les projets d'éradication du christianisme nourris par Martin Bormann ou Alfred Rosenberg. Il a préféré jouer sur l'anticommunisme, l'antiféminisme et les aspects réactionnaires de son programme pour séduire les publics religieux. Cela n'empêcha pas les révoltes personnelles.

 

Contrairement à l’Eglise catholique dont les structures rendaient difficile toute intrusion d’éléments étrangers à la foi, les Eglises Protestantes avec leurs structures plus souples et leurs traditions d'union avec le Pouvoir furtent plus exposées. Elles furent rapidement confrontées aux menées de ralliement au régime. Au fur et à mesure de sa montée en puissance, le pouvoir nazi se mit à noyauter l'Église protestante allemande. Ainsi, le " Mouvement des Chrétiens Allemands " qui prônait un christianisme héroïque fondé sur le sang et la race, se propagea à partir de 1933.

 

En 1933, les églises protestantes furent contraintes de fusionner au sein d'une "Eglise Protestante du Reich", noyautée par le " Mouvement des Chrétiens Allemands ". Les " Chrétiens allemands " avaient comme but de purifier la Bible et la foi chrétienne de tous les aspects juifs. Ils écartaient donc l'Ancien Testament et voulaient éliminer l'apôtre Paul du Nouveau Testament. Ils voulaient un Jésus aryen, non-juif. Le danger de voir le protestantisme infiltré et submergé par l'idéologie nazie suscita une mobilisation des forces hostiles à une telle évolution.

 

Il fallait faire l'exercice difficile de s’opposer aux détenteurs du pouvoir sans être soutenu par la hiérarchie. Niemöller, pourtant partisan du régime hitlérien, appela les pasteurs hostiles aux mesures antisémites à s'unir au sein d'une nouvelle organisation, le "Pfarrernotbund" ( « Ligue d'urgence des pasteurs » ), basée sur les principes de tolérance énoncés par la Bible et la profession de foi des réformés. Il appelait à combattre toute atteinte à la confession évangélique, à aider matériellement "les frères opprimés". Cet appel fut bien accueilli: fin 1933, 6000 pasteurs, soit plus d'un tiers des ecclésiastiques protestants, avaient rejoint ce groupe dissident. 1934 vit la création de «l’Eglise confessante » ("Bekennende Kirche"), un schisme dans l'Eglise Protestante. Le noyau de la résistance se trouvait à Berlin-Dahlem, la paroisse de Niemöller. Celle-ci lutta ouvertement, dès 1934, contre la dictature et l'idéologie nazie qualifiée de " non chrétienne et de non morale ".

 

Ils s'opposaient notamment à l'introduction du terme « aryen » par "l'Eglise Protestante du Reich", qui prévoyait l'exclusion des pasteurs d'origine juive ou mariés à une juive. Mais la majorité des Églises luthériennes resta fidèle aux dirigeants du Troisième Reich, pendant toute son existence.

 

Cette " Ligue " reçut le soutien des protestants à l'étranger. Elle adressa au Synode une lettre de protestation contre les mesures d'exclusion et de persécution prises envers les Juifs et envers les pasteurs refusant d'obéir aux nazis. Malgré les protestations, début novembre 1933, Martin Niemöller fut déchu de ses fonctions de pasteur et mis prématurément à la retraite. Mais la grande majorité de ses paroissiens décida de lui rester fidèle. Il put ainsi continuer à prêcher et à assumer ses fonctions de pasteur. Mais son attitude reste néanmoins équivoque: il fait partie de ceux qui ne sont pas radicalement opposés au régime: en novembre 1933, après avoir fondé, en septembre, son mouvement dissident, il envoie un télégramme à Hitler pour le féliciter de retirer l'Allemagne de la SDN. Il qualifie cela comme un « acte utile à l'intérêt national »

 

Mais à plusieurs reprises, il outrepassa dans ses sermons les limites entre religion et politique. Il fut arrêté le 1er juillet 1937. Au cours de son procès, bien que reconnu comme " non traître à la patrie ", il fut reconnu coupable d' avoir «abusé de la chaire» et condamné à sept mois de prison et à une amende de 2000 marks. Mais ensuite, il fut déporté au camp de Sachsenhausen puis de Dachau comme « prisonnier privé » de Hitler (1937-1945). " Prisonnier privé de Hitler" signifiait qu'il était placé en quartier spécial, ce qui le mettait à l'abri des mesures arbitraires des SS.

 

Peu après, des centaines de pasteurs iront en prison pour avoir dénoncé en chaire les idées de tendance nationale et raciste ainsi que l’engouement pour une domination à l’échelle mondiale.

 

Libéré en 1945, il se consacre par la suite, jusqu'à sa mort en 1984, à la reconstruction de l'Église protestante d'Allemagne et prend de plus en plus de distance avec les milieux conservateurs de ses origines pour devenir un militant pacifiste et pour la défense des droits civils.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, il est devenu président du Conseil oecuménique des Eglises. Niemöller était convaincu que l'Allemagne et l'Église étaient " coupables par action et omission " et qu'elles partageaient une responsabilité collective eu égard aux atrocités nazies.

 

En 1961, il est élu à New Delhi coprésident du Conseil mondial des Eglises. Malgré les controverses, son image reste celle d’un homme qui a consacré avec détermination toute son existence au service de sa foi et d’une Eglise juste.

 

Niemöller est mort en 1984, il a été internationalement reconnu comme une personnalité extraordinaire dans le christianisme du XXe siècle.

 

Il doit être plus important de souligner que Niemoeller est quelqu'un qui a été en mesure d'apprendre de ses erreurs, plutôt que de mettre l'accent sur ses terribles défaillances dans la première moitié de sa vie.

 

On lui doit le poème " Quand ils sont venus me chercher ".

 

Quand ils sont venus chercher les communistes, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher. 
Et il ne restait personne pour protester...



C'est un texte dénonçant la lâcheté des intellectuels allemands au moment de l'accession des nazis au pouvoir et des purges qui ont alors visé leurs ennemis, un groupe après l'autre.

 

De nombreuses variations et adaptations dans l'esprit de l'original ont été publiées dans différentes langues.

En 1976, Niemöller répond lors d'une interview à une question sur l'origine du poème :

 

«  Il n'y a pas de minutes ou de copie de ce que j'ai dit, et je l'ai peut-être formulé différemment. Mais le fond de l'idée était : les communistes, nous laissons toujours faire avec calme ; et les syndicats, ça aussi nous laissons faire ; et nous laissons même faire pour les sociaux-démocrates. Rien de tout cela n'est notre affaire. L'Église ne s'est pas inquiétée de politique à ce moment, et elle ne devrait d'ailleurs pas en faire. Dans l'Église confessante nous ne voulions pas représenter une résistance politique en tant que tel, mais nous voulions décider pour l'Église que tout cela n'était pas juste, et que cela ne devait pas être accepté par l'Église, c'est pourquoi déjà en 33, quand nous avons créé la Fédération d'urgence des pasteurs (Pfarrernotbund), nous avons mis en4e point de notre charte : si une attaque se produit contre des ministres du culte et qu'ils sont expulsés de leur ministère parce que de « lignée juive » (Judenstämmlinge) ou quelque chose de ce genre, alors en tant qu'Église nous ne pouvons que dire : Non. Et voilà le 4e point dans sa substance, et c'était probablement la première prise de position contre l'antisémitisme issue de l'Église protestante.  »

 

10/10/2016

Quand ils sont venus...

Quand ils sont venus...

Poème du Pasteur Martin Niemoller (1892-1984), Dachau 1942

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Quand ils sont venus chercher les communistes, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher. 
Et il ne restait personne pour protester...

Poème souvent attribué, erronément, à Bertold BRECHT

Un article sera consacré prochainement, sur ce site, à  Martin Niemoller

 



04/09/2016

Les Justes parmi les Nations.

Les " JUSTES PARMI LES NATIONS.

En pleine tourmente, en pleine guerre, des hommes, des femmes de tous âges, de toutes conditions, même des enfants furent pourchassés, arrêtés, déplacés et déportés à travers toute l’Europe, puis enfermés dans des camps pour y être maltraités, blessés et exterminés et souvent gazés comme des parasites. Ces gens étaient coupables d’être nés Juifs. Dans ce contexte périlleux, certains ont résisté.

 

« Juste parmi les nations » (en hébreuחסיד אומות העולם Hasid Ummot Ha-'Olam, littéralement « généreux des nations du monde ») est une expression du judaïsme tirée du Talmud.

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Le titre de "Justes parmi les Nations" est décerné aux personnes non juives qui sont venues en aide aux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier »

 

Il reste de moins en moins de « Justes » en vie et les sauvés disparaissent progressivement. Un constat inéluctable face auquel on ne peut que répéter que le temps presse. Si la procédure de reconnaissance peut être introduite à titre posthume auprès de Yad Vashem, l’acceptation se décide au cas par cas. Au 1erjanvier 2016, ils étaient 26119 « Justes parmi les nations » de 46 pays à avoir été honorés, dont 1.635 en Belgique et 3925 en France.

 

Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Leurs noms sont inscrits sur le Mur d'Honneur du jardin des Justes à Yad Vashem.

Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages. La difficulté de trouver des témoignages directs ou le caractère diffus de certaines actions réduisent le nombre des « Justes » identifiables.

 

Quels sont les critères de reconnaissance des « Justes parmi les nations » ?

La reconnaissance d'un Juste doit établir, avec plusieurs témoignages concordants, des faits probants, tels que :

Avoir apporté une aide dans des situations où les juifs étaient impuissants et menacés de mort ou de déportation vers les camps de concentration.

Avoir été conscient du fait qu'en apportant cette aide, le sauveteur risquait sa vie, sa sécurité et sa liberté personnelle (les nazis considéraient l'assistance aux juifs comme un délit majeur).

N’avoir recherché aucune récompense ou compensation matérielle en contrepartie de l'aide apportée.

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Même au coeur du Reich, il y eut des "Justes". Le mémorial de Yad Vashem, a reconnu 321 Allemands et 80 Autrichiens, qui risquèrent leur vie pour sauver des Juifs d’une façon encore plus périlleuse que les habitants des pays occupés par les nazis.

 

On ignore le nombre exact de juifs sauvés grâce à l’aide des Justes, mais on en compte plusieurs dizaines de milliers.Voici des chiffres approximatifs du nombre des survivants pour quelques pays européens :

Albanie 1 800

Allemagne et Autriche 5 000 à 15 000

Belgique 26 000

Danemark, 7 200

France plus de 200 000

Grèce 3 000 à 5 000

Hongrie plus de 200 0006

Italie 35 000

Lithuanie 1 000

Norvège 900

Pays-Bas 16 000

Pologne 25 000 à 45 000

Yougoslavie 5000