11/09/2014

Une étrange arme de guerre française: le bouclier roulant.

Un drôle d'engin de guerre français:

le bouclier d'assaut.

 

La première guerre mondiale a vu un mélange hétéroclite d'armes ou de moyens guerriers divers. L'obsolète ( charrette à chien ) marchant de pair avec le moderne ( grosse BERTHA ) et les débuts de l'aviation.

A noter que les soldats, de quelque camp qu'ils soient, étaient dépourvus de moyens de protection sérieux. Ainsi, les casques en acier n'apparurent que très tardivement. Même les fameux casques à pointe des allemands étaient complètement périmés: ils devaient servir de protection contre les attaques aux sabres !

Mais dans les inventions, on trouve aussi des trouvailles curieuses, qui feraient rire si ce n'avait été aussi tragique.

 

commémoration 14-18,combattants,tranchées

Ainsi, ce fameux engin qui est connu sous plusieurs noms: bouclier WALTER, brouette blindée, bouclier d'assaut, bouclier roulant, bouclier BENAZET-LEBLANC...

En réalité, c'était la réapparition d'une invention du 19° siècle. Il s'agit d'une brouette blindée !

Ce fut aux Lyonnais que revint l'immense privilège de la tester au Fort de Sainte-Foy (à Sainte-Foy-les-Lyon, en octobre 1873, cette arme de guerre « épouvantable » élaborée par de hauts esprits de l'Etat-Major. Un article de presse avait paru à ce sujet dans le journal « Le Progrès de Lyon ».

Mais revenons en 14-18 et, plus précisément, à la période où s'est installée la « guerre des tranchées ». dans l'esprit de l'Etat-major, on ne pouvait pas se résigner à rester éternellement sur les mêmes positions, il fallait partir à l'assaut des tranchées adverses. L’attaque de la tranchée ennemie engendrait de nombreuses pertes puisque les soldats devaient s’élancer à découvert pour conquérir la position adverse. Pour cela, ils devaient parcourir des dizaines de mètres sans protection, sous le feu de l'ennemi. Ils pouvaient aussi être stoppés par des obstacles imprévus tels que les barbelés. La guerre de 14-18 fit, en effet, du barbelé un instrument décisif. Obstacle sommaire au départ il se transforma par la suite en un réseau sans cesse renforcé. Lors des attaques, on avait la vision horrible de cadavres accrochés au pointes d'acier. C‘est pourquoi, l’Etat Major décida de mettre en place un système permettant de résoudre ces inconvénients: le bouclier roulant.

 

commémoration 14-18,combattants,tranchées

 

Ces pare-balles sur roue firent leur apparition dès la première année de guerre. Le 59ème RI avait déjà ces engins le 25 Décembre 1914 dans l’Artois.

Nous pouvons lire dans « Carnets d'un fantassin » rédigés parCharles DELVERT, en formation à CHÂLONS, le 4 août 1916:

" On a expérimenté le bouclier WALTER. C'est une sorte de caisse d'acier qui couvre le dos, la tête et les côtes, carapace sous laquelle on s'introduit, et qu'en marchant sur les genoux on peut rouler jusqu'à proximité de l'ennemi sans craindre les balles.

 
WALTER est un ingénieur capitaine de réserve dans un bataillon de chasseurs ( 21ème BCP ). C'est un homme d'une trentaine d'années, long, fort maigre, doté d'une grande barbe blonde. Il porte l'uniforme sombre galonné d'argent des chasseurs. Il nous présente son bouclier de façon claire et fort simple.

 
A cette expérience assistent le général GOURAUD et une affluence de généraux du 9e, du 4e et du 18e corps. La séance s'est terminée par un discours du général GOURAUD


Dans nos offensives, notamment en septembre dernier en Champagne, nous avonst oujours été arrêtés par les fils de fer barbelés, soit que notre artillerie n'ait pas frappé pour les démolir, soit que - placés à contre-pente- elle n'ait pu même les atteindre


Le bouclier WALTER nous donne la solution du problème. Combien avez-vous fait de brèches dans la Somme ? Je vous ai dit cinquante, mon Général, pour rester au -dessous de la vérité. 
Cinquante brèches! Et il y a eu un tué et quatre blessés. Encore l'homme tué l'a-t-il été par un coup de fusil parti de chez nous. C'est un de ces accidents impossibles.»
le

 

commémoration 14-18,combattants,tranchées

Dans le manuel du chef de section, on peut lire la description suivante:

« Petit abri blindé monté sur 2 roues,pouvant être dirigé de l'intérieur par un homme  a genou,qui peut ainsi s'approcher a l'abri d'un réseau ou une tranchée ennemie, et tirer ou observer par deux créneaux a opercules mobiles.

 
On peut y adjoindre un treuil qui permet a l'homme de recevoir des explosifs de la tranchée de départ et peut l'aider a revenir en arrière . les plaques  protégeant la tête  et la poitrine sont a l'abri de la balle K (perforante) ,le reste (roues,volets,joues,toit ) a l'abri de la balle S même retournée, et de la balle K sous une incidence inférieure a 50 mètres. »

 

Emploi 
Les boucliers sont employés :


*pour reconnaître l’état des positions ennemies ;


*
pour compléter par l’explosion de charges allongées la destruction par l’artillerie des réseaux de défenses accessoires ;

*pour apporter des charges contre des obstacles déterminés

*pour opérer la destruction des réseaux de défenses accessoires qui ont arrêté l’élan de l’infanterie.

 

En fait, ce furent des cercueils blindés. Ils ne mettaient pas l'homme emprisonné à l'intérieur à l'abri des tirs d'artillerie.


 

commémoration 14-18,combattants,tranchées

10/09/2014

Les Britanniques et la conscription.

Les Britanniques et la conscription.

ou

du volontariat à la conscription.

 

Nous avons vu que, sur le continent, existait un système de conscription.

De façon quasi générale, les pays étaient passés, parfois depuis peu de temps comme en Belgique,de la conscription par tirage  au sort au service militaire universel et obligatoire.

 

Finalement, la conscription est basée sur le principe suivant: ce sont les civils qui sont appelés à constituer la base de l'armée, les civils sont soldats pendant une parenthèse de leur vie, soit pendant leur service militaire soit lors de rappels effectués en cas de besoin.

Grâce au service militaire obligatoire, la France et l'Allemagne avaient pu mobiliser, en peu de temps, à l'été 1914, une masse énorme d'hommes: 3,6 millions en France dont 1,3 millions de combattants; 4 millions d'hommes en Allemagne dont 1,5 millions de combattants.

La différence entre les mobilisés et les combattants s'explique par le fait que ces hommes étaient utilisés à l'arrière, dans l'administration, dans la logistique, la communication...

La Grande-Bretagne ignorait, en 1914, la conscription. L'armée britannique n'était pas une armée de civils appelés sous les drapeaux mais une armée de professionnels. En 1914, la Grande-Bretagne ne dispose que d'une armée de métier de 300.000 hommes et fait appel au volontariat pour compléter ses effectifs. Patriotisme aidant, 700.000 jeunes Britanniques s'engagent d'eux-mêmes dès les premiers mois de la guerre. Les activités sociales telles que les matches de rugby ou de cricket, pratiquées à grande échelle à l'arrière du front, contribuent à maintenir la cohésion des troupes.

 

1244112621.png

 

Recrutant à l’échelle locale parmi des communautés bien constituées (au niveau du village, quartier, de l’entreprise), drainant également une population pauvre pour qui la guerre représente un échappatoire, le volontariat conduira environ 1.5 million d’hommes au front. 

 

afficheGB1.jpg

 

La conscription dut être instaurée en 1916 parce que les volontaires étaient difficiles à trouver.La guerre pour laquelle on avait trouvé, en 1914, une masse de volontaires était une guerre imaginée, irréelle alors que la réalité de la guerre est mieux appréhendée, connue et crainte. ce que l'on s'était représenté était sans commune mesure avec les conditions de vie et de mort dans les tranchées. Ce fut plus précisément le 27 janvier 1916.

La conscription fut décrétée faute de volontaires en suffisance. Le même problème se produisit au Canada, Dominion de la Grande-Bretagne, la conscription y fut introduite en 1917. Ce qui y provoqua une grave crise politique.

 

09/09/2014

Aux origines de la conscription: le tirage au sort.

Le tirage au sort.

AWANS, tirage au sort, centenaire e 14-18, combattants

Quand on examine les dates de naissance des soldats de la commune d'AWANS tués lors de la guerre de 14-18, on remarque que +/- 50% d'entre eux sont nés avant 1890. Ce qui signifie que ce sont des soldats qui ont été incorporés dans l'armée belge selon le système du tirage aux sort.

Notre pays a célébré, en 2009, le centenaire de l'introduction du service militaire obligatoire. Le service militaire obligatoire a été pris en vertu d'une loi signée le 14 décembre 1909 par le roi Léopold II, trois jours avant sa mort. Ceci pour la petite histoire: à l'époque où l'on enseignait l'histoire, à l'école primaire, en découpant celle-ci selon les règnes, on présentait cette décision comme étant le couronnement du règne de LEOPOLD II. En fait, c'était l'aboutissement d'années de revendications et d'opposition à l'enrôlement par tirage au sort.

 

Origines du tirage au sort.

Jusqu'en 1909, le service militaire était fondé sur un tirage au sort. Ce n'était en réalité que l'héritage des systèmes existant lors de l'occupation française et du Royaume des PAYS-BAS. Les Pays-Bas en avaient également hérité de l'époque française.

La conscription remplaçait les armées professionnelles ou de mercenaires de l' Ancien Régime. Elle a été a été principalement développée et créée par la Révolution française, avec la fameuse levée en masse de l'an II (22 septembre 1793 au 21 septembre 1794).

Quand en l'an VI de la République française avaient  été apposés les premiers placards annonçant l'extension à la Belgique des lois sur la conscription, ce fut la guerre des paysans, petites troupes mal organisées et vouées à la défaite. Les Belges restaient farouches et hostiles à ces enrôlements, et bon nombre furent réfractaires ou déserteurs.

Héritage du passé, le tirage au sort a été la méthode utilisée pour la conscription dans différents pays, dont la Belgique, la France et les Pays-Bas .

En France, le service militaire fut rendu obligatoire en 1872. Dès ce moment, le service militaire était obligatoire pour tous les Français âgés de 19 ans. Mais le tirage au sort subsistait néanmoins. Les effectifs étant limités à 400000 hommes, c'est par tirage au sort que l'on décidait de la durée du service actif: pour les « mauvais numéros », le service était de cinq ans, pour les « bons numéros » c'était un service d'un an. Le remplacement n'existait pas mais les dispenses et les sursis étaient nombreux. Le tirage au sortfut supprimé en 1889.

Aux PAYS-BAS, le tirage au sort survécut jusqu'en 1938 !

 

 

En BELGIQUE, comment cela fonctionnait-il ?

" Tout Belge (était) tenu de se faire inscrire pour la milice pendant le mois de décembre de l'année où il avait 19 ans accomplis", disait la loi. Le « tirage » avait lieu pour les jeunes gens inscrits vers la fin de février.

Selon la coutume, tous les jeunes hommes âgés de vingt ans devaient d’abord aller se faire inscrire sur la liste de conscription ouverte au mois d’octobre à la maison communale de leur village. On constate que les listes ne se faisaient pas en suivant un ordre alphabétique, ce qui laisse à penser que l’officier de l’ État civil prenait les immatriculations le jour où le conscrit appelé à servir l’armée venait se présenter à la maison communale).

Voici la formule de convocation:

 

CONVOCATION

 

Milice nationale

 

Tirage au sort – Avertissement

 

L’Administration Communale de

invite le sieur

à se présenter le à …………………………heures

à (commune et local où avait lieu le tirage au sort.

À ……………………. Le ……….. 18...

Par ordonnance,

Le Secrétaire communal Le Bourgmestre

 

Chaque province devait fournir un nombre précis de conscrits, en vertu d'un contingent voté annuellement par le parlement. Le tirage avait lieu chaque année en février.

 

Jusqu'à l'établissement du service militaire personnel en 1910, (l'année 1909 fut la dernière année du"tirage au sort") la cérémonie de ce mode de recru­tement, était dans les communes rurales, un événement très important.

 

Description de cette cérémonie dans le roman de Robert VIVIER « Délivrez-nous du mal »

 

« Au printemps de 1866, sous le règne du deuxième Roi Léopold, Louis ANTOINE alla tirer au sort à la Maison communale de FLEMALLE. Ils étaient quatre de MONS et cinq de CROTTEUX qui s'en revinrent bras dessus bras dessous, tenant toute la largeur de la route et chantant à tue-tête :

 

Po les hauts c'teun' bonn' djornèye,

Po les bas, c'n'est nin çoula !

 

Ils avaient mis au ruban de leur chapeau le numéro qu'ils avaient tiré. Comm c'était justement l'heure de la sortie de l'école, les enfants accoururent en les entendant de loin.

  • Voilà les conscrits !

Cela faisait une sorte de carnaval, une fête en plein jour dans le village.

Chacun avait à son chapeau un chiffre noir sur blanc, haut ou bas, bon ou mauvais. Chacun chantait de la même façon, et jusqu'au soir chacun buvait autant de petits verres dans les cafés de CROTTEUX ou de MONS. La différence ne devait se faire sentir qu'un peu plus tard, les uns restant au village et continuant à travailler, à gagner leur vie, tandis que les autres, à moins de pouvoir « se racheter », allaient disparaître d'ici pendant trois années. »

 

Au fait, quelle procédure suivait-on ?

 

Le contingent annuel était divisé en deux parties: l'une d'active, l'autre de réserve assignée à l'infanterie. Chacune de ces deux parties était répartie entre les provinces, et par la Députation permanente, entre les cantons de milice composés de une ou plusieurs communes.

La répartition était faite proportionnellement au nombre d'inscrits de la levée. Au jour fixé par le Gouverneur et annoncé par affiches, le tirage se faisait  sous la direction du Commissaire d'Arrondissement, assisté de deux membres du collège échevinal.

 

Le Commissaire d'Arrondissement, après avoir fait connaître le chiffre des ajournés de chacune des deux catégories, paraphait et comptait à haute voie autant de numéros qu'il y avait d'inscrits pour la levée. Il déposait en­suite les numéros dans l'urne.

Les numéros les plus bas en montant jusqu'à ce que le nombre requis de miliciens à incorporer soit complet, désignaient les inscrits qui feront partie de l'armée  active;  les numéros les plus élevés en descendant jus­qu'à ce que le nombre  également requis  soit complet, désignaient les ins­crits qui feront partie de la réserve.

Les premiers et les derniers nu­méros, sont attribués de droit,  respectivement aux deux catégories d'a­journés et dont le numéro avait été appelé pour la formation du contin­gent de l’armée où ils avaient tiré au sort. L’une de ces listes compre­nait les ajournés de la partie active du contingent,  l'autre,  ceux de la réserve" (Loi sur la milice)

L'appel du nom se faisait par lettre alphabétique. L'inscrit prenait un numéro dans l' « urne » ou «  tambour », le remettait au commissaire qui, après avoir crié et inscrit le numéro,  le rendait à l'intéressé.

Les " bons numéros" étaient  les numéros les plus élevés. Les "mauvais" étaient  les numéros les plus bas, donnant ordre de service; plus une troisième catégorie, "la réserve".

Le milicien qui était "dehors" recevait un congé définitif.  Celui qui avait pris un "mauvais" numéro, devait se rendre 1 mois après le tirage, au chef-lieu du canton de milice où avait  lieu la visite au Conseil de révision.

En Belgique, ce système, réminiscence de temps anciens,  contraire à la fois à l'intérêt militaire et à la justice sociale, fut, quand il fut supprimé , remplacé par le principe du service personnel pour un fils par famille. C'est en 1913 qu'apparut le service militaire universel.

Pour le milicien défavorisé par le sort, existait un moyen d'échap­per au service: il pouvait payer un remplaçant. Celui-ci devait satis­faire naturellement aux conditions requises, mais le remplacé était néanmoins responsable, c'est-à-dire,  qu'il devait être désigné pour le ser­vice si son remplaçant désertait, se faisait chasser de l'armée ou était condamné à la dégradation; (il pouvait s'affranchir de toute responsabi­lité en versant à la caisse de l'Etat, une  somme dans les dix jours qui suivaient l'avis que son remplaçant était admis).

Si aucun remplaçant ne se présentait, certains miliciens passaient une annonce dans le journal.

En 1909, lors de l'introduction du service militaire personnel, il en coûtait ainsi 1.800 francs (environ 3.000 euros actuels) pour se faire remplacer sous les drapeaux.

 

Et maintenant ?

 

Le service militaire obligatoire a été supprimé progressivement dans la plupart des pays européens, à l'exception de sept d'entre eux, alors que la Suisse doit se prononcer dimanche par référendum sur le maintien de ce système.

Souvent obligatoire depuis le début du 19e siècle dans la plupart des pays européens, la conscription laisse progressivement la place, depuis les années 1960, à l'armée de métier.

Seules en Europe, la Norvège, la Finlande, le Danemark, l'Estonie, l'Autriche, la Grèce et Chypre maintiennent la conscription.

07/09/2014

Carte postale envoyée par un soldat allemand le 22 août 1914.

Carte postale envoyée par un soldat allemand le 22 août 1914:

Quelques enseignements.

 

 

Roux verso.jpg

 

 

Ci-dessus, le recto de cette carte-postale.

Il ne s'agit pas d'une carte postale comme on en a vu d'autres pour LIEGE notamment, imprimées par l'armée allemande. Cette carte est une carte trouvée dans le commerce local de la commune de ROUX.

Il ne s'agit pas, comme on pourrait se tromper, d'une carte postale vendue par la poste belge bien que le recto soit pratiquement identique, sauf l'affranchissement qui n'est pas imprimé.

Le soldat allemand a expédié sa carte en franchise, justifiant la franchise par la mention "Feldpost".

On remarque aussi que contrairement à ce qu'on pense généralement, le texte n'est pas en écriture gothique.

Cela nous amène à parler un peu de la Feldpost.

Comme toutes les armées en campagne, l'armée allemande en 14-18, avait son service postal propre. 

Jusqu'à tout récemment avec internet,la lettre était le seul contact entre les soldats et leurs familles. De 1914 à 1918, un total de 14 millions d'hommes allemands sont séparés de leurs familles. 

Une autre fonction importante de la poste sur le terrain était le transport de colis.

Voici le verso de cette carte postale. Elle revête une certaine importance historiquement. Grâce à ce soldat allemand et sa famille qui a conservé la carte, nous avons ici une des seules photos encore existantes du " temple de la Vertu " de ROUX.

Ce temple de la Vertu était l'édifice d'un culte dissident du Culte Antoiniste. Ce Temple avait été ouvert à l'initiative du Père DOR, neveu du Père ANTOINE.

 

 

Roux recto.jpg

 

 

 t

 

06/09/2014

Les "Chalets du Roi Albert" ou le Fonds du Roi Albert.

Les «  Chalets Roi Albert »

 

appelés aussi :

 

«  Maisons du Roi Albert »

 

S48.jpg

Il existe encore quelques anciennes maisons en bois appelées selon les régions «  Chalets du Roi Albert » ou «  Maisons du Roi Albert ». Elles deviennent de plus en plus rares et ont été, la plupart du temps, reconverties en abris de jardin, remises...Il subsiste encore, après presque cent ans, quelques « chalets » ou « maisons du Roi Albert », toujours à usage de maison d'habitations. Ce qui n'est pas très en notre honneur.

Ce sont des témoignages de l’époque d’après guerre 1914-1918 où il était urgent de reconstruire le noyaux des villes dévastées. Il fallait choisir un type de pavillons peu onéreux et pouvant être fabriqués en série.

En fait, elles ont été construites sous l'égide du «  Fonds du Roi Albert ». Ce fonds fut créé par arrêté-loi du 23 septembre 1916 pris par le gouvernement belge en exil au Havre ( à Sainte-Adresse plus précisément ). Ce Fonds avait pour mission de procurer aux sinistrés belges des habitations temporaires sous forme de baraquement en bois. Pour mémoire, il y eut 13 000 unités de ce type. Le Fonds fut dissous en 1923.

Des principes généraux d’architecture, certes rudimentaires, furent appliqués à l’ensemble des constructions. Celles-ci bien que de modèles parfois très différents, avaient des éléments communs.

 

Jumet rue de la Rivolution.jpg

 

Dans un livre consacré au Fonds du Roi Albert, ( « Une grande oeuvre de guerre belge: Le Fonds du Roi Albert. Camille Joset. Bruxelles. 1925 ») on expose les principes généraux d’architecture des « chalets Albert ». On peut se résumer ainsi:

 

1.Habitabilité et salubrité de la construction :

Il fallait les mettre à l’abri des intempéries et des variations de la température extérieure. Il fallait donc construire des pavillons à paroi double avec matelas d’air isolant de 7 centimètres. Elles devaient être édifiées sur des fondations résistantes avec le plancher à une certaine hauteur au- dessus du sol, des piliers intermédiaires supportant le gitage du plancher. Bien sûr ils devaient être pourvus d'un plafond et d’une toiture étanches.

 

2.Solidité de l’abri :

Ces pavillons ne devaient avoir qu’un caractère provisoire. Cependant on pouvait prévoir que la durée de la reconstruction définitive de la Belgique demanderait quand même plusieurs années.

D’autre part, pour augmenter leur rendement, il était bon d’envisager leur utilisation ultérieure. La charpente de la toiture fut d’ailleurs étudiée de façon qu’elle pût dans la suite supporter une couverture en tuiles, ce qui, en 1919, faisait totalement défaut. Ils furent, au départ, couverts, avec du carton bitumé et du feutre asphalté.

 

3.Facilité du transport: Vu l'état des routes et le s moyens logistiques de l'époque. Les panneaux devaient donc être légers et leur montage facile. De même que le démontage et le remontage éventuel ailleurs.

Dès sa création, ce Fonds veille à pallier aux dommages de guerre en offrant notamment un abri de secours aux démunis belges, même dans les pays limitrophes ( Pays-bas notamment ). A ce moment, les maisons ou pavillons unifamiliaux étaient provisoires et démontables, en bois et en matériaux préfabriqués. En janvier 1919, le Fonds Roi Albert disposait d’environ 1600 baraquements édifiés aux Pays-Bas. Tant que la guerre n'était pas finie, il était inconcevable qu'il puisse agir en territoire occupé.

Des fonds sont récoltés en Hollande, en Angleterre et même en Belgique. Des fêtes de charité sont organisées en son nom et à son profit. Après la guerre, on rapatrie les baraquements qui avaient été érigés en Hollande et en France à l’intention des réfugiés belges, on négocie avec des firmes norvégiennes, suédoises et américaines l’achat de bois, vitres, clous, etc. Le recensement des zones à reconstruire couvre toute la Belgique. En Belgique, 78.000 maisons avaient été détruites et il fallait les reconstruire.

Le fonds obtint du Ministère de l’Intérieur un budget de 100 millions en 1919 et de 50 en 1920.

En octobre 1920, les rapports officiels signalaient 9500 chalets utilisés comme habitations, 145 comme écoles, 55 comme églises, 54 maisons communales, 4 groupes de constructions pour hôpital, 21 postes de gendarmerie et 479 édifices plus grands à usages divers. Ces édifices devaient donc servir aussi au rétablissement des administrations, du culte, des écoles et de divers services publics. Des baraques militaires furent rachetées aux Anglais et servirent d’écoles ou de bâtiments administratifs

En 1919, 35 firmes ont fabriqué 2.965 maisons de 6m x 6 m., 14 firmes ont fabriqué 500 maisons de 9m. x 6 m. et 4 firmes ont fabriqué 220 maisons de types spéciaux.

Au total, le Fonds du Roi Albert a construit 13.000 pavillons. (d’après un courrier du secrétariat du FRA daté du 18 novembre 1924.)

On signale même l'existence de véritable cités à certains endroits comme par exemple la cité Froideveau à Dinant. La commune de Herstal signalait encore, en 1998, de garder une trentaine de ces maisons, rue Basse-Préalle, rue du Bon Air... A Charleroi, on possède encore un important patrimoine du Fonds Roi Albert, dont la chapelle  en bois du Try d’Haies à Loverval. 

 

baranzi_lecerf_002.jpg

 

05/09/2014

Parc d'AVROY à Liege en août 1914.

LIEGE au mois d'août 1914:

Les Allemands ont installé leurs canons au Parc d'Avroy.

Canon allemand dans le Parc d'Avroy.jpg

04/09/2014

Les villages dits "MORTS POUR LA FRANCE"

EN FRANCE : LES VILLAGES PERDUS.

 

Dits « MORTS POUR LA FRANCE »

 

Nous avons vu, pour la BELGIQUE, les villes et villages martyrs. Nous avons vu que certains villages avaient été presque complètement détruits. Ainsi, à FRASNES-lez-COUVIN, il ne restait, après les méfaits de l'armée allemande, que deux maison debout.

Chez nous, tous les villages ont été reconstruits. Il n'en va pas de même en FRANCE où on a de nombreux villages abandonnés à la suite de la guerre 14-18. On ne prendra en compte que les villages dits « perdus ».

La guerre de 14-18 a laissé dans les départements français du nord et de l'est de lourdes séquelles. Ainsi, un certain nombre de villages furent totalement détruits par les combats. Ces villages l'ont été pour diverses raisons: par souci de mémoire; en raison de la présence trop importante de munitions non explosées ; à cause du bouleversement des sols et de la pollution. En France, la destruction était quasi totale sur 7 % du territoire métropolitain. Les zones officiellement reconnues concernées par les dégâts de guerre couvraient 11 départements et plusieurs centaines de milliers d'hectares.

Les communes non reconstruites sont qualifiées de communes «  mortes pour la FRANCE ». En plus de ces villages désertifiés, il faut ajouter d'autres villages qui ont été reconstruits mais à un autre emplacement que l'emplacement originel.

En 1919, le « ministère des régions libérées », en liaison avec le ministère des armées, a produit une cartographie en trois niveaux de séquelles, représentés par trois couleurs.

 

250px-Red_Zone_Map-fr.svg.png

 

Zones vertes: zones de dégâts moyens. Ce sont les zones de passage ou de stationnement des armées, avec d’éventuels restes de dépôts de munitions, de matériels, casemates ou déchets divers.

Zones jaunes: zones brièvement ou ponctuellement touchées par les combats. Généralement situées derrière les lignes de front ou éloignées, où les infrastructures routières étaient, à peu près fonctionnelles après l’armistice.

Zones rouges: zones correspondant aux lignes de front des armées. Ce sont des zones où sont concentrées les dommages majeurs. Les sols y sont bouleversés, et les infrastructures routières, ferroviaires, industrielles, ainsi que ponts, ports et canaux y sont généralement totalement détruits. La zone rouge  correspond à environ 120 000 hectares des anciens champs de bataille. A cause des dégâts physiques majeurs sur l'environnement et en raison de la présence de milliers de cadavres et de millions de munitions non explosées, certaines activités ont été provisoirement ou définitivement interdites par la loi.

 Pour traiter la zone rouge, il a fallu:

  • purger le sols des milliers de cadavres et de restes humains. Ceux-ci, quand leur état le permettait, furent transportés dans les cimetières, nécropoles ou ossuaires;

  • traiter les cadavres d’animaux qui contaminaient les eaux de nappes souterraines et de surface;

  • utiliser des procédés nouveaux pour l'époque, telle la chloration de l’eau par chlore gazeux, appelée opportunément « verdunisation ».

  • mettre en oeuvre les premières techniques de dépollution et restauration de sols à grande échelle;

  • pratiquer le déminage et le désobusage.

Avec le temps, la surface de la zone rouge a été réduite, mais elle n'a pas disparu.

Revenons à nos villages « perdus ». ce serait fastidieux de les énumérer tous. On va se concentrer sur les trois départements les plus touchés.

Département de l'AISNES:

 

AILLES: en dehors d'une cave perdue dans une pâture et d'un monument commémoratif, il ne reste plus rien de ce village de 138 habitants en 1909.

 

BEAULNES et CHIVY: il n'existe actuellement qu'une ferme reconstruite et une chapelle commémorative. La commune comptait 164 habitants en 1909. 

 

COURTECON: de ce village de 95 habitants en 1905, il ne reste aujourd'hui qu'une chapelle commémorative.

 

VAUCLERC-et-la-VALLEE-FOULON : de ce village de 62 habitants en 1909, il ne subsiste aujourd'hui que les ruines de l'abbaye, qui se visitent.

 

Département de la MEUSE:

 

BEAUMONT-en-VERDUNOIS: en 1911,186 habitants, inhabité après l'armistice.

 

BEZONVAUX: en 1911 149 habitants, inhabité depuis l'armistice.

 

CUMIERES-le-MORT-HOMME: en 1911 205 habitants, en 1921 3, 0 maintenant.

 

Département de la MARNE:

 

villages_detruits_touring05.jpg

 

 

HURLUS: Le village comptait 88 habitants en 1911.

 

hurlus_eglise_ Pastel de Charles Pichon.jpg

Chapelle  de HURLUS, pastel de Charles PICHON

LE MESNIL lez HURLUS

 

PERTHES lez HURLUS: Le village comptait 156 habitants en 1914. Le passage de l'armée allemande a contraint les habitants à fuir leurs maisons dès le début septembre 1914. Le village fut anéanti, et ne s'est plus jamais relevé.

 

En 1964, 50 ans après la destruction, l'ancien curé de ce village a écrit une lettre à ses anciens paroissiens, paroissiens qui s'étaient réinstallés aileeurs. Voici un extrait de cette lettre:

 

« Après la guerre de 1914-1918, devant l'impossibilité de réintégrer votre village, vous, et vos parents, vous vous êtes installés là où vous avez cru pouvoir continuer votre vie.
Presque tous ceux qui, aujourd'hui, ont dépassé la cinquantaine, se sont mariés et établis au gré des circonstances.
Des enfants vous sont nés, qui se sont mariés à leur tour.
Pour eux, Perthes n'est pas même un souvenir, puisqu'ils ne l'ont pas connu.
Mais pour nous, il reste la terre de Chanaan, que nous avons quittée devant l'avance d'une armée qui s'avérait, pour lors, particulièrement cruelle, sans espoir de l'habiter à nouveau. »

 

RIPONT: Le village de comptait 84 habitants en 1911.

 

ripont.jpg

TAHURE: Le village s'étendait sur 2 200 hectares de terres labourables et 112 hectares de bois. Il comptait 185 habitants au recensement de 1911.

Le souvenir de Tahure est conservé dans le poème "Le poète" de Guillaume Apollinaire :
(.../...)
Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit
Dans les éboulements et la boue et le froid
Parmi la chair qui souffre et dans la pourriture
Anxieux nous gardons la route de Tahure

 

Tahure+.jpg

 

 

Plusieurs voies de villes françaises portent le nom de Tahure: à SOMMEPY-TAHURE, à REIMS, au HAVRE et même à MARSEILLE. Les communes françaises ont souvent voulu commémorer le nom de ces villages « perdus »

 

MORONVILLIERS: 86 habitants en 1911. La commune a été supprimée en 1950. Symboliquement, son nom a été joint à celui de la commune voisine pour former « PONTFAVERGER-MORONVILLIERS »

 

NAUROY: L'ancienne commune de BEINE a ajouté à son nom, le nom du village détruit voisin de NAUROY pour devenir BEINE-NAUROY. La fusion a eu lieu en 1950.

 

Remarque: On découvre ici une particularité surprenante pour les belges : à savoir l'existence officielle de commune sans habitants !