19/01/2015

Martial LEKEUX, moine soldat de 14-18, un acteur et témoin bien oublié.

Martial LEKEUX.

 

Moine soldat, soldat écrivain, moine écrivain.

Né à Arlon le 19 juin 1884.

Décédé à Liège le 16 octobre 1962.

Bien rares sont encore aujourd'hui ceux qui savent qui il était et quel a été son rôle dans la Guerre 14/18.

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Il a tenté de raconter son l’expérience , dans un style tantôt très réaliste, tantôt plus poétique, en tout cas toujours puissant. 
Ce témoignage, méconnu, a une valeur littéraire mais aussi historique.

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Rien ne prédestinait à la vie monacale Edouard-Martial LEKEUX, né à ARLON le 19 juin 1884. Après de brillantes études à l’Athénée Royal, il effectua à BRUXELLES une année de préparation à l’examen d’entrée à l’Ecole Royale Militaire. Ses études militaires terminées, il fut affecté à LIEGE, comme officier d'artillerie.

 

En 1911, le 15 novembre, il quitta l'armée pour l'ordre franciscain sous le nom de « Frère Martial ».

 

Il étudiait la théologie à TURNHOUT, lorsque la guerre éclata. Il reprit le service actif. Le 5 août 1914, il est envoyé en mission à la Citadelle de LIEGE pour évaluer les moyens de défense.

 

Voici comment LEKEUX, aspirant moine, a été amené à faire la guerre de 14-18 comme combattant et non comme les autres ecclésiastiques. Ces derniers étaient des « dispensés du service en temps de paix ». Ils furent mobilisés comme ambulanciers. Sans aucune formation militaire, ils se retrouvèrent subitement sous les armes.

 

Il vécut la reddition de la Citadelle de LIEGE. Déclassée depuis 1891, celle-ci n'a joué aucun rôle dans la défense de LIEGE. C'était une caserne pour réservistes. Elle ne possédait que six canons inutilisables. Le 12e de Ligne l'avait quittée la nuit du 1er au 2 août 1914 pour aller défendre les ponts de VISE et d'ARGENTEAU.

 

Le 6 août, au soir, le Colonel ECKSTEIN qui montrait, des signes d'aliénation mentale, fit arborer le drapeau blanc. Il tenta de se suicider et fut interné le soir même. Martial LEKEUX raconte une scène surréaliste relative à ce Colonel. Celui-ci lui ayant indiqué où se trouvent les canons, il note:  «Quels canons, bon Dieu ! (...) Alignés comme dans un musée, ils sont là, six, immobiles, léthargiques, rouillés, qui roupillent depuis vingt ans à la même place, sur leurs énormes affûts. Ils sont tellement pétrifiés que les roues sont devenues ovales.

La Citadelle fut bombardée le 7 août à 5 h 30. Vers 7 h, une troupe allemande, se présenta à l'entrée de la Citadelle et s'en empara sans combat. Sa centaine d'occupants furent faits prisonniers.

 

LEKEUX avait quitté LIEGE le 6 à l'aube pour participer aux combats de BONCELLES et de HERSTAL. Après la retraite de Liège, il conduira ses hommes à Anvers où sa batterie sera une des dernières à tenir. De là, il rejoignit l'Yser via les PAYS-BAS et KNOKKE.

 

Il fut placé comme observateur d’artillerie de décembre 1914 à mai 1916 à OUD-STUIVEKENSKERKE. Là se trouvait une église détruite en 1870. Seul le clocher subsistait. Vu sa position stratégique, on l'utilisa comme avant-poste, fortifié. Il se révéla un très bon observateur des lignes ennemies.Il y reçut, en 1915, la visite du Ministre Emile VANDERVELDE. Ce dernier révéla l’existence de ce « moine-soldat » lors d’une interview diffusée par la presse. VANDERVELDE dit: « Il est sorti de son couvent. J'ai quitté ma Maison du Peuple. Nous nous défendons coude à coude contre l'agression brutale et injuste ». Rencontre de deux hommes, différents, mais, avant guerre, pacifistes.

 

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Dans son journal, il décrit la vie, curieuse, qui se déroule à proximité de son poste d'observation. Grâce à lui, nous connaissons la vie des « Spéciaux » qui s’installèrent dans le hameau  en janvier 1915 pour effectuer des  reconnaissances vers les lignes allemandes. La « compagnie spéciale pour missions dangereuses » créée à la fin du siège d’Anvers. C’étaient des aventuriers à la recherche d’un coup à faire. L’ennemi tenta de les déloger par des bombardements et par  l’envoi de patrouilles nocturnes.

 

Dans son livre «Mes cloîtres dans la tempête», publié en 1922, il relate tous ses souvenirs de guerre. LEKEUX reconnaît que la guerre est d’abord souffrance. Il le dit avec son vocabulaire de franciscain exalté par la mission divine dont il se croit investi:

« Souffrir, souffrir… C’est donc cela, la guerre ! Il semble vraiment que notre mission soit de sauver le monde par la seule force de la souffrance. Combattre, ce n’est plus se battre, c’est porter le cilice ; c’est raidir son âme contre son corps, se forcer à vouloir, dans la fatigue, le dénuement, la détresse de la chair. ».

 

Il y décrit des images de boucherie comme BARBUSSE. Mais ce n'est pas par pacifisme. C'est un mystique qui se met en scène en soldat du Christ. En troquant son froc contre l’uniforme, il pense avoir obéi à un ordre divin.Son livre, bien oublié aujourd'hui, connut l'une des plus forts tirages de la littérature de guerre (150 éditions). Il fut traduit en plusieurs langues.

 « Des hurlements s’élèvent : la tranchée est atteinte. J’y vais voir. Un homme sans main, assis, les pieds dans l’eau, devant un abri, regarde fixement dans le vide d’un regard désespéré, le front plissé comme une reinette, et tandis que le sang s’égoutte du moignon de son bras, ses lèvres ne cessent de remuer, comme s’il marmonnait un chapelet. Un autre est couché, le ventre troué, la figure blême tirée comme celle d’un mort, sans s’arrêter de pousser des « hein… » lamentables, avec une voix d’enfant malade... Que c’est donc stupide, la guerre !

( Mes cloîtres dans la tempête )

 

 

 

 

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La guerre finie, il rejoignit son couvent, rhumatisé, grippé en permanence et rongé par une gastrite. Il fut ordonné prêtre le 8 septembre 1920. Pendant des années, il mena une activité fébrile au service des régions dévastées qu’il fallait reconstruire. Il enchaîne conférences de ville en ville et animations dans les paroisses et établissements religieux.

 

En 1927 sort le livre « Le patelin de Notre-Dame » qui connut aussi un grand succès. Les bénéfices étaient destinés à  l’érection d’un calvaire devant DIXMUDE.

 

En 1931, ce sera « Passeurs d'hommes, le drame de la frontière 1914-1915 ». Un film en fut tiré en 1937. On y décrit en Belgique envahie, les efforts des Allemands qui cherchent en vain à démanteler l'organisation des passeurs d'hommes qui aident des volontaires à franchir la frontière vers les PAYS-BAS.

 

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En mai 1940, il se trouvait à ALEXANDRIE. Il décida de rejoindre LONDRES pour se mettre à la disposition du gouvernement belge. Il y fut promu major. En avril 45, on l'autorisa à rentrer. Il resta un an au Ministère de la Défense pour aider à la planification de la réorganisation de l’armée.

 

Martial LEKEUX  passera la fin de sa vie à la maison franciscaine de LIEGE. Pendant toute sa vie, il eut aussi une abondante production littéraire religieuse. Il termina celle-ci en s’attachant à faire connaître la vie d’un  jeune prêtre de sa génération, Edouard POPPE qui mourut à l’âge de 34 ans en ayant montré un zèle chrétien et une  piété exceptionnelle. Cette biographie fut son dernier livre.

 

Il mourut le 18 octobre 1962. Le cortège funèbre n’était formé que de ses confrères moines franciscains et de quelques pauvres et vieux de la paroisse.

 

16/01/2015

La mythologie de la baïonnette: les Monuments aux Morts"

La mythologie de la baïonnette

exprimée sur les

Monuments aux Morts.

La charge à la baïonnette, telle qu'elle est parfois racontée n'est qu'une légende. Le véritable corps à corps que cela impliquerait est extrêmement rare. 

Mais il y a, dans le public, une véritable fascination pour l'arme blanche. Il faut ajouter aussi que, en FRANCE, en tout cas, lors de leurs permissions, les combattants, bien souvent, exploitaient cette fascination et entretenaient cette légende.

On a manifestement toujours à l'esprit la lutte chevaleresque du moyen-âge. Hélas, la guerre de 14-18 fut tout sauf cela. 

Pour les combattants, lors des repos ou après la guerre, c'était plus valorisant que d'expliquer ce qu'ils avaient vraiment vécu. C'était peut-être aussi une façon d'épargner à leurs proches le récit des affres subies. Et aussi une façon d'exorciser ce qu'ils avaient parfois dû commettre.

Un officier français explique d'ailleurs:

" Le véritable corps à corps est extrêmement rare; celui des deux adversaires qui a le moins confiance se rend ou lâche pied quelques secondes avant le choc."

Quoi qu'il en soit, ce mythe s'est bien implanté à tel point que, très souvent, sur les monuments aux Morts, est représenté un combattant portant un fusil la plupart du temps muni de sa baïonnette.

En voici quelques exemples, en FRANCE et en BELGIQUE.

Au cimetière d'IXELLES

 

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A MALINCOURT ( France)

 

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LIGNIERES ( FRANCE )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A WANDRE

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VERVIERS

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QUIMPER

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15/01/2015

La baïonnette, arme emblématique de 14-18? La vérité.

La baïonnette est-elle vraiment l'arme emblématique de la guerre de 14-18 ?

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La baïonnette au bout d’un fusil, telle est souvent la représentation du combattant de 14-18. Qui plus est, cette image est presque toujours associée à l’idée d’assaut : on sort des tranchées et on part à l'assaut de la tranchée adverse « baïonnette au canon » !

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Tout d'abord, les tranchées étaient des boyaux larges au maximum de 1,60 m alors que les fusils, munis de leur baïonnette, faisaient 1,80 m de long. Voilà un équipement bien encombrant et bien inadapté. De plus, cela présentait des risques sérieux pour les compagnons de tranchées.

 

Est même née la fameuse mythologie de la « Tranchée des baïonnettes » à VERDUN. Certains pensent que des soldats ont été enterrés vivants dans une tranchée située non loin de la côte de THIAUMONT. D'autres, en revanche, n’y voit qu’une légende.

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En fait, il semble que ces derniers aient bien raison. Deux ans après la guerre, des étrangers en visite sur le champ de bataille remarquèrent une ligne de fusils dressés, certains portant encore avec leur baïonnette. De là est née la mythologie d'un groupe de soldats enterrés vivants avec leurs fusils, les baïonnettes dépassant le niveau du sol. En fait, il n'y avait là rien d'étonnant car c’était l’habitude des Français et des Allemands de jalonner ainsi les tranchées devenues inutiles, tranchées transformées en fosses communes pour les cadavres sans sépulture et comblées.

 

L'idée de soldats enterrés debout à leur poste par les explosions d'obus est d'ailleurs irréelle. Les obus ne peuvent fermer des tranchées. Au contraire, ils disloquent les tranchées et et éparpillent les corps des occupants. Cela frappa tellement les imaginations que la légende pris corps...et qu'un monument fut même érigé. De croyance, c'était devenu légende puis, hélas, imposture.

 

Il en est de même du combat à la baïonnette.  En 1914, les pertes par armes blanches ( baïonnettes,lances et sabres de cavalerie ) représentent seulement 0.9% des pertes humaines. En 1917, elles ne représentent plus rien. 

 

Quelles sont alors les armes utilisées et qui provoquèrent les pertes humaines ? La balle du fusil ordinaire, mais aussi les rafales de mitrailleuses et surtout, les tirs de grenade. Pour le combat entre combattants blottis dans des tranchées très proches les unes des autres, l'arme « idéale » est la grenade. C'est la façon la plus adéquate d'attaquer des adversaires proches mais invisibles.

 

Toutes les guerres ont nécessité une grande diversité d’armes. Ce qui caractérise la Guerre de 14-18, c'est l'accélération dans la recherche d'armes nouvelles et la course à leur perfectionnement. Chaque état belligérant a cherché à  produire des armes de plus en plus performantes et de plus en plus dévastatrices.

 

C'est symptomatique pour les grenades. Les premières grenades utilisées durant ce conflit furent de simples boîtes de conserves remplies de poudre et équipées d’une mèche.

 

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Des grenades ( au sens propre), plus élaborées, voient ensuite le jour: notamment les « Mills Bomb », provenant de GRANDE-BRETAGNE. La grenade « Mills » fut la première vraie grenade.

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Durant la guerre de 14-18, les grenades étaient lancées à  la main. Les lance-grenades n'apparurent qu’à l’entre-deux guerre.

 

Mais l'arme la plus meurtrière, en 14-18, fut incontestablement l'obus. Non seulement l'obus tue, mais il mutile gravement. C'est aux obus que l'on doit le nombre de « Gueules cassées ». Les blessures par obus sont plus horribles que les blessures par balles de fusil et même que les blessures causées par les grenades.

 

Voici quelques chiffres tirés de la Bataille de VERDUN. Et encore, ils sont bien incomplets quand on songe au nombre de soldats disparus. En 1916, elle causa la perte de 163000 français et 143 000 allemands, tués ou disparus. 216 000 français et 196 000 allemands seront blessés.

 

Voici cette sinistre statistique relatives à l'origine des blessures:

 

Eclats d'obus : 86% des blessures.

 

Balles de fusils ou de mitrailleuses: 6% des blessures.

 

Eclats de grenade: 4% des blessures.

 

Armes blanches: 1% des blessures.

 

Accidents: 3% des blessures.

 

Autres (gaz...): 1% des blessures.

 

Les tranchées virent aussi l'apparition d'armes telles que le lance-flammes et les gaz.

 

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08/01/2015

Guerre de 14-18: Un appel à l'unité nationale, réponse à la Flamenpolitik...

AFFICHE DE LA GUERRE DE 14-18.

Un appel, en néerlandais, à l'unité nationale.

 

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Ci-dessous, une affiche émanant d'une association dénommée en néerlandais "Maatschappijenvereeniging voor de Nationale verdediging" ( " Association des sociétés pour la Défense nationale" ).

Il s'agissait sans doute de faire pièce aux menées des groupements activistes flamands qui voulaient utiliser la guerre et la situation dans les tranchées pour prôner, déjà, une séparation du pays.

En clair, c'était une réponse à la "Flamenpolitik" conduite par l'occupant allemand. 

La "Flamenpolitik" fut lancée en 1916, ce qui permet de dater l'affiche. Au début de l'occupation consistait, l'autorité allemande traduisait les lois allemandes dans les deux langues de la BELGIQUE. Dès 1916, ils partirent de l'idée que la BELGIQUE telle qu'elle existait, même occupée, constituait un obstacle. L'Allemagne devait être entourée d'États inoffensifs et gagnés à l'influence allemande. Il fallait donc, dans leur esprit, diviser le pays en deux éléments, l'un flamand et l'autre wallon. Les autorités allemandes soutinrent le "Conseil de Flandre", qui proclama en 1917 l'autonomie de la Flandre.  Le gouverneur von BISSING constitua une commission pour préparer la division du pays. Par un décret le 21 mars 1917, il créa  deux régions administratives: La Flandre ( comprenant BRUXELLES et la Wallonie ). Pour bien marquer la différence des deux régions dans leurs rapports avec l'Allemagne, la partie wallonne, à l'inverse de la Flandre, ne disposa pas de Conseil. 

Les Allemands ont exploité les problèmes linguistiques existant avant 1914, en particulier la discrimination du néerlandais à l'époque.

ce qui est significatif, c'est la lettre envoyée par von BISSING au Kaizer en 1917, dont voici un extrait:

«Conformément aux indications de Votre Majesté, j'applique toute mon énergie à développer le plus rapidement possible la politique flamande [Flamenpolitik] ordonnée par Votre Majesté. Après m’être entendu sur les mesures à prendre, le 17 du mois passé, avec le représentant du chancelier, le secrétaire d’état à l’Intérieur, j'ai institué une commission qui doit préparer la division de l'ancien royaume de Belgique en partie flamande et partie wallonne. Comme premier pas, j'ai, d'après l'avis de cette commission, divisé, par ordonnance du 21 écoulé, le territoire du gouvernement général en deux régions administratives, une flamande et une wallonne. En prenant pour base la limite linguistique, ces deux territoires sont bornés par les frontières des provinces et il n'y a que le Brabant qui sera divisé en deux.
À mesure que l'avancement des travaux le permettra, les ministères wallons seront transférés à Namur, tandis que les [ministères] flamands resteront à Bruxelles. Suivant nos prévisions, on commencera par le déplacement du ministère wallon de l’Industrie et du Travail à Namur. Dès maintenant, on prend des mesures pour trouver des locaux à Namur. La séparation des ministères sera suivie d’autres mesures de séparation. Il convient de signaler particulièrement l’organisation judiciaire.
Aux mesures de séparation des autorités belges se joindra la nomination de deux chefs d'administration allemands, pour la Flandre et la Wallonie, et cette désignation va même se faire, dès maintenant. Les espérances fondées sur la création d'une Flandre délivrée de l'influence des Wallons seront, espérons-le, réalisées et serviront alors certainement les intérêts allemands."

Cette affiche est donc une réponse. Avec, une lourde gaffe commise. Elle s'adresse principalement aux soldats flamands et la résistance de la BELGIQUE est symbolisée par un coq ! Lourde erreur psychologique ! 

Ils utilisaient l'aversion des meneurs flamingants contre la langue française, rivale du flamand.  La suppression de l'usage du français en Flandre, réalisée par le gouvernement général allemand, leur a donné  satisfaction.  C'est ce qu’ils réclamaient depuis des dizaines d’années.

Cette affiche est réalisée par James THIRIAR.

James THIRIAR, né à Bruxelles en 1889 où il est décédé en 1965, est un dessinateur, illustrateur, peintre et costumier belge bruxellois, connu principalement pour ses dessins d'uniformes militaires.


Blessé au début de la Première Guerre mondiale alors qu'il combattait au sein de la Garde civique, James THIRIAR rejoint l'armée belge à LONDRES où il réalise de nombreux dessins de la vie quotidienne des soldats au front, publiés notamment par « The Illustrated London News ».


D'abord attaché au service topographique de l'armée pour la réalisation de cartes détaillées et de dessins de la ligne de front, il est transféré à la section artistique de l'armée belge en campagne en 1916 et organise plusieurs expositions à LA PANNE et à LONDRES en 1917.


Il produit des illustrations pour un magazine belge francophone du soldat appelé « L'Yser »: journal hebdomadaire du front belge, sous le pseudonyme de « UILENSPIEGEL ».


Il réalise aussi des dessins sous le titre "La guerre sur l'Yser" dessinée par les combattants pour le magazine bimensuel français "La Guerre des Nations".

 


En 1917, il illustre le livre de Jacques PIRENNE intitulé Les Vainqueurs de l'Yser.
Après la guerre, il publie en 1920 son propre livre de mémoires et d'illustrations, "Gloire et Misère au Front de Flandres 1914-1918", et illustre d'autres livres tels que "Raconte la Guerre" de Robert VIVIER.

 

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Von BISSING devint gouverneur militaire de BELGIQUE après avoir repoussé l'armée belge derrière l'Yser. Il est mort le 18 avril 1917 à BRUXELLES. Il est enterré à BERLIN. Il a appliqué chez nous les théories du pangermanisme. Le pangermanisme considèrait la BELGIQUE comme une création artificielle de la diplomatie qui aurait ravi à l’Allemagne plusieurs millions de "germains" pour les obliger à vivre avec les Wallons, de race différente.

 

 

04/01/2015

Le souvenir des Terre-Neuviens: le mémorial, le myosotis.

 

Le sacrifice des Terre-Neuviens à la bataille de la Somme.

 

commémoration 14-18, combattants

 

TERRE-NEUVE était, à l’époque de la guerre, un Dominion britannique au même titre que le CANADA qu’il ne rejoindra qu’en 1949.

 

A ce titre, comme tous les autres pays de l’Empire, ce territoire a levé une armée de volontaires. Cette île, d’une superficie de 115.220 kilomètres carrés soit 4 fois la BELGIQUE, située au Nord-Est du fleuve Saint-Laurent, vit partir au combat, vers les Dardanelles et ensuite, en mars 1916, en France , plus de 6.000 de ses hommes. 1.305 ne rentrèrent jamais au pays.

 

Ils se sont illustrés lors de la bataille de la Somme. La bataille de la Somme désigne une confrontation opposant, du 1°juillet au 18 novembre 1916, les Britanniques et les Français aux forces allemandes. C'est la première offensive conjointe franco-britannique. Elle fut une des batailles les plus sanglantes de la guerre de 14-18. Elle fit environ 1 060 000 victimes, dont environ 442 000 morts ou disparus.

 

Leurs tranchées se situaient dans la commune de BEAUMONT-HAMEL. Le régiment terre-neuvien faisait partie de la 29° Division.

 

L’artillerie avait pilonné les lignes allemandes pendant cinq jours avant l’attaque, dans l’intention de détruire les fils de fer barbelés de la zone neutre et de tuer ou démoraliser les soldats allemands. Mais ces derniers étaient retranchés bien profondément sous terre et les bombes n’affectèrent guère les barbelés.

 

La première vague, lancée à 7 h 30, fut très rapidement stoppée par les réseaux de barbelés resté intacts, par les mitrailleuses et les obus allemands. A 8 h 45, le 1° juillet 1916, les Terre-Neuviens ainsi que l’Essex Regiment s’élancèrent à leur tour. Les hommes du régiment terre-Neuvien, à peine sortis de leurs tranchées, se trouvèrent pris sous le feu de mitrailleuses allemandes. L’attaque ne dura pas 30 minutes. Les pertes furent effroyables parmi les Terre-Neuviens. Sur les 802 hommes du bataillon, seulement 68 ressortirent indemnes. Les autres furent tués (un tiers de l’effectif) ou gravement blessés. Une demi-heure plus tard, ils n’étaient plus que 68 valides. Tous les officiers avaient été tués ou blessés. Proportionnellement aux effectifs engagés, cette action fut l’une des plus meurtrières de l’offensive de la Somme.

Le 1° juillet 1916, premier jour de la bataille,fut, pour l'armée britannique, une véritable catastrophe, avec 58 000 soldats mis hors de combat dont 19 240 morts. Le régiment Terre-Neuvien donna, proportionnellement aux forces engagées le plus fort taux de victimes.

 

Ce qui explique que cette bataille occupe une place importante dans la mémoire collective des Britanniques, des Canadiens, des Australiens et des Néo-Zélandais. Le 1er juillet est une journée de commémoration dans le département de la Somme.

 

À BEAUMONT-HAMEL, a été érigé le mémorial Terre-Neuvien. Le site couvre 16hectares. Ce lieu historique est situé dans le nord de la FRANCE, à neuf kilomètres au nord de la ville d'ALBERT.

 

Ce lieu de mémoire est consacré pour bonne part aux Terre-Neuviens. Le terrain fut acheté au sortir de la Première Guerre mondiale, grâce à des fonds recueillis en grande partie par les Terre-Neuviens. Réaménagé en 1960, il est propriété du Newfoundland ( Territoire de Terre-Neuve » ) et de la Province canadienne du Labrador dont dépend Terre-Neuve. Celui-ci donne une vision réaliste des combats grâce à un champ de bataille bien conservé. Le site s’étend sur 30 hectares. Il fut inauguré en 1925. La table d’orientation permet de situer correctement la position des armées en présence. 

commémoration 14-18, combattants

Le site est géré par l’Etat canadien. Ce parc est ouvert tous les jours et la visite est gratuite. Horaires d'ouverture hebdomadaires:Ouvert tous les jours du 15 janvier au 15 décembre de 9h à 17h (du 1er mai au 30 octobre, de 10h à 17h).

 

Beaumont-Hamel a été désigné lieu historique national du Canada en 1997 parce que :

  • les exploits, la contribution et les sacrifices de Terre-Neuve pendant la Première Guerre mondiale revêtent en soi une importance nationale considérable;

  • la perte de Terre-Neuviens au cours de cette guerre a eu de profondes répercussions sur la colonie;

  • l'endroit témoigne éloquemment du courage et de l'esprit de sacrifice dont ont fait preuve les membres du Royal Newfoundland Regiment pendant la bataille de la Somme, le 1er juillet 1916, et immortalise les soldats terre-neuviens morts au combat qui n'ont pas de sépulture connue.

 


A l’entrée du mémorial se trouve le monument à la 29ème division. Un chemin conduit à la table d’orientation, au sommet de 
la butte du Caribou, appelée ainsi car elle est surplombée d’une statue de caribou en bronze de deux mètres de haut. Le caribou est l'insigne du Royal Newfoundland Regiment( Régiment Royal Terre-Neuvien » ). L'effigie du caribou est également présente sur la pièce canadienne de 25 cents. C'est aussi le symbole du grand nord canadien, et, de Terre-Neuve particulièrement. Le caribou est devenu le symbole du courage des soldats venus de Terre-Neuve. On peut ainsi retrouver le même caribou à Monchy-le-Preux, Beaumont-Hamel et Gueudecourt dans la Somme et à Courtrai en Belgique.

 

C’est de cet endroit qu’est parti, le 1° juillet 1916, l’assaut. Là, une table d'orientation offre une vue d’ensemble sur tout le champ de bataille et permet de voir et de comprendre le dédale des tranchées.

commémoration 14-18, combattants

Au pied de la butte, se trouvent trois plaques portant les noms des 814 Terre-Neuviens demeurés sans sépulture. Ces derniers représentant soixante pour cent des effectifs Terre-Neuviens morts au combat ou décédés en mer.

commémoration 14-18, combattants

Saviez-vous que les Terre-Neuviens ornent leur habit du myosotis chaque 1er juillet en hommage à ceux qui ont combattu et ont consenti le sacrifice ultime durant la bataille de la Somme à BEAUMONT-HAMEL, lors de Première Guerre mondiale ? Rien d'étonnant, le myosotis est surtout surnommé par des phrases poétiques amoureuses : « Aimez-moi », « Souvenez-vous-de-moi », « Pensez à moi » et le plus souvent: « Ne m'oubliez pas » !

commémoration 14-18, combattants

 

Avant rejoindre le CANADA en 1949, les Terre-Neuviens célébraient traditionnellement Memorial Day chaque 1er juillet, date choisie en hommage aux centaines de soldats du Royal Newfoundland Regiment tués ou blessés le 1er juillet 1916 à Beaumont-Hamel (France). Le myosotis a d'abord été un symbole de respect et est plus tard devenu une source de revenus pour les anciens combattants blessés. Encore aujourd'hui, de petites fleurs de myosotis en tissu sont portées le 1er juillet à Terre-Neuve-et-Labrador en signe de commémoration.Ces fleurs servent à rappeler qu’il ne faut pas oublier ceux qui sont morts en service.

02/01/2015

Au "Poilu" français correspond le "Jass" belge.

Au « Poilu » français correspond le « Jass » belge.

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Les combattants des différents pays qui participèrent à la Première Guerre mondiale, furent baptisés de surnoms. Chaque nation avait, à l’époque, un surnom pour ses propres soldats.

 

  • France: les « Poilus ». Contrairement à une idée largement répandue, le terme « Poilus » reste uniquement appliqué aux combattants français. Ils ne sont pas surnommés ainsi en raison de l'impossibilité de se raser dans les tranchées. Ce surnom est déjà utilisé au XIXe siècle, par BALZAC notamment. "Poilu", devenu synonyme de "soldat de 1914-1918", renvoie à la notion de courage viril.

  • Allemagne: les « Michel’s ou Landsers ». Ce dernier mot fut aussi utilisé durant la seconde guerre et semble aussi l'être dans la Bundeswehr. Il ne semble pas exclusif de la guerre 1914-1918 contrairement au mot « poilu ».

  • Angleterre: les « Tommies ». Ce surnom est très ancien, peut être même d'avant le XVIIIe siècle.

  • Australie: les « Diggers ». Ceux qui creusent.

  • États-Unis: les « Doughboys », les « Sammies ».

  • Turquie: les « Mehmetçik » (lire Méhmédtchique, littéralement « petit Mehmet », allusion au prophète Mahomet).

  • Portugal: les « Serranos ».

  • Nouvelle-Zélande: les "kiwi" en référence à l'oiseau emblème du pays

  • Belgique: les Jass ( Nous dirons pourquoi ).

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Pendant la guerre 14-18, plusieurs surnoms désignèrent le soldat belge. “Jass” (ou “jasse”, “jas”), “piotte”, “piou-piou” ou même “poilu” furent indifféremment utilisées par les anciens combattants belges dans leurs carnets de guerre. Durant l’entre-deux-guerres, le terme “jass” va s’imposer.

 

En pleine guerre, dans un journal des tranchées composé artisanalement, on le trouve dans un article humoristique:

 

« Les zharicots sont entrés en guerre avant les Etats-Unis, Cuba et le Brésil et personne ne leur en a su gré. Ah! s'ils avaient pu rester neutres, ceux-là ! C'est que nous, le peuple de «jasses », préférions conserver comme alliés directs nos sincères, réconfortantes et savoureuses patates... ».

 

L'utilisation du surnom « poilu » est impropre appliqué aux soldats belges. En fait, il n'y pas eu de "poilus" belges ! Ce terme ne s'applique proprement qu'aux soldats français.

 

On trouve plus couramment celui de "Piotte". « Piotte » est un mot d’avant-guerre, utilisé jusqu’à la fin des années trente. Il désigne le soldat des régiments d’infanterie de ligne, par opposition aux cavaliers, artilleurs ou aux hommes des régiments de fantassins plus prestigieux, comme les grenadiers. Dans le contexte du début du siècle, il fait penser à une "armée de pauvres". Ce terme est péjoratif: on n’admire pas le « piotte », on le méprise ou, au mieux on le plaint. Ce terme implique aussi l'idée de subordination du soldat à la hiérarchie. Durant la guerre de 14-18, la distinction entre « piottes » et les autres, plus nobles, s'atténua rapidement pour disparaître lorsque tous connaîtront le même sort derrière l'Yser. A ce moment, seuls les aviateurs étaient distingués.

 

Tout cela explique que le mot « Jass » ait fini par s'imposer. Soit ! Mais alors comment expliquer qu'il ait fini par disparaître de la mémoire collective. De même que le mot « Piotte ». et que, de nos jours, on entend souvent référence erronée au mot « Poilu ». Ce n'est pas étonnant. Cela s'explique facilement par la prédominance chez nous de la littérature, des revues et du cinéma d'origine française.

jass Arlon.jpg

A ARLON, on trouve une statue qui est populairement appelée « Le Jass », une statue de bronze de 2.30 m. de hauteur figurant le soldat belge, selon son surnom de l'époque. Elle est l'oeuvre du sculpteur Jean-Marie GASPAR. Elle fut inaugurée le 3 octobre 1920 grâce à une souscription publique. Un exemple qui prouve bien la popularité du terme au sortir de la guerre.

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Mais, première question, d'où vient ce terme ?

De l'uniforme militaire belge de 1914. Le soldat belge de 1914 était affublé d'un manteau encombrant et peu conforme aux besoins d'une armée en campagne. Cela n'a d'ailleurs rien de déshonorant car il apparaît que les autres armées n'étaient guère mieux préparées sur le plan vestimentaire : le pantalon rouge des français, le calot des français et le képi des anglais, le casque en cuir des allemands et les uniformes souvent rétrogrades de plusieurs unités allemandes...Plus tard, dans le courant de 1915, les soldats belges reçurent un autre équipement: d'abord une casquette qui les protégeait...du froid et non des obus et un habillement fait de tissus d'origines assez disparates, souvent kaki...avant de recevoir, enfin, un casque.

 

Plus tard, il est habituellement représenté en tenue kaki revêtu d'un manteau. C'est cette tenue qui lui a valu le surnom légendaire de « Jass ». C'est l'adaptation pure et simple du mot flamand « Jas » qui signifie « Manteau ».

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On trouve ce mot dans la littérature des tranchées de l'époque, comme non l'avons déjà vu plus haut. Il y a un autre exemple: le livre "Alphabet de la guerre. Pour les grands et les petits" de André HELLE. ( Contributor Fernand Allard L'Olivier ).

 

Mais, seconde question : comment le prononcer ?

Si l'on s'en tient à l'origine flamande du mot, il faut prononcer « Yass ». Le j néerlandais se prononçant comme le y français de « Yolande ». Cependant, il semble bien que la prononciation de ce terme ait été francisée.

 

YASSES 3.jpg

 

 Cependant, au vu du texte ci-après, publié durant la guerre, on a orthographié "Yass" et non "Jass". Cela semble vouloir dire que, dans les tranchées, tout le monde, wallon ou flamand, prononçait "Yass" !

Tout comme le terme, cela semble avoir été oublié !

 

commémoration 14-18,combattants

29/12/2014

Sujet à remettre en lumière: la déportation civile en 14-18.

Les déportés civils belges en 14-18.

 

En fait, la déportation de civils belges est le prototype de ce que les nazis instaureront durant la seconde guerre mondiale ( le sinistre STO en FRANCE ). La déportation débuta en réalité en 1916.

 

Le 3 octobre 1916, un arrêté du Grand Quartier générai allemand institua, en Belgique occupée ( mais elle était entièrement occupée sauf quelques hectares derrière l'Yser où se massait l'armée belge ), un régime du travail forcé, avec déportation, pour toute personne inoccupée tombée, théoriquement, à la charge d' autrui.

 

On a bien écrit « théoriquement ». C'était pour masquer la véritable intention. Une sorte de « double langage » pour donner à cette mesure une apparence sociale.

 

Ce fut, en réalité, une mesure générale, d'intérêt militaire, applicable indistinctement à toute la population valide du territoire occupé. Les déportations commencèrent vers la mi-octobre 1916. Ces mesures sont exécutées de manière très rigoureuse, en faisant bien ressentir la contrainte. Manifestement, les autorités allemandes y avaient pensé depuis longtemps car les procédés prouvèrent une préparation administrative minutieusement étudiée.

 

En 1916, en pleine bataille de VERDUN, le haut commandement allemand fit le choix de la guerre à outrance non seulement sur le plan militaire mais également sur le plan économique: dans les zones proches du front, soumises à l’autorité des armées, les déportations commencent en octobre 1916 et dureront jusqu’à la fin de la guerre, au mépris des conventions relatives au droit de la guerre.

 

Combien de Belges furent ainsi déportés ? Il est difficile de le dire. Les chiffres sont variables selon les sources. Ils étaient âgés de 17 à 60 ans !

 

Les civils déportés furent expédiés le plus souvent vers l'Allemagne. On estime à 60000 ceux qui furent envoyés en Allemagne. Francis BALACE, donne, lui, le chiffre de 90000 Belges envoyés travailler en Allemagne. Il ne faut pas y voir de contradiction. En effet, 30000 hommes ( principalement des mineurs du Hainaut) s'y rendirent comme volontaires. A leur décharge, les autorités allemandes avaient désorganisé le marché du travail, les conditions matérielles étaient pénibles et on procéda à des réquisitions des chômeurs entre 1916 et 1918. Certains, à l'époque, donnent encore des chiffres plus importants mais il faut se méfier de l'effet de propagande.

Toute vérité, même désagréable, doit être dite: des travailleurs parmi les plus démunis, espérant être mieux traités que les déportés, s’engageront comme volontaires. A la fin du conflit, il y en près de 160000.

Un certain nombre fut dirigé, vers les départements occupés du nord de la FRANCE. On estime leur nombre à 62000. Ils y furent employés sur le front, sous la contrainte, à des travaux interdits par le droit des gens car destinés directement à l'armée allemande. Souvent, durant ces travaux, ils étaient exposés aux tirs de l'artillerie alliée. Ils furent utilisés à la construction de la fameuse « Ligne HINDENBURG », vaste système de défenses et de fortifications au nord-est de la FRANCE, aménagé pendant l'hiver 1916-1917. Cette ligne s'étend sur près de 160 km de LENS aux environs de SOISSONS. A ces 62 000 civils belges, il faut ajouter environ 20 000 Français.

 

L'Administration allemande se heurta à la résistance passive et aux protestations des bourgmestres et collèges échevinaux belges. Elle n'en tint aucunement compte. Des protestations très énergiques lui furent faites par diverses autorités belges et étrangères ( l’Ambassadeur des Etats-Unis à Bruxelles), morales ( le Grand Maître du Grand Orient de Belgique,le Cardinal MERCIER et l'épiscopat ), scientifiques ou judiciaires ( la Cour de Cassation, entre autres).

 

Ce n'était rien d'autre qu'une sorte d'esclavagisme organisée en Belgique par l'Allemagne, une tentative officielle de rétablissement de l'esclavage dans les coutumes de la guerre. Cela traumatisa la population. Il faut se rappeler que pour la Belgique et surtout la Wallonie d’avant-guerre, l’Allemagne était un partenaire économique de première importance et une référence culturelle. Dans l'enseignement secondaire,la langue allemande était souvent la première langue étrangère enseignée.

 

L'Administration allemande contesta la théorie de l'esclavagisme. Si l'on s'en tient aux déclarations du Gouverneur général von Bissing au représentant du New-York Times, « l'Allemagne, en organisant le travail forcé et la déportation violente des Belges, ne ferait qu'accomplir, dans une pensée supérieure d'humanité et d'hygiène morale, le devoir imposé à l'au- torité occupante, par les Conventions de La Haye, de sauvegarder l'ordre public et l'intérêt social des régions occupées, mis en péril par l'extension du chômage en Belgique. »

 

Les protestations relayées par la propagande internationale, auront raison de ces exactions: en mars 1917, les déportations sont suspendues. Sur le plan moral, le retentissement fut énorme: la haine contre l’occupant augmente. Ces sentiments sont encore renforcés quand la population découvre l’état pitoyable dans lequel les déportés rentrent au printemps 1917.

Tous ne rentrèrent pas: 2614 moururent. Ils se répartissent de façon +/- égale entre les deux groupes ( travailleurs en Allemagne et travailleurs sur le front )..

D’autre part, l’Allemagne a été condamnée moralement par la communauté internationale. Elle n’avait pas respecté l’un des fondements des Conventions de La Haye: aucun civil ne peut être utilisé au profit de l’effort de guerre de l’ennemi contre sa patrie.

On ne sait pourquoi l'histoire de la déportation civile belge a été, au fil du temps, gommée. Elle reste un aspect maintenant méconnu de la guerre. Un autre aspect méconnu, la résistance des rétifs au travail obligatoire en Allemagne. Parmi les milliers de Belges déportés outre-Rhin pour servir de main-d’œuvre forcée, nombreux refusèrent de travailler pour l’Occupant. Parqués dans des camps, ils furent maltraités, soumis au chantage et à la faim pendant des mois, avant d’être rapatriés faute d’avoir cédé.

En BELGIQUE, la figure du déporté, comme celle du civil fusillé, est reconnue. Dans de nombreuses communes, ils côtoient, sur les mémoriaux, les combattants et les prisonniers. Toutefois, pour être reconnus, ils devront d’abord prouver qu’ils n’étaient des volontaires.

En FRANCE, en revanche, les violences à l’égard des civils seront occultées dans les mémoires au profit de la glorification du seul « Poilu ». Après l'Armistice, c’est la suspicion qui domine. Le déporté est souvent soupçonné d’avoir été un volontaire. C'est aussi une préfiguration du sort réservé plus tard aux STO.

commémoration 14-18, déportation , combattants

 

 

Médaille du déporté

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