05/03/2015

STREE ( MODAVE ): Monument aux Morts.

STREE

( COMMUNE DE MODAVE )

MONUMENT AUX MORTS.

Monument aux Morts de STREE

Ce monument est érigé au croisement de la Grand Route venant de HUY et de la route conduisant à VIERSET-BARSE.

Il est situé en regard de l'ancienne Maison Communale de STREE sur laquelle ne figure aucune

" plaque provinciale ".

Un Monument de grande ampleur pour ce qui était, à l'époque, une petite commune rurale.

 

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Socle du Monument aux Morts.

A noter que le monument n'est pas uniquement dédiés aux combattants morts pour la Patrie, mais aussi à tous les anciens combattants de la commune.

A remarquer, très rare dans nos villages, cette lampe qui éclaire le Monument en permanence.

Bien que la photo ait été prise fin février, c'est-à-dire très loin de toute manifestation patriotique, le monument est toujours pourvu d'une fleur en bon état de fraîcheur.

 

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Partie supérieure du Monument aux Morts. 

Motif assez original mais ambigu. Le personnage étant pourvu d'aile, on pourrait penser à un ange. Mais peut-être s'agit-il d'une allégorie ? Une chose fait penser à cette seconde interprétation: le personnage est pourvu d'un glaive de très grand format, assez bizarre pour un ange !

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L'attitude de ce personnage, malgré le glaive, n'est nullement guerrière. Il n'empoigne point le glaive, mais le tient les mains croisées.

Stèles figurant à gauche et à droite du Monument aux Morts original consacré lui, à la mémoire de la guerre de 1914-1918.

Ces deux stèles sont consacrées aux victimes de la guerre 40-45.

 

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01/03/2015

Monument aux Morts de VIERSET-BARSE

VIERSET-BARSE

( Commune de MODAVE ):

Plaque commémoratives et Monument(s) aux Morts.

La Maison Communale sur la façade de laquelle on peut voir la "Plaque provinciale"

 

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La plaque " provinciale ", typique de la plupart des communes de la Province de LIEGE.

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Le Monument aux Morts, érigé sur un terre-plain, entre la Maison Communale et l'église.

" Aux enfants de VIERSET-BARSE morts pour la Patrie"

1914-1918

on rajouté 1940-1945.

 

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Le motif sculpté sur le Monument aux Morts:

Une allégorie féminine et un combattant de 14-18, tiennent une palme.

Il est fifficile de dire lequel des deux personnages offre la palme à l'autre.

 

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Sur les faces latérales du Monument aux Morts, la liste des victimes de 14-18.

 

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A la droite du Monument aux Morts, cette stèle plus récente consacrée aux résistants, victimes de la Guerre de 40-45.

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25/02/2015

Monument aux Morts de YERNEE-FRAINEUX

YERNEE-FRAINEUX:

Monument aux Morts.

Yernée-Fraineux  est une section de la commune belge de 

Nandrin située en Région wallonne dans la province de Liège.

C'était une commune à part entière avant la fusion des communes de 1977.

Le Monument aux Morts est érigé dans le village de FRAINEUX.

Le site tel qu'il apparaît dans son entiéreté.

Monument central consacré à 14-18 avec

sur sa gauche, une stèle en l'honneur d'un résistant de 40-45, sur sa droite deux stèles: l'une en l'honneur des victimes de 40-45 sans plus de précision et une en l'honneur d'un résistant.

 

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La partie supérieure du monument: une étoile émettant des rayons et l'inscription "A nos héros " dans un médaillon entouré de palme.

 

 

 

Monument sans aucun signe religieux, fait peu courant dans le Condroz.

 

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Le socle du Monument.

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A gauche du Monument, ce souvenir en l'honneur d'un résistant fusillé, Pol BOMON.

Malheureusement, la date n'est plus lisible.

 

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A côté du Monument original, consacré à 14-18, on trouve un hommage aux victimes de 40-45.

 

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Ci-dessous, une vue de la stèle dédiée à Claude PETIT, de l'Armée secrète, mort le 1° septembre 1944.

Le Condroz fut un haut lieu de la Résistance...mais aussi de la collaboration. Le village voisin

( VILLERS-LE-TEMPLE ) fut sous la coupe d'un bourgmestre rexiste ( Ferdinand PAQUOT dont on a déjà parlé à propos du Monument aux Morts de SAINT-SEVERIN )

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19:19 Écrit par P.B. dans Actualité, HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/02/2015

"Poilu" ou " piotte " ?

Les piottes.

 

L'expression « poilus », est originaire de l'armée française en 14-18. Elle désigne les nombreux combattants «perdus quelques part dans l’immensité de la ligne de front qui partait de Nieuport et qui se terminait aux portes de Bâle ». Elle évoque la vie pénible dans les tranchées, en hiver dans le gel et la neige, en autre temps sous la pluie, donc dans la boue.

 

Dans la Chanson de Craonne, nous avons aussi vu apparaître le mot « purotin ».

 

Il y a quelques années, on appelait les derniers anciens combattants de 14-18 encore en vie les "derniers Poilus". L'usage de ce mot n'est pas adéquat si on l’utilise dans le contexte belge.

 

Il y a celui, plus spécifiquement belge, qui a laissé plus de trace, de « piotte ». Pour l'armée belge, nous avons déjà parlé du mot « jass », tombé dans l'oubli. " Piotte(s)" et "jass(es)", les écrivains ou historiens emploient tantôt l’un ou l’autre de ces termes, tantôt les deux indifféremment.

 

Les « piottes », pendant les périodes d'inactivité, ont cherché à s'occuper. Certains – c'était rare à l'époque – avaient un appareil de photographie. Ils ont pu prendre des photos de repos entre deux bombardements ou deux assauts surprise. D'autres ont tenu un journal personnel. D'autres ont dessiné. D'autres ont sculpté dans les déchets d’obus ou tout autre type de matériaux, divers objets. C'est le fameux « artisanat des tranchées ».

 

D'où vient ce mot « piotte » ?

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Si on s'en tient à la définition, il s'agit d'un mot non véritablement argotique qui viendrait d'un verbe français vieilli. « Piotter » signifie « crier pour un oisillon »,  « faire entendre un cri, en parlant d’une couvée de petits oiseaux ».

 

Il est difficile de dire si le mot "Piotte", déjà utilisé avant 1914, et encore en vigueur jusqu’à la fin des années trente découle de cette définition. Peut-être, si l'on compare la troupe de soldats à une troupe de petits oiseaux bien démunis.

 

Peut-être car il ne concerne que les soldats des régiments d’infanterie de ligne. Les cavaliers,les artilleurs, les grenadiers ne sont pas repris sous ce terme, étant des régiments plus « nobles ». ce sera aussi le cas des aviateurs.

 

Venant conforter l'origine du mot, il faut se mettre en tête que , avant guerre, l'armée belge est une "armée de pauvres". Jusqu'en 1909, année de la suppression du tirage au sort, on pratique le remplacement. Les jeunes gens aisés tirés au sort peuvent se payer un remplaçant.

 

Quand la guerre éclate, l’armée belge est en pleine réorganisation, en raison de l’introduction en 1913 du service militaire généralisé pour tous les hommes de plus de 19 ans. En 1914, l’armée se compose donc de miliciens qui ont encore été choisis par tirage au sort, de miliciens de la nouvelle loi et de volontaires de guerre. On a parlé d'une armée de pauvres...mais c'est donc aussi une pauvre armée.

 

Le mot « piotte » est péjoratif: le « piotte » n'est pas admiré contrairement aux régiments que l'on a cité plus haut. Ce qui ne signifie pas nécessairement qu'on le méprise, il est pris en pitié.

Dans les villes de garnison, le « piotte », au retour de l'exercice ne paie pas de mine, il est souvent sali. Les autres régiments défilent.

 

Mais au cours du conflit, le mot "piotte" ne traduit le dédain ni la pitié. Les civils éprouvent une véritablement admiration pour ces combattants. On les apprécie car ils subissent toutes les avanies, ils qui effectuent fidèlement les tâches les plus dangereuses et ingrates. Désormais, le terme « piotte » est un titre de gloire. Il désigne pour le civil le véritable combattant par opposition aux embusqués et à ceux qui ont échappé à la guerre.

D'autre part, la différence entre les régiments d'élite et les fantassins, dans la guerre des tranchées, a disparu. Par exemple, la cavalerie n'a plus aucune utilité. Ces soldats ont rejoints les autres et partagent les mêmes tourments. On peut dire qu'ils sont tous devenus " piottes". Il n'y a plus que les aviateurs qui sont différents mais courent d'autres dangers.

 

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20/02/2015

Souvenirs du poète Guillaume APPOLINAIRE

Souvenirs de Guillaume APPOLINAIRE

Guillaume Apollinaire est un poète et écrivain français, né sujet polonais de l'Empire russe. D'après sa fiche militaire, il est né le 25 août 1880 à Rome et mort pour la France le 9 novembre 1918 à Paris.

Il s'était engagé volontairement en décembre 1914, grâce à quoi sa procédure de naturalisation put démarrer. Il fut blessé à la tempe par un éclat d'obus le 17 mars 1916Affaibli par sa blessure, Guillaume Apollinaire meurt de la grippe espagnole.

 

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Célèbre par ses calligrammes. Il continua à écrire des poèmes durant la guerre.

En voici un: 

La petite auto

 

Le 31 du mois d'Août 1914
Je partis de Deauville un peu avant minuit
Dans la petite auto de Rouveyre 
Avec son chauffeur nous étions trois
Nous dîmes adieu à toute une époque
Des géants furieux se dressaient sur l'Europe
Les aigles quittaient leur aire en attendant le soleil
Les poissons voraces montaient des abîmes
Les peuples accouraient pour se connaître à fond
Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures
Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières
Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se battaient
Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où elles serpentaient
Avec les forêts les villages heureux de la Belgique
Francorchamps avec l'Eau Rouge et les pouhons
Région par où se font toujours les invasions
Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir saluaient encore une fois la vie colorée
Océans profonds où remuaient les monstres
Dans les vieilles carcasses naufragées
Hauteurs inimaginables où l'homme combat
Plus haut que l'aigle ne plane
L'homme y combat contre l'homme
Et descend tout à coup comme une étoile filante
Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité
Bâtir et aussi agencer un univers nouveau
Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille prodigieuse
Disposait un étalage extraordinaire
Et des bergers gigantesques menaient
De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles
Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route

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Et quand après avoir passé l'après-midi
Par Fontainebleau
Nous arrivâmes à Paris
Au moment où l'on affichait la mobilisation
Nous comprîmes mon camarade et moi
Que la petite auto nous avait conduits dans une époque

Nouvelle
Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs
Nous venions cependant de naître

 

 

 

 

Autre calligramme:

 

Calligramme d'Appolinaire.jpg

 

19:05 Écrit par P.B. dans Actualité, HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/02/2015

La Chanson de CRAONNE

La chanson de CRAONNE

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Il existe plusieurs et légères variantes. Les paroles les plus connues ont été publiées par Raymond LEFEBVRE en 1919 dans « La Guerre des soldats ». Il y a celle, en 1934, avec quelques petites nuances, de Paul VAILLANT-COUTURIER parue dans le journal « Commune ».

Il y a, en 1937, la variante de Henry POULAILLE, écrivain anarchiste , qui combattit sur le Chemin des Dames. Elle est parue dans « Pain de soldat: 1914-1917 ». Cette chanson fut en réalité composée en 1915. Elle évoquait, alors, le secteur sanglant de Lorette, en Artois. Il était ensuite facile de l’adapter aux circonstances en remplaçant LORETTE par CRAONNE.

 

Cette chanson est anonyme, mais on pense qu'elle pourrait avoir été inventée par un soldat du midi. Durant la guerre de 14-18, elle fut apprise par cœur. Elle fut répandue oralement de manière clandestine. Elle est calquée sur la musique de Charles SABLON composée en 1911 pour une chanson d'amour " Bonsoir m'amour ",procédé relativement courant pour les chansons populaires.

 

La « Chanson de Craonne » est le cri de lassitude des combattants français. La situation au front semblait alors bloquée: la « guerre de position » pratiquée dans les tranchées par tous les pays dans le nord de la France ne donnait aucun résultat. Les soldats vivaient dans des conditions terribles et mouraient par dizaines de milliers chaque mois. Cette chanson de « poilus » est un souvenir de ce qu'a été la Première Guerre mondiale: la vie des soldats dans les tranchées y est décrite, les sentiments des soldats apparaissent nettement. C'est aussi un témoignage de la remise en cause de la guerre par les soldats à partir de 1917 ou, en tout cas, de la remise en cause de l'Etat-Major.

 

Elle est surtout connue pour avoir été entonnée par les soldats qui s'étaient mutinés dans une cinquantaine de régiments de l'armée française. Ces mutineries survinrent après l'échec de l'offensive meurtrière et désastreuse du Chemin des Dames, offensive orchestrée par le général NIVELLE. Ces mutineries, appelées aussi « grèves des attaques » débuta le 2 mai. La répression politico-militaire qui s’en suivit, déclencha une vague de "fusillés pour l’exemple". Elle fut terrible. Elle visa pas moins de 30000 mutins ou manifestants. Il y eut 3427 condamnations, dont 554 à mort dont 57 exécutions.

 

On raconte que, mais cela n'a jamais été prouvé, que le commandement militaire aurait promis un million de francs or et la démobilisation à quiconque dénoncerait l'auteur.

 

Cette fameuse offensive fut lancée le 16 avril 1917. Dès le premier jour, l'échec fut évident. L'armée française n'avait gagné que 500 mètres alors que l'Etat-Major avait promis 10 kilomètres !Malgré cet échec, l'Etat-major s'entêta et relança l'offensive à plusieurs reprises. Toutes les nouvelles tentatives furent aussi vaines que la première: les gains territoriaux étaient minimes alors que les pertes humaines étaient considérables. Du 16 au 30 avril, l'armée française perdit 147 000 hommes dont 40 000 morts. Prévenus de l'attaque, les Allemands avaient eu le temps de consolider leurs défenses dans ce secteur. Ils avaient dégarni leurs premières lignes, laissant seulement quelques points de résistance pour ralentir l'avancée française. Ils avaient regroupé l'essentiel de leurs troupes à l'arrière, hors de portée de l'artillerie française. Celle-ci ne détruisit que des positions abandonnées par l'ennemi. L'infanterie française se heurta lors d'une progression particulièrement pénible le long d'une pente escarpée et boisée, parsemée de grottes, à des troupes allemandes beaucoup plus fraîches.

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Le plateau de CRAONNE fut l'un des secteurs les plus disputés à l'Est du Chemin des Dames. .Au moment de l'assaut, les soldats français devaient franchir, par vagues, à découvert un marais sans fin, puis escalader une pente abrupte. Mais comme l'artillerie française n'avait pas réussi à détruire les emplacements des mitrailleuses allemandes, les « poilus » se retrouvèrent pris sous un feu croisé qui les massacra.

 

On comprend mieux les raisons de la mutinerie et l'effet que les paroles de la chanson pouvaient avoir...et aussi sur la colère de l'Etat-major. La lassitude, le sentiment d'être sacrifiés inutilement furent à l'origine des premières grandes mutineries au sein de l'armée française depuis le début de la guerre.

 

 

Paroles diffusées par Raymond Lefebvre

Quand au bout d'huit jours le r'pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c'est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s'en va là-haut en baissant la tête

Refrain :
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Craonne sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu'un qui s'avance
C'est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l'ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

Refrain

C'est malheureux d'voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c'est pas la même chose
Au lieu d'se cacher tous ces embusqués
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n'avons rien
Nous autres les pauv' purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr' les biens de ces messieurs là

Refrain :
Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront
Car c'est pour eux qu'on crève
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros
De monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau

La chanson souligne les rancoeurs qui se développent entre soldats du front et ceux de l'arrière: ("c'est malheureux de voir sur les grands boulevards tous ces gros qui font leur foire"). Ce sont les fameux " embusqués " ( ceux qui ont réussi à échapper à la mobilisation ou, en tout cas, à la présence au front, grâce à leurs relations). Ce sont aussi les " profiteurs de guerre " ( industriels, commerçants... qui s'enrichissent à la faveur du conflit ). Ces comportements scandalisent les soldats du front qui risquent leur vie tous les jours.

 

On observe la présence de deux termes de l'argot du front: les " civelots " (civils protégés) opposés aux " purotins " (fantassins exposés). «  Purotin » est un mot populaire et vieilli qui signifie « Homme dans la purée, dans la misère », littéralement « qui est dans la purée ».

 

On se trompe parfois sur la véritable signification de la « Chanson de CRAONNE ». Pour beaucoup, même des historiens, elle est classée parmi les chants révolutionnaires, diffusés après guerre, essentiellement par le Parti Communiste Français ou des anarchistes..

 

C'est sans doute vrai. Cependant beaucoup d’anciens combattants de 14-18 la chantaient occasionnellement même lors de leurs rencontres,après les commémorations. Pourtant ils étaient à patriotes, fiers de leur participation à la guerre, de leurs décorations. Ils la chantaient par souvenir des souffrances endurées, par esprit de groupe. Par cette chanson, ils se souvenaient, entre eux, des souffrances endurées que personne, dans leur entourage, ne pouvaient comprendre.

 

 

Les paroles n'ont-elles été radicalisées après guerre par l’extrême gauche. La variante de 1934 n'est guère différente de celle de 1919. La haine contre les « profiteurs » et les « embusqués » qui avaient laisser tuer leurs camarades dans les tranchées était partagée par tous les anciens combattants de tout bord politique.

 

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06/02/2015

La guerre 14-18, la justice militaire et la peine de mort en Belgique.

L'armée belge, la guerre 14-18 et la peine de mort.

 

En 1914, la justice militaire n’est pas préparée à la guerre. Contrairement au code pénal ordinaire et au code d’instruction criminelle, aucune modification profonde n'a été apportée à la législation militaire au cours du 19° siècle. La neutralité du pays n'a pas poussé les politiciens à s’y intéresser.

 

Les conséquences durant la guerre furent sérieuses: les textes de lois manquent de clarté, la législation militaire est floue ou même muette sur certains points de procédure et ou sur certaines infractions. Certaines infractions n'avaient jamais été connues ni mêmes imaginées. Certaines, comme la désertion, n'avaient évidemment en temps de paix qu'une importance toute relative. En temps de paix, une désertion relève plutôt de l'anecdote, ce qui ne peut pas être le cas en temps de guerre.

En outre, il y avait peu de juristes maîtrisant cette législation. Vu les circonstances, il n'était guère facile non plus d'en recruter en urgence.

 

La justice militaire fut donc placée, sans préparation, dans une situation totalement inédite. Il n'y avait non plus aucune jurisprudence sur laquelle s’appuyer puisqu’on n’avait jamais connu de guerre.

 

Un autre gros problème rencontré sera aussi l’inflation rapide du nombre de justiciables. La mobilisation des soldats belges se traduisait sans doute par un mélange d'adhésion et de contrainte. Toutefois l'obéissance requise par l'armée semble avoir été acceptée par la grande majorité des combattants.Ces hommes, exerçant des activités civiles ou y destinés, mobilisés, ont rapidement intériorisé les valeurs militaires. Malgré quoi, il y eut, au départ, manifestement assez bien de problèmes dont dut s'occuper la justice militaire.Rien d'étonnant, ces règles ne pouvaient pas empêcher pas la démoralisation et, partant, les tentations de s’évader de cet enfer.

 

Pour faire face à la situation, on dut prendre en urgence divers arrêtés-lois.

La loi du 4 août 1914 créa dix Conseils de guerre en campagne: un auprès du Quartier Général de chacune des six Divisions d’Armée, un auprès du Quartier Général de la Division de cavalerie et un auprès de chacune des places fortes ( LIEGE, NAMUR, ANVERS ).

 

D’autres arrêtés seront pris pour s'adapter au déroulement de la guerre.

Le nombre de Conseils de guerre sera augmenté: auprès du Grand Quartier Général de l’armée belge, près des unités belges incorporées dans les troupes françaises et anglaises, mais aussi à l’arrière auprès des Centres d’Instruction, auprès de l’approvisionnement des troupes à Calais et près de la base belge à Londres.

 

En contrepartie, avec l’avancée des troupes allemandes, les Conseils de guerre provinciaux permanents d’avant la guerre cesseront d’exister.

 

Dès la fin de l’année 1915, les Conseils de guerre furent déclarés compétents pour juger les civils ainsi que les soldats jusqu’au grade de capitaine. La Cour militaire, quant à elle, reçut une double compétence: juger les poursuites contre les officiers supérieurs et traiter les appels des Conseils de guerre.

 

La justice militaire eut à poursuivre aussi bien les infractions au droit pénal militaire mais aussi au droit pénal civil. Mais les infractions militaires furent de loin les plus fréquentes. Les cas de désertions et d'insubordinations furent les plus nombreuses.

 

Pour bon nombre de combattants de 14-18, la justice militaire fut perçue comme répressive et profondément inégalitaire. Elle donne aussi l'image d'une institution en crise, dépassée par la situation et ne sachant pas toujours prendre la bonne décision.

 

Il y a eu un nombre important de condamnation graves au cours de la guerre, mais la grande majorité des peines ne furent pas appliquées dans leur entièreté. Les soldats condamnés furent en général envoyés dans des compagnies de correction qui avaient un double le but: offrir une seconde chance aux condamnés mais aussi déjouer les manœuvres de ceux qui auraient préféré une peine réelle pour pouvoir se soustraire aux dangers du front.

 

En revanche, sur le nombre de condamnations, les condamnations à mort furent rares et les exécutions encore plus. Seules 220 condamnations à mort ( soit 5 jugements sur 1000, ou 0,5% ) furent prononcées. La grande majorité des condamnés à mort ont pu échapper au peloton d’exécution suite à la grâce royale ou par appel à la Cour militaire.

 

L’exécution, quand le recours en grâce était rejeté, se déroulait comme suit: le condamné attaché à un petit poteau en bois, sous les yeux d'un groupe de soldats contraints d'assister, douze soldats-collègues blêmes avec le fusil en joue, la salve... Le corps criblé de balles était enterré dans une prairie ou au bord du cimetière communal. Ces exécutés ne recevaient pas une place à un cimetière militaire. Dans le cimetière civil, c'était comme réprouvé.

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Il n'y eut que 20 exécutions. La majorité des individus exécutés au cours de la Première Guerre mondiale sont des soldats de nationalité belge: 12. En tout, 15 militaires et 5 civils ( dont une femme ) furent exécutés. Il y eut 4 allemands.

 

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( Fusillés français )

On constate que ce fut surtout au cours de la première année de guerre que la majorité des exécutions eut lieu. Il y eut quinze condamnés en 1914 pour seulement trois en 1915, aucune en 1916 et 1917 et deux en 1918. Il faut souligner que l'année 1914 se résume en fait à cinq mois ! Est-ce un signe que l'institution avait pu s'adapter ? En fait, dès le 19 mai 1915, les exécutions furent interdites. Les soldats coupables de désertion furent désormais emprisonnés.

 

Ces exécutés sont encore de trop mais sont loin des 550 soldats français et des 312 soldats du Royaume-Uni fusillés par les leurs. Et aussi les 750 soldats italiens. L'Allemagne n'en signale que 48 ! Honneur doit être rendu à l'Australie qui s'est opposée à toute exécution quel que soit le motif !

 

La justice militaire belge ne s'est jamais rendue coupable comme la justice militaire française d'actes inadmissibles même si certaines condamnations furent injustes. Il n'y eut aucune condamnation pour l'exemple, même si certaines sont sujet à question. Il y eut des « fusillés pour manquement au devoir, mutinerie ou désertion ". Certains, dans leurs descendants, les appellent des « fusillés pour l'exemple », influencés par l'histoire française.

 

Un soldat fusillé pour l’exemple désigne, dans le langage militaire courant, un militaire exécuté après décision d’une juridiction militaire intervenant non seulement dans un cadre légal pour un délit précis mais aussi dans un souci d’exemplarité visant à maintenir les troupes en parfait état d’obéissance. Etait-ce bien le cas des fusillés dans l'armée belge ? Sans doute pas expressément même si pour certains ce fut limite. On signale cas d'un soldat qui fuyait le front. Un psychiatre l'aurait sans doute fait interner...

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Faut-il les réhabiliter ? L'Etat belge doit-il présenter des excuses ? Faut-il même ajouter leurs noms sur les plaques commémoratives ? La question a été posée. Les commémorations ont rouvert d’anciennes blessures pas toujours cicatrisées. Les descendants des fusillés pour " manquement au devoir, mutinerie ou désertion " demandent des excuses aux autorités.

 

D’autres pays l'ont déjà fait. Le gouvernement britannique a, en 2006, par voie législative, réhabilité les 306 soldats britanniques fusillés. La Nouvelle-Zélande l'a fait en 2000 pour ses cinq fusillés. Le Canada le fit en 2001. En France, aucune décision générale n'a encore été prise mais, et ce depuis l'entre-deux guerres, un certain nombre de décisions individuelles ont été prises.

 

Si l'on excepte les condamnations pour homicide, il reste neuf soldats condamnés pour « manquement au devoir » par une justice militaire intransigeante. Les historiens admettent aujourd'hui que ce fut après des simulacres de procès ou, en tout cas, des procès expéditifs.

Pour l'année 1918, il y eut une condamnation pour faits civils. Celle de EmileFERFAILLE, guillotiné le26 mars 1918. Il fut guillotiné par Anatole DEIBLER, le bourreau français, venu de PARIS avec ses aides et sa guillotine. Le Roi ALBERT avait refusé la grâce, jugeant le crime trop odieux. Le gracier amenait à l'enfermer en sécurité en prison alors que ses camarades risquaient leur vie dans les tranchées. Ce dernier, sergent artilleur cantonné dans le dernier lambeau du pays non a envahi, avait tué, le 27 octobre 1917, sa petite amie, une domestique de ferme. Cette dernière, à qui il avait promis le mariage, était enceinte de quatre mois. Ferfaille n’avait nullement l’intention de l’épouser, puisqu’il entretenait une relation avec une autre femme. Il l'assassina à coup de marteau, puis l’étrangla à l’aide de la corde qu’il utilisait pour lier des légumes sur sa bicyclette. Il enterra le corps qu’il recouvrit de déchets de culture maraîchère. Reconnu coupable, il fut condamné à avoir la tête tranchée. Les condamnés à mort pour raison militaire étaient fusillés.

 

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Emile FERFAILLE fut privé de ses habits militaires.

Le crime de FERFAILLE relevant du droit privé, il devait subir l'exécution prévue dans le Droit pénal ordinaire. Pour l'exécution, un problème se posa: aucune guillotine ni bourreau n’était disponible sur le territoire belge. En effet, la peine de mort n'était plus appliquée depuis 1863 en Belgique, le roi graciant chaque fois le condamné. C'est ainsi que le bourreau de la république, Anatole DEIBLER, son équipe et son instrument furent mis à la disposition du gouvernement belge.

 

Après la guerre, jusqu'en 1928, la Belgique connut une forme de justice dite "transitionnelle", notamment dans le domaine de la justice pénale. Elle s’en prit d’abord aux profiteurs puis aux activistes. Les plus détestés furent ceux qui avaient livré des héros. Mais si on les a condamnés, ils ne furent pas exécutés. Il y eut autant de Flamands que de francophones.

 

Afin de répondre aux demandes de la vengeance de la population contre diverses personnes accusées de haute trahison, la peine de mort fut rétablie pour un certain nombre de crimes politiques. Les tribunaux militaires avaient le pouvoir de connaître des cas d'infractions contre la sûreté de l'État commis par des civils.

 

On doit noter le cas deJoseph DOUHARD ouvrier zingueur, de HERSTAL qui avait collaboré avec l'occupant allemand. Cet agent à la solde de la police allemande avait été chargé de dénoncer les organisations de passage à la frontière hollandaise et les espions patriotes. Suite à ses dénonciations, 23 personnes furent fusillées, 8 condamnées à mort, et de nombreuses autres emprisonnées.

 

Il fut condamné à mort en 1921 , le 11 juin par le jury de la Cour d'Assises de LIEGE. Les jurés signèrent une pétition demandant que la peine soit exécutée. Il y eut des pétitions jusqu’en Flandre occidentale pour qu’on l'exécute réellement. Albert Ier y était aussi favorable Mais Emile VANDERVELDE, Ministre de la Justice, opposé à la peine de mort, imposa de demander la grâce au Roi ALBERT. Celui-ci accepta afin de ne pas mettre en péril le gouvernement.

 

Dans ce cas, il faut noter que le jury demanda expressément l’exécution, alors que le Jury qui avait condamné BORMS ne le fit pas. Pendant l'occupation en 14-18, ce fut un "activiste". Il devint, en 1917, membre du Conseil de Flandre, à la création duquel il avait participé. Ce Conseil collabora activemement avec l'occupant et proclama l'autonomie de la Flandre le 22 décembre 1917. Condamné à mort, le 6 septembre 1919 par la Cour d'Assises de BRUXELLES, sa peine fut commuée en détention à vie. Ayant remis ça durant la seconde guerre, il fut, cette fois, exécuté le 12 avril 1946.

 

En 1926, trois Allemands accusés d'avoir assassiné un officier belge furent également condamnés à mort et graciés par le Roi après un long débat au sein du Conseil des Ministres.