24/01/2016

Walther RATHENAU ou une plongée dans la difficile intégration des juifs allemands ( début XX° siècle ).

 

L'Affaire RATHENAU

ou

Les tréfonds de l'antisémitisme en Allemagne

au début du XX° siècle.

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Walther RATHENAU, né le 29 septembre 1867 à BERLIN et y assassiné mort le 24 juin 1922, était issu d'une famille juive, de la haute bourgeoisie allemande. Son père, Emil RATHENAU avait fondé AEG. C'était un magnat de l'électricité.

 

Bien qu'il se reconnaisse clairement d'ascendance juive, il se présente comme l'exemple d'une assimilation culturelle et nationale réussie. Ainsi, il affirme « seul du sang allemand coule en moi ». Affirmation qui semble signifier, pour lui, qu'il n'y a aucune différence entre un allemand d'origine juive et les autres, si ce n'est une différence de religion.

 

Il fit ses études à la faculté des Sciences de BERLIN et de STRASBOURG ( dans un département annexé après 1871 ).

 

Personnalité importante de l’histoire allemande du début du xxe siècle, il mena une vie intellectuelle très active, participant à la rédaction de la revue Die Zukunft. Il se fait remarque par ses positions prenant le contre-pied du sionisme, y opposant des thèses intégrationnistes. En rétrospective, il a écrit de sa jeunesse:

"Dans les premières années de tous les Juifs allemands, il y a un moment douloureux quand il se souvient de sa vie: quand pour la première fois il est pleinement conscient qu'il a démissionné en tant que citoyen de seconde classe dans le monde...  ".

D'autre part, il devient un collaborateur officieux du gouvernement impérial, participant à des voyages d'études dans le Sud-Ouest africain, là où l'Allemagne tentait d'installer son Empire colonial.

 

Arrive la première guerre mondiale, il se déclare ardent partisan de la politique impériale. Engagé en politique, il soutient les opérations d'agression sans équivoque et apparemment sans état d'âme !

 

Et ce ne fut pas une simple attitude intellectuelle, il prit une part active. En 1914, il est nommé, Directeur de l'Office des matières premières. Il est le Chef du Département de matières premières de la guerre (KRA) au ministère prussien de la Guerre. En fait, il dirige toute la guerre économique. Au début de la guerre, il souligne la nécessité de la distribution organisée des produits de base.

 

Il inspire la politique du Chancelier. Préjugeant de la victoire finale, il élabore un plan d'une Europe centrale dominée par l'Empire allemand. Il défend aussi l'idée d'une union douanière qui engloberait le Reich, l'Autriche-Hongrie et aussi, curieusement, la France.

 

Vers la fin de la guerre, quand les choses commencent à tourner mal, il lance un appel à la "guerre totale" au printemps 1918. En octobre 1918 il prend fermement position contre la proposition d'armistice et réclame la levée en masse.

 

Mais, dans le même temps, il souhaite une révision constitutionnelle instituant autour de la monarchie un système bicaméraliste,où les membres de la seconde chambre seraient nommés ou membres de droit. La représentation démocratique n'aurait donc existé que pour la première chambre, système plus ou moins semblable au système anglais.

 

Une fois l'Armistice signé et l'Empire renversé, il choisit de soutenir les institutions de la République de Weimar. Il en fut Ministre de la Reconstruction en 1921 et Ministre des Affaires étrangères en 1922. Toujours, apparemment sans état d'âme.

 

Comme Ministre des Affaires Etrangères, il négocie le Traité de Rapallo avec les représentants soviétiques  RAKOVSKY et JOFFE. Du point de vue allemand, il obtient deux résultats positifs: la dette de guerre est effacée et la république de Weimar peut contourner les stipulations des traités de paix (entraînement de troupes allemandes sur le territoire soviétique).

 

Pourtant c'est ce qui lui sera reproché. Il devient la cible de l'extrême-droite pour trois raisons: en tant que juif, que partisan de la république de Weimar et signataire d'un traité avec un État communiste.

 

En fait, ce qu'il veut, c'est s'opposer au chaos provoqué en, Allemagne aussi bien par les révolutionnaires d'extrême-gauche que par les agitateurs d'extrême-droite.

 

Son attitude continue à être ambiguë. Et il ne faudrait pas que, par réaction contre l'extrême-droite, on "sanctifie" en quelque sorte RATHENAU. Nous disons ci-après pourquoi.

 

Sur le plan économique, il préconise la mise en place d'une économie corporative fondée sur des chambres de métiers et d'industrie. Théorie que l'on retrouvera appliquée dans les régimes fascistes et inspirant indirectement la pensée économique nazie. Il est parmi ceux qui glorifieront le « germanisme vrai » dont il souhaite le retour. En 1919,il critique le régime parlementaire. Dans un livre, L'État nouveau, il suggère la mise en place de conseils. Et, bien qu'il soit Ministre, il critique souvent avec force la décomposition de la République de Weimar.

 

Attitude ambiguë car dans le même temps, il s'oppose aux désordres provoqués par les FREIKORPS ( Corps francs ) qui espèrent construire une nouvelle société sur les ruines de la guerre de 14-18. Les Feikorps étaient des milices formées par d’anciens officiers à la retraite, assimilés aux nombreux groupements d'extrême-droite nés après l'armistice. Ils recrutent essentiellement parmi les officiers et sous-officiers qui envisagent un retour difficile à la vie civile, et les aventuriers et les laissés pour compte, déclassés, marginaux, chômeurs...

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Tout ceci a suffisamment montré qu'il se voulait véritablement allemand. Le terme de "Juif assimilé" ne peut même pas lui être attribué: il se sent allemand à 100%. Il est cependant la cible privilégiée des discours antisémites.

 

C'était devenu intenable et RATHENAU fut assassiné par l'Organisation Consul, en 1922 et non en 1920 comme on le trouve parfois écrit.

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L'Organisation Consul (O C) fut une organisation terroriste nationaliste active durant la républque de Weimar, créée en 1920 et organisée en société secrète. L'organisation avait des ramifications dans toute l'Allemagne et compta jusqu'à 5 000 membres. Interdite en 1922,après l'assassinat de RATHENAU, elle réapparut sous la forme du Bund Wiking. Sous le Troisième Reich, ses membres furent honorés comme des « héros de la résistance nationale » (Helden des nationalen Widerstandes). C'est aussi cette organisation qui assassina le ministre Matthias ERZBERGER.

 

Un million de personnes assistèrent aux funérailles de RATHENAU. Dans un journal berlinois, on lit: « Le directeur d'une des plus grandes entreprises du monde a été tué et des ouvriers communistes sont venus pleurer sur sa tombe et maudire ses meurtriers."

 

L'assassinat de RATHENAU faisait partie d'une stratégie de l'escalade terroriste en vue de déclencher une guerre civile, de provoquer la chute du gouvernement et de susciter le soulèvement des extrêmistes de gauche. Ils auraient été le recours.



Parmi les assassins, le plus connu fut l'écrivain Ernst von SALOMON. Il fut condamné à cinq ans d'emprisonnement.

Les nazis ont exprimé leur solidarité avec les assassins et organisé le 17 Juillet 1933 une cérémonie au cours de laquelle Hitler fit un geste hautement symbolique en honorant publiquement les assassins de RATHENAU. La mémoire de RATHENAU a été mise à néant démonstrativement, la plaque sur le site de son assassinat a été retirée.

 

En 1946, le Parti libéral-démocrate d'Allemagne a fait ériger une pierre commémorative dans la Koenigsallee à Berlin-Grunewald.

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21/01/2016

Joyeuse Entrée du Roi ALBERT I° à LIEGE après la guerre de 14-18.

LIEGE 1918

JOYEUSE ENTREE DU ROI

ALBERT I°

Après la fin de la guerre, le Roi ALBERT I° procéda à des "Joyeuses Entrées " dans les chefs-lieux des diverses provinces.

La première à BRUXELLES, bien entendu, le 22 novembre 1918.

Défilé à Bruxelles le 22 novembre 1918.jpg

Voici aussi une photo de la cérémonie à LIEGE, aux "TERRASSES";

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19/01/2016

Monument aux Morts de la Verpillières ( Isère ) en France.

MONUMENT AUX MORTS DE

 

LA VERPILLIERE.

 

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Cette commune est célèbre pour son Monument aux Morts. Il fut été érigé en 1919 à partir d'un bloc de granit de 84 tonnes. Il est placé à hauteur du 529-547 Rue de la République.

 

Il s'agit d'un bloc erratique à cupules, en provenance de SAINT-QUENTIN-FALLAVIER, à proximité. 

 

Expliquons un peu ce qui en fait la particularité, pourquoi on parle d'un "bloc erratique". Un "bloc erratique" n'est pas un mégalithe ( comme les menhirs et les dolmens ). Les menhirs et les dolmens ont connu une intervention humaine, ce qui n'est pas le cas ici. Il ne s'agit pas non plus d'un bloc extrait d'une carrière et transporté à son emplacement.

 

Ils sont issus de la fonte des glaciers après la période glaciaire. Lors des phases de réchauffement climatique, le glacier, en fondant, transportait avec lui ces fragments rocheux et, en quelque sorte, les abandonnait. Ces fragments de roche ont été dénommés « blocs erratiques » parce qu'ils ils n’appartiennent pas aux terrains sur lesquels ils se trouvent.

 

Sur le plan social, on peut parler de " pierres de  mémoire ". Ces blocs erratiques ont constitué, pour la plupart d'entre eux, un objet de vénération pour nos lointains ancêtres dès le cinquième millénaire avant l’ère chrétienne.

 

A l'origine, leur fonction était d’ordre non pas funéraire mais mémoriel et social dans la mesure où l’on peut penser que le culte des ancêtres jouait un rôle important à cette période et que la pierre se rattachait à la notion d’éternité.

 

Ce qui est à souligner ici c'est que, finalement, après la guerre de 14-18, en utilisant ce bloc rocheux comme base du monument aux morts, on lui ait rendu, peut-être inconsciemment, son rôle originel.

 

Après la mise en place du bloc, fut ajoutée "La Gloire", statue du sculpteur Emmanuel FREMIET (1824-1910) offerte à la municipalité par la famille de l'artiste disparu. A noter que FREMIET n'était nullement un artiste régional, mais parisien, très célèbre de son vivant.

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Le monument aux morts de La Verpillière (Isère) a été inauguré en 1921. Il est classé monument historique par Arrêté du 29 mars 1926.

 

Emmanuel FREMIET fut le statuaire officiel de la Troisième République. Une de ses oeuvres les plus connues est sa statue équestre de Jeanne d'Arc, place des Pyramides à Paris. Il devint membre de l'Académie des Beaux-arts, en 1892 et professeur de dessin au Musée d'Histoire naturelle de Paris.

 

Quelques œuvres de FREMIET
- Chef gaulois (1863),
- Cavalier romain (1866),
- Pan et Oursons (1867),
- L'Homme à l'âge de pierre (1872),
- Jeanne d'Arc (Place des Pyramides, Paris, 1874),
- Les chevaux Fontaine de l'Observatoire (Jardin Marco Polo, Paris, 1874),
- Jeune éléphant pris au piège (Fonte de fer, Parvis du musée d'Orsay, Paris, 1878),
- Le Chevalier errant (plâtre, Palais des Beaux-Arts, Lille, 1878),
- Saint Michel terrassant le Dragon (Musée d'Orsay, Paris, 1879),
- Le Grand Condé (1881),
- Gorille enlevant une femme (1887),
- Le Dénicheur d'Oursons (Jardin des plantes, Paris, 1887),
- Velasquez (1891),
- Orang-outang étranglant un sauvage de Bornéo (Muséum national d'histoire naturelle de Paris, 1895),
- La Renommée des Arts (Pont Alexandre III, Paris, 1897/1900),
- La Renommée de l'Agriculture (Pont Alexandre III, Paris, 1897/1900),
- Saint Georges combattant le dragon (1900),

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Emmanuel FREMIET

 

 

13/01/2016

L'antisémitisme latent en Allemagne en 14-18 et après.

ANTISEMITISME LATENT EN ALLEMAGNE

avant 14-18, durant la guerre et après.

 

Dans divers articles, nous avons eu récemment l'occasion d'aborder ce problème. Il apparaît clairement, mais cela devrait être davantage développé, que l'antisémitisme n'est pas tombé du ciel avec Adolf HITLER et le Parti NAZI.

Je vous invite à relire les derniers articles: Arnold ZWEIG du 27/12/2015, l'Empire Allemand...du 04/01/2016, le Kaizer...du 07/01/2016, Emil LUDWIG du 10/01/2016.

Nous aurons l'occasion d'en reparler avec un article sur l'affaire RATHENAU.

 

La légende du « coup de poignard dans le dos » (Dolchstoss) est née et les événements révolutionnaires , Allemagne, d’octobre et de novembre 1918 ne feront qu’accentuer ce mythe.

Evidemment, l'antisémitisme prit une nouvelle expansion après l'Armistice et surtout après le traité de VERSAILLES.

Un antisémitisme radical, alimenté notamment par la guerre, est donc davantage présent dans la population dans l’immédiat après-guerre.

HITLER et le NSDAP (parti nazi) utiliseront la défaite allemande pour alimenter la frustration de la population de ce pays.

Témoignage de cette campagne cette caricature:

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10/01/2016

Emil LUDWIG, écrivain allemand antifasciste, dénonciateur des responsables de la première guerre mondiale.

 

Emil LUDWIG

de son vrai nom Emil COHN

Né le 25 janvier 1881 à BRESLAU

Décédé le 17 septembre 1948 à MOSCIA

 

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Ecrivain allemand.

Correspondant de guerre en

14-18,

critique sur l'origine de la guerre,

antinazi,

célèbre par ses biographies.

 

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Né à BRESLAU, ( WROCLAW, en POLOGNE ) dans une famille juive. Son père, Hermann  COHN est un ophtalmologue célèbre. Après avoir étudié le droit et l'histoire, il choisit la carrière d'écrivain. Baptisé en 1902, à l'âge de 22 ans, il renonça publiquement au christianisme, 20 ans plus tard, à la suite du meurtre du ministre des affaires étrangères, juif, Walter RATHENAU. Ce meurtre signifiait l'impossibilité pour un juif d'être réellement considéré comme un allemand authentique.

 

Il a débuté par quelques pièces de théâtre et nouvelles et comme journaliste. En 1906, il s'installe en SUISSE. Certains parlent d'un exil, ce qui ne paraît pas être le terme exact.

 

Lorsque survient la Première Guerre mondiale, il entre comme correspondant de guerre au Berliner Tageblatt, à VIENNE et ISTAMBUL, deux capitales alliées de l'Allemagne. Le Berliner Tageblatt paru pour la première fois le 1° janvier 1872 exista jusqu'au 31 janvier 1939, dans une édition contrôlée par la censure depuis 1933. En 1914, il tirait 245000 exemplaires.

 

Après la guerre, il retourne vivre en SUISSE. Il a commencé sa carrière littéraire en tant que dramaturge et romancier, mais il est connu à l'échelle internationale grâce à ses biographies talentueuses traduites dans de nombreuses langues.

 

Ce qui le consacra et lui valut la vindicte de l'extrême-droite allemande, c'est, en 1929, son livre "Juli 14. Den Söhnen zur Warnung " paru sous le titre français de " Juillet 1914", réédité en 2012 dans la Petite bibliothèque Payot. Ce livre fut interdit puis brûlé par les nazis. LUDWIG est parvenu à rendre vivant le récit d'un événement complexe: le déclenchement de la première guerre mondiale.

 

 

Dans le déclenchement de la guerre, il dénonce les responsabilités des Cabinets ministériels, des Etats-Majors, des dirigeants. L'Autriche-Hongrie serait le premier coupable. L'empereur aurait profité de l'attentat de Sarajevo pour relancer un empire finissant. Dans l'ordre, il place ensuite la Russie tsariste, désireuse de s'étendre; la France et l'Allemagne, pour leurs arrière-pensées, la première voulant récupérer l'Alsace-Lorraine et la seconde, profiter de sa supériorité militaire pour mettre à mal la Triple-Entente franco-anglo-russe. Il fustige aussi l'Angleterre. Si celle-ci avait rappelé dès le début son intention de soutenir la Russie et la France, cela aurait incité l'Allemagne à freiner l'Autriche. L'Allemagne a cru qu'elle n'aurait contre elle que la France et la Russie.

 

LUDWIG oppose, les classes dirigeantes européennes, soucieuses d'avancer leurs positions respectives, nationalistes mais se fréquentant et utilisant les mêmes politiques aux populations, toutes désireuses de paix, mais qu'un manque de cohésion, de volonté a rendu impuissantes.

 

Voulant dédouaner les peuples, il omet certaines vérités: l'existence du coté français de l'esprit de revanche autour de l'Alsace-Lorraine et la mentalité inculquée au peuple allemand par le militarisme prussien. Il fait preuve de naïveté quand il crédite le Kaiser, de bonnes intentions passagères là où il ne dut y avoir qu'incompétence et duplicité comme il le démontre pourtant.

 

Il s'en prend au Chancelier allemand de 1914, BETHMANN: "Nulle part la médiocrité d'esprit n'est aussi visible que dans cette phrase de bureaucrate écrite par un chancelier qui ne veut nullement la guerre comme les généraux, mais qui la voit venir et qui cependant, malgré le très net revirement de son empereur, ne bouge pas le petit doigt pour l'empêcher et ne pense qu'à se montrer assez adroit pour ne pas paraître en être responsable aux yeux du monde..."

 

De ce livre, qui est la plus terrible condamnation de la guerre, tirons deux extraits:

 

"Le mensonge et la légèreté, la passion et la crainte, de trente diplomates, princes et généraux, ont transformé pour quatre ans, par raison d'état, des millions d'êtres paisibles en assassins, brigands et incendiaires, pour à la fin ramener sur la terre barbarie, dégénérescence et misère. Aucun peuple n'a réalisé un bénéfice durable. Tous ont perdu plus qu'il n'est possible de rétablir en une dizaine d'années. Un continent étranger est devenu créditeur du nôtre. Haine et exaspération ont saisi les peuples qui auparavant rivalisaient en paix".

...............

 

 

"Aucun des innombrables êtres qui, cinq ans plus tard, après avoir perdu leurs fils et leurs époux, cherchèrent dans les écrits de leurs nations une consolation à la détresse de leur innocente patrie et la trouvèrent dans la conjuration diabolique de l'ennemi, ne devrait lire cette vérité internationale; il se répandrait en malédictions en voyant que l'être qu'il avait de plus cher au monde est mort pour rien en même temps que des milliers d'autres à cause de la légèreté criminelle de quelques comtes viennois, à cause de l'insouciance d'hommes d'état allemands, à cause de l'appétit de domination de grands-ducs russes, à cause de la faiblesse des nerfs de "cousins" couronnés - à cause d'hommes qui, dans leurs fautes et leur avidité, dans leurs vues et leurs désirs, dans leurs dons et leurs vices, ne dépassèrent jamais la moyenne et ne furent grands que dans une chose: dans les moyens qu'ils employèrent pour tromper et anéantir des millions d'êtres qui ne se doutaient de rien."

 

Dans l'entre-deux-guerres, il acquit la renommée pour la publication de ses buiographies qui mêlaient des faits historiques avérés avec de la fiction et une analyse psychologique des personnages. Ce sera GOETHE en 1920, BISMARCK en1922, NAPOLEON en 1925, Michel-Ange en 1930, et CLEOPATRE en 1937. On lui doit aussi des essais sur Rembrandt, Beethoven, et Balzac, et des études de caractère sur trois Juifs allemands éminents, Freud, Lassalle, et Rathenau. Son travail a suscité une réaction mitigée parce que ses biographies combinent fiction avec réalité et qu'il avance ses vision personnelle.

 

Parmi les autres livres de LUDWIG, on en trouve un sur Jésus,Der Menschensohn (1928), Drei Diktatoren (1939), une étude de l'abdication du roi Edward VIII (1939). Et aussi quelques ouvrages géographiques, Der Nil (1935) et  Am Mittelmeer (1923), (Sur la Méditerranée).

 

Reconnu citoyen suisse en 1932, il émigre aux USA en 1940. Devenu un ennemi irréductible du Troisième Reich, il se met au service du gouvernement américain. Il a écrit de virulents pamphlets anti-fascistes. il publie plusieurs pamphlets antifascistes dont Comment traiter les Allemands (1943). et en 1945, La conquête morale de l'Allemagne.

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Après 1945, il retourne en Suisse où il meurt, à MOSCIA, près d'ASCONA, le 17 septembre 1948.

Bibliographie ( non exhaustive )

 

 

 

Biographies

  • Goethe (1920)
  • Bismarck (1922-1924)
  • Napoléon (1925)
  • Jésus (1928)
  • Michel-Ange (1930)
  • Cléopâtre (1937)
  • Staline (1942)
  • Beethoven (1945)

Autres textes

  • The Son of Man (1928)
  • Juli 14. Den Söhnen zur Warnung (trad. litt. : « A nos fils pour leur gouverne »), titre français (1929) : Juillet 1914, réédition : Petite bibliothèque Payot (2012).
  • Entretiens avec Mussolini (1932), 
  • Chercheur d'or (1930)
  • Le Nil - Vie d'un fleuve (1936)
  • Les Allemands - Double histoire d'une nation (1941)

 

 

 

 

07/01/2016

Le Kaizer, de la grandeur à la déchéance.

Le Kaizer, de l'époque triomphale à la désolation.

 

C’est sur le territoire de la Province de LIEGE que se sont déroulés les premiers combats de la Grande Guerre, le 4 août 1914.

C'est aussi la Province de LIEGE qui vit se dérouler l’aboutissement du conflit avec l’abdication du Kaiser GUILLAUME II II à SPA, le 9 novembre 1918.

GUILLAUME II, ( Frédéric Guillaume Victor Albert de Hohenzollern ), est le troisième et dernier empereur allemand et le neuvième et dernier roi de Prusse. Il fut de 1888 à son abdication en 1918, le troisième et dernier empereur allemand et le neuvième et dernier roi de Prusse.

Légèrement infirme, suite à un accouchement très difficile qui lui valut une paralysie totale du muscle de l'épaule gauche et du bras due à une pression ou contusion des muscles et ligaments. Comme allemand "normal", il n'aurait jamais pu être militaire. Situation inconcevable pour un monarque de l'époque.

Cela marqua son caractère. Ainsi, il collectionnait les uniformes et aimait les porter. Il en changeait plusieurs fois par jour ou selon les circonstances. Par exemple, Il s'habillait en garde-champêtre pour un pique-nique, ou en amiral pour visiter un aquarium ou un navire. Il avait fait installer une selle de cheval dans son bureau et il expliquait à ses visiteurs que, grand cavalier, il préférait cela à un fauteuil. Son, infirmité l'empêchait en fait d'être un brillant cavalier.

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Quelques mots sur son règne. Il n'est pas question ici d'être exhaustif. On se bornera à quelques épisodes.

Son règne fut marqué par un changement total de la politique traditionnelle prussienne. On passa à un militarisme exagéré, aggravé par l'autoritarisme. Une compensation personnelle ?

Plus spécifiquement, il voulait donner à l'Allemagne une envergure internationale. L'empire akllemand n'existait que depuis 17 ans lorsqu'il monta sur le trône. il abandonna la Realpolitik de Bismarck pour adopter la Weltpolitik, une politique expansionniste et colonialiste et le développement d'une marine de guerre. Cela en accord avec une opinion publique demandant une politique étrangère plus active. Aussi pour concorder avec la montée en puissance des groupes nationalistes comme la Ligue Pangermaniste.

La Ligue Pangermaniste fut créée le 9 avril 1891, à la suite de la signature du traité Héligoland-Zanzibar anglo-allemand. Il s'agit de mieux soutenir les intérêts économiques de l'Allemagne. Les revendications sont d'obédience nationaliste, puis deviennent racistes et antisémites, sur fond d'expansion territoriale. Les militaires et hauts fonctionnaires composant cette ligue avaient aussi pour but l'éclatement de l'empire d'Autriche-Hongrie. En plus de l'antisémitisme, ils montraient de l'anti-slavisme.

On voit , ici, en filigrane, tous les maux futurs de l'Allemagne et, finalement du nazisme. Cette Ligue perdura d'ailleurs jusqu'en 1939, année où elle fut dissoute pour programme accompli.

Bien que connu pour sa passion pour les parades militaires et les uniformes, Guillaume II n'est pas, comme on l'a dépeint par la suite, un va-t'en guerre irréfléchi. Ainsi lors de la crise d'Agadir en 1911, malgré les attaques de la presse nationaliste, il choisit une solution négociée au conflit. Il joua un rôle modérateur dans les guerres balkaniques de 1912-1913, conseillant à l'Autriche-Hongrie de ne pas intervenir afin d'éviter un conflit austro-russe. Il encouragea également l'Autriche-Hongrie à améliorer ses relations avec la Serbie.

Début 1914, Guillaume II est loin d'encourager une solution militaire. Après l'attentat de Sarajevo, même s'il assure l'Autriche-Hongrie de son soutien inconditionnel, il espère que l'ultimatum autrichien à la Serbie permettra de trouver une solution diplomatique. Pendant tout le mois de juillet, il communique avec  Nicolas II de Russie affirmant que la paix repose dans les mains de celui-ci.

Mais, le 31 juillet, après des hésitations, le commandement militaire en la personne du général von Falkenhayn lui arrache « l'état de danger de guerre ». "Nous ne sommes poussés par aucun désir de conquête" déclara-t-il au Reichstag le 4 août 1914, jour de l'invasion de la Belgique !

 

Pendant la guerre, Guillaume II était commandant en chef des armées, mais il perdit bientôt l'autorité réelle et sa popularité en fut diminuée. Il passa la guerre réfugié à SPA où la population finit par l'appeler " Guillaume le cantonnier".

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Il est de notoriété publique qu’en 1918, l’empereur Guillaume II se promenait souvent dans les bois environnant les propriétés Peltzer, propriétés qu'il avait réquisitionnées.Le Kaiser pratiquait d’autres «activités récréatives», parmi celles-ci: la chasse au furet, la création de sentiers forestiers, l’élagage des arbres, la coupe du bois, le nettoyage et le dragage des ruisseaux, etc. C'est pourquoi il fut surnommé «Guillaume le cantonnier».

Il se distingua aussi par sa manie de préparer des pseudo-tranchées. Il s’y faisait photographier en train de combattre les Français, comme disaient les communiqués de Ludendorff. Un jour, il fit porter une grande quantité de sacs de sable sur les Fagnes, où une tranchée profonde avait été aménagée. La photographie que les journaux firent paraître portait comme titre:" l’Empereur dans les plaines de la Champagne."

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Le 10 août 1918, Hindenburg avertit l'Empereur de l'échec de la Marne et du succès de l'attaque britannique sur la Somme, que l'Autriche-Hongrie est au bord de l'effondrement et qu'on ne peut plus espérer de victoire militaire à l'Ouest.

 

Guillaume II resta calme et déclara aux militaires silencieux : "Il faut faire le bilan. La guerre doit être achevée !".

Après l'offensive victorieuse des Britanniques à Cambrai, il connut un effondrement nerveux. Il déclara: "La guerre est perdue !".

Guillaume II demanda des négociations avec Wilson pour signer la paix au plus vite. La situation en Allemagne est critique. Le peuple se soulève contre le pouvoir et veut l'abdication du souverain. Le Reichstag et même l'Armée exigent le départ de Guillaume II. De plus, les marins se révoltent les 3 et 4 novembre 1918 à Kiel. Le mouvement se diffuse dans le Nord et gagne toute l'Allemagne. Des grèves à Berlin marquent aussi la protestation contre le souverain. Guillaume II abdique le 9 novembre 1918. Lui qui séjournait encore à Spa à la veille de l’Armistice rejoignit les Pays-Bas restés neutres, totalement désabusé et trahi à la dernière minute par ses propres troupes.

L'Empire allemand a été créé par une guerre victorieuse, il s'effondre avec la défaite...

Guillaume II se retira de la scène publique, n’attendant rien de la République de Weimar lâchant.

À l'issue de la guerre, il est désigné par les puissances alliées comme le principal responsable du conflit. Le Traité de Versailles, article 227 l'accuse personnellement d'« offense suprême contre la morale internationale et l'autorité sacrée des traités ".

On pense, après le Traité de Versailles, à juger l'ex-Empereur, accusé d'être la principale cause du conflit 1914-1918. Mais on abandonne cette hypothèse, les Alliés étant divisés.

 

Son exil en Hollande dure près de 23 ans. Il s'installe le 15 mai 1920 dans un petit château de la fin du XVIIIe siècle à Doorn, qu'il a acquis en août 1919 et qu'il a fait entièrement rénover, isolé du monde extérieur par son entourage et un cérémonial à peine simplifié. Il espérait, du moins jusqu'en 1934, une restauration monarchique, nourrissant sa rancoeur à l'égard de ceux qu'il est estime être responsables des échecs de son règne, persuadé d'être une victime, un héros chrétien ayant tout perdu, sauf l'honneur, convaincu de son talent exceptionnel.

Il condamna fermement, malgré ses convictions antisémites, les lois antijuives des nazis.

Lors de la nuit de Cristal en novembre 1938, il dit : « Pour la première fois, j'ai honte d’être Allemand »

Il n'approuva pas l'invasion de la Pologne, ni l'invasion des autres pays européens. Mais lorsque la France, reconnaissant sa défaite, sollicita l'armistice, il envoya un télégramme de félicitations à Hitler. Il pense que c'est la revanche de 1918

 

Mais il ne connut que les succès allemands. Malgré une excellente santé pour son âge, il est pris d'un malaise le 1er mars 1941 alors qu'il coupe du bois. Après une amélioration, il subit une nouvelle attaque cardiaque et meurt le 4 juin 1941, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, quelques jours avant l'attaque allemande sur l'URSS

Hitler avait ordonné, fin mai, de préparer ses funérailles nationales, mais la famille décide de respecter l'ordre dicté à Noël 1933 par Guillaume II, qui prévoit son inhumation à Doorn, sauf en cas de restauration de la monarchie.

L'enterrement a lieu le 9 juin devant une large assemblée de membres de la famille, venus en train spécial. Le Kaiser avait demandé que des symboles nazis ne fussent pas portés lors de ses funérailles, ce qui ne fut pas respecté. Il reçut à ses funérailles les honneurs militaires allemands.

Certains de ses fils furent mobilisés sous Hitler et deux d'entre eux, dont le Kronprinz, furent nazis.

 

 

06/01/2016

L'Allemagne et la France: en 1871 et en 1914.

RIVALITES DE FRONTIERES ENTRE L'ALLEMAGNE ET LA FRANCE.

Tout d'abord, la frontière, contestée par la FRANCE, entre 1871 et 1914.

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Ensuite, la situation fin 1914 ( résultat de l'avance allemande.

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