21/12/2012

HERSTAL: MONUMENT AUX MORTS ET MONUMENTS COMMEMORATIFS.

Nous parlerons, aujourd'hui, uniquement des Monuments situés Place de la LICOUR.

Voici d'abord le Monument aux Morts.

Face avant:

 

 

 

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La face regardant l'Eglise Notre Dame de la Licour.

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L'autre face latérale.

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A l'arrière-plan de la Place, le Monument commémoratif dédié aux Armées Alliées.

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Sur le côté gauche, une plaque en pierre de

 taille dédiée aux Armées Américaines:

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Sur le côté droit, une plaque identique dédiée plus généralement aux combattants et résistants alliés.

 

 

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Enfin, a été ajoutée, une plaque métallique en l'honneur de la 3° Division Armée Américaine.

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Enfin, au pied d'un arbre séculaire, cette plaque dédiée aux Prisonniers.

Plaque de type "Rocher"

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20/12/2012

PRIX " SOUVENIR ET CIVISME " ( WAREMME ): " La connaissance du passé peut-elle être un instrument de notre liberté ?"

Ce prix, annuel, récompensant un travail d'élève d'un école de WAREMME a été attribué à une élève de l'ATHENEE ROYAL de WAREMME: Marie BUCCI

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09/12/2012

SOUVENIRS DE GUERRE: CHAPITRE III

 

CHAPITRE III. LIERS ET HALLEMBAYE.

 

Camionette.jpgPendant que l'arrière-garde fermait les obstructions et faisait sauter les dernières destructions, notre bataillon de gardes-frontières rejoignait ses nouvelles positions. Nous faisons route vers LIEGE.

 

Avant d'entrer dans la Cité Ardente, nous attendons l'arrière-garde qui doit nous rejoindre dès que sa mission sera terminée. Durant cette halte notre lieutenant nous donne la raison d'être de notre repli. Le grand Quartier Général avait été informé que l'armée allemande contournant la ligne de défense de LIEGE et des environs portait son effort vers le LIMBOURG. Notre direction devait donc être le LIMBOURG.

 

L'arrière-garde nous rejoint et à ma grande joie nous passons par le Centre de LIEGE. LIEGE est la ville que j'habite et dans des moments aussi angoissants on doit comprendre combien il est bon de revoir son pays.

 

Et puis, peut-être aurai-je la chance de rencontrer mes parents ou de prendre de leurs nouvelles. Nous arrivons Place Saint-Lambert et alors que ma camionnette prenait le virage de la Rue de Bruxelles, j'entends qu'on m'appelle. Je reconnais la voix de mon père qui m'avait reconnu sous mon casque. J'aurais voulu pouvoir l'embrasser, peut-être encore une dernière fois, mais impossible, la colonne continuait sa marche et, comme j'étais seul chauffeur de l'auto, je ne pouvais l'abandonner.

 

Avoir vu mon père de si près et ne pouvoir m'entretenir un moment avec lui avant de reprendre le combat était pénible. Mais en montant la Rue de l'Académie, j'aperçois mon frère aîné qui courait vers moi, il monte sur le marche-pied et je le questionne, j'étais avide de nouvelles. On va passer par notre quartier. A cinq cent mètres de la maison, la colonne s'immobilise. Mon frère court et va avertir les miens.

 

Cinq minutes après, j'aperçois ma pauvre petite maman au bras de mon frère. Notre rencontre fut bien émouvante. Se retrouver ainsi en pleine guerre sans savoir si nous nous reverrions encore !

 

Elle me demanda si j'étais en danger, si je n'avais pas froid, si je n'avais pas faim. Elle me posa enfin toutes les questions que poseraient toutes les mamans. Je la rassurai sur mon sort en mentant quelque peu, je lui certifiai que je ne prendrai pas part aux combats.

 

Quand une maman voit ainsi un de ses fils en danger, plus rien pour elle n'existe au monde. Elle a devant elle ce fils qu'elle a mis au monde, qu'elle a élevé jusqu'à l'âge de vingt-six ans et qu'elle n'a même plus le droit de retenir. Ce sacrifice que le pays demande aux mamans est terrible. Chez moi, c'est six fois que la patrie a imposé cet holocauste à notre maman, nous étions six garçons et tous les six étions en âge de servir.

 

Cette demi-heure que je passe avec les miens me réconforte, la colonne reprend sa marche, j'embrasse une dernière fois ma mère et mon frère. Nous passons devant la maison. Adieu maman, vous reverrai-je encore ? Dieu seul le sait.

 

Et nous arrivons enfin à LIERS où nous prenons cantonnement pour la nuit. Nous nous installons et préparons notre couchage. Peut-être pourrons-nous dormir ?

 

Mais notre Etat-Major établit ses dernières positions de défense ; nous déchargeons la camionnette et classons les munitions par ordre pour le lendemain. Le travail terminé, je circule dans le cantonnement et me rend ainsi compte du moral de nos soldats. J'en fus stupéfait, la camaraderie de guerre existait déjà chez eux et ils racontaient des histoires gaies. Une demi-heure après, je rejoignais mon camion où je me fais un lit et me couche pour prendre quelques heures de repos.

 

Mais la nuit fut agitée, plusieurs fois, je fus réveillé par de formidables détonations. C'était énervant et lugubre. Etait-ce notre artillerie qui tirait ou l'artillerie de l'ennemi ?

 

A cinq heures du matin, le premier chef s'amena pour prendre possession des armes et des munitions. La distribution se fit entre six et dix heures du matin, mais elle fut plusieurs fois interrompue par les avions qui vinrent bombarder et mitrailler les fermes où nous étions cantonnés. Ce fut là que pour la première fois, je pus me rendre compte du désarroi que cet arme pourrait occasionner et pourtant, ce n'était rien vis-à-vis de ce que nous allions vivre.

 

A deux heures de l'après-midi notre commandant reçoit l'ordre de se porter en avant. La compagnie se rassemble et prend la direction de HOUTAIN-ST-SIMEON.

 

Arrivés dans ce petit village, nos hommes se répartissent entre les fermes et se restaurent. Nous, le charroi, prenons position dans un verger et camouflons nos camions. Une heure après, on repart et cette fois pour prendre part au combat.

 

Nos camarades montent à vélo. Quant au charroi, il doit rester sur place, à l'exception de ma camionnette « Josephine » promue au premier rang de char de combat. Je dois me tenir continuellement en contact avec les troupes pour les ravitailler en munitions.

 

Arrivés sur les lieux de combats, notre aumônier vint me trouver et m'apprit que dans une heure ou deux le régiment des gardes-frontière allait livrer la première bataille. On avait reçu l'ordre de repousser l'ennemi qui s'était infiltré par des ponts qui malheureusement n'avaient pas sauté.

 

C'est alors que je vécus une scène très simple mais combien émouvante. Notre aumônier qui était entouré de soldats, qui les uns après les autres venaient s'agenouiller devant lui. Ces soldats déjà braves dans les premiers jours de guerre voulaient mourir en bons combattants. Nous allions subir le baptême du feu. Eh bien, alors nous narguions le danger et méprisions la mort.

 

Mes camarades se portèrent tous en avant et toute la compagnie s'engagea dans le combat du Thier de HALLEMBAYE, combat qui fut pour nous très meurtrier, très dur et très démoralisant. Nos officiers en tête, les différentes compagnies se dirigent vers VISE.

 

Arrivés à la crête du Thier de HALLEMBAYE, elles se déploient. Un groupe d'éclaireurs part pour prendre connaissance du terrain. Au moment où nous recevons l'ordre de nous porter en avant, arrive une escadrille de dix-huit à vingt avions. Elle se partage en deux et, penCamionette.jpgdant plus de deux heures, nous subissons un bombardement effroyable. Nos soldats sont pris de panique et les officiers ont toutes les peines à les maintenir. Notre major réclame l'aide de l'aviation belge. Peine perdue, pas un seul appareil ne vint à la rescousse.

 

Après cette tourmente et ce fracas, j'avance ma camionnette vers la crête et je charge les blessés sur les caisses de munitions. Parmi ceux-ci se trouve le Major VIATOUR qui avait montré jusqu'à présent un courage héroïque et un admirable sang-froid.

 

Je ramène un de mes amis qui était devenu complètement fou, j'aurais voulu également reprendre le corps du sergent BAUDELOT mais là n'était pas ma mission. Les habitants du village nous promirent de lui assurer une sépulture convenable.

 

C'est là que nous avons assisté à une boucherie occasionnée par un bombardement par avions. Nous étions tous comme des ivrognes. Nos chefs, sans perdre courage, rassemblent leur compagnie, se mettent à leur tête et continuent leur avance vers VISE.

 

De mon côté, après avoir déposé les blessés, je remonte dans ma camionnette et vais rejoindre la compagnie. Alors que je descendais le Thier, j'entends au dessus de moi, un bruit formidable. Je m'arrête, à ce moment un sifflement suivi d'une explosion se font entendre. Je me cache instinctivement derrière le tablier du camion. J'attends quelques minutes, je me relève avec précaution, je sors de la voiture et en fais le tour comme un automate. J'étais entouré de fumée et de poussière. Que sont devenus les deux soldats qui m'accompagnaient ? Comme un fou, je me précipite dans une maison située juste en face et que vois-je ? L'un de ceux-ci se remettant de ses émotions...à l'aide d'une bouteille de genièvre qu'il venait de trouver sur la table. Il me fait asseoir, me passe la bouteille dont je vide une bonne moitié. Ceci me remet sur le champs et, avec mon coéquipier, nous refaisons le tour de notre « Joséphine ». Elle n'avait pas bougé ; pas de dégâts, sauf les vitres, et, son moteur tournait toujours !

 

Nous cherchons le troisième larron et le retrouvons, couché dans le fossé, blessé à la tête. De nouveau, nous repartons à l'arrière avec le blessé, puis revenons rejoindre la compagnie ; mais il m'est impossible de descendre plus bas que mon premier arrêt. La torpille était tombée sur la route à une cinquantaine de mètres de mon radiateur et avait creusé un trou capable d'y mettre un gros camion. J'attends une bonne heure et, comme la nuit approchait, je me vois obligé de rejoindre notre charroi.

 

De là, j'assistai au premier repli des régiments de ligne qui devaient tenir le Canal Albert. Quand je revois cette retraite de soldats qui, pendant plus de dix)huit heures avaient subi un effroyable bombardement, vivant ainsi des heures infernales, il me semble assister à une sortie d'aliénés qu'on aurait lâchés tous ensemble. Ils passaient devant nous, criant et pleurant. Il y en avait sans veste, d'autres sans souliers, presque tous sans armes. Impossible de leur adresser la parole. Ils ne répondaient qu'un mot : «  Ah. N. De D. ! les salauds !! »

 

Quand les derniers furent passés, notre régiment reprit son avance mais avec plus de précautions, car à ce moment nous arrivions en première ligne.

 

La nuit du onze mai était tombée, nos soldats prirent position et attendirent l'ennemi. Ce ne fut pas long. A l'aide de fusées blanches, il avance, mais les nôtres l'accueillent avec un feu de mitrailleuses bien nourri. Notre observateur demanda un tir d'artillerie de nos forts pour établir un barrage. Ce fut très bien fait et le tir très précis.

 

Vers deux heures du matin, le secteur était rentré dans le calme, de temps en temps, pour nous tenir en éveil, un obus de nos forts. Et ainsi, nous avons attendu le lever du jour.

 

Pendant toute la nuit, nous n'avions reçu aucun ordre. Notre lieutenant BOULANGER qui remplissait les fonctions de commandant de compagnie et qui, pour le surplus remplaçait le major blessé envoya à l'Etat-Major un motocycliste qui lui servait d'agent de liaison.

 

Une heure après, celui-ci nous revint tout abasourdi. Il n'y avait plus personne dans les bureaux. Tout le monde était parti ! Pendant donc que nos soldats maintenaient leurs positions, notre poste de commandement avait disparu. Celui-ci avait été repéré par l'aviation ennemie et bombardé. Le lieutenant se voyant ainsi isolé donne à ses risques et périls l'ordre de repli sur LIERS. Arrivés dans ce village, où plusieurs maisons brûlaient, nous recevons l'ordre de retraite à toutes les troupes défendant le Canal Albert.

 

Nous devions nous rendre à HANNUT. Arrivés à ANS, notre colonne se partage en deux. L'une s e dirige vers SAINT-TROND, l'autre vers HANNUT par BIERSET. La camionnette eut la bonne idée de prendre la direction de BIERSET car tous ceux qui se dirigèrent vers SAINT-TRONDE furent arrêtés à OREYE qui était déjà occupé.

 

A HANNUT, nous retrouvons notre Etat-major. Il nous attendait avec inquiétude. Notre colonel certifia avoir envoyé un agent de liaison . Celui-ci était revenu en disant que plus personne ne se trouvait sur les positions. Nous n'avons jamais revu cet agent de liaison.

 

Pendant que nous donnons ces explications au Colonel, un nouveau bombardement se déclenche sur HANNUT. Il déclenche une telle panique que tous les soldats se dispersent dans tout le pays. Les uns sont partis sur BRUXELLES, les autres vers MONS et nous vers CHARLEROI.

 

Je continuai donc le repli en direction de CHARLEROI , mais arrivé à NAMUR, fatigué par vingt-neuf jours d'auto, je m'endors au volant. Trois heures plus tard, je suis réveillé par un bombardement. Depuis trente heures « Joséphine » a été bombardée six fois : ANS, BIERSET, HANNUT, NAMECHE, et deux bombardements à NAMUR ! Je reprends la route de CHARLEROI avec cinq soldats que j'avais chargés en route et nous nous arrêtons à CHATELET où des parents nous accueillirent avec empressement. Enfin, nous pourrons prendre quelques heures de repos ! Je suis tellement déprimé, fatigué et sale que mon cousin ne m'avait pas reconnu. Cette halte nous fit reprendre courage. Le défilé des troupes françaises nous apporta du réconfort.

 

Quatre heures plus tard, après avoir fait honneur à la table de mon cousin, après nous être lavés, rasés, nettoyés, nous repartons en direction de MONS ; nous roulons toute la nuit. A MONS, nous attendons six heures, pendant lesquelles nous cherchons le lieu de rassemblement de notre régiment. Enfin, nous apprenons que les gardes-frontière doivent se rassembler à WEMMEL, près de BRUXELLES où nos chefs reformeront les troupes les compagnies en route !

 

Nous sommes le mardi matin 14 mai. Nous partons de MONS, mardi après-midi et arrivons à BRUXELLES le mardi soir. Notre Etat-Major nous vit revenir avec joie. Il nous croyait perdus ou abandonnés. En effet, en partant de LIERS, il ne nous restait plus que dix litres d'essence. Mais comme tout soldat belge qui se respecte, nous avions tiré notre plan et « Joséphine », en cours de route, avait fait son plein d'essence.

 

Je conduisis le camion dans le préau d'une école où nous pûmes enfin prendre une nuit de repos. C'était la première depuis le début des hostilités ! Le lendemain, pendant toute la journée, les gardes-frontière arrivèrent de tous les coins du pays et chaque militaire qui revenait était accueilli avec enthousiasme.

 

A six heures du soir, on nous fait savoir que nous sommes libres jusqu'au lendemain matin. J'en profitai pour me rendre à BRUXELLES où je rendis visite à des amis. Ces braves gens ne savaient que faire pour me donner du courage, mais je n'oublierai jamais leur affectueuse réception. Le jeudi matin, les deux tiers du régiment avaient rejoint le lieu de regroupement. Nos chefs en manifestèrent la plus vive satisfaction.

 

A midi, il ne manquait que cent et vingt hommes. L'Etat-major en informa le Grand-Quartier-Général, qui décida de nous envoyer en première ligne. A trois heures de l'après-midi, notre Colonel ayant fait savoir que nous étions prêts, un ord

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28/11/2012

SOUVENIR DE GUERRE. CHAPITRE II

Chapitre II. PEPINSTER.

 

Camionette.jpgLe poste d'un de nos sergents se trouvait au-dessus de la colline, il devait de là, avec sa mitrailleuse légère battre toute la route.

 

Pour ne pas être repéré par l'aviation, nous empruntons le chemin qui surplombe la vallée. Large sentier pour cyclistes et piétons. Avec la camionnette, nous partons à l'assaut de la colline. La côte était très forte et le moteur du camion très faible !

 

Cette camionnette, je ne l'ai pas encore décrite mais si vous vous représentez ce qu'est un vieux camion FORD qui sert à un marchand de lait pour faire le « porte à porte » vous aurez une image assez exacte de ce genre de charroi. Et pourtant en a-t-elle accompli des exploits ! Brave « Joséphine », va !

 

En première vitesse elle arrive péniblement au sommet de la côte, à tel point qu'elle soufflait comme une locomotive. Nous déchargeons les munitions et prenons le chemin du retour. Monter avait été relativement facile, mais redescendre devenait dangereux. Nous arrivons à l'endroit où la route est en équerre. Au côté gauche, un précipice et je devais faire double manoeuvre pour prendre le tournant. A ce moment, je m'aperçois que mes freins n'ont plus d'efficacité. Je freinais à fond et le véhicule poursuivait sa course !

 

Je prends mon frein à main, je tire...même résultat ! Trois mètres nous séparent du bord, deux mètres, un mètre, cinquante centimètres. D'en bas les soldats qui nous regardaient fermaient les yeux pour ne pas voir la catastrophe. J'avais l'impression que les roues de devant oscillaient dans le vide. L'adjudant HENKAERTS prend le frein à main que je tenais déjà et tire de toutes ses forces. Je revois sa figure, et, je ris encore : son visage était crispé et de son front abondamment coulait la sueur. Comme par miracle la voiture s'arrête.

 

Nous nous regardons, poussons un soupir de soulagement, mais nous veillons à ne pas lâcher les freins. A l'aide de mon talon, je parviens à remettre la voiture en marche, j'introduis la marche arrière, je débraye et le camion fait un formidable bond en arrière. J'oblique à droite, j'arrête et descends du véhicule pour me remettre de cette émotion. Quelques instants plus après, nous reprenons la descente et rejoignons l'Etat-Major du régiment qui nous attendait sur la grand-route de VERVIERS.

 

Voici donc installés à leur poste tous nos soldats qui, avec les chefs attendent les ordres. Pendant ce temps une file interminable de réfugiés passait entre nos lignes. Notre Etat-Major manifestait une grande inquiétude. Si jamais l'ennemi perçait cette colonne de réfugiés, que devrait-on faire ?

 

Notre mission était de prendre contact avec l'ennemi et le nombre de réfugiés au lieu de diminuer ne faisait que s'accroître. Sur la route de VERVIERS la circulation était tellement dense que les voitures avaient peine à se frayer un passage. Derrière nous , le génie opérait ses destructions. Cette image des premières heures de la guerre était effrayante et pourtant qu'était-elle auprès des horreurs que nous allions voir les jours suivants !

 

Pendant cette fuite inconsciente, nos soldats attendaient avec impatience le moment où la parole aurait été donnée à leurs armes. Mais une heure plus tard, nous recevions des ordres qui nous stupéfièrent : les fortifications, cette ligne de défense sur laquelle tout le pays comptait pour arrêter l'invasion, ce mur que l'on avait dit infranchissable, ces défenses que nous avions voulu tenir pour montrer au pays et au monde combien nous aimions que l'on respectât notre neutralité, tout cela, on nous ordonnait de l'abandonner sans combat !

 

Notre major et nos chefs n'y comprenaient rien. Mais puisque nous devions partir, que les ordres étaient ainsi donnés, avec discipline nous les avons exécutés.

 

Nos soldats, la mort dans l'âme, quittèrent leurs abris...emportant les armes et les munitions et on recharge ma camionnette. En bon ordre nous rejoignons l'endroit que le Grand Quartier Général nous avait assigné.

 

Déjà cependant la méfiance se manifestait. Nos gradés s'en étant aperçus, circulèrent dans nos rangs et nous demandèrent de faire confiance à nos supérieurs, plus tard nous saurions la pourquoi de cette manoeuvre ; C'est ainsi que quelques heures plus tard nous apprenions la justification de cet abandon avec prière de la lire aux soldats.

 

Ainsi finit pour nous la première partie de la guerre. Qu'est-ce que l'avenir nous réservait ? Dans les chapitres suivants vous allez vous en rendre compte.

 

Nous sommes le dix mai à quatre heures de l'après-midi ;

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25/11/2012

MAURICE GAUCHEZ: ECRIVAIN, COMBATTANT et RESISTANT, PATRIOTE ET TEMOIN ENGAGE.

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Maurice GAUCHEZ

Né Maurice GILLES

CHIMAY le 31 juillet 1884

BRUXELLES le 24 novembre 1957

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Avec Maurice GAUCHEZ, on aborde un chapitre mal connu de l'histoire de la littérature française de BELGIQUE. Les écrivains de guerre français influencèrent leurs collègues belges du front. L'Association des Ecrivains Combattants Belges fut créée. On retrouve GUACHEZ à l'origine de cette association de même qu' au « Cercle Artistique et Littéraire des Invalides » et à « (l') Association des Ecrivains et Journalistes Combattants de Belgique ».  Associations maintenant complètement tombées dans l'oubli.

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Maurice GAUCHEZ est né à CHIMAY, le 31 juillet 1884 dans une famille d'enseignants. Son grand-père est Inspecteur Général de l'Enseignement Moyen. Son père est professeur de mathématiques. Ce dernier obtient sa mutation pour ANVERS, à l'époque l'enseignement secondaire en Flandre se donnait en français. C'est ainsi qu'il a passé une partie de sa vie à Anvers, ville où il fixe le décor de plusieurs de ses romans. Il y fréquente l'Athénée Royal et y termine ses humanités.

 

 

 

Il fait ses premiers pas très tôt dans la littérature, dès l'âge de quinze ans. Ses premiers poèmes sont publiés dans le « Bulletin de la Fédération des élèves des Athénées ». A seize ans, le journal anversois francophone,  « Le Matin », publie un de ses articles.  Bientôt il manifesta une boulimie de travail qui ne le quitta jamais. On pourrait l'appeler un hyperactif de la littérature. A dix-neuf ans, en 1903, il fonde « La Jeune Revue ». Bientôt, paraît son premier essai intitulé « La Poésie symboliste ».

 

 

 

Sa famille n'apprécie guère, on se sait pourquoi, qu'il signe ses premiers essais littéraires sous son nom de famille ( GILLES ). Elle lui adressa une lettre lui enjoignant d'utiliser un pseudonyme. Il trouva celui-ci par hasard, en 1906. Se présentant chez l'ingénieur en chef de la ville de Bruxelles en tenant un document à la main gauche, ce dernier lui demanda s'il était gaucher. Il eut alors une inspiration: il signerait ses œuvres du nom de Maurice GAUCHEZ, avec un z.

 

 

 

En 1908-1909, il est le secrétaire de la revue « Le Thyrse ». A l'époque, il travaille un moment à la CGER. Dès lors et jusqu'en 1914, il ne cesse de publier poèmes, essais, monographies et critiques littéraires: « Symphonies voluptueuses » en 1908,  « Le livre des masques belges »en 1911, « Images de Hollande. La louange de la terre » en 1911 également et, en 1912, « Paysages de Suisse. La louange de la terre » ainsi que « Les poètes des gueux, anthologie du XIIe siècle à nos jours ».

 

 

 

Le 3 août 1914, sa vie prend une autre tournure. Il s'engage comme volontaire et est versé dans les auto-canons. Il fit preuve d'une grande bravoure. Éclaireur, il est fait prisonnier et condamné à mort mais il parvient à s'évader et à rejoindre le front de l'Yser. Il est blessé et gazé à plusieurs reprises, ce qui l'amène à séjourner dans un sanatorium. Mais la guerre ne l'empêche pas de se consacrer à la littérature. Durant ces quatre années, il écrit et publie deux volumineux recueils de poèmes de guerre qui seront primés, « Les rafales » en 1917.

 

 

 

Il publia, à Paris, dès 1915, le premier reportage de guerre de Belgique, sous le titre « De la Meuse à l'Yser: ce que j'ai vu ».Il y raconte, comme un correspondant de guerre, tout ce qu'il a vu ou vécu lui-même: des anecdotes, des souvenirs personnels, des renseignements glanés par ci par là, sa capture, son évasion, les batailles, les exécutions d'espion, les détrousseurs de cadavres...Malheureusement, voulant glorifier l'armée belge, il tombe dans l'exagération épique. Par exemple, il dit que, devant les Forts de LIEGE, « les cadavres d'Allemands s'entassaient jusqu'à deux ou trois mètres de hauteur » ! Sinon, pour la plupart, il reflète la situation exacte.

 

En 1917, il écrit « La glorieuse retraite » œuvre tirée de ce premier ouvrage. Ce sera son vrai premier roman.

 

 

 

Après l'Armistice, il rentre à Anvers et entre au « Matin » comme critique littéraire. Il devient professeur de rhétorique française au Lycée d'Anvers et de Littérature à l'Académie royale des Beaux-Arts. Il se voulut rassembleur, il fonda le groupe « La Renaissance d’Occident », créa la revue du même nom et une troupe de théâtre, « Les œuvriers de la Renaissance d’Occident ».  « oeuvriers », néologisme bizarre!

 

 

 

Il se consacre surtout au roman, sans abandonner la poésie. « Cacao », son premier roman, paraît en 1925 et connaît le succès. Il sera suivi de beaucoup d'autres, quasiment un par an, s'inspirant notamment d'Anvers et de sa région natale, Chimay. À l'époque, il collabore au « Soir ». Il devient professeur de littérature française de Belgique à l'École de musique d'Ixelles. Il déménage à Bruxelles en 1929. Il donne cours dans de nombreux établissements (Institut des Journalistes, École provinciale des bibliothécaires du Brabant, cours public de la ville de Bruxelles, École normale Charles Buls ). Il continuera après la guerre.

 

 

 

En 1936, il écrit « VDG » ( initiales de Volontaires de Guerre ). Lui-même, volontaire de guerre et invalide, y expose le calvaire physique et moral d'un volontaire de guerre, gravement blessé dans les tranchées et rentré chez lui manchot et borgne. C'est un récit poignant où il décrit les difficultés de réadaptation de ces soldats: le ménage qui se défait, les beaux-parents qui le maltraitent, ses parents qui insultent leur bru, la tentation du suicide et l'esprit de haine et de revanche. Il traite là d'un sujet bien réel vécu par beaucoup de rescapés mais qui fut caché car cela allait à l'encontre des discours patriotiques. En 1938, il renoue avec les souvenirs de guerre avec le roman patriotique « Tignasse » situé dans le bouleversement de l'exode d'août 1914.

 

 

 

Pendant le conflit de 40-45 , il se fait plus discret tout en rejoignant la résistance. En souvenir des ces années, il publie en 1948 un roman-fleuve en cinq tomes « Quand soufflait l'ouragan ». Cet ouvrage monumental fut conçu durant les années de guerre. Il le dédie « En souvenir des écrivains anciens combattants 1914-1918, 1940-1945 et de la Résistance tombés pour la patrie et la Liberté...». Le premier, « La ville nue », décrit l'exode des réfugiés et l'atmosphère de panique du début de l'invasion. Dans «  La geôle et V.V.V. », il dépeint la vie difficile des années de guerre où, malgré tout, on se raccroche à l'espoir. « L'armée du maquis » écrit durant l'été 1943 évoque la résistance active. « On les a eus », terminé en octobre 1944 décrit le soulagement et la joie qui suivit la victoire. Il clôtura ainsi sa carrière littéraire.

 

 

 

Au fil de celle-ci, il reçut divers prix: le Prix des Indépendants pour son poème « Ainsi chantait Thyl », le Prix De Kein et le Prix Michaut pour son Histoire des lettres française de Belgique, le Prix Bouvier-Parvillez pour son roman Le Baron des Robaux.

 

 

 

Mais au début des années cinquante, on commence à l'ignorer. Aujourd’hui son souvenir et celui de ses entreprises s’est totalement estompé. A tort, pour certaines de ses œuvres en tout cas. Pourtant s'il est une qualité que l’on ne peut dénier à GAUCHEZ, polygraphe et animateur, c’est d’avoir été toute sa vie doté d’une gigantesque puissance de travail soutenue par un enthousiasme débordant. « Travailler semble être sa devise » note en 1923 Fernand DEMANY, jeune écrivain de l'époque aujourd’hui aussi oublié, figure emblématique de la Résistance et futur ministre communiste après 1945.

BIBLIOGRAPHIE


 

Poèmes
  • Simples croquis, 1907, Bruxelles, éditions Lamertin, 1907
  • Jardin d'adolescent, Paris, éditions Sansot à Paris, 1907
  • Symphonies voluptueuses, éditions Larcier, 1908
  • Images de Hollande, la louange de la terre, Bruxelles, éditions Lamberty, 1911
  • Paysages de Suisse, la louange de la terre, Bruxelles, éditions Lamberty, 1912
  • Les Rafales, Paris, éditions E. Fignière, 1917
  • Ainsi chantait Thyl, Paris-Zurich, éditions G. de Grès, 1918
  • L'Hymne à la vie, Bruxelles, La renaissance d'Occident, 1920
  • Tous mes désirs sont les tiens, Bruxelles, éditions de la Fourmi, 1925
  • Chansons humaines, Anvers, éditions Buschmann, 1925
  • Les Muscles d'or, Bruxelles, La renaissance d'Occident, 1930
  • La Tempête, Office de la publicité, 1944
  • Le Zwin, Bruxelles, La renaissance d'Occident, 1951
  • Brume sur la vie, Bruxelles, La renaissance d'Occident
Romans
  • Cacao, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1925
  • La Maison sur l'eau, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1926
  • Le Réformateur d'Anvers, Anvers, éditions Burton, 1928
  • Le Roman du grand veneur, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1929
  • La Servante au grand cœur, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1931
  • L'Émigrant, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1933
  • Le Baron de Robaux, Bruxelles, éditions Labor, 1933
  • Marées de Flandre, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1935
  • Au cœur des Fagnes, Spa, Les Cahiers ardennais, 1935
  • V.D.G. volontaire de guerre, Bruxelles, Union des Fraternelles de l'Arme de Campagne, 1936
  • Le Démon, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1937
  • Tignasse, Louvain, éditions Negger, 1938
  • Par dessus les moulins, Louvain, éditions Negger, 1938
  • Hôtel de la paix, Bruxelles, éditions Labor, 1938
  • La-Grange-au-Bois, Florenville, éditions Braconniers, 1939
  • Max Harry, vedette, Librairie des combattants, 1940
  • Les Espions du ciel, Bruxelles, éditions de l'Étoile, 1942
  • L'Aventure sans envergure, Bruxelles, Les Auteurs associés, 1943
  • Quand soufflait l'ouragan, roman en 5 tomes (La Ville nueLa Geôle sous le soleilL'Armée du maquisV.V.V. et On les a eus), Bruxelles, éditions Wallens Pay, 1948
Autres
  • Émile Verhaeren, monographie, Bruxelles, éditions Le Thyrse, 1908
  • Le Livre des masques belges, gloses et documents, Mons, La Société nouvelle
  • Les Poètes des gueux, ontologie du Modèle:S-XII à nos jours, Paris, éditions Michaud, 1912
  • De la Meuse à l'Yser, ce que j'ai vu, témoignage de l'auteur, Paris, éditions A. Fayard, 1914
  • Histoire des lettres françaises de Belgique, des origines à nos jours, Bruxelles, La Renaissance d'Occident, 1922
  • Romantiques d'aujourd'hui, essai, Bruxelles, La Renaissance d'Occident, 1924
  • Thyl, comédie en 4 actes, en vers et en proses, Bruxelles, La Renaissance d'Occident, 1927
  • À la recherche d'une personnalité, essai sur des écrivains belges, Bruxelles, La Renaissance d'Occident, 1927
  • Tanchelin, légende historique, Anvers, éditions Imcomin, 1935
  • Tristantout, Nouvelles, Louvain, éditions Lovanis, 1937
  • L'Entre-Sambre-et-Meuse, essai, Bruxelles, Office de publicité, 1941
  • Camille Lemonier, essai, Bruxelles, Office de publicité, 1943

 POEMES DE GUERRE.

 

 

Les gaz

 

 

 

 

 

 

Le carnaval de mort se chante à grands éclats

 

Le carnaval lugubre à l'haleine empestée

 

 

Le carnaval de haine et de rage entêtées

 

 

Serpente au long des champs dans les Flandres, là-bas...

 

 

 

 

 

 

 

Les enfants du sol clair respirent sous leurs masques;

 

Les visages n'ont plus ni formes, ni ferveur;

 

 

D'atones verres blancs sans regard, sans ardeur,

 

Ouvrent des yeux de monstre à l'ombre de grands casques.

 

 

 

 

 

 

 

On fête la laideur d'un affreux cauchemar

 

 

Des spectres délirants et sans nez gesticulent

 

Une brume de Sabbat autour d'eux monte et fume

 

Des yeux ternes et blancs se recherchent hagards.

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est la folie éparse aux plaines de la Flandre

 

Une sinistre joie abrutit l'avant-soir

 

 

Des klaxons crécellent hurlent du désespoir

 

 

Et les hommes sont bruns et comme enduits de cendres

 

 

 

 

 

 

 

Les vapeurs de l'ivresse et les souffles du vent

 

Sur ce mardi-gras veule et ses sinistres masques

 

Sur ces groupes sans noms de groins noirs et de casques

Planent puis vont vers les lointains, étrangement.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le carnaval des gaz se chante à grand vacarme

 

La mitrailleuse rit son fou, rire de mort

 

 

Les clairons dans les Flandres emmêlent leurs accords

Et les tocsins des tours propagent leur alarme

 

 

 

 

 

 

 

 

Masque d'un soir de mai, fantôme sans élans

 

Quelle joie hystérique et quels spasmes de haines

 

Vous énervent ce soir dans les remous des plaines ?

 

Le diable s'est offert un carnaval sanglant.

 

 

 

 

 

 Et aussi:

 Excuses de femmes

Si les hommes ont droit d' aimer où bon leur semble,
Et s'ils peuvent étreindre en raillant leurs serments
N' importe quelle fille aux charmes indécents,
S' ils ont la liberté d' adorer tout ensemble

Et des splendeurs d' épouse et des seins de hasard,
S' il peuvent répéter à celles qui les aiment
Les mots d' aveux et de désirs, toujours les mêmes,
Avec l' aplomb cynique au clair de leur regard,

Dis-moi, Soldat, mon frère, amoureux infidèle ;
Pourquoi défendrais-tu que la femme à son tour
Apaise ses tourments et ses troubles d' amour
Tandis que dans l'exil tu vibres si loin d' elle ?

Ah ! n' exige jamais qu ' aux voeux qui vous unit
ta femme simplement maintienne sa parole,
Et si tu t' aperçois qu ' elle est de ton école
Dis-toi que ce n'est rien mais que Dieu te punit. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19:26 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/11/2012

LE FORT DE HUY N'EST PAS SIMPLEMENT UN MONUMENT REPRESENTATIF DE LA VILLE HUY.

 

Fort.jpg

 

 

Dès mai 1940 et durant quatre ans et demi, le Fort de HUY fut transformé en un exécrable bagne nazi.

Sept mille Belges et étrangers y furent internés. Le Fort de Huy fut un des principaux "centre de triage" pour les prisonniers qui étaient ensuite acheminés vers les camps de la mort. Aujourd'hui restauré, il est un mémorial de ces années sombres.

Quelques prisonniers.JPG

 

J'ai trouvé dans un essai rédigé par Guy DELHASSE, intitulé « LE GUIDE LITTERAIRE DE HUY ET DE SES ALENTOURS », le passage suivant :

 

« Ce fort fêtera lui ses 200 ans en 2023, on a encore le temps. Apparemment, il a perdu de sa blancheur et la végétation l'enfouit lentement sous une couverture verte qui met mal la pureté de ses lignes en évidence. Allongeons le pas vers sa poterne d'entrée et retrouvons-le dans la fiction par les premières lignes d'un roman de Maxime RAPAILLE, en fait le tome II de cette brique est ''Le Chant des Wallons''. Ce roman commence par une lettre datée du 3 mars 1943. A cette époque en effet, le fort est utilisé par l'occupant comme lieu d'incarcération pour les hommes qui refusent la domination allemande. Cette lettre lance ceci : '' Chaque jour, quel que soit le temps une heure de promenade par roulement rassemble les détenus dans la cour de la Citadelle d'où on n'aperçoit que le ciel à cause de l'enceinte haute de 3 mètres environs. Ils imaginent la collégiale, la Meuse et la ville en contrebas, et les Hutois qui vaquent à leurs préoccupations sans lever la tête vers la bâtisse...''

 

Un grand nom de la littérature régionale a été incarcéré ici, au Fort : le romancier Arthur MASSON. Dans la cinquième aventure de son Toine CULOT, le fameux maïeur de TRIGNOLLES intitulé ''Toine dans la tourmente'' publiée en 1946, une bonne trentaine de pages décrivent l'incarcération de Toine. Juste avant de gravir la colline pour rejoindre le guichet derrière lequel se trouve un Boche armé d'une mitraillette, on annonce la couleur : '' Toine, levant la tête, enveloppa d'un long regard le bloc énorme et sinistre de la Citadelle perchée sur son bloc noir''.

 

La montée vers l'édifice est digne d'un col des Alpes. Toine est essoufflé comme seront essoufflés les prisonniers qui devront assumer la corvée d'eau tous les jours. Les conditions de détention seront épouvantables.

 

Terminons la promenade par l'ascension et profitons de l'occasion pour signaler qu'une autre pointure de la littérature a été incarcérée ici. L'écrivain anglais Pelham Grenville QODEHOUSE a lui aussi séjourné à l'intérieur des murs en 1943. L'auteur de la série populaire des ''JEEVES'' a laissé des écrits qui racontent sa détention, mais ne semble pas les avoirs utilisés dans son œuvre de fiction qui se déroule le plus souvent en ANGLETERRE. Dans la cour principale, une plaque apposée sur la muraille rappelle ce séjour.

 

Nazi à HUY.jpg

 

arrivée au Fort.jpg


 

D'autres témoignages écrits nous sont parvenus comme ce '' SOUVENIR D'UN ANCIEN BELGE'' de Jules BOSMANT paru aux '' Lettres Belges '' en 1974. L'on croise dans ces pages, les figures du député Julien LAHAUT, de Jean HUBAUX, l'ami d'Alexis CURVERS incarcéré comme tant d'autres dans ce Fort. Plus récemment, Paul BRUSSON raconte les circonstances dans lesquelles il se trouve incarcéré au Fort de HUY le 29 avril 1942 ? Son récit paru au CEFAL en 2003 est interpellant. »

 

 

Paul Dubois de Carvin fait partie du premier convoi. Il témoigne :

 

« le 14 juin, vers 18 heures, nous arrivons au pied du Fort. En colonne par deux, nous avons monté la pente conduisant à l’intérieur de la forteresse. C’était très difficile d’avancer. Les alentours du Fort étaient envahis par les herbes, les branches d’arbres. Une véritable jungle… Après cette marche épuisante nous arrivons au pied d’un escalier de fer, raide et moussu… Bientôt l’ensemble des mineurs se retrouve rassemblé par rang de 5 sur la place entourée de bâtiments sur toutes les faces. L’herbe et les arbustes poussés sur cette plage nous montaient jusqu’à mi-corps. L’endroit était lugubre. Derrière les créneaux, fusils et mitraillettes étaient braquées sur nous ». 

 

 

 

 

18:28 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/11/2012

SOUVENIR DE GUERRE D'UN GARDE-FRONTIERE.

Voici la préface et le premier chapitre.


PREFACE.

 

 

Camionette.jpgJ'ai maintenant la grande joie d'être rentré chez moi, j'ai repris les habitudes que, depuis plus de dix mois, j'avais abandonnées et comme j'ai du temps devant moi, j'estime qu'il serait lâche de ma part de ne pas ouvrir les yeux des civils qui, inconsciemment, au café ou sur la plate-forme d'un tramway se permettent de traiter le pauvre soldat belge de lapin ou de froussard.

 

J'ai pourtant pu remarquer que les trois quarts de ces gens-là, dès les premières heures de la guerre, n'ont fait ni une ni deux. Ils ont tout empaqueté dans leur voiture, la chargeant des objets les plus hétéroclites : poste de TSF, canari, chat, j'en ai même vu avec des skis.

 

Nous, soldats, en les voyant passer, nous nous rendions compte qu'ils avaient perdu la tête ; à présent ils l'ont bien retrouvée pour blâmer notre Roi, nos chefs et nos soldats.

 

Vers ces gens-là quand ils ont débité leurs critiques, je me retourne et leur demande : « Où étiez-vous pendant les jours de guerre ? »

 

Après leur réponse, je leur dis simplement «  Vous vous permettez de juger les militaires alors que, pendant ces jours douloureux, vous étiez à cinq cents kilomètres d'ici pour vous mettre à l'abri. Ce n'est pas parce que vous avez entendu dire que quelques soldats savent bien courir qu'ils se ressemblent tous. Je suis un soldat des régiments cyclistes frontières et quand aujourd'hui je me retourne vers Eupen, Liers, le canal de Willebroeck, la Lys, que je revois les tombes de nos soldats morts aux combats, eh bien, je vous dis que ceux-là au moins ont fait leur devoir et par respect pour eux, fermez-la et fermez-la bien ! »

 

Chapitre I.

 

Donc, au lendemain de cette guerre, je vais essayer de vous raconter ce qu'elle fut pour nous et de quelle façon notre compagnie et ma camionnette se sont comportées.

 

Cependant, avant d'en commencer le récit, pour mieux suivre les événements, je vous ferai un bref aperçu des faits qui se sont passés les jours précédents.

 

Mobilisé depuis le 25 août 1939 et versé dans un régiment garde-frontière, je faisais partie de la compagnie d'EUPEN où je remplissais les fonctions de chauffeur depuis le début d'avril 1940.

 

Pendant les neuf mois qui précédèrent ces jours tragiques, notre mission fut de veiller à la sécurité de la frontière belgo-allemande.

 

A différents endroits de cette frontière on avait aménagé des postes d'alerte. Chacun d'eux était muni d'un poste émetteur de T.S.F. Et d'un téléphone. De là, jour et nuit, et l'hiver y est rude, nous devions rendre compte de toutes manoeuvres qui s'effectueraient dans cette zone. Cette mission dangereuse, pleine de responsabilités et très fatigante se remplissait à trente kilomètres de notre lieu de cantonnement. Notre moyen de communication était le vélo.

 

La garde de ces postes était de quarante-huit heures et bien souvent, vu le manque d'effectifs, nous la montions avec quarante-huit heures de repos. Je dis « repos », c'est une façon de parler, pendant ce repos nous faisions encore des travaux de fortifications : chicanes en béton, réseaux de barbelés et encombrement des coupe-feux.

 

Dès que nous avions établi le long de la frontière un nouveau réseau barbelé, dès que nous avions placé des mines, des délégations d'officiers allemands, de leur frontière, venaient se rendre compte de l'état d'avancement de nos travaux, et plus on se rapprocha de la guerre, plus ce secteur de zone frontalière devint agité. Quand la garde descendante rentrait au cantonnement, chaque fois il y avait du nouveau à signaler.

 

Le neuf mai, un avion allemand avait survolé à très basse altitude tout notre secteur et déjà l'inquiétude perçait chez nous. Elle ne dura pas longtemps. Ce soir là précisément, l'Oeuvre de la Reine Elisabeth organisait au cantonnement une fête musicale. Elle fut très réussie et se clôtura dans l'enthousiasme.

 

Notre aumônier, en effet, vint nous annoncer que les cinq jours de congé étaient rétablis. La joie des soldats était indescriptible. Nous chantions « La Brabançonne », « Vers l'Avenir » et nous rentrons gaiement dans nos baraquements.

 

A peine étions-nous au lit que le premier chef entre et crie « Alerte ! ». Comme le même cas s'était déjà présenté plusieurs fois depuis août, nous prenons l'avertissement du souis-officier de garde à la légère et sans nous presser, nous enfilons nos vêtements. Mais nous remarquons que nos chefs deviennent de plus en plus anxieux, des mouvements insolites se produisent autour des bureaux. Les hommes vont occuper les positions, nous prenons possession de nos camions.

 

A une heure du matin, l'alerte est confirmée, les postes transmettent des nouvelles les plus inquiétantes.

C'est la guerre !

Des 120 hommes des postes d'alerte il en est revenu un. Il était à RAEREN, à un kilomètre de la frontière allemande. Ce poste surplombait la vallée. Au fonds, un bois, la lisière marquait la frontière. C'est le long de cette lisière qu'était planté notre réseau de fils bardelés. Il était de garde avec cinq de ses camarades. Il leur restait 10 heures de faction à monter.

Les consignes étaient devenues très sévères. Personne ne pouvait passer la barrière de la douane. Il fallait redoubler de vigilance et signaler toute manoeuvre qui se ferait dans la vallée. On réveille les gardes à 10 heures. Les deux hommes passent leur ceinturon, prennent un fusil, le chargent et vont chercher les consignes. Leurs amis leur souhaitent bonne garde.

 

Ils s'asseyent, allument une cigarette et la fument en fraude. Ils bavardent et parlent de leur vie avant la mobilisation. Ils se rappellent leurs aventures de jeunesse...

 

Tout-à-coup, ils entendent une forte explosion. Ils se lèvent tous deux et tâchent de repérer l'endroit de la déflagration. « C'est là », dit l'un, « C'est dans le champ de mines ». Il entre dans l'abri et avertit le caporal qui téléphone à l'officier de garde.

 

Une deuxième explosion se produit.

 

L'officier de garde leur répond : « Mes enfants, prenez courage, défendez-vous. »

 

Le caporal transmet la réponse de l'officier et ajoute « Nous devons nous attendre au pire ». La voix de lieutenant était peine d'émotion et vous savez quand il parle ainsi... »

Le caporal tourne les talons et rentre au corps de garde où il jurera pendant une dizaine de minutes.

 

Chacun reprend son emplacement et le secteur rentre dans le calme. Si quelque chose doit se passer ce sera au lever du jour, et avec résignation, on attend l'aube.

 

Trois heurs du matin ! Le ciel s'éclaircit à l'est. Personne n'avait bougé, personne n'avait dit un mot. L'angoisse grandit.

 

Trois heures et demie ! Un formidable bruit d'avions en vol se fait entendre. Tous les hommes rentrent dans l'abri.

 

Trois heures quarante-cinq ! Le soldat de garde allume une nouvelle cigarette. A ce moment son ami crie. A 500 mètres d'eux surgissent une centaine de soldats.

 

La sentinelle court vers l'abri. Il communique la nouvelle au chef de poste qui déclanche le téléphone et confirme l'attaque.

 

Sur ces entrefaites, la sentinelle était ressortie et avait vidé son chargeur sur les soldats qui se rapprochaient de lui ; il veut rentrer mais la porte était fermée à clé. Sans perdre son sang-froid...il prend son vélo et se replie derrière une maison située à trois cents mètres du poste de garde. De là il peut assister à l'escarmouche que ses amis avaient engagée. Des coups de feu éclataient dans toutes les directions puis l'abri fut assailli, la porte défoncée et les ennemis entrèrent. Ils ressortirent sans prisonniers.

 

Que sont-ils devenus ?

De loin, il les salua et enfourchant son vélo il fila à travers bois vers le poste de garde et fit le récit qu'on vient de lire.

 

Et pendant ce temps qu'avaient fait à JALHAY les gardes-frontières ? Nous avions rassemblés le charroi et en avions fait la distribution par compagnie. Vers une heure du matin nous n'avions plus qu'à attendre le signal des postes frontières.

 

Tous, la figure tournée vers notre officier, nous attendions qu'il dise quelque chose. Oh ! Ces minutes d'attente et d'angoisse, qu'elles furent longues ! Longues !

 

Vint le moment où le lieutenant BOULANGER reçut le fatal coup de téléphone ! Déposant le cornet il se tourna vers nous et nous fit part de la communication. A côté de moi deux jeunes sergents récemment mariés fondirent en larmes.

 

Mais le courage des gardes frontières eut vite fait de reprendre le dessus. Mes camarades s'étaient ressaisis. Les ordres se succédaient, ils furent exécutés à la minute. Avec le lieutenant MAIGRE nous recevons la consigne de prendre contact avec l'ennemi, nous armons nos revolvers, je fais mon plein d'essence et nous partons en direction de la frontière.

 

Pendant notre absence, les soldats restés au poste de commandement ouvraient les abris et déménageaient les archives de la compagnie.

 

A cinq heures du matin, notre mission terminée, nous devions occuper des abris situés sur la rive droite de la Meuse. Nous devions aussi protéger l'organisation de la défense. A PEPINSTER, les abris furent ouverts et occupés par nos différentes formations : tireurs F.M., Mitrailleuses légères, canons 4.7 et D .B.T. Avec l'adjudant HENKARTS, nous étions chargés de la répartition des munitions et des mitrailleuses.

 

Après avoir fait la distribution sur le côté droit de la route, nous nous dirigeâmes vers l'autre versant de la colline et c'est là que ma camionnette se distingua pour la première fois.

17:45 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |