31/01/2018

Dans les tranchées. Témoignage de Wilfred OWEN, poète anglais-engagé volontaire.

 

Témoignage de Wilfred OWEN, poète anglais-engagé volontaire.

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OWEN est né le 18 mars 1893 et mort au combat le 4 novembre 1918. Il est très connu en Angleterre et est souvent considéré comme le plus grand poète de la Première Guerre mondiale.

 

Il s'enrôle le 21 octobre 1915. Après un entraînement de sept mois au camp de Hare Hall dans l'Essex,  il fut affecté comme lieutenant en second dans le Régiment de Manchester. En janvier 1917, il obtint le grade de sous-lieutenant. Son existence fut transformée par les expériences traumatisantes qu'il vécut lors de la Bataille de la Somme.

Il tomba dans un trou d'obus et fut blessé par un éclat d'obus de mortier qui provoqua chez lui une commotion cérébrale et le laissa plusieurs jours inconscient sur un talus à côté des restes de l'un de ses collègues officiers. Rescapé, OWEN souffrit de neurasthénie et fut envoyé à l'hôpital à EDIMBOURG pour être soigné. Il rentra au front le 1° octobre 1918. Il fut tué le 4 novembre 1918 lors de la grande offensive finale près du CATEAU-CAMBRESIS. Sa mère fut avertie de sa mort alors même que les cloches de la paroisse sonnaient pour annoncer l'Armistice.

 

Ce poème, écrit en 1917, compte parmi les plus célèbres de Wilfred OWEN :


Hymne à la Jeunesse condamnée

Quel glas sonne pour ceux qui meurent comme du bétail ?
Seule, la colère monstrueuse des canons,
Seul, le crépitement rapide des fusils hoquetants
Peuvent ponctuer leurs oraisons hâtives,
Pour eux, pas de prières ni de cloches dérisoires,
Nulle voix endeuillée hormis les chœurs, —
Les chœurs suraigus et démentiels des obus gémissants ;
Et les clairons appelant pour eux depuis de tristes comtés.

Quelles chandelles seront tenues pour leur souhaiter bon vent ?
Non dans la main des garçons, mais dans leurs yeux,
Brilleront les lueurs sacrées des adieux,
La pâleur du front des filles sera leur linceul,
Leurs fleurs, la tendresse d'esprits silencieux,
Et chaque long crépuscule, un rideau qui se clôt.

 

Ses poèmes, souvent réalistes et décrivant la brutalité et l'horreur de la guerre de tranchées et des attaques au gaz, tranchent fortement avec l'opinion que le public porte sur la guerre à l'époque, et avec les vers patriotiques d'autres célébrités. On peut comparer avec l'oeuvre de Louis BOUMAL.

Parmi ses poèmes les plus connus, on peut citer Dulce Et Decorum Est :

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Dulce et decorum est.*


Pliés en deux comme de vieux mendiants sous leur sac,
Cagneux
1, toussant comme des vieilles, nous jurions dans la fange,
Quand enfin nous tournâmes le dos aux éclairantes.
Nous avions pris la longue route de notre lointain repos.
Les hommes marchaient endormis. Beaucoup allaient sans chaussures.
Avançaient en boitant, les pieds en sang. Tous estropiés, aveuglés,
Saoul de fatigue, sourds même aux huhulements
Des 5.9
2 lents, dépassés, qui tombaient derrière eux.
Gaz ! Gaz ! Vite, les gars ! En panique on déballe,
On passe juste à temps les masques encombrants....
Mais quelqu'un hurle encore, titube,
Se débat tel un homme dans le feu et la chaux....
Forme vague derrière les verres troubles, l'épaisse lueur verte,
Comme au fond d'une mer je le vis se noyer.



Dans tous mes rêves, sous mes yeux impuissants,
Il s'écroule à mes pieds, crache, suffoque, se noie.

Si toi aussi, dans tes cauchemars, tu pouvais suivre
La charrette dans laquelle on jeta
Et voir ses yeux blancs rouler dans sa face,
Sa face pendante, comme d'un démon malade de son péché,
Si toi aussi, à chaque cahot
 tu pouvais entendre
Le sang couler à gros bouillons de ses poumons rongés,
Obscène tel un cancer, amer comme le pus
de plaies atroces et incurables sur des langues innocentes-
- Alors, mon ami, tu ne raconterais plus avec tant d'allant
4
A des enfants avides de gloire désespérée
Ce vieux mensonge: Dulce et decorum est
pro patria mori.
"Il est doux et glorieux de mourir pour la patrie"



*Dulce et decorum est pro patria mori » est une expression latine tirée d'une strophe du poète HORACE, qui signifie « Il est doux et glorieux de mourir pour sa patrie ». Ce texte est bien connu et souvent cité par les partisans de la Première Guerre, au début.

Ici, c'est sa remise en cause. Le poème exhorte à l’héroïsme. Pourtant ici les « héros » sont comparés à des vieilles, des sous hommes malades et fragiles. Il Interpelle le lecteur pour lui faire prendre conscience des horreurs vécues.

« langues innocentes », « enfants avides de gloire désespérée » : c'est un rappel de l’enthousiasme « artificiel » crée par le gouvernement pour inciter les jeunes à partir au combat.

« vieux mensonge », évoque la citation latine proverbiale. Ce n’est pas parce que c’est un proverbe que c’est vrai.

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