24/01/2018

Témoignage de Eric Maria REMARQUE

Témoignage de Erich-Maria REMARQUE, jeune allemand rebelle.

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Erich Maria REMARQUE, est né le 22 juin 1898 sous le vrai nom de Erich Paul Remark, et est mort le25 septembre 1970 à LOCARNO. Déchu de sa nationalité allemande en juillet 1938, il fut naturalisé américain en 1947.

 

Après avoir passé ses examens dans l'urgence, il est incorporé dans l'armée en 1916 et envoyé sur le Front de l'Ouest en juin 1917. Là, rapidement, dès la fin juillet, il fut blessé par des éclats de grenade, au cou et aux membres.

 

À la fin de la guerre, il est hospitalisé à l'hôpital militaire de DUISBURG. Il est démobilisé en janvier 1919 et il renonce officiellement à toute médaille ou décoration.

 

En 1929, il publie A l’Ouest rien de nouveau, un roman qui raconte l'expérience d'un jeune soldat au front, Paul BÄUMER. Ce dernier s'engage dans l'armée impériale allemande avec plusieurs de ses condisciples lycéens, encouragés par l’un de leurs professeurs. Après avoir survécu à un camp d'entraînement sous la coupe d'un caporal sadique, ils sont envoyés sur le front. Là, ils découvrent le vrai visage de la guerre: l’horreur des combats, les assauts voués à l’échec, les corps à corps sanglants, la boue des tranchées. Un par un, ils seront tués. Très peu en reviendront…



Ce roman est quasiment autobiographique. Il y raconte ses propres expériences. En quelque sorte Paul BÄUMER, c'est lui...sauf que lui, il n'était pas engagé volontaire mais un appelé du contingent.

Erich Maria REMARQUE en dit lui-même, « ce  ( roman ) n’est pas une accusation, ni une profession de foi ; il essaie seulement de dire ce qu’a été une génération brisée par la guerre, même quand elle a échappé à ses obus ».

Ce livre d’inspiration profondément pacifiste connut un succès de librairie extraordinaire en Allemagne. Il fut bientôt traduit dans toutes les langues.

 

Il a été porté à l’écran dès 1930 par Lewis MILESTONE. Ce film provoqua aussitôt en Allemagne de violentes réactions de l’opinion nationaliste et surtout du parti nazi alors encore en formation. Rien d'étonnant à ce qu'il ait été promis promis aux flammes de l’autodafé organisé par les nazis le 10 mai 1933. Et à ce que l'auteur ait été déchu de la nationalité allemande en 1938.

 

Une seconde adaptation a été réalisée en 1979 par Delbert MANN.

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Voici un passage dans lequel le jeune BÄUMER fait part de sa désillusion par rapport à la propagande qui l'avait exalté :

 

"Je suis jeune, j'ai vingt ans : mais je ne connais de la vie que le désespoir, l'angoisse, la mort et l'enchaînement de l'existence la plus superficielle et la plus insensée à un abîme de souffrances. Je vois que les peuples sont poussés l'un comme l'autre et se tuent sans rien dire, sans rien savoir, follement, docilement, innocemment. Je vois que les cerveaux les plus intelligents de l'univers inventent des paroles et des armes pour que tout cela se fasse d'une manière raffinée et dure encore plus longtemps. [...] Que ferons nos pères si, un jour, nous nous levons et nous nous présentons devant eux pour leur demander des comptes ? Qu'attendent-ils de nous lorsque viendra l'époque où la guerre est finie ? Pendant des années, nous avons été occupés qu'à tuer ; ç'a été là notre première profession dans l'existence. Notre science de la vie se réduit à la mort. Qu'arrivera-t-il donc après cela ? Et que deviendrons-nous ?"

 

Et ce passage où il décrit l'impact causé par la terreur sur les corps:

 

Encore une nuit. Nous sommes maintenant pour ainsi dire vidés par la tension nerveuse. C’est une tension mortelle, qui, comme un couteau ébréché, gratte notre mœlle épinière sur toute sa longueur. Nos jambes se dérobent ; nos mains tremblent ; notre corps n’est plus qu’une peau mince recouvrant un délire maîtrisé avec peine et masquant un hurlement sans fin qu’on ne peut plus retenir. Nous n’avons plus ni chair, ni muscles ; nous n’osons plus nous regarder, par crainte de quelque chose d’incalculable. Ainsi nous serrons les lèvres, tâchant de penser : cela passera… Cela passera… Peut-être nous tirerons-nous d’affaire.”

 

Et cette absence d'humanité, même de la part de ceux qui, seuls, auraient dû encore en montrer ( les médecins militaires):

 

« Kat raconte une des histoires qui ont fait tout le tour du front, depuis les Vosges jusqu'aux Flandres, l'histoire d'un médecin-major qui, lors d'une visite médicale, lit à haute voix des noms et, lorsque l'homme s'avance, dit, sans le regarder :

- "Bon pour le front. Nous avons besoin de soldats là-bas."

Voici qu'un individu ayant une jambe de bois se présente ; le major répète :

- "Bon pour le front."

(en racontant cela, Kat élève la voix) l'homme lui dit :

  • "J'ai déjà une jambe de bois, mais si maintenant je pars pour le front et qu'on me casse la tête d'un coup de feu, je me ferai fabriquer une tête de bois, et je deviendrai, moi aussi médecin-major."



Aussi ce passage où il explique que l'incompréhension de la population vis-à-vis des soldats:



« Si nous étions rentrés chez nous en mil neuf cent seize, par la douleur et la force de ce que nous avions vécu, nous aurions déchaîné une tempête. Si maintenant nous revenons dans nos foyers, nous sommes las, déprimés, vidés, sans racine et sans espoirs. Nous ne pourrons plus reprendre le dessus.

On ne nous comprendra pas non plus, car devant nous croît une génération qui, il est vrai, a passé ces années·là en commun avec nous, mais qui avait déjà un foyer et une profession et qui, maintenant, reviendra dans ses anciennes positions, où elle oubliera la guerre; et, derrière nous, croît une génération semblable à ce que nous étions autrefois, qui nous sera étrangère et nous écartera.

Nous sommes inutiles à nous-mêmes. Nous grandirons; quelques-uns s'adapteront; d'autres se résigneront et beaucoup seront absolument désemparés; les années s'écouleront et, finalement, nous succomberons. »

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Et aussi cette évocation des tranchées:

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« Les camions basculent, monotones. Monotones sont les avertissements et monotone coule la pluie. Elle coule sur nos têtes et sur les têtes des cadavres de l’avant, sur le corps du petit soldat dont la blessure est beaucoup trop grande pour sa hanche. Elle coule sur la tombe de Kemmerich, elle coule sur nos cœurs. » 

...

« Les tranchées de première ligne sont évacuées. Sont-ce encore des tranchées ? Elles sont criblées de projectiles, anéanties; il n’y a plus que des débris de tranchée, des trous reliés entre eux par des boyaux, une multitude d’entonnoirs. Mais les pertes de ceux d’en face s’accumulent. Ils ne comptaient pas sur autant de résistance. »

...

"Obus, vapeurs de gaz et flottilles de tanks : choses qui vous écrasent, vous dévorent et vous tuent.

Dysenterie, grippe, typhus : choses qui vous étouffent, vous brûlent et vous tuent.

La tranchée, l'hôpital et le pourrissoir en commun : il n'y a pas d'autres possibilités."

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