09/01/2018

Dans les tranchée: Témoignage de Georges DUHAMEL

Témoignage de Georges DUHAMEL:

« l'enfer et l'envers de la guerre ».

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Pendant la Guerre de 14-18, le Prix Goncourt fut chaque année attribué à des écrivains combattants. Le 11 décembre 1918, ce fut à Georges DUHAMEL, médecin au front, pour son roman Civilisation. Georges DUHAMEL fut élu à l’académie française en 1935. Il décéda le 13 avril 1966.

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En 1914, Georges DUHAMEL fut un engagé volontaire. Il a d'abord opéré à l'arrière, puis il a été nommé dans une ambulance, plus près du front. Chirurgien militaire, il assiste au long supplice que les combattants, sans exception, subissent et dont seulement quelques-uns réchappent. Mais ceux qui en réchappent en demeurent marqués pour toujours.

 

Au cours de la guerre, il tenta de rendre un peu d'espoir, de chaleur humaine, à ces hommes à qui la vie a laissé un sursis, parfois de quelques jours, parfois seulement de quelques instants. Il explique sa mission:

 

« A la lisière du bois des Sartelles j’ai travaillé durement jusqu’au début du printemps. Je dis durement parce presque toutes les nuits, j’étais de service ou j’aidais mes camarades. Et quand arrivait le matin après avoir passé la nuit à opérer, à faire des urgences, à amputer… le matin, je voyais les deux ou trois poubelles devant la porte de la salle d’opération, il y avait comme des bouquets de bras et de jambes car on avait mis là-dedans tout ce qu’on avait dû faire tomber. [...] »

 

A un ami, il écrit.

 

« Je n'ai certes pas vu ce qu'on appelle la guerre, mais l'envers, et l'enfer de la guerre….. »

 

Il rédige d'abord «  Vie des Martyrs » : où il écrit :

 

« Il n'est pas une ville française jusqu'où ne viennent saigner les blessures ouvertes sur le champ de bataille. Pas une ville française qui n'ait assumé le devoir de soulager une part de cette souffrance ».

 

Certains lui reprochèrent d’être trop sensible. A ce reproche, il rétorque et met en garde ses lecteurs et le public en général contre l’endurcissement du cœur par l’habitude. Comme en témoigne cette citation:

 

« Pour que cette guerre finisse un jour et finisse le moins mal possible, il faut souffrir jusqu’à la fin; il faut refuser de nous laisser endurcir, de devenir indifférentsaveugles, sourds, il faut refuser de ne plus juger, de n’être pas des témoins ».

 

Quelques extraits significatifs :

 

« Doucement, l’ombre rentra dans sa chambre et s’installa partout, comme un animal familier dérangé dan ses habitudes. Avec elle une triste chose se glissa partout, qui était l’odeur de la maladie de Réchoussat. Un silence bourdonnant se déposa sur tous les objets, comme une poussière. Le visage du blessé cessa de refléter la splendeur de l’arbre en fête ; il baissa la tête, regarda le lit, les jambes maigres et ulcérées qui étaient ses jambes, le vase de verre plein de liquide louche, la sonde, toutes ces choses incompréhensibles, et il dit en bégayant d’étonnement :

 - Mais… mais quoi c’est qu’il y a donc ? Quoi c’est qu’il y a donc ? »

Et cette sinistre histoire de comptabilité des morts dans un hôpital. Histoire qui nous montre la déshumanisation qui pouvait gagner certains dans les hôpitaux militaires. Le décompte des morts par rapport aux entrants et aux blessés sauvegardés faisait apparaître, dans cette sinistre comptabilité un mort de trop.



« - Sept ! Sept seulement ! Vous ne devez avoir que sept cadavres. Vous êtes un cochon ! Qui est-ce qui vous l’a donné ce mort là ? Je n’en veux pas. Il n’est pas sur mon compte. D’où vient-il seulement ce mort-là ?

Avec son brancardier, le docteur Poisson enquêta de baraque en baraque demandant :

Est-ce que c’est vous qui nous envoyez des morts sans papiers ?

Evidemment les paroles du Dr Poisson prêtaient plutôt à la moquerie. Les subalternes en bien riaient en-dessous ou bien prenaient peur mais tous répondirent

- Un mort sans identité ? Oh ! Monsieur le médecin-chef, ce n’est pas sûrement de chez nous. 

Rentrés bredouille dans son bureau, le médecin-chef n’en revenait toujours pas !

- Voilà ! Il en est rentré 1.236. Il en est sorti 561. Comprenez-vous ? A cette heure, il en reste ici 674. Celui-là qui est en trop ! Et on ne sait pas ce qu’il est ! Nous sommes frais, nous sommes frais ! »

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