29/12/2017

Dans les tranchées: témoignage de CELINE, l'écrivain maudit.

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT.

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Faut-il boycotter Voyage au bout de la nuit du fait de ce que l'on sait sur son auteur, une personne absolument méprisable ?

Ou faut-il le lire comme la réalisation de cette cette personne écrite dans un moment de génie ? Il serait dommage de ne pas le lire sous le seul prétexte que son auteur est CELINE. Mais, en le lisant, on doit quand même avoir bien en mémoire son comportement par après.

On présente souvent Louis-Ferdinand DESTOUCHES dit CELINE comme l’une des figures essentielles des écrivains-combattants. Est-ce bien mérité ?

 

Cette représentation du CELINER en soldat des tranchées est présente depuis 1932. C'est alors qu'il a publié « Voyage au bout de la nuit », livre qui n'est d'ailleurs pas consacré entièrement à la guerre de 14-18 et à la vie dans les tranchées. Le récit de son expérience du front, trois mois de guerre de mouvement, se résume à une centaine de pages qui ouvrent ce roman.

 

C'est pourtant un auteur maudit. Pourquoi en parler ici, en soldat des tranchées, alors que, par après, il a porté bien d’autres masques nauséabonds ? Certains contestent d'ailleurs qu'on puisse le présenter comme un témoin majeur

 

Il n'empêche, il fut un témoin et un acteur des souffrances morales et physiques subies au front. On ne peut pas douter de l'authenticité de son témoignage. D'autant plus qu'il se met en scène et raconte ses impressions, pas toujours, loin de là, à son avantage. Un exemple, non puisé dans le roman mais dans une lettre envoyée à ses parents le 20 août 1916:

« je ne me connais encore que deux infirmités, une paralysie radiale qui m’a rapporté la médaille militaire – et une légère phobie inconstante qui ne m’a encore rien rapporté. » Manifestement, et il ne s'en cache pas, il vise à monnayer son état.

 

C'est pourquoi certains doutent de son aura de combattant patriote et héroïque Pour eux, ces pages entreraient de façon délibérée, dans une stratégie d’affirmation de soi.

 

Les références à son passé glorieux d’ancien combattant auraient avant tout permis d’assurer la meilleure diffusion possible aux idées nauséabondes des pamphlets des années 1930-1940, avant d’être exhibées pour la défense du proscrit au moment de l’Épuration.

 

Mais n'empêche, c'est un témoignage. Et un témoignage fort. Voyage au bout de la nuit est un récit à la première personne dans lequel le personnage principal, Bardam raconte son expérience de la guerre de 14-18, de ses occupations en Afrique, des Etats-Unis, de l'entre-deux-guerres et de la condition sociale en général.

 

Ces cent pages sont une dénonciation des horreurs de la guerre, dont le pessimisme imprègne toute l'oeuvre.

 

Voici des extaits:

 

« Lui, notre colonel, savait peut-être pourquoi ces deux gens-là tiraient, les Allemands aussi peut-être qu’ils savaient, mais moi, vraiment, je savais pas. Aussi loin que je cherchais dans ma mémoire, je ne leur avais rien fait aux Allemands. J’avais toujours été bien aimable et bien poli avec eux. Je les connaissais un peu les Allemands, j’avais même été à l’école chez eux, étant petit, aux environs de Hanovre. J’avais parlé leur langue. C’était alors une masse de petits crétins gueulards avec des yeux pâles et furtifs comme ceux des loups ; on allait toucher ensemble les filles après l’école dans les bois d’alentour, où on tirait aussi à l’arbalète et au pistolet qu’on achetait même quatre marks. On buvait de la bière sucrée. Mais de là à nous tirer maintenant dans le coffret, sans même venir nous parler d’abord et en plein milieu de la route, il y avait de la marge et même un abîme. Trop de différence. La guerre en somme c’était tout ce qu’on ne comprenait pas. Ça ne pouvait pas continuer.

...................

Donc pas d’erreur? Ce qu’on faisait à se tirer dessus, comme ça, sans même se voir, n’était pas défendu ! Cela faisait partie des choses qu’on peut faire sans mériter une bonne engueulade. C’était même reconnu, encouragé sans doute par les gens sérieux, comme le tirage au sort, les fiançailles, la chasse à courre !... Rien à dire. Je venais de découvrir d’un coup la guerre tout entière. J’étais dépucelé. Faut être à peu près seul devant elle comme je l’étais à ce moment-là pour bien la voir la vache, en face et de profil. On venait d’allumer la guerre entre nous et ceux d’en face, et à présent ça brûlait ! Comme le courant entre les deux charbons, dans la lampe à arc. Et il n’était pas près de s’éteindre le charbon ! On y passerait tous, le colonel comme les autres, tout mariole qu’il semblait être et sa carne ne ferait pas plus de rôti que la mienne quand le courant d’en face lui passerait entre les deux épaules.

...................

Il se remit à pleuvoir, les champs des Flandres bavaient l’eau sale. Encore pendant longtemps je n’ai rencontré personne, rien que le vent et puis peu après le soleil. De temps en temps, je ne savais d’où, une balle, comme ça, à travers le soleil et l’air me cherchait, guillerette, entêtée à me tuer, dans cette solitude, moi. Pourquoi ? Jamais plus, même si je vivais encore cent ans, je ne me promènerais à la campagne. C’était juré. »

Après les considérations sur l'absurdité de la guerre et sur les capacités morales des supérieurs, on retrouve, dans le dernier paragraphe la même obsession de la boue dans les tranchées.

 

Hélas, CELINE n'a pas écrit que ce livre. Dès 1937, il publie « Bagatelles pour un massacre ». Un livre ouvertement antisémite. Il semble en vouloir personnellement aux juifs qu'il accuse de ses échecs. Une phrase en dit long :

« Mais si HITLER me disait Ferdinand, c’est le grand partage ! on partage tout ! il serait mon pote ! les juifs ont promis de partager, ils ont menti comme toujours… »

En 1938, autre pamphlet antisémite, L'école des cadavres. Dans lequel, de la page 20 à 305, se déroule une longue diatribe : le monde entier est « enjuivé » et que de là viennent tous les maux actuels de l’époque. La solution, pour Céline, repose sur un rapprochement entre une France débarrassée de la démocratie parlementaire, de ses Juifs et Francs-maçons, et l'Allemagne nazie. Avec cette phrase :

« Moi, je veux qu'on fasse une alliance avec l'Allemagne, et tout de suite, et pas une petite...Union franco-allemande. Alliance franco-allemande. Armée franco-allemande... »

En 1941, rebelote avec Les beaux draps. Ouvrage publié sous l'Occupation, dans lequel il exprime son aversion des Juifs et des francs-maçons, son dégoût de la démocratie parlementaire, mais aussi sa sympathie pour l'Occupant.

Nous sommes loin du Voyage au bout de la nuit. Encore que transparaissent déjà certaines idée comme le déni du patriotisme.

Peut-on être considéré comme un des plus grands écrivains français du XXème siècle après avoir non seulement tenu des propos et publié des propos fortement injurieux, racistes, xénophobes, homophobes et très accablants d'antisémitisme ?



18:49 Écrit par P.B. dans Actualité, Général, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

28/12/2017

Dans les tranchées: aujourd'hui le témoignage dHenri BARBUSSE.

Témoignage de Henri BARBUSSE

" LE FEU "

 

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« Le grand ciel pâle se peuple de coups de tonnerre : chaque explosion montre à la fois, tombant d’un éclair roux, une colonne de feu dans le reste de nuit et une colonne de nuée dans ce qu’il y a déjà de jour. Là-haut, très haut, très loin, un vol d’oiseaux terribles, à l’haleine puissante et saccadée, qu’on entend sans les voir, monte en cercle pour regarder la terre.

 

La terre ! Le désert commence à apparaître, immense et plein d’eau, sous la longue désolation de l’aube. Des mares, des entonnoirs, dont la bise aiguë de l’extrême matin pince et fait frissonner l’eau ; des pistes tracées par les troupes et les convois nocturnes dans ces champs de stérilité et qui sont striées d’ornières luisant comme des rails d’acier dans la clarté pauvre ; des amas de boue où se dressent çà et là quelques piquets cassés, des chevalets en X, disloqués, des paquets de fil de fer roulés, tortillés, en buissons. Avec ses bancs de vase et ses flaques, on dirait une toile grise démesurée qui flotte sur la mer, immergée par endroits. Il ne pleut pas, mais tout est mouillé, suintant, lavé, naufragé, et la lumière blafarde a l’air de couler. On distingue de longs fossés en lacis où le résidu de nuit s’accumule. C’est la tranchée. Le fond en est tapissé d’une couche visqueuse d’où le pied se décolle à chaque pas avec bruit, et qui sent mauvais autour de chaque abri, à cause de l’urine de la nuit. Les trous eux-mêmes, si on s’y penche en passant, puent aussi, comme des bouches. »

 

Henri BARBUSSE a retranscrit fidèlement, lors de la première guerre mondiale ce qu'il a vu et ressenti sur le front. Ce livre publié en Novembre 1916 par Flammarion remporta le Prix Goncourt. Ce livre est considéré dans le monde entier comme un des chefs-d’œuvre de la littérature de guerre.

 

Chez Henri BARBUSSE, sa tentative de traduire les horreurs de la Première Guerre mondiale continue, cent ans plus tard, à capter l'imagination. Ce qui le hante, c’est la situation dans les tranchées. La même obsession que GENEVOIX: la boue, la puanteur…En fait, la réalité de la guerre. La pluie transforme le champ de bataille en une inondation universelle, elle constitue l'expression la plus horrible de la guerre.

 

Le monde de la guerre, se réduit à un décor de boue, de mares, de fossés. Les conditions matérielles de vie sont extrêmes, l'eau arrive même à tuer les soldats, alors que les tranchées sont faites pour les protéger. Elles deviennent des pièges effroyables et les combattants sont des errants de marécage. Les soldats sont contraints d'y mener une vie de troglodytes.

 

 

 

Henri BARBUSSE avait connu lui-même la vie des tranchées dès 1915, d’abord comme soldat d’escouade, puis comme brancardier au 231e régiment d’infanterie où il s’était engagé. C’est en majeure partie dans les hôpitaux que le livre fut écrit.

 

Dans ce livre, il manifeste ses aspirations pacifistes.

 

Il décrit dans un autre chapitre la réalité d’une attaque:

 

« C´est le barrage. Il faut passer dans ce tourbillon de flammes et ces horribles nuées verticales. On passe. On est passé, au hasard; j´ai vu, çà et là, des formes tournoyer, s´enlever et se coucher, éclairées d´un brusque reflet d´au-delà. J´ai entrevu des faces étranges qui poussaient des espèces de cris, qu´on apercevait sans les entendre dans l´anéantissement du vacarme. Un brasier avec d´immenses et furieuses masses rouges et noires tombait autour de moi, creusant la terre, l´ôtant de dessous mes pieds, et me jetant de côté, comme un jouet rebondissant. Je me rappelle avoir enjambé un cadavre qui brûlait, tout noir, avec une nappe de sang vermeil qui grésillait sur lui, et je me souviens aussi que les pans de la capote qui se déplaçait près de moi avaient pris feu et laissaient un sillon de fumée. À notre droite, tout au long du boyau 97, on avait le regard attiré et ébloui par une file d´illuminations affreuses, serrées l´une contre l´autre comme des hommes.
- En avant!

Maintenant, on court presque. On en voit qui tombent tout d´une pièce, la face en avant, d´autres qui échouent, humblement, comme s´ils s´asseyaient par terre. On fait de brusques écarts pour éviter les morts allongés, sages et raides, ou bien cabrés, et aussi, pièges plus dangereux, les blessés qui se débattent et qui s´accrochent. »

 

Plus tard, après la guerre, Henri BARBUSSE devint membre de l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires.

 

Il serait aussi très curieux d’étudier la façon dont, politiquement, les écrivains-combattants ont évolué après la guerre. Entre BARBUSSE devenu communiste et CELINE, devenu le personnage ignoble que l’on sait, il y a de la marge...

 

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18:55 Écrit par P.B. dans Actualité, HISTOIRE, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

27/12/2017

Dans la boue des tranchées: témoignages d'écrivains-combattants. Généralités et témoignage de Maurice GENEVOIX.

DANS LA BOUE DES TRANCHEES

LES ECRIVAINS-COMBATTANTS TEMOIGNENT.

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Des témoignages de l’horreur. Pour la première fois, une guerre a été décrite de l'intérieur par des écrivains qui y participaient. Ces écrits peuvent être lus comme un témoignage direct sur les conditions de vie des soldats et sur leur moral loin de leurs familles. Mobilisés ou engagés volontaires, de nombreux écrivains témoignent des combats et de la vie dans les tranchées.

 

 

Ces témoins sont les acteurs des événements. Par comparaison avec le témoignage d'un témoin externe, on ne peut attendre d’eux la même froideur de récit. Mais ce n'est pas pour cela qu'on doit douter de leur objectivité.

 

La façon de témoigner des écrivains-combattants est souvent autobiographique. Ils narrent les événements auxquels ils ont participé. Ces témoignages sont bouleversants, authentiques. Contrairement à un reporter extérieur, il n'y a pas de travail de distanciation.

 

Mais nous avons aussi des témoignages de soldats dans des lettres, surtout les soldats français. Les soldats belges n'avaient pas les mêmes facultés de correspondre avec leur famille.

 

Ce qui va nous guider dans notre travail, ce sont les témoignages de la vie dans les tranchées. A l'entame de l'hiver 1917-1918, les soldats vont connaître leur quatrième hiver dans las tranchées.

 

La guerre de tranchée est un fait nouveau. Aucune des guerres précédentes n'avait connu ce phénomène. Il fallait donc témoigner de ce carnage, de cet enfer par des moyens d’expression adéquats. Il était donc important d'avoir des témoignages pris sur le vif. Il était aussi important que cela soit l'oeuvre d'écrivains dont c'était le métier.

 

Contrairement à un récit d'historien, on n’est raconte pas la stratégie ou le déroulement d'une bataille. On est plongé dans l’anecdote de la vie de tous les jours. Contrairement à leurs anciennes méthodes de travail littéraire, ils nous parlent de la vie de tous les jours. Leur récit n’est pas romancé.

 

Ce qui frappe surtout dans la description des tranchées, c'est l'horreur de la boue !

 

Nous commençons aujourd'hui par le témoignage de Maurice GENEVOIX.

 

« Mais il est six heures du soir. La nuit vous entre dans les yeux. On n’a plus que ses mains nues, que toute sa peau offerte à la boue. Elle vous effleure les doigts, légèrement et s’évade. Elle effleure les marches rocheuses, les marches solides qui portent bien les pas. Elle revient, plus hardie, et claque sur les paumes tendues. Elle baigne les marches […], les engloutit : brusquement, on la sent qui se roule autour des chevilles… Son étreinte d’abord n’est que lourdeur inerte. On lutte contre elle, et on lui échappe. C’est pénible, cela essouffle ; mais on lui arrache ses jambes, pas à pas… »

 

Maurice GENEVOIX, « La Boue », Ceux de 14, 1916.

 

D'autre suivront. Nous n'avons aucune ambition d'analyse littéraire. D'autre l'ont fait dont c'est la profession.

15/12/2017

Simone WEIL et sa lettre ironique au gouvernement de VICHY.

Simone WEIL :

Son pied de nez envers le gouvernement de VICHY.

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Avant tout, ne commettons pas l'erreur fréquente. Ne confondons pas Simone VEIL, la Ministre de GISCARD d'ESTAING et Simone WEIL, grande philosophe française. Confusion d'autant plus possible que, oralement, les deux noms se prononcent de la même manière.

 

Elles ont néanmoins une chose en commun: avoir été victimes de la politique anti-juive du gouvernement de VICHY.

 

Le 3 octobre 1940, le gouvernement de VICHY fit passer une loi restreignant l'accès des Juifs à certaines professions. Ils ne pouvaient pas devenir enseignants, directeurs d'entreprise, journalistes, ... Ce fut le premier Statut des Juifs. Suivirent, le 2 juin 1941, le deuxième statut des Juifs renforçant leur exclusion et, le 22 juillet 1941, la loi sur la liquidation des biens des Juifs , biens « confiés » à des non-juifs.

Simone WEIL, enseignante, fut victime de ces lois. Etant en congé, elle ne put retrouver de poste et se retrouva sans ressources. Elle trouva refuge chez un fermier,en Ardèche, sur recommandation d'un père dominicain de MARSEILLE.

Courageuse, et militante, elle écrivit, le 18 octobre 1941, une lettre au commissaire général aux questions juives, Xavier VALLAT. Une lettre pleine d'ironie mordante.

La voici:



« Monsieur,

Je dois vous considérer, je suppose, comme étant en quelque sorte mon chef; car, bien que je n'aie pas encore bien compris ce qu'on entend aujourd'hui légalement par Juif, en voyant que le ministère de l'Instruction publique laissait sans réponse, bien que je sois agrégée de philosophie, une demande de poste déposée par moi en juillet 1940 à l'expiration d'un congé de maladie, j'ai dû supposer, comme étant cause de ce silence, les présomptions d'origine israélite attachée à mon nom.

Il est vrai qu'on s'est abstenu également de me verser l'indemnité prévue en pareil cas par le statut des Juifs; ce qui me procure la vive satisfaction de n'être pour rien dans les difficultés financières du pays.

Quoi qu'il en soit, je crois devoir vous rendre compte de ce que je fais.

Le gouvernement a fait savoir qu'il voulait que les Juifs entrent dans la production, et de préférence aillent à la terre. Bien que je ne me considère pas moi-même comme juive, car je ne suis jamais entrée dans une synagogue, j'ai été élevée sans pratique religieuse d'aucune espèce par des parents libres-penseurs, je n'ai aucune attirance vers la religion juive, aucune attache avec la tradition juive, et ne suis nourrie depuis ma première enfance que de la tradition hellénique, chrétienne et française, néanmoins,j'ai obéi.

Je suis en ce moment vendangeuse; j'ai coupé les raisins, huit heures par jour, tous les jours, pendant quatre semaines, au service d'un viticulteur du GARD. Mon patron me fait l'honneur de me dire que je tiens ma place. Il m'a même fait le plus grand éloge qu'un agriculteur puisse faire à une jeune fille venue de la ville, en me disant que je pourrais épouser un paysan. Ignoré, il est vrai, que j'ai du seul fait de mon nom une tare originelle qu'il serait inhumain de ma part de transmettre à des enfants.

J'ai encore une semaine de vendange.Ensuite je compte encore aller travailler comme ouvrière agricole au service d'un maraîcher chez qui des amis m'ont procuré une place. On ne peut pas, je pense, obéir plus complètement.

Je regarde le statut des Juifs comme étant d'une manière générale injuste et absurde; car comment croire qu'un agrégé de mathématiques puisse faire du mal aux enfants qui apprennent la géométrie, du seul fait que trois de ses grands-parents allaient à la synagogue ?

Mais en mon cas particulier, je tiens à vous exprimer la reconnaissance sincère que j'éprouve envers le gouvernement pour m'avoir ôtée de la catégorie sociale des intellectuels et m'avoir donné la terre, et avec elle toute la nature. Car seuls possèdent la nature et la terre ceux à qui elles sont entrées dans le corps par la souffrance quotidienne des membres rompus de fatigue.

Les jours, les mois, les saisons, la voûte céleste qui tournent sans cesse autour de nous appartiennent à ceux qui doivent franchir l'espace de temps qui sépare chaque jour le lever et le coucher du soleil en allant péniblement de fatigue en fatigue. Ceux-là accompagnent le firmament dans sa rotation, ils vivent chaque journée, ils ne la rêvent pas.

Le gouvernement, que vous représentez à mon égard, m'a donné tout cela. Vous et les autres dirigeants actuels du pays, vous m'avez donné ce que vous ne possédez pas. Vous m'avez fait aussi le don infiniment précieux de la pauvreté que vous ne possédez pas non plus.

J'aurais hésité à vous écrire, sachant votre temps pris par d'innombrables soucis, mais vous ne recevez sûrement pas beaucoup de lettres de remerciements de ceux qui se trouvent dans ma situation. Cela vaut donc peut-être pour vous les quelques minutes que vous perdrez à me lire.

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma haute considération.

(s) Simone WEIL

Mais qui était donc Simone WEIL ? Elle est née à PARIS le 03/02/1909 et décédée à ASHFORD, le 24/08/1943. Elle était fille d'un médecin juif agnostique. Elle ne reçut aucune éducation religieuse.

Un des traits essentiels de sa vie est un amour compatissant pour les malheureux: vers l'âge de cinq ans, ayant appris la misère des poilus, elle refuse de prendre un seul morceau de sucre afin de tout envoyer à ceux qui souffrent au front.

Véritable surdouée, elle obtint, en 1925, à seize ans, le baccalauréat de philosophie. Entrée à l’École normale supérieure en 1928, elle devint agrégée de philosophie en 1931 et débuta une carrière d’enseignante dans différents lycées.

Vite, elle se montra très active sur le plan politique. Mais d'une activité hors des chemins battus. Elle adhéra, en 1932, au « Cercle communiste démocratique », organisation fondée en 1930, par Boris SOUVARINE, exclu du Parti Communiste en 1924. Ce Cercle avait une analyse sans aucune complaisance sur l'URSS.

Au cours de l'été 1934, elle séjourna quelques semaines en Allemagne. Son but: analyser, tenter de comprendre les raisons de la montée en puissance du nazisme. À son retour, elle exprima, très lucidement, dans plusieurs articles ce qui risquait de survenir.

A partir de septembre 1934, bénéficiant d'un congé d'une année pour études personnelles, elle abandonne provisoirement sa carrière de professeur pour prendre la condition d'ouvrière. Convaincue que « tant qu’on ne s’est pas mis du côté des opprimés, pour sentir avec eux, on ne peut pas se rendre compte », elle met en accord son discours et ses actes, allant jusqu’à travailler à l’usine, entre 1934 et 1935. Elle nota ses impressions dans son Journal d'usine. C'était en fait une précurseure. Trente ans plus tard, on retrouvera cette attitude chez les gauchistes et chez les prêtres ouvriers.

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Sa mauvaise santé l'empêche de poursuivre le travail en usine et reprend son métier d'enseignante.

Elle poursuit son engagement social. Elle participe aux grèves de 1936. Et elle milite avec passion pour un pacifisme intransigeant entre États. Ce qui l'amène, étrangement, en 1937, à écrire dans les « Nouveaux cahiers » , une revue économique et politique qui préconisait une collaboration économique franco-allemande.

En août 1936, au début de la guerre civile en ESPAGNE, elle part pour BARCELONE pour combattre le coup d'état du général FRANCO. Mais, bouleversée par le cynisme qu'elle croise, elle rentre en FRANCE. Dans une lettre à Georges BERNANOS, elle s'exprime en ces termes:

« Je n'ai jamais vu personne même dans l'intimité exprimer de la répulsion, du dégoût ou seulement de la désapprobation à l'égard du sang inutilement versé. [...] J'ai rencontré en revanche des Français paisibles, que jusque-là je ne méprisais pas, qui n'auraient pas eu l'idée d'aller eux-mêmes tuer, mais qui baignaient dans cette atmosphère imprégnée de sang avec un visible plaisir. ».

En 1940, Juive, lucide sur ce qui se passe, elle est sans illusion sur le sort qui menace les juifs et, donc, sa famille. Elle se réfugie, avec sa famille, à MARSEILLE. Victime des lois anti-juives du gouvernement de VICHY, elle est exclue de l'enseignement. Elle devient domestique dans une ferme ,en Ardèche, sur recommandation d'un père dominicain.

Elle y mène une vie volontairement privée de tout confort durant plusieurs semaines, se privant et renonçant à la moitié de ses tickets d'alimentation au profit des résistants. C'est dans ce contexte qu'elle écrit la lettre ci-avant, pleine d'ironie mordante.

 

Le 16 mai 1942, elle s'embarque avec ses parents pour les États-Unis. Elle n'y reste pas car, pour elle ce serait une retraite trop confortable. En fin novembre de la même année, elle se rend en Grande-Bretagne où elle travaille comme rédactrice dans les services de la FRANCE LIBRE.

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Là, elle continue à se livrer à des études prospectives sur la politique sur la nécessaire réorganisation de la France une fois la guerre terminée. Etudes controversées, en particulier sa "Note sur la suppression générale des partis politiquesIdées essentielles pour une nouvelle Constitution,"

 

Rétive à toute idéologie autoritaire, elle critique les grands principes de l’existence: travail, démocratie, droits de l’homme, religion, modernité. Son enseignement: se méfier de toute idéologie autoritaire.

C'est sans doute cette méfiance qui l'a amenée à s'en prendre même aux partis démocratiques. Ce qu'elle leur reproche surtout, c'est l'esprit de discipline interne. Elle fut sans doute aussi échaudée par le comportement de certains politiciens de la III° république après juuin 1940.

Sa santé devenant de plus en plus défaillante, elle est admise à l'hôpital de Middlesex en avril 1943. Elle meurt de tuberculose à ASHFORD, au sanatorium, le 24 août 1943, à l'âge de 34 ans.

Albert CAMUS est l'un des premiers à avoir révélé l'importance des écrits de Simone WEIL et à lui avoir rendu hommage. C'est pour faire connaître la pensée de Simone WEIL qu'il obtint de fonder la collection « Espoir » aux éditions Gallimard.

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02/12/2017

AWANS: Message de la section FNC "AWANS-BIERSET"

MESSAGE

DE LA SECTION FNC

AWANS-BIERSET.

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Nous avons envoyé le message suivant à nos contacts.

Sans tarder, nous avons déjà reçu des réponses positives:

7 brochures ont été commandées en 24 heures !

Texte du message:

Bonsoir,

 

La section AWANS-BIERSET de la FNC s'adresse à vous. Excusez-nous de prendre un petit moment de votre temps.

 

En 2017, notre section a déployé une grande activité: seize sortie avec nos drapeaux. Non seulement les drapeaux de la FNC mais aussi ceux de la FNAPG et de la CNPPA qui nous ont été confiés.

 

Pour AWANS, notre domaine d'activités se situe sur les anciennes communes de FOOZ, HOGNOUL et AWANS. Nous prêtons aussi notre concours à la commune de GRÂCE-HOLLOGNE pour BIERSET, VELROUX et l'un ou l'autre Monument de GRÂCE-BERLEUR et de HOLLOGNE-AUX-PIERRES. Cela signifie huit monuments à fleurir.

 

Nous répondons également favorablement aux manifestations à VILLERS L'EVÊQUE et OTHEE.

 

Malheureusement, nous devons faire face à de nombreux frais. Ainsi, en plus des fleurs aux Monuments, nous organisons la réception le 11 novembre à AWANS.

 

Cette année, nous avons dû remplacer la hampe d'un drapeau: avec le lion (pourtant maintenant en PVC et non plus en cuivre ), cela coûte 145 €. Et les drapeaux vieillissent: le prix  d'un drapeau de la même qualité est de +/- 1400 €. sauf à se rabattre sur un drapeau de moindre qualité mais qui coûterait quand même +/- 700 €.

 

Plutôt que d'émettre des cartes de soutien à 5€, nous avons rédigé une petite brochure de quatorze pages dans laquelle nous développons les sujets qui  nous  tiennent à coeur. Des sujets qui,constituent l'essentiel des préoccupations de la FNC.

 

Nous en avons vendus lors de WEEK-END WALLONIE BIENVENUE et aussi le 11 novembre. Il nous en reste...

 

Si cela vous intéresse, vous pouvez en commander en

 

  • versant 5€ au ccpBE81 0003 2552 4724 de la FNC AWANS-BIERSET à 4340 AWANS;
  • et en envoyant un mail à pierrebeaujean@hotmail.com en précisant l'adresse à laquelle cela doit être livré et le n° du compte que vous avez utilisé.

 

Nous fixons la date d'envoi et la clôture des commandes au 20 décembre.

 

 

 

19:17 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |