28/12/2017

Dans les tranchées: aujourd'hui le témoignage dHenri BARBUSSE.

Témoignage de Henri BARBUSSE

" LE FEU "

 

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« Le grand ciel pâle se peuple de coups de tonnerre : chaque explosion montre à la fois, tombant d’un éclair roux, une colonne de feu dans le reste de nuit et une colonne de nuée dans ce qu’il y a déjà de jour. Là-haut, très haut, très loin, un vol d’oiseaux terribles, à l’haleine puissante et saccadée, qu’on entend sans les voir, monte en cercle pour regarder la terre.

 

La terre ! Le désert commence à apparaître, immense et plein d’eau, sous la longue désolation de l’aube. Des mares, des entonnoirs, dont la bise aiguë de l’extrême matin pince et fait frissonner l’eau ; des pistes tracées par les troupes et les convois nocturnes dans ces champs de stérilité et qui sont striées d’ornières luisant comme des rails d’acier dans la clarté pauvre ; des amas de boue où se dressent çà et là quelques piquets cassés, des chevalets en X, disloqués, des paquets de fil de fer roulés, tortillés, en buissons. Avec ses bancs de vase et ses flaques, on dirait une toile grise démesurée qui flotte sur la mer, immergée par endroits. Il ne pleut pas, mais tout est mouillé, suintant, lavé, naufragé, et la lumière blafarde a l’air de couler. On distingue de longs fossés en lacis où le résidu de nuit s’accumule. C’est la tranchée. Le fond en est tapissé d’une couche visqueuse d’où le pied se décolle à chaque pas avec bruit, et qui sent mauvais autour de chaque abri, à cause de l’urine de la nuit. Les trous eux-mêmes, si on s’y penche en passant, puent aussi, comme des bouches. »

 

Henri BARBUSSE a retranscrit fidèlement, lors de la première guerre mondiale ce qu'il a vu et ressenti sur le front. Ce livre publié en Novembre 1916 par Flammarion remporta le Prix Goncourt. Ce livre est considéré dans le monde entier comme un des chefs-d’œuvre de la littérature de guerre.

 

Chez Henri BARBUSSE, sa tentative de traduire les horreurs de la Première Guerre mondiale continue, cent ans plus tard, à capter l'imagination. Ce qui le hante, c’est la situation dans les tranchées. La même obsession que GENEVOIX: la boue, la puanteur…En fait, la réalité de la guerre. La pluie transforme le champ de bataille en une inondation universelle, elle constitue l'expression la plus horrible de la guerre.

 

Le monde de la guerre, se réduit à un décor de boue, de mares, de fossés. Les conditions matérielles de vie sont extrêmes, l'eau arrive même à tuer les soldats, alors que les tranchées sont faites pour les protéger. Elles deviennent des pièges effroyables et les combattants sont des errants de marécage. Les soldats sont contraints d'y mener une vie de troglodytes.

 

 

 

Henri BARBUSSE avait connu lui-même la vie des tranchées dès 1915, d’abord comme soldat d’escouade, puis comme brancardier au 231e régiment d’infanterie où il s’était engagé. C’est en majeure partie dans les hôpitaux que le livre fut écrit.

 

Dans ce livre, il manifeste ses aspirations pacifistes.

 

Il décrit dans un autre chapitre la réalité d’une attaque:

 

« C´est le barrage. Il faut passer dans ce tourbillon de flammes et ces horribles nuées verticales. On passe. On est passé, au hasard; j´ai vu, çà et là, des formes tournoyer, s´enlever et se coucher, éclairées d´un brusque reflet d´au-delà. J´ai entrevu des faces étranges qui poussaient des espèces de cris, qu´on apercevait sans les entendre dans l´anéantissement du vacarme. Un brasier avec d´immenses et furieuses masses rouges et noires tombait autour de moi, creusant la terre, l´ôtant de dessous mes pieds, et me jetant de côté, comme un jouet rebondissant. Je me rappelle avoir enjambé un cadavre qui brûlait, tout noir, avec une nappe de sang vermeil qui grésillait sur lui, et je me souviens aussi que les pans de la capote qui se déplaçait près de moi avaient pris feu et laissaient un sillon de fumée. À notre droite, tout au long du boyau 97, on avait le regard attiré et ébloui par une file d´illuminations affreuses, serrées l´une contre l´autre comme des hommes.
- En avant!

Maintenant, on court presque. On en voit qui tombent tout d´une pièce, la face en avant, d´autres qui échouent, humblement, comme s´ils s´asseyaient par terre. On fait de brusques écarts pour éviter les morts allongés, sages et raides, ou bien cabrés, et aussi, pièges plus dangereux, les blessés qui se débattent et qui s´accrochent. »

 

Plus tard, après la guerre, Henri BARBUSSE devint membre de l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires.

 

Il serait aussi très curieux d’étudier la façon dont, politiquement, les écrivains-combattants ont évolué après la guerre. Entre BARBUSSE devenu communiste et CELINE, devenu le personnage ignoble que l’on sait, il y a de la marge...

 

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18:55 Écrit par P.B. dans Actualité, HISTOIRE, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

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