24/11/2017

Poème de VERHAEREN: Aux Jeunes Soldats Morts.

 Aux Jeunes Soldats morts

Vous ne reverrez plus les monts, les bois, la terre,
Beaux yeux de mes soldats qui n'aviez que vingt ans
Et qui êtes tombés en ce dernier printemps,
Où plus jamais douce apparut la lumière,

On n'osait plus songer au réveil des champs d'or,
Que l'aube revêtait de sa gloire irisée :
Seule, la sombre guerre occupait la pensée
Quand, au fond des hameaux on apprit votre mort,

Depuis votre départ, à l'angle de la glace,
Votre image attirait et le cœur et les yeux ;
Et nul ne s'asseyait sur l'escabeau boiteux
Où tous les soirs, près du foyer, vous preniez place,

Hélas ! Où sont vos corps jeunes, puissants et fous ?
Où vos bras et vos mains, et les gestes superbes
Qu'avec la grande faux vous faisiez dans les herbes ?
Hélas ! La nuit immense est descendue en vous.

Vos mères ont pleuré dans leur chaumière close,
Vos amantes ont dit leur peine aux gens des bourgs,
On a parlé de vous, tristement, tous les jours,
Et puis, un soir de juin, on parla d'autre chose.

Mais je ne veux pas, moi, qu'on voile vos noms clairs,
Vous qui dormez là-bas, dans un sol de bataille,
Où s'enfoncent encor les blocs de la mitraille
Quand de nouveaux combats opposent leurs éclairs.

Je recueille en mon cœur votre gloire meurtrie,
Je renverse sur vous les feux de mes flambeaux,
Et je monte la garde autour de vos tombeaux,
Moi qui suis l'avenir, parce que la Patrie.

Emile Verhaeren

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Illustration par Fernand ALLARD L'OLIVIER

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