10/09/2017

40-45: La guerre fut aussi une guerre entre belges.

40-45: La Guerre entre les Belges.

 

1. Introduction.

 

Contrairement à ce qui, en gros, s'était passé durant la guerre de 14-18 ( exception faite de certains mouvements flamands ), la guerre de 40-45 peut aussi être vue comme une guerre ayant opposé des belges contre d'autres belges.  

 

2. La collaboration.

 

La collaboration n'était pas seulement un état de soumission à l'égard de l'occupant mais elle s'est caractérisée par deux choses:

- l'embrigadement de combattants, surtout jeunes, dans des organismes militaires allemands ou ayant combattu avec l'armée allemande ( SS WALLONIE, S.S. Westland Regiment, Vlaamsche Wacht, Légion Wallonie...)

- la mise à disposition de l'occupant de polices supplétives menant la chasse contre les opposants à l'ordre nouveau ( Vlaamsche Wacht, Zwarte Brigade, Département de Sécurité et d'Information-D.S.I...)

 

Dans leur sinistre besogne, ces milices pouvaient hélas compter sur tous les aigris, les jaloux qui dénoncèrent allégrement, souvent faussement, des rivaux ( ou des rivales ). Il suffit de se rendre au Fort de HUY où l'on trouve, exposées, des lettres de dénonciation.

 

La collaboration est un concept juridique qui, en Belgique, est qualifié par le Code pénal. Les articles, 113, 115, 118bis et 121bis abordent respectivement la collaboration militaire, la collaboration économique, la collaboration politique et intellectuelle et les dénonciateurs.

 

3. Petit aperçu des groupements de collaborateurs et leurs mésententes.

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On trouve un nombre important d'organisations militaires ou paramilitaires de collaborateurs. Fort heureusement, une mésentente profonde, voire une lutte féroce, les opposait souvent.

Certains voulaient une Belgique maintenue mais organisée selon les principes de l'ordre nouveau. D'autres voulaient, surtout du côté flamand mais parfois aussi wallon, une intégration pure et simple à l'Allemagne nazie.

C'était vrai aussi du côté flamand: la plupart voulaient profiter de la situation pour créer un état flamand alors que d'autres revendiquaient l'intégration pure et simple à l'Allemagne.

En plus, tout ce petit monde faisait preuve d'un appétit débordant et c'était à qui allait être plus nazi que l'autre.

 

Prenons l'exemple des "Amis du Grand Reich Allemand (AGRA)" qui cherchait surtout à recruter des gens opposés au rexisme. L'AGRA fut fondé en mars 1941, à l'instigation du Sipo-SD de liège. Les membres de ce mouvement reconnaissaient Hitler comme chef unique de l'Europe et adhéraient sans restriction aux doctrines nazies. L'AGRA s'opposait au caractère unitaire de la Belgique et souhaitait son rattachement au Troisième Reich se basant sur un prétendu caractère nordique du wallon.

 

L'AGRA créé sur instigation de l'occupant pour dépasser le rexisme fut victime, plus tard, d'une manoeuvre identique de la part des SS. Apparut ainsi en 1943 la "Deutsch-wallonische Arbeitsgemeinschaft (Dewag)". Il s'agissait de dépasser l'AGRA qui,elle, avait été créée pour dépasser REX.

 

On retrouve là, déjà, un des grands problèmes de l'extrême-droite en Belgique: la division à l'extrême, les luttes intestines, le grenouillement d'organismes, de partis se combattant sans merci. Le seul moment où ils s'unirent, ce fut, en 1936, à l'apogée de REX. C'est aussi un problème plus général de l'extrême-droite: prenons en exemple les luttes intestines du FN et de la famille Le PEN en FRANCE.

 

En Flandre, on trouvait "De Vlag" opposé à la VNV ou encore le "Nationaal-socialistische beweging in Vlaanderen" et le "Volksverweering". En 1942, une réorganisation de l'Algemeene-SS Vlaanderen débouche sur un changement de nom : Germaansche SS in Vlaanderen

 

Et en Wallonie, une multitude de petits partis ou mouvements: la "Communauté Culturelle Wallonne", la "Défense du Peuple", le "Mouvement National Populaire Wallon (MNPW) qui fusionnera avec la "Défense du Peuple", le "Parti national-socialiste Wallon" plus tous les groupements dépendant de REX, ( les Gardes Wallonnes, par exemple ).

 

4. Les différences " NORD-SUD".

 

La collaboration connut aussi une différence "Nord-Sud". Une part considérable de l'élite politique et intellectuelle flamande fut mêlée, d'une façon ou d'une autre, à la collaboration. Le poids du Vlaams Nationaal Verbond (VNV) qui avait absorbé le Verdinaso et le Rex flamand, fut considérable. C'était un parti de masse fort de 50000 membres, enraciné dans la société. Apparurent aussi des milices: la Vlaamsch Legioen, la Vlaamsche Wacht, la Dietsche Militie, la Zwarte Brigade... etc.

 

Du côté francophone, la collaboration intellectuelle resta un phénomène marginal. REX électoralement plus puissant que le VNV en 1936 (21 sièges à la Chambre contre 16), avait perdu, dès 1939, la plupart de ses élus. Il convient de distinguer le Rexisme d'avant-guerre et le Rexisme de guerre. Le Rexisme était réduit à portion congrue à l'aube de la Seconde Guerre Mondiale. Et lorsqu'il va renaître durant celle-ci, ce ne sera plus avec les mêmes buts ni les mêmes moyens.

L'entrée de REX dans la collaboration avait fait fuir beaucoup de sympathisants mais lui en avait fait recruter d'autres dont l'idéalisme était loin d'être la vertu majeure.

Pendant la guerre, DEGRELLE a recruté beaucoup d’opportunistes prêts à tout. Pendant la guerre, REX, malgré l'appui de ROMSEE, n'est jamais parvenu à contrôler que 13% des communes. Toutefois ces 13% couvraient plus de 60% de la population Wallonne, surtout après la fusion imposée des grandes agglomérations.  Mais jamais le parti rexiste ne put obtenir un contrôle complet sur la vie sociale. REX pendant la guerre ne compta jamais plus de 10000 membres.

 

REX fit usage du clientélisme politique. Ceux qui n’appartenaient pas au clan rexiste étaient mis au ban. Cela signifiait la faim, le manque de chauffage, la déportation ou, en tout cas, de telles menaces. Les membres locaux du parti Rexiste attendaient de leurs bourgmestres collaborateurs qu’ils les protègent et les aident. Le parti voulait que les communes, les provinces et les ministères apportent un soutien à certaines initiatives du parti. Cela se déroulait dans un contexte autoritaire où tout contrôle extérieur (et, cela va sans dire, démocratique) avait disparu.

 

Il faut toutefois écarter le vieux mythe qui opposerait une Flandre collaboratrice à une Wallonie résistante.

Les Flamands ne se sont pas, proportionnellement, plus compromis que les Wallons: environ 13.000 Flamands se sont battus sur le front de l'Est pour le compte des nazis, pour près de 9.000 côté wallon. Quant aux quelque 100000 collabos actifs sur le sol belge pendant l'Occupation, il se répartissent plus ou moins aussi équitablement: une petite majorité au nord, une grosse minorité au sud.

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5. La résistance.

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Dès octobre-novembre 1940, les premiers signes de résistance à l’occupant se manifestèrent. Les Allemands, malgré leur supériorité aérienne, avaient échoué en Angleterre et chacun se doutait que la guerre risquait de durer longtemps et

aussi qu'elle n’était pas perdue d’avance !

Très vite apparurent les résistants de terrain. Ceux-ci vont se répartir selon deux types : les « mouvements » et les « réseaux de renseignements et ’évasions ».  Parmi les réseaux de renseignements: le réseau "Clarence" et le "Service D"

La résistance n'était pas uniforme; On dénombre un grand nombre de groupements. C'est normal: en période de dictature et de répression, il est quasiment impossible d'avoir une opposition unitaire.

Au fil du temps, on assista quand même à des regroupements ou des fusions. Ainsi, l'"Armée Belge des Partisans" issue de la mouvance du Parti Communiste fusionnera en 1941 avec le "Front de l'Indépendance". Idem pour les "Milices Patriotiques" travaillant de concert avec l'"Armée Belge des Partisans". Cela pour la résistance dite " de gauche". Le Front de l'indépendance fut fondé en mars 1941 par le docteur  marteaux (du Parti Communiste), l'abbé André Bolland et Fernand DemanyDemany. Son but était de réunir les résistants de toutes opinions et tendances, toutefois le seul parti politique qui y adhéra formellement en bloc fut le Parti Communiste

Du côté de la mouvance démocrate-chrétienne, nous avons l'"Armée de la Libération" née fin 1940.

Autre grande organisation, face au "Front de l'Indépendance", on trouve l' "Armée Secrète", issue du regroupement de la "Légion belge" fondée en 1940 et de l'"Armée belge reconstituée". Ces deux mouvements de Résistance armées décidèrent de joindre leurs forces afin d'avoir plus d'efficacité, et prirent le nom unique de "Légion Belge" pour devenir en 1942 l'"Armée de Belgique"  puis "Armée secrète".

On peut encore citer le "Mouvement National Belge", le "Mouvement National Royaliste", le "Groupe NOLA", l'"Organisation militaire belge de la Résistance", très faible ( 3112 membres).Et d'autres organisations plus locales ou professionnelles. Le "Service D" compta énormément de postiers.

 

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Ecusson du Front de l'Indépendance.

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Ecusson de l'Armée Secrète.

7. Tous unis ?

Oui et non. Si l'objectif final était la lutte contre l'occupant et la libération du pays, l'unité d'action fut rare ou, en tout cas, difficile. On assista surtout à une répartition des tâches ou des zones de territoires. Ainsi, dans le Condroz, le Front de l'Indépendance était prépondérant sur la rive droite du Hoyoux et l'Armée secrète sur l'autre rive.

La division était inévitable, les motivations idéologiques et politiques étaient trop éloignées. Si on était d'accord sur l'objectif premier ( la Libération ), on navait pas la même vision du pays après la guerre. Que pouvait-il y avoir de commun entre le Front de l'Indépendance et le Mouvement National Royaliste ?

Quant à l'Armée secrète, c'était en fait le bras armé du Gouvernement en exil avec lequel d'autres n'étaient pas d'accord.

 

8. Et, après la Libération ?dafanch98_numl000047_2.jpg



A l'issue de la guerre, entre septembre 1944 et fin 1949, 405 000 dossiers furent ouverts pour faits de collaboration. De ce chiffre, on retira les 58 000 travailleurs volontaires.

70% des dossiers (228 000) furent classés sans suite; 15 % (59 500) débouchèrent sur un non-lieu; 14 % (57 000) entraînèrent des poursuites pénales.

Au final, 53 000 belges furent condamnés pour collaboration: 1247, condamnés à mort (et 1693 par contumace), mais 242 seulement furent exécutés (238 hommes et 4 femmes); 1 839 condamnés à la perpétuité (et 501 par contumace). Plus de 43 000 Belges perdent leurs droits civiques et politiques dans le cadre de l'épuration, tandis que des milliers d'ex-collaborateurs fuient en Allemagne, en France, en Espagne, en Afrique du Sud, en Amérique latine, aux USA...

 

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