23/01/2017

Jean - Claude MOSCOVICI: un enfant interné à DRANCY.

Jean-Claude MOSCOVICI

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Né à Paris en 1936. 

Il exerce la pédiatrie à Paris depuis 1972. 

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Enfant juif, capturé lors d'une rafle, sorti miraculeusement de DRANCY.

Il témoigne de la vie d'un enfant juif durant la seconde guerre mondiale.

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Il n'a pas connu l'horreur de la Shoah. Mais son récit nous reconduit dans les coins les plus tristes de notre humanité,

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Nous parlons aujourd'hui du neveu de Lazar MOSCOVICI, Jean-Claude MOSCOVICI.

Ephraïm MOSCOVICI et son épouse Louise demeuraient à Vernoil-le-Fourrier (Maine et Loire) avec leurs deux enfants, Jean-Claude, né en 1936, et Liliane, née en 1940. Ephraïm était médecin du village jusqu'à la parution du statut des Juifs qui lui interdit d'exercer sa profession. Malgré tout, il essaya de continuer à exercer son métier de médecin. Il voulait aider les gens. C’est ce qui a entraîné sa déportation.

En été 1942, ses frères et le frère de sa femme, fuyant Paris, vinrent se réfugier chez Ephraïm Aucun n'avait la nationalité française. Le 16 juillet 1942, au petit matin, des gendarmes français vinrent arrêter les trois frères au cours d'une rafle.

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Affiche de propagande antijuive.

Ils avaient été manifestement signalés par des villageois et dénoncés par le maire pétainiste d'Angers, René DROUART. Par la loi du 16 novembre 1940, le gouvernement de Vichy avait imposé une nouvelle loi municipale: dans les villes de plus de 10 000 habitants, les maires étaient désignés par le ministre de l'Intérieur; dans les villes de moins de 50 000 habitants, les conseillers municipaux étaient nommés par le préfet. A noter que le régime municipal pétainiste ressemble étrangement au régime instauré en Belgique par le Secrétaire Général de l'Intérieur, Gérard ROMSEE.

 

Les préfets disposaient de pouvoirs régaliens. Ils pouvaient prononcer des internements administratifs. Les deux préfets successifs du Maine-et-Loire ne s'en privèrent pas: ils firent détenir des communistes, ou supposés tels, ainsi que des ressortissants étrangers. C'est dans ce cadre que le sort des trois frères MOSCOVICI fut réglé. Le 20 juillet 1942, ils furent déportés vers Auschwitz par le convoi n° 8 parti d'Angers. ( Voir l'article sur Lazar MOSCOVICI ).

 

Six semaines plus tard, le 1er septembre, les autorités allemandes vinrent arrêter Louise MOSCOVICI. Mais elle réussit à s'enfuir grâce à sa voisine et amie Odette BLANCHET qui s'était engagée à 17 ans comme agent de liaison du réseau Confrérie Notre-Dame de Castille.  Louise rejoignit des membres de sa famille en zone dite "libre".

Les deux enfants furent confiés à des voisins. Visiblement, on ne se rendait pas compte de la gravité de la situation ! Tout s'enchaîna rapidement: le 9 octobre 1942, les enfants furent arrêtés par les autorités d'occupation. Tout s'était déroulé en à peine 100 jours ! On aurait pourtant eu le temps de "camoufler" les enfants.

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Madame MOSCOVICI et ses deux enfants.

Jean-Claude et Liliane furent internés au camp de Drancy. D'août 1941 à août 1944, le camp d'internement de Drancy ou camp de Drancy a été la plaque tournante de la politique de déportation antisémite en France. C'est cela qu'on appelait un "camp de transit": un camp qui servait à enfermer les gens avant de les déporter vers d'autres camps, les camps de concentration et les camps d'extermination. C'étaient des Français qui gardaient ce camp, sous la responsabilité du préfet de police nommé par le gouvernement de Vichy. Il vit passer plus de 100.000 personnes, hommes, femmes, vieillards, enfants, bébés : le 17 août 1944, au moment de la Libération, il y avait 1467 internés.

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Camp de DRANCY

Les conditions de vie y étaient très difficiles surtout pour de si jeunes enfants. Ils vivaient dans un milieu de vie insalubre et mangeaient peu.  Un de leurs oncles, interné lui aussi à Drancy, parvint à obtenir de les faire sortir pour les placer dans un orphelinat de l'UGIF, rue Lamarck à Paris.

UGIF = Union générale des Israélites de France. Fut fondée, sur injonction des Allemands, par une loi du gouvernement de Vichy du 29 novembre 1941. En réalité, elle avait pour but de rendre repérables les Juifs de France dont l’appartenance religieuse n’était plus mentionnée dans les recensements depuis 1872 et à les fondre en une communauté unifiée. Le rôle de l'UGIF fut très controversé en raison de son légalisme qui a transformé les maisons d'enfants qu'elle patronnait en véritables souricières particulièrement vulnérables aux rafles.

Odette BLANCHET, toujours elle, vint les y chercher pour les héberger, à MORANNES, chez sa tante. En janvier 1943, ils retrouvèrent enfin leur mère. Grâce à  la résistance, on leur procura de de faux papiers et de cartes d'alimentation. Ils prirent le nom de "Moreau". Par mesure de précaution, pendant deux ans, ils restèrent cloîtrés et ne fréquentèrent pas l'école. pas à l'école.

A la fin de la guerre, en 1945, ils purent regagner leur maison dans leur village et attendre le retour d'Ephraïm. Alors ils apprirent, par une lettre de Lazar qu'Ephraïm ne rentrerait pas, que celui-ci, leur oncle Léon et leurs grands-parents avaient été assassinés à Auschwitz.

Pour Jean-Claude MOSCOVICI, le courage et la force de témoigner ne lui permettront de raconter son histoire que cinquante ans après la guerre. Ce n'est en effet que le 5 octobre 1995 que sort le roman dans lequel, sous le regard de l'enfant qu'il était, il raconte son internement à Drancy avec sa petite soeur alors âgée de 2 ans, Liliane Moscovici. Ce témoignage est le récit de la tragédie que lui, sa soeur mais aussi sa famille ont vécue. Plus d'un million et demi d'enfants juifs européens ont été tués durant la deuxième guerre mondiale par les nazis.

 

Ce roman, autobiographique, c'est " Voyage à Pitchipoï ".  " Pitchipoï " est un surnom utilisé pour désigner une destination inconnue vers laquelle partaient les convois de déportation. Ce livre est son histoire, un témoignage poignant du calvaire subit par les enfants juifs d'Europe... toute une enfance assassinée par la folie de l'Allemagne nazie et par la lâcheté de ses suppôts locaux ( les Pétainistes en France, les rexistes en Belgique ). Sans sombrer dans la sensiblerie, dans le misérabilisme, Jean-Claude MOSCOVICI rapporte seulement des faits. Il privilégie les détails concrets plutôt que l'expression abstraite de la souffrance.

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Son récit s'adresse à des enfants. C'est pourquoi l'auteur est particulièrement attentif à restituer non seulement ses souvenirs, mais aussi son point de vue de petit garçon: la fierté, par exemple, avant d'en saisir le sens, que l'étoile jaune soit cousue sur sa veste comme sur les vêtements des grands.

 

" On parlait souvent d'un endroit où nous irions peut-être après Drancy, qui s'appelait Pitchipoï. Peut-être y retrouverions-nous nos parents ? C'était un lieu mystérieux où certains étaient déjà partis, mais dont personne ne semblait avoir de nouvelles. C'était à la fois la promesse de la liberté et l'angoisse de l'inconnu. " [...]

 

 

Que signifie " Pitchipoï " ? " Pitchipoï " est un néologisme apparu parmi les enfants dans le camp de Drancy. Il désignait la destination inconnue, à la fois mystérieuse et effrayante, des convois de déportés, là-bas, quelque part, très loin « vers l’Est », au pays de nulle part. Il est, avec Henri RACZYMOIW, auteur des Contes d’exil et d’oubli (Gallimard, 1979), l’un de ceux qui ont rapporté ce surnom. " Pitchipoï " c'est le nom qu'utilisaient les juifs de France pour désigner la destination inconnue des convois des déportés. Cela signifie "pays de nulle part". Ce " Nulle part " c'était Auschwitz-Birkenau. C'était bien " Nulle part " puisque c'était le lieu de l'anéantissement.

 

" Voyage à Pitchipoï " est le récit de cette enfance arrachée, de cette famille séparée, de la survie d’un petit garçon qui tient plus que tout à protéger sa petite sœur plus jeune de quatre ans, un petit garçon qui est loin de tout saisir aux événements – si ce n’est leur gravité, et leur caractère irrémédiable. Malgré tout, grâce au dévouement de résistants, ils n'ont pas vécu les pires sévices de la seconde guerre mondiale. Il est une victime indirecte de la Shoah par ce qu'il a vécu durant cinq ans et du fait de la disparition de la plupart de sa famille. Il ignore ce qu'on eut à vivre les juifs des ghettos et ceux (juif, communiste, homosexuels, roms, etc ...) qui ont été envoyés dans les camps de la mort. " Voyage à Pitchipoï " nous conduit dans les coins les plus tristes de notre humanité.

 

Nous terminerons par ce qu'un déporté survivant écrit: « C’est un devoir de venger nos chers disparus. Nous n’en dirons jamais assez sur la barbarie et les crimes des Nazis. Avant tout, la Providence nous a condamnés à vivre pour accomplir le devoir sacré de témoigner au nom des millions d’êtres innocents exterminés par ces criminels. »

 

 

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