07/01/2017

Témoignage d'un médecin prisonnier à AUSCHWITZ: Lazar MOSCOVICI.

LAZAR MOSCOVICI.

Né en 1914 à Flaticeni, en Roumanie.

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Déporté à Auschwitz en juillet 1942, il est un des rares survivants. Il témoignera pour que personne n'oublie.

Il apporte le témoignage d'un médecin.

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Il est resté en France où il a exercé la médecine jusqu’en 1979. Il est mort en 1988.

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On ne peut envisager la vie de Lazar MOSCOVICI sans le dissocier de sa famille. Il est né en 1914 à Flaticeni, en Roumanie. Dans les années 30, suite aux mesures antisémites locales, il part pour la France rejoindre ses deux frères aînés, Léon et Ephraïm. Il y poursuit, comme eux, des études de Médecine. En Roumanie, la Garde de fer " exigeait un numerus clausus contre les étudiants juifs dans les facultés. Leurs parents croyaient avoir trouvé en France une terre d'asile et de liberté.

A la déclaration de guerre, il s’engage comme volontaire dans la Légion Etrangère pour participer à la défense de son pays d’adoption. Les résidents non français volontaires devaient passer par là.

 

Son frère Ephraïm habitait Vernoil-le-Fourrier en  Maine et Loire. Il avait deux enfants, Jean-Claude et Liliane. Médecin du village, il était aimé de tous. Le statut des Juifs lui interdit d'exercer sa profession.

 

Les trois frères avaient été "signalés" par le maire de Saumur, René DROUART. Dans un rapport, il les avait dénoncés " médecins juifs d'origine roumaine, qui ont perdu l'autorisation d'exercer " et présentés comme communistes. Juifs et communistes: tout pour être persécutés !

 

Dans la nuit du 15 au 16 juillet 1942, les trois frères furent arrêtés et déportés vers Auschwitz par le convoi n°8 parti d'Angers le 20 juillet 1942. Les gendarmes français avaient prêté assistance à la Feldgendarmerie. En France, entre 1942 et 1945, plus de 70 000 personnes d'origine juive furent déportées. Le convoi N°8 fut le seul qui partit de province sans rassemblement préalable dans un camp d'internement. 824 juifs du département en faisaient partie.

Au  Grand Séminaire d'ANGERS, le 20 juillet 1942, les juifs du grand Ouest, 430 femmes et 394 hommes, furent internés avant d’être déportés à destination du camp d’Auschwitz. C'est ce " Convoi n°8 " dont seulement 14 hommes ont survécu.

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Des milliers de personnes y passent chaque jour, mais savent-ils qu'il y a maintenant 70 ans, la gare d'Angers fut une plaque tournante de départ pour les camps de concentration et d’extermination.

Durant l'été 1942 , il a survécu au camp de la mort avec l'aide de  ses deux frères. Un de ses frères mourut tué par la maladie. L'autre, désigné «trop faible », fut sélectionné pour les chambres à gaz. Lazar  est resté en vie grâce à son rôle de médecin permanent au sein du camp.

 

Il est resté dans le camp d'Auschwitz-Birkenau jusqu'au 8 janvier 1945. Ensuite, il a subi durant trois jours et trois nuits les marches de la mort, durant lesquelles il marcha jusqu'à la gare, en direction du camp de concentration de Mauthausen, au nord de l'Autriche. Finalement, Lazar fut transféré dans le camp d'Ebensee. C'est là qu'il fut libéré le 6 mai 1945 par les américains.

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Lazar MOSCOVICI, étant médecin, a pu observer,analyser, enregistrer pour se souvenir. Cela est une forme de résistance. Il fut membre de l'organisation secrète placée sous la direction du Comité international de la résistance clandestine qui s'opposa à l'extermination totale du camp.

 

Entretemps, sa belle-soeur et ses deux enfants, sous la fausse identité de MOREAU, furent sauvés et cachés par les soins d'une voisine, sans cesse soumis à la crainte d'être retrouvés ou dénoncés. A la fin de la guerre en 1945, ils purent enfin retrouver leur véritable maison à Vernoil.

 

Une lettre de leur oncle Lazar parvint: « Je suis par miracle, un des rares survivants du camp d'Ebensee, et libéré maintenant, je compte bientôt rentrer ». Ils comprirent ainsi qu'ils ne reverraient jamais le reste de la famille. A son retour, il élèvera, comme ses propres enfants, ses neveux Liliane et Jean-Claude dont le père était mort en déportation.

 

Dès son retour en 1945, Lazar MOSCOVICI a témoigné devant tous les habitants de son village afin que personne n'oublie la cruauté des actes nazis perpétrés dans les camps mais également dans le but  de faire réagir: un tel crime ne doit pas se reproduire. Population du village qui, pour partie, avait dénoncé sa famille. Il raconta le quotidien du camp, les sévices, les expérimentations sur les malades, les assassinats quotidiens et l'organisation de la résistance.

 

« Je vous ai raconté pendant une heure ou plus, un temps qui a dû vous sembler long, des faits qui pourraient paraître pour un esprit équilibré, sinon inventés, tout au moins exagérés. Je voudrais surtout que vous soyez convaincus de l'exactitude de mon témoignage, bien qu'il soit évidemment incomplet. D'autres parleront ou écriront pour le compléter et vous apporteront des détails que j'ai omis ou que j'ai moi-même ignorés, tant les crimes étaient multiples à tous les niveaux de la hiérarchie. "

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Photo prise alors que les crématoires fonctionnaient toujours.

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Ce qui reste des fours crématoires à l'heure actuelle.

Voici un extrait de son témoignage, écrit en France le 22 juin 1945, soit un mois après son retour:

"Je réussis à garder Fondane quelques semaines sans trop d’incidents. Il commençait à aller mieux, à prendre du poids, et je pensais pouvoir lui procurer quelque occupation moins pénible à l’infirmerie, reculer sa sortie en commando, qui équivalait à une condamnation à mort. Je me rappelle encore ces soirées émouvantes, quand il nous récitait des fragments de son poème Ulysse, commencé à Paris, et qui devait être l’élégie du peuple juif et symboliser son propre sort. Avec quelle tendresse nous parlait-il de sa femme Geneviève, de sa vie à Paris, de ses livres, de ses peintures, de ce cadre où l’on devinait une atmosphère de chaleur et d’entente, de fraternité et d’humanité. Cela ne devait pas durer. Le Moloch réclamait ses victimes....Je revois encore, dans cette journée étouffante d’été polonais, défiler, torse nu, tous ces malheureux demi-cadavres, implorant la pitié de leur regard désespéré. J’ai toujours devant les yeux le visage d’apôtre de Fondane, ce regard résigné, fier et souriant, qui cherchait le mien pour m’adresser son adieu. Était-ce un reproche ?"

 

Grâce à son statut de médecin, il avait pu observer, analyser et enregistrer plus scientifiquement que les autres déportés tous les événements et tous les actes émis par les Allemands. Ainsi, grâce à ces témoignages, l'humanité a été au courant très rapidement, de la barbarie nazie. Son long et poignant témoignage figure dans le livre " 1942, convoi n°8 ". Pour lui, Auschwitz est le camp de la mort où si la maladie ne tue pas, les moyens criminels s’en chargent. Ce livre fut écrit avec la collaboration d'un autre médecin prisonnier à Auschwitz, le Dr André LETTICH. Grâce à la mémoire de ces deux médecins, les simples citoyens ont connu au fur et à mesure la vérité et la cruauté subie dans les camps en particulier les expériences médicales sur des cobayes humains.

 

Il décrit, médicalement, les expériences sur les femmes par rayons X, les injections de substances caustiques. Il parle de personnes "honteusement mutilées" et d’horreurs qui dépassent l’imagination, des expérimentations soit-disant scientifiques mais sans aucun fondement. « Je vois encore les visages si pâles de ces malades qui montaient dans les camions, de ces grands blessés qui poussaient des cris de douleur sous les coups et les injonctions des SS. ».

 

Pour lui, témoigner de l'horreur du nazisme, du génocide, c'est une forme de résistance, celle qui permet de « résister » après l'internement, celle qui est un devoir de mémoire afin d' empêcher la renaissance de tels crimes. La précision du témoignage, met à mal toute suspicion d’inauthenticité. Sauf pour ceux, comme le père de Marine LEPEN, pour qui " Ce n'est qu'un point de détail de l'histoire ".

 

Ce témoignage, paru aux Éditions du Retour en 2009 sous le titre 1942 CONVOI N°8 a été réédité sous le titre "910 jours à Auschwitz". Ce nouvel ouvrage propose en plus des notes d'un historien, Michel Laffitte, et quelques reproductions couleurs de documents.

 

 

 

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