21/10/2016

Qui fut vraiment le Pasteur NIEMOLLER ?

Emil Gustav Friedrich Martin NIEMÖLLER

Né le 14 janvier 1892 à Lippstadt  

Décédé le 6 mars 1984 à Wiesbaden.

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Militaire allemand en 14-18, théologien et pasteur protestant, d'abord favorable à Hitler puis résistant au nazisme, déporté en camp de concentration et militant pacifiste après la guerre de 40-45.

Un cheminement parfois contestable mais qui représente bien les tourments des intellectuels allemands dans l'entre-deux guerres.

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Il est issu d'une famille religieuse et conservatrice: son père ( Heinrich NIEMÖLLER ) était pasteur luthérien. En 1900, il déménage à Elberfeld où il termine sa scolarité par l'obtention de l'ABITUR. L’Abitur est un examen qui clôture les études secondaires en Allemagne. Cela correspond au baccalauréat en France. Cet examen permet l'accès aux Universités.

 

Au lieu d'entrer à l'Université, il entra, à l'âge de dix-huit ans, dans la marine allemande comme élève-officier où il fut finalement diplômé.

 

Lorsque la Première guerre éclata, il avait le grade de sous-lieutenant. Il fut affecté à un sous-marin poseur de mines. La marine allemande pratiquait alors une guerre sous-marine à outrance. Il écrit dans ses mémoires, après avoir assisté au torpillage d'un navire de transport : « Ce 25 janvier 1917 a marqué un point de non-retour dans ma vie, car il m'a ouvert les yeux sur l'impossibilité absolue d'un univers moral. » En 1918, on lui confia le commandement du sous-marin UC67. Il était notamment chargé de la pose des mines au large de Marseille. Ce sous-marin fit couler trois navires ennemis totalisant 17.000 tonnes. À la fin de la guerre, considéré comme un des meilleurs officiers, il reçut la Croix de Fer de première classe.

 

Son activité après l'Armistice ne fut pas toujours pacifique. Il participa activement à vie politique allemande. Le corps des officiers, vaincu militairement, se sentait humilié et aigri par l'Armistice ressentie comme un « coup de poignard dans le dos ». Les officiers supérieurs commencèrent à mettre sur pied des armées privées appelées "Freikorps". Celles-ci furent d'abord utilisées pour défendre les frontières allemandes cdans l'éventualité d'une invasion de l'Armée rouge. Niemöller a rejoint ce groupe. Il soutint la tentative de putsch de Kapp en 1920.  Ce coup d' Etat de droite a finalement été vaincu par une grève générale. 

 

Après la création de la République de Weimar, il devint brièvement agriculteur. Puis il s'orienta vers la théologie protestante de 1919 à 1923. Il fut ordonné en 1924. En 1931, il devint pasteur à Dahlem. Il continua à s'intéresser à la politique et soutint Hitler au début. En 1931, dans des discours, il fit valoir que l'Allemagne avait besoin d'un Führer. Dans ses sermons, il épousa le point de vue de Hitler sur la race et la nationalité. En 1933,il décrit le programme nazi  comme un «mouvement de renouvellement basé sur une base morale chrétienne".

 

Les Églises en tant qu'institutions ont peu cherché à s'opposer à un chancelier pourtant néo-païen et antichrétien. Hitler s'est toujours bien gardé de mettre en application les projets d'éradication du christianisme nourris par Martin Bormann ou Alfred Rosenberg. Il a préféré jouer sur l'anticommunisme, l'antiféminisme et les aspects réactionnaires de son programme pour séduire les publics religieux. Cela n'empêcha pas les révoltes personnelles.

 

Contrairement à l’Eglise catholique dont les structures rendaient difficile toute intrusion d’éléments étrangers à la foi, les Eglises Protestantes avec leurs structures plus souples et leurs traditions d'union avec le Pouvoir furtent plus exposées. Elles furent rapidement confrontées aux menées de ralliement au régime. Au fur et à mesure de sa montée en puissance, le pouvoir nazi se mit à noyauter l'Église protestante allemande. Ainsi, le " Mouvement des Chrétiens Allemands " qui prônait un christianisme héroïque fondé sur le sang et la race, se propagea à partir de 1933.

 

En 1933, les églises protestantes furent contraintes de fusionner au sein d'une "Eglise Protestante du Reich", noyautée par le " Mouvement des Chrétiens Allemands ". Les " Chrétiens allemands " avaient comme but de purifier la Bible et la foi chrétienne de tous les aspects juifs. Ils écartaient donc l'Ancien Testament et voulaient éliminer l'apôtre Paul du Nouveau Testament. Ils voulaient un Jésus aryen, non-juif. Le danger de voir le protestantisme infiltré et submergé par l'idéologie nazie suscita une mobilisation des forces hostiles à une telle évolution.

 

Il fallait faire l'exercice difficile de s’opposer aux détenteurs du pouvoir sans être soutenu par la hiérarchie. Niemöller, pourtant partisan du régime hitlérien, appela les pasteurs hostiles aux mesures antisémites à s'unir au sein d'une nouvelle organisation, le "Pfarrernotbund" ( « Ligue d'urgence des pasteurs » ), basée sur les principes de tolérance énoncés par la Bible et la profession de foi des réformés. Il appelait à combattre toute atteinte à la confession évangélique, à aider matériellement "les frères opprimés". Cet appel fut bien accueilli: fin 1933, 6000 pasteurs, soit plus d'un tiers des ecclésiastiques protestants, avaient rejoint ce groupe dissident. 1934 vit la création de «l’Eglise confessante » ("Bekennende Kirche"), un schisme dans l'Eglise Protestante. Le noyau de la résistance se trouvait à Berlin-Dahlem, la paroisse de Niemöller. Celle-ci lutta ouvertement, dès 1934, contre la dictature et l'idéologie nazie qualifiée de " non chrétienne et de non morale ".

 

Ils s'opposaient notamment à l'introduction du terme « aryen » par "l'Eglise Protestante du Reich", qui prévoyait l'exclusion des pasteurs d'origine juive ou mariés à une juive. Mais la majorité des Églises luthériennes resta fidèle aux dirigeants du Troisième Reich, pendant toute son existence.

 

Cette " Ligue " reçut le soutien des protestants à l'étranger. Elle adressa au Synode une lettre de protestation contre les mesures d'exclusion et de persécution prises envers les Juifs et envers les pasteurs refusant d'obéir aux nazis. Malgré les protestations, début novembre 1933, Martin Niemöller fut déchu de ses fonctions de pasteur et mis prématurément à la retraite. Mais la grande majorité de ses paroissiens décida de lui rester fidèle. Il put ainsi continuer à prêcher et à assumer ses fonctions de pasteur. Mais son attitude reste néanmoins équivoque: il fait partie de ceux qui ne sont pas radicalement opposés au régime: en novembre 1933, après avoir fondé, en septembre, son mouvement dissident, il envoie un télégramme à Hitler pour le féliciter de retirer l'Allemagne de la SDN. Il qualifie cela comme un « acte utile à l'intérêt national »

 

Mais à plusieurs reprises, il outrepassa dans ses sermons les limites entre religion et politique. Il fut arrêté le 1er juillet 1937. Au cours de son procès, bien que reconnu comme " non traître à la patrie ", il fut reconnu coupable d' avoir «abusé de la chaire» et condamné à sept mois de prison et à une amende de 2000 marks. Mais ensuite, il fut déporté au camp de Sachsenhausen puis de Dachau comme « prisonnier privé » de Hitler (1937-1945). " Prisonnier privé de Hitler" signifiait qu'il était placé en quartier spécial, ce qui le mettait à l'abri des mesures arbitraires des SS.

 

Peu après, des centaines de pasteurs iront en prison pour avoir dénoncé en chaire les idées de tendance nationale et raciste ainsi que l’engouement pour une domination à l’échelle mondiale.

 

Libéré en 1945, il se consacre par la suite, jusqu'à sa mort en 1984, à la reconstruction de l'Église protestante d'Allemagne et prend de plus en plus de distance avec les milieux conservateurs de ses origines pour devenir un militant pacifiste et pour la défense des droits civils.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, il est devenu président du Conseil oecuménique des Eglises. Niemöller était convaincu que l'Allemagne et l'Église étaient " coupables par action et omission " et qu'elles partageaient une responsabilité collective eu égard aux atrocités nazies.

 

En 1961, il est élu à New Delhi coprésident du Conseil mondial des Eglises. Malgré les controverses, son image reste celle d’un homme qui a consacré avec détermination toute son existence au service de sa foi et d’une Eglise juste.

 

Niemöller est mort en 1984, il a été internationalement reconnu comme une personnalité extraordinaire dans le christianisme du XXe siècle.

 

Il doit être plus important de souligner que Niemoeller est quelqu'un qui a été en mesure d'apprendre de ses erreurs, plutôt que de mettre l'accent sur ses terribles défaillances dans la première moitié de sa vie.

 

On lui doit le poème " Quand ils sont venus me chercher ".

 

Quand ils sont venus chercher les communistes, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques, 
je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher. 
Et il ne restait personne pour protester...



C'est un texte dénonçant la lâcheté des intellectuels allemands au moment de l'accession des nazis au pouvoir et des purges qui ont alors visé leurs ennemis, un groupe après l'autre.

 

De nombreuses variations et adaptations dans l'esprit de l'original ont été publiées dans différentes langues.

En 1976, Niemöller répond lors d'une interview à une question sur l'origine du poème :

 

«  Il n'y a pas de minutes ou de copie de ce que j'ai dit, et je l'ai peut-être formulé différemment. Mais le fond de l'idée était : les communistes, nous laissons toujours faire avec calme ; et les syndicats, ça aussi nous laissons faire ; et nous laissons même faire pour les sociaux-démocrates. Rien de tout cela n'est notre affaire. L'Église ne s'est pas inquiétée de politique à ce moment, et elle ne devrait d'ailleurs pas en faire. Dans l'Église confessante nous ne voulions pas représenter une résistance politique en tant que tel, mais nous voulions décider pour l'Église que tout cela n'était pas juste, et que cela ne devait pas être accepté par l'Église, c'est pourquoi déjà en 33, quand nous avons créé la Fédération d'urgence des pasteurs (Pfarrernotbund), nous avons mis en4e point de notre charte : si une attaque se produit contre des ministres du culte et qu'ils sont expulsés de leur ministère parce que de « lignée juive » (Judenstämmlinge) ou quelque chose de ce genre, alors en tant qu'Église nous ne pouvons que dire : Non. Et voilà le 4e point dans sa substance, et c'était probablement la première prise de position contre l'antisémitisme issue de l'Église protestante.  »

 

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