24/01/2016

Walther RATHENAU ou une plongée dans la difficile intégration des juifs allemands ( début XX° siècle ).

 

L'Affaire RATHENAU

ou

Les tréfonds de l'antisémitisme en Allemagne

au début du XX° siècle.

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Walther RATHENAU, né le 29 septembre 1867 à BERLIN et y assassiné mort le 24 juin 1922, était issu d'une famille juive, de la haute bourgeoisie allemande. Son père, Emil RATHENAU avait fondé AEG. C'était un magnat de l'électricité.

 

Bien qu'il se reconnaisse clairement d'ascendance juive, il se présente comme l'exemple d'une assimilation culturelle et nationale réussie. Ainsi, il affirme « seul du sang allemand coule en moi ». Affirmation qui semble signifier, pour lui, qu'il n'y a aucune différence entre un allemand d'origine juive et les autres, si ce n'est une différence de religion.

 

Il fit ses études à la faculté des Sciences de BERLIN et de STRASBOURG ( dans un département annexé après 1871 ).

 

Personnalité importante de l’histoire allemande du début du xxe siècle, il mena une vie intellectuelle très active, participant à la rédaction de la revue Die Zukunft. Il se fait remarque par ses positions prenant le contre-pied du sionisme, y opposant des thèses intégrationnistes. En rétrospective, il a écrit de sa jeunesse:

"Dans les premières années de tous les Juifs allemands, il y a un moment douloureux quand il se souvient de sa vie: quand pour la première fois il est pleinement conscient qu'il a démissionné en tant que citoyen de seconde classe dans le monde...  ".

D'autre part, il devient un collaborateur officieux du gouvernement impérial, participant à des voyages d'études dans le Sud-Ouest africain, là où l'Allemagne tentait d'installer son Empire colonial.

 

Arrive la première guerre mondiale, il se déclare ardent partisan de la politique impériale. Engagé en politique, il soutient les opérations d'agression sans équivoque et apparemment sans état d'âme !

 

Et ce ne fut pas une simple attitude intellectuelle, il prit une part active. En 1914, il est nommé, Directeur de l'Office des matières premières. Il est le Chef du Département de matières premières de la guerre (KRA) au ministère prussien de la Guerre. En fait, il dirige toute la guerre économique. Au début de la guerre, il souligne la nécessité de la distribution organisée des produits de base.

 

Il inspire la politique du Chancelier. Préjugeant de la victoire finale, il élabore un plan d'une Europe centrale dominée par l'Empire allemand. Il défend aussi l'idée d'une union douanière qui engloberait le Reich, l'Autriche-Hongrie et aussi, curieusement, la France.

 

Vers la fin de la guerre, quand les choses commencent à tourner mal, il lance un appel à la "guerre totale" au printemps 1918. En octobre 1918 il prend fermement position contre la proposition d'armistice et réclame la levée en masse.

 

Mais, dans le même temps, il souhaite une révision constitutionnelle instituant autour de la monarchie un système bicaméraliste,où les membres de la seconde chambre seraient nommés ou membres de droit. La représentation démocratique n'aurait donc existé que pour la première chambre, système plus ou moins semblable au système anglais.

 

Une fois l'Armistice signé et l'Empire renversé, il choisit de soutenir les institutions de la République de Weimar. Il en fut Ministre de la Reconstruction en 1921 et Ministre des Affaires étrangères en 1922. Toujours, apparemment sans état d'âme.

 

Comme Ministre des Affaires Etrangères, il négocie le Traité de Rapallo avec les représentants soviétiques  RAKOVSKY et JOFFE. Du point de vue allemand, il obtient deux résultats positifs: la dette de guerre est effacée et la république de Weimar peut contourner les stipulations des traités de paix (entraînement de troupes allemandes sur le territoire soviétique).

 

Pourtant c'est ce qui lui sera reproché. Il devient la cible de l'extrême-droite pour trois raisons: en tant que juif, que partisan de la république de Weimar et signataire d'un traité avec un État communiste.

 

En fait, ce qu'il veut, c'est s'opposer au chaos provoqué en, Allemagne aussi bien par les révolutionnaires d'extrême-gauche que par les agitateurs d'extrême-droite.

 

Son attitude continue à être ambiguë. Et il ne faudrait pas que, par réaction contre l'extrême-droite, on "sanctifie" en quelque sorte RATHENAU. Nous disons ci-après pourquoi.

 

Sur le plan économique, il préconise la mise en place d'une économie corporative fondée sur des chambres de métiers et d'industrie. Théorie que l'on retrouvera appliquée dans les régimes fascistes et inspirant indirectement la pensée économique nazie. Il est parmi ceux qui glorifieront le « germanisme vrai » dont il souhaite le retour. En 1919,il critique le régime parlementaire. Dans un livre, L'État nouveau, il suggère la mise en place de conseils. Et, bien qu'il soit Ministre, il critique souvent avec force la décomposition de la République de Weimar.

 

Attitude ambiguë car dans le même temps, il s'oppose aux désordres provoqués par les FREIKORPS ( Corps francs ) qui espèrent construire une nouvelle société sur les ruines de la guerre de 14-18. Les Feikorps étaient des milices formées par d’anciens officiers à la retraite, assimilés aux nombreux groupements d'extrême-droite nés après l'armistice. Ils recrutent essentiellement parmi les officiers et sous-officiers qui envisagent un retour difficile à la vie civile, et les aventuriers et les laissés pour compte, déclassés, marginaux, chômeurs...

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Tout ceci a suffisamment montré qu'il se voulait véritablement allemand. Le terme de "Juif assimilé" ne peut même pas lui être attribué: il se sent allemand à 100%. Il est cependant la cible privilégiée des discours antisémites.

 

C'était devenu intenable et RATHENAU fut assassiné par l'Organisation Consul, en 1922 et non en 1920 comme on le trouve parfois écrit.

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L'Organisation Consul (O C) fut une organisation terroriste nationaliste active durant la républque de Weimar, créée en 1920 et organisée en société secrète. L'organisation avait des ramifications dans toute l'Allemagne et compta jusqu'à 5 000 membres. Interdite en 1922,après l'assassinat de RATHENAU, elle réapparut sous la forme du Bund Wiking. Sous le Troisième Reich, ses membres furent honorés comme des « héros de la résistance nationale » (Helden des nationalen Widerstandes). C'est aussi cette organisation qui assassina le ministre Matthias ERZBERGER.

 

Un million de personnes assistèrent aux funérailles de RATHENAU. Dans un journal berlinois, on lit: « Le directeur d'une des plus grandes entreprises du monde a été tué et des ouvriers communistes sont venus pleurer sur sa tombe et maudire ses meurtriers."

 

L'assassinat de RATHENAU faisait partie d'une stratégie de l'escalade terroriste en vue de déclencher une guerre civile, de provoquer la chute du gouvernement et de susciter le soulèvement des extrêmistes de gauche. Ils auraient été le recours.



Parmi les assassins, le plus connu fut l'écrivain Ernst von SALOMON. Il fut condamné à cinq ans d'emprisonnement.

Les nazis ont exprimé leur solidarité avec les assassins et organisé le 17 Juillet 1933 une cérémonie au cours de laquelle Hitler fit un geste hautement symbolique en honorant publiquement les assassins de RATHENAU. La mémoire de RATHENAU a été mise à néant démonstrativement, la plaque sur le site de son assassinat a été retirée.

 

En 1946, le Parti libéral-démocrate d'Allemagne a fait ériger une pierre commémorative dans la Koenigsallee à Berlin-Grunewald.

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