10/01/2016

Emil LUDWIG, écrivain allemand antifasciste, dénonciateur des responsables de la première guerre mondiale.

 

Emil LUDWIG

de son vrai nom Emil COHN

Né le 25 janvier 1881 à BRESLAU

Décédé le 17 septembre 1948 à MOSCIA

 

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Ecrivain allemand.

Correspondant de guerre en

14-18,

critique sur l'origine de la guerre,

antinazi,

célèbre par ses biographies.

 

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Né à BRESLAU, ( WROCLAW, en POLOGNE ) dans une famille juive. Son père, Hermann  COHN est un ophtalmologue célèbre. Après avoir étudié le droit et l'histoire, il choisit la carrière d'écrivain. Baptisé en 1902, à l'âge de 22 ans, il renonça publiquement au christianisme, 20 ans plus tard, à la suite du meurtre du ministre des affaires étrangères, juif, Walter RATHENAU. Ce meurtre signifiait l'impossibilité pour un juif d'être réellement considéré comme un allemand authentique.

 

Il a débuté par quelques pièces de théâtre et nouvelles et comme journaliste. En 1906, il s'installe en SUISSE. Certains parlent d'un exil, ce qui ne paraît pas être le terme exact.

 

Lorsque survient la Première Guerre mondiale, il entre comme correspondant de guerre au Berliner Tageblatt, à VIENNE et ISTAMBUL, deux capitales alliées de l'Allemagne. Le Berliner Tageblatt paru pour la première fois le 1° janvier 1872 exista jusqu'au 31 janvier 1939, dans une édition contrôlée par la censure depuis 1933. En 1914, il tirait 245000 exemplaires.

 

Après la guerre, il retourne vivre en SUISSE. Il a commencé sa carrière littéraire en tant que dramaturge et romancier, mais il est connu à l'échelle internationale grâce à ses biographies talentueuses traduites dans de nombreuses langues.

 

Ce qui le consacra et lui valut la vindicte de l'extrême-droite allemande, c'est, en 1929, son livre "Juli 14. Den Söhnen zur Warnung " paru sous le titre français de " Juillet 1914", réédité en 2012 dans la Petite bibliothèque Payot. Ce livre fut interdit puis brûlé par les nazis. LUDWIG est parvenu à rendre vivant le récit d'un événement complexe: le déclenchement de la première guerre mondiale.

 

 

Dans le déclenchement de la guerre, il dénonce les responsabilités des Cabinets ministériels, des Etats-Majors, des dirigeants. L'Autriche-Hongrie serait le premier coupable. L'empereur aurait profité de l'attentat de Sarajevo pour relancer un empire finissant. Dans l'ordre, il place ensuite la Russie tsariste, désireuse de s'étendre; la France et l'Allemagne, pour leurs arrière-pensées, la première voulant récupérer l'Alsace-Lorraine et la seconde, profiter de sa supériorité militaire pour mettre à mal la Triple-Entente franco-anglo-russe. Il fustige aussi l'Angleterre. Si celle-ci avait rappelé dès le début son intention de soutenir la Russie et la France, cela aurait incité l'Allemagne à freiner l'Autriche. L'Allemagne a cru qu'elle n'aurait contre elle que la France et la Russie.

 

LUDWIG oppose, les classes dirigeantes européennes, soucieuses d'avancer leurs positions respectives, nationalistes mais se fréquentant et utilisant les mêmes politiques aux populations, toutes désireuses de paix, mais qu'un manque de cohésion, de volonté a rendu impuissantes.

 

Voulant dédouaner les peuples, il omet certaines vérités: l'existence du coté français de l'esprit de revanche autour de l'Alsace-Lorraine et la mentalité inculquée au peuple allemand par le militarisme prussien. Il fait preuve de naïveté quand il crédite le Kaiser, de bonnes intentions passagères là où il ne dut y avoir qu'incompétence et duplicité comme il le démontre pourtant.

 

Il s'en prend au Chancelier allemand de 1914, BETHMANN: "Nulle part la médiocrité d'esprit n'est aussi visible que dans cette phrase de bureaucrate écrite par un chancelier qui ne veut nullement la guerre comme les généraux, mais qui la voit venir et qui cependant, malgré le très net revirement de son empereur, ne bouge pas le petit doigt pour l'empêcher et ne pense qu'à se montrer assez adroit pour ne pas paraître en être responsable aux yeux du monde..."

 

De ce livre, qui est la plus terrible condamnation de la guerre, tirons deux extraits:

 

"Le mensonge et la légèreté, la passion et la crainte, de trente diplomates, princes et généraux, ont transformé pour quatre ans, par raison d'état, des millions d'êtres paisibles en assassins, brigands et incendiaires, pour à la fin ramener sur la terre barbarie, dégénérescence et misère. Aucun peuple n'a réalisé un bénéfice durable. Tous ont perdu plus qu'il n'est possible de rétablir en une dizaine d'années. Un continent étranger est devenu créditeur du nôtre. Haine et exaspération ont saisi les peuples qui auparavant rivalisaient en paix".

...............

 

 

"Aucun des innombrables êtres qui, cinq ans plus tard, après avoir perdu leurs fils et leurs époux, cherchèrent dans les écrits de leurs nations une consolation à la détresse de leur innocente patrie et la trouvèrent dans la conjuration diabolique de l'ennemi, ne devrait lire cette vérité internationale; il se répandrait en malédictions en voyant que l'être qu'il avait de plus cher au monde est mort pour rien en même temps que des milliers d'autres à cause de la légèreté criminelle de quelques comtes viennois, à cause de l'insouciance d'hommes d'état allemands, à cause de l'appétit de domination de grands-ducs russes, à cause de la faiblesse des nerfs de "cousins" couronnés - à cause d'hommes qui, dans leurs fautes et leur avidité, dans leurs vues et leurs désirs, dans leurs dons et leurs vices, ne dépassèrent jamais la moyenne et ne furent grands que dans une chose: dans les moyens qu'ils employèrent pour tromper et anéantir des millions d'êtres qui ne se doutaient de rien."

 

Dans l'entre-deux-guerres, il acquit la renommée pour la publication de ses buiographies qui mêlaient des faits historiques avérés avec de la fiction et une analyse psychologique des personnages. Ce sera GOETHE en 1920, BISMARCK en1922, NAPOLEON en 1925, Michel-Ange en 1930, et CLEOPATRE en 1937. On lui doit aussi des essais sur Rembrandt, Beethoven, et Balzac, et des études de caractère sur trois Juifs allemands éminents, Freud, Lassalle, et Rathenau. Son travail a suscité une réaction mitigée parce que ses biographies combinent fiction avec réalité et qu'il avance ses vision personnelle.

 

Parmi les autres livres de LUDWIG, on en trouve un sur Jésus,Der Menschensohn (1928), Drei Diktatoren (1939), une étude de l'abdication du roi Edward VIII (1939). Et aussi quelques ouvrages géographiques, Der Nil (1935) et  Am Mittelmeer (1923), (Sur la Méditerranée).

 

Reconnu citoyen suisse en 1932, il émigre aux USA en 1940. Devenu un ennemi irréductible du Troisième Reich, il se met au service du gouvernement américain. Il a écrit de virulents pamphlets anti-fascistes. il publie plusieurs pamphlets antifascistes dont Comment traiter les Allemands (1943). et en 1945, La conquête morale de l'Allemagne.

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Après 1945, il retourne en Suisse où il meurt, à MOSCIA, près d'ASCONA, le 17 septembre 1948.

Bibliographie ( non exhaustive )

 

 

 

Biographies

  • Goethe (1920)
  • Bismarck (1922-1924)
  • Napoléon (1925)
  • Jésus (1928)
  • Michel-Ange (1930)
  • Cléopâtre (1937)
  • Staline (1942)
  • Beethoven (1945)

Autres textes

  • The Son of Man (1928)
  • Juli 14. Den Söhnen zur Warnung (trad. litt. : « A nos fils pour leur gouverne »), titre français (1929) : Juillet 1914, réédition : Petite bibliothèque Payot (2012).
  • Entretiens avec Mussolini (1932), 
  • Chercheur d'or (1930)
  • Le Nil - Vie d'un fleuve (1936)
  • Les Allemands - Double histoire d'une nation (1941)

 

 

 

 

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