22/12/2015

Arnold ZWEIG: du patriotisme prussien au pacifisme puis...

ARNOLD ZWEIG

 

Né le 10 novembre 1887 en Silésie.

Décédé le 26 novembre 1968 à Berlin-Est.

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Simple soldat en 14-18.

Ecrivain pacifiste.

Il combine, étrangement, pacifisme, sionisme, engagement politique en DDR...et pourtant censuré.

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Arnold ZWEIG est né en 1887, en Silésie, à Groß-Glogau. Il est issu de la classe moyenne juive. Son père, sellier, tenait aussi une épicerie. Il n'est pas parent avec Stefan ZWEIG.

 

Il étudia dans diverses universités ( notamment BRESLAU, MUNICH, BERLIN, GÖTTINGEN, ROSTOCK, et TÜBINGEN ) les langues modernes, la philosophie et la psychologie, la philologie contemporaine, l'histoire et l'histoire de l'art.

 

Il avait prévu d'être enseignant, mais au fil de ses études, il se consacra surtout à l'écriture. Ses premières histoires courtes datent de 1909. Il publie, en 1911, ses "Notes sur une famille Klopfer ", un roman semi-autobiographique plein de souvenirs d'enfance. Son premier roman, "Histoires sur Claudia", fut édité en 1912: un travail précoce, expérimental, où il dépeint les tourments d'une femme de la classe supérieure, sensible, mariée à un professeur timide. Elle cherche à se libérer de ses inhibitions. Déjà apparaît son intérêt pour la psychologie.

 

Il avait aussi attiré l'attention avec des pièces de théâtre, "Abigail und Nabal"  présentée en 1913, et "Meurtre rituel en Hongrie ", écrite en 1914. Deux pièces basées sur des thèmes sionistes.

 

En 1914, il s'engagea volontairement dans l'armée allemande comme simple soldat. Il se battit à VERDUN, en HONGRIE et en SERBIE. On le retrouve dans les bureaux, au grand quartier général, dans la proximité constante de HINDENBURG et de LUDENDORFF.

 

La Guerre de 14-18 le marqua profondément. C'est aussi alors qu'il fut confronté à l'antisémitisme et au sionisme. En poste dans ce qui est devenu la LITUANIE, il rencontra des Juifs d'Europe orientale et prit connaissance de leurs problèmes.

 

Il fut rortement perturbé par le "Judenzählung" (le recensement juif ) administré dans l'armée allemande. Il écrit, le 15 févriert 1917: « Si il n'y avait pas d'antisémitisme dans l'armée, l'appel insupportable au devoir serait presque facile. ". Il décrit cette expérience dans la courte histoire "Judenzählung vor Verdun"

 

Le "Judenzählung" est un épisode peu connu, prouvant la présence d'un antisémitisme en ALLEMAGNE à cette époque. On décida, en novembre 1916, de recenser les soldats juifs et de déterminer parmi les civils le nombre de Juifs aptes à la guerre, ceux servant au front, les déplacés, les engagés volontaires, les sursitaires, ainsi que le nombre de juifs morts au combat. En 1922, une étude montra que 17,3 % de Juifs allemands avaient fait la guerre, soit la même proportion que les non-Juifs. Donc quatre ans après la guerre, cela continuait à tourmenter les esprits en ALLEMAGNE ! On comprend mieux la suite !

 

1918: la guerre est finie mais ZWEIG a changé. De patriote prussien, il est devenu pacifiste et socialiste sioniste actif. Avec l'artiste Hermann STRUCK, il publie, en 1920, "Das ostjüdische Antlitz (Le visage des Juifs orientaux d'Europe)". Il tente ainsi de susciter la sympathie des juifs allemands pour le sort des juifs d'Europe orientale. Loin de se douter que leur propre sort serait pire.

 

ZWEIG devint l'ennemi juré des partis d'extrême-droite et antisémites. En 1923, après avoir reçu des lettres de menace, il s'installe à BERLIN.  Dès 1925, il écrit des articles et des romans critiques sur ​​des thèmes politiques de la République de Weimar. Il établit des liens avec FREUD, BRECHT et Carl von OSSIETSKY. En 1927, il publie le roman anti-guerre "Le cas du sergent Grischa", qui lui valut la reconnaissance littéraire internationale. En 1929, il collabore au journal anti-nazi "Die Weltbühne". Ayant assisté à un discours d'HITLER, il compare ce dernier à "Charlie Chaplin sans le talent". Ses livres furent brûlés en ALLEMAGNE.

 

Avec la montée du nazisme, ZWEIG s'exila, en 1933, pour, finalement, arriver en Palestine. Durant cet exil, il semble avoir joué le rôle de lien entre FREUD et la communauté psychanalytique locale. Il écrivit sa tétralogie de la Première Guerre mondiale, dont "L'éducation à Verdun" est le plus notable. Mais le nationalisme hébreu déçut le prussien sioniste qu'était ZWEIG. Il écrivait en allemand et se sentait limité, isolé. Il était proche d'un groupe d'immigrants de langue allemande qui se sentaient éloignés du sionisme et se considéraient comme des réfugiés ou des exilés de l'Europe. Après cette expérience, ZWEIG, désabusé du sionisme, se tourne vers le socialisme.

 

En 1948, il répond à une invitation officielle des autorités est-allemandes. Il rentre en ALLEMAGNE, dans la zone d'occupation soviétique qui devint, en 1949, la RDA. Il fut impliqué dans le système communiste: membre du parlement est-allemand, délégué au Conseil de paix, membre du Conseil consultatif culturel du parti communiste, Président de l'Académie allemande des Arts de 1950 à 1953. Il fut récompensé par de nombreux prix et médailles par le régime. L'URSS lui a décerné le Prix LENINE de la Paix, en1958, pour ses romans anti-guerre. 

 

Il continue à écrire même si les libertés se restreignent de plus en plus. Ses idées pacifistes et nombre de points de vue sur des sujets de société le mettent de plus en plus en désaccord avec le communisme.  Après 1962, en raison de sa mauvaise santé, il se retira des champs politique et artistique. Il subit la censure: un film inspiré d'un de ses romans n’a pas l’heur de plaire aux Soviétiques. Il est alors retiré de l’affiche, avant d’être à nouveau montré trente ans plus tard. Un livre paru en 1932, "Meurtre à Jérusalem", brûlé par les nazis, fut aussi censuré par la RDA.

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Il est mort à BERLIN-EST le 26 Novembre 1968.

 

Patriote prussien en 14-18 puis, successivement, pacifiste, sioniste, socialiste, dignitaire communiste, censuré par le Parti, sa vie semble pleine de contradictions. Pourtant c'est l'un des principaux écrivains allemands du 20°e siècle. Son oeuvre est inconnue chez nous. La fin du totalitarisme a enfin permis de lui restituer son véritable visage.

 

Ses principales oeuvres: " Le cas du sergent Grischa (1927) ", " Jeune femme de 1914 (1931) ", " L'éducation à Verdun (1935) ", "Mise en place d'un roi (1937)", " Le cessez-le-feu (1954) ", " Le moment est venu (1957)",  "De Vriendt rentre à la maison (1932) ";  "La hache de Wandsbek (1943 en hébreu, 1947, en allemand) ", " Bilanz der deutschen Judenheit (1933 )".

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Plusieurs romans furent adaptés en film, à plusieurs reprises, souvent en RDA: Das Beil von Wandsbek , Der Streit um den Sergeanten Grischa, Junge Frau von 1914, Erziehung vor Verdun. Déjà, en 1930, aux Etats-Unis: The Case of Sergeant Grischa. 

 

 

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 Sa tombe à BERLIN-EST

 

 

19:46 Écrit par P.B. dans Actualité, Général, HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

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