30/11/2015

Que penser de GIONO ? De son refus de s'engager. De sa contestation du devoir de mémoire...mais aussi de ses actions cachées.

TEXTES de Jean GIONO.

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Pacifiste convaincu.

Ces textes sont une dénonciation virulente de la guerre, en particulier celle de 14-18.

 

GIONO ne désire pas le devoir de mémoire, au contraire, il voudrait oublier car pour lui, la guerre est une blessure du corps et de l'âme puisque vingt ans après, il a encore des accès de fièvre.

 

On peut certes apprécier ses descriptions de la guerre, ses descriptions de la situation des soldats, ses descriptions de l'état psychologique de ceux qui l'ont faite. Selon lui, ce qui est terrible, c'est que la guerre fait des survivants des éternels coupables; la guerre a sali ceux qui l'ont faite. La guerre a changé les combattants de manière définitive. Elle les a condamnés à traîner cette souillure toute leur vie. Il nous aide ainsi à comprendre pourquoi les combattants de 14-18 avaient toujours beaucoup de réticence à raconter leurs souvenirs.

C'est justement pour cela que nous ne pouvons pas le suivre dans son refus d'exercer le devoir de mémoire !

C'est justement pour cela que le devoir de mémoire est impératif ! Surtout maintenant qu'il n'y a plus de survivant !

 

 

Giono s'adresse à des paysans, pacifistes comme lui, qui ont composé la majeure partie des soldats de la Grande Guerre de 1914-1918.

La « Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix » a été écrite durant l’été 1938, entre le début juillet et la mi-août. GIONO l'a rédigée dans une atmosphère de bouleversement. En pacifiste convaincu il sait que depuis l’Anschluss les Français se préparent de plus en plus à la guerre et sont prêts à la faire. Son intention n’en est que renforcée. Bien qu'une nouvelle guerre lui paraisse inéluctable, son intention de lutter contre le militarisme n'est que renforcée.

Ici, c'est GIONO, «  pacifiste-anarchiste » qui parle. Il s'adresse aux paysans du monde entier. Il les exhorte contre la guerre et contre l’État. Mais il sait qu c'est une lutte perdue d’avance. Il sait que tous les états, pas seulement les états totalitaires mais aussi les démocratiques, n'y échapperont pas..

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« Je n'aime pas la guerre. Je n'aime aucune sorte de guerre. Ce n'est pas par sentimentalité. Je suis resté quarante-deux jours devant le fort de Vaux et il est difficile de m'intéresser à un cadavre désormais. Je ne sais pas si c'est une qualité ou un défaut: c'est un fait. Je déteste la guerre. Je refuse la guerre pour la simple raison que la guerre est inutile. Oui, ce simple petit mot. Je n'ai pas d'imagination. Pas horrible; non, inutile, simplement. Ce qui me frappe dans la guerre ce n'est pas son horreur: c'est son inutilité. Vous me direz que cette inutilité précisément est horrible. Oui, mais par surcroît. Il est impossible d'expliquer l'horreur de quarante-deux jours d'attaque devant Verdun à des hommes qui, nés après la bataille, sont maintenant dans la faiblesse et dans la force de la jeunesse. Y réussirait-on qu'il y a pour ces hommes neufs une sorte d'attrait dans l'horreur en raison même de leur force physique et de leur faiblesse. Je parle de la majorité. Il y a toujours, évidemment, une minorité qui fait son compte et qu'il est inutile d'instruire. La majorité est attirée par l'horreur; elle se sent capable d'y vivre et d'y mourir comme les autres ; elle n'est pas fâchée qu'on la force à en donner la preuve. Il n'y a pas d'autre vraie raison à la continuelle acceptation de ce qu'après on appelle le martyre et le sacrifice. Vous ne pouvez pas leur prouver l'horreur. Vous n'avez plus rien à votre disposition que votre parole: vos amis qui ont été tués à côté de vous n'étaient pas les amis de ceux à qui vous parlez; la monstrueuse magie qui transformait ces affections vivantes en pourriture, ils ne peuvent pas la connaître; le massacre des corps et la laideur des mutilations se sont dispersés depuis vingt ans et se sont perdus silencieusement au fond de vingt années d'accouchements journaliers d'enfants frais, neufs, entiers, et parfaitement beaux. À la fin des guerres il y a un mutilé de la face, un manchot, un boiteux, un gazé par dix hommes; vingt ans après il n'y en a plus qu'un par deux cents hommes; on ne les voit plus; ils ne sont plus des preuves. L'horreur s'efface. Et j'ajoute que malgré toute cette horreur, si la guerre était utile il serait juste de l'accepter. Mais la guerre est inutile et son inutilité est évidente. L'inutilité de toutes les guerres est évidente. Qu'elles soient défensives, offensives, civiles, pour la paix, le droit pour la liberté, toutes les guerres sont inutiles. La succession des guerres dans l'histoire prouve bien qu'elles n'ont jamais conclu puisqu'il a fallu recommencer les guerres. La guerre de 1914 a d'abord été pour nous, Français, une guerre défensive. Nous sommes-nous défendus ? Non, nous sommes au même point qu'avant. Elle devait être ensuite la guerre du droit. A-t-elle créé le droit ? Non, nous avons vécu depuis des temps pareillement injustes. Elle devait être la dernière des guerres; elle était la guerre à tuer la guerre. L'a-t-elle fait ? Non. On nous prépare de nouvelles guerres ; elle n'a pas tué la guerre; elle n'a tué que des hommes inutilement. La guerre d'Espagne n'est pas encore finie qu'on aperçoit déjà son évidente inutilité. Je consens à faire n'importe quel travail utile, même au péril de ma vie. Je refuse tout ce qui est inutile et en premier lieu la guerre car son inutilité est aussi claire que le soleil.»

 

« Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais. Je passe des fois deux jours ou trois sans y penser et brusquement, je la revois, je la sens, je l'entends, je la subis encore. Et j'ai peur. Ce soir est la fin d'un beau jour de juillet. La plaine sous moi est devenue toute rousse. On va couper les blés. L'air, le ciel, la terre sont immobiles et calmes. Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans, malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis pas lavé de la guerre. L'horreur de ces quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants portent la marquent.

    J'ai été soldat de deuxième classe dans l'infanterie pendant quatre ans, dans des régiments de montagnards. Avec M. V., qui était mon capitaine, nous sommes à peu prés les seuls survivants de la 6ème compagnie. Nous avons fait les Epargnes, Verdun-Vaux, Noyons-Saint-Quentin, le Chemin des Dames, l'attaque de Pinon, Chevrillon, le Kemmel. La 6ème compagnie a été remplie cent fois et cent fois d'hommes. La 6ème compagnie était un petit récipient de la 27èmedivision comme un boisseau à blé. Quand le boisseau était vide d'hommes, enfin quand il n'en restait plus que quelques-uns au fond, comme des grains collés dans les rainures, on le remplissait de nouveau avec des hommes frais. On ainsi rempli la 6ème compagnie cent fois et cent fois d'hommes. Et cent fois on est allé la vider sous la meule. Nous sommes de tout ça les derniers vivants, V. et moi. J'aimerais qu'il lise ces lignes. Il doit faire comme moi le soir : essayer d'oublier. Il doit s'asseoir au bord de sa terrasse, et lui, il doit regarder le fleuve vert et gras qui coule en se balançant dans des bosquets de peupliers. Mais, tous les deux ou trois jours, il doit subir comme moi, comme tous. Et nous subirons jusqu'à la fin. »

 

Extrait de «  Refus d'obéissance »

 

À la déclaration de guerre, il se rendit, malgré tout, au centre de mobilisation de DIGNE. Là, à cause de son pacifisme,le 14 septembre 1939, il fut arrêté. Il bénéficia d'un non-lieu, il fut relâché et libéré de ses obligations militaires.

 

 

Par la suite, durant la guerre 40-45, GIONI poursuivi cette unique « pensée de la paix », il fut l'homme du refus de la guerre. Il s’enferma, dès que la guerre fut venue, dans une attitude strictement négative à l’égard de tout ce qui pouvait sortir de cette guerre. Donc, y compris de la Résistance. Son attitude provoqua un malaise. Quand se présenta à lui l’occasion de justifier rétrospectivement son refus de s'engager dans la Résistance, il ne trouva que ces mots :« La Résistance pour moi ça n’existait pas. » Cela ne signifiait pourtant pas qu’il avait approuvé l'occupation et la collaboration de certains. Ses paroles pouvaient laisser penser qu'il les les plaçait sur le même pied que la Résistance.

 

Il s'en justifie en quelque sorte :

« Si j’ai dit non à la guerre, ce n’est pas par ignorance de l’ignominie nazie pas plus que l’ignominie stalinienne, je dirais que c’était d’instinct. Fin 1942, j’ai reçu la visite d’un membre d’Esprit qui me demandait de participer à un mouvement de résistance. Ma position était d’autant plus inconfortable que je savais très bien ce que représentait le nazisme. »

 

Il est pourtant avéré qu'il a caché et entretenu à partir de 1940 des réfractaires, des juifs, des communistes. Il a notamment abrité Karl FIEDLER, trotskiste allemand et l’épouse de Max ERNST. Le fait d'avoir abrité un trotskiste constituait évidemment pour certains un fait défavorable !

 

Après la guerre, on l'accusa de collaboration. Il fut à nouveau emprisonné, en septembre 1944. Il ne fut libéré qu'en janvier 1945, sans avoir été inculpé. Néanmoins, le Comité national des écrivains, organisme issu de la Résistance, l'inscrivit sur sa liste noire, ce qui interdisait de fait toute publication de son œuvre en France. Bien des résistants qui avaient lutté contre le régime de Vichy ne lui avaient pas pardonné cette phrase : « Je préfère être un Allemand vivant qu'un Français mort », considérant cette citation comme une offense à leurs sacrifices. Cette mise à l'index ne prend fin qu'en 1947.

 

 

19:11 Écrit par P.B. dans Actualité, Général, HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

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