27/11/2015

Petite histoire de la "Brabançonne", de Jenneval et de la révolution belge.

 

Première version de la Brabançonne qui a permis aux Belges de se soulever contre Le Roi des PAYS-BAS (27 août 1830)

 

JENNEVAL ( pseudonyme de Louis Alexandre DECHET – DECHEZ selon d'autres sources ), est un comédien et poète français né à LYON en 1801. C'est lui qui a écrit le premier texte de la Brabançonne. Il en composa plusieurs versions du qu'il adapta au fur et à mesure de l'évolution des événements.

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Il est mort le 19 octobre 1830 en défendant Lierre entre Lierre et Malines, décapité par un boulet de canon hollandais. Ici, une explication historique est nécessaire. On parle souvent, en évoquant la révolution belge des « journées de septembre ». En fait, les premiers troubles débutèrent le 22 août 1830 par l'annulation de l'exercice de la garde communale de Bruxelles par crainte de voir les gardes refuser de rendre les armes. La séparation administrative des provinces du sud fut proclamée le 6 octobre 1830. L'indépendance, elle, fut proclamée le 6 octobre 1830.

 

Dès lors, comment JENNEVAL fut-il tué près de Lierre, treize jours plus tard ? La place-forte d'Anvers était toujours tenue par les Hollandais, par le général CHASSE. Les volontaires belges entrèrent dans Anvers le 26 octobre 1830. s'ensuivit un combat et le bombardement de la ville par la garnison hollandaise. C'est seulement le 30 novembre 1831, que le maréchal français GERARD somma le général CHASSE de lui livrer la citadelle et que commença le siège. Après vingt-quatre jours et vingt-cinq nuits d'une lutte acharnée, la garnison capitula (23 décembre 1831 ).

La première version, n'est pas vraiment révolutionnaire. Ce texte a été écrit selon une croyance assez répandue à l'époque qu'un compromis était possible avec la HOLLANDE. On partait alors du principe que les revendications des Belges pourraient faire l'objet d'un accommodement avec le Roi Guillaume.


Il demande à Guillaume d'Orange de donner satisfaction au peuple belge qui continuerait à le respecter. La personnalité du Roi n'est donc pas encore mise cause à cette époque.


La première version de la Brabançonne se veut donc simplement un avertissement au Roi. On trouve dans le journal bruxellois
"L'Echo des Pays-Bas" du 7 septembre 1830 le texte suivant:


Aux cris de mort et de pillages,

Des méchants s'étaient rassemblés,
Mais notre énergique courage
Loin de nous les a refoulés.
Maintenant purs de cette fange
Que flétrissait notre cité,
Amis, il faut greffer l'Orange
Sur l'arbre de la liberté.

Oui, fiers enfants de la Belgique,
Qu'un beau délire a soulevés,
À notre élan patriotique
De grands succès sont réservés.
Restons armés, que rien ne change,
Gardons la même volonté,
Et nous verrons fleurir l'Orange
Sur l'arbre de la liberté.

Et toi dans qui le peuple espère,
Nassau, consacre enfin nos droits ;
Des Belges en restant le père,
Tu seras l'exemple des rois.
Abjure un ministère étrange,
Rejette un nom trop détesté,
Et tu verras mûrir l'Orange
Sur l'arbre de la liberté.

Mais malheur ! si de l'arbitraire
Protégeant les affreux projets,

Sur nous du canon sanguinaire
Tu venais lancer les boulets.
Alors tout est fini, tout change,
Plus de pacte, plus de traité,
Et tu verrais tomber l'Orange
De l'arbre de la liberté.

 

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Deuxième version corrigée de Jenneval de la Brabançonne (chantée le 12 septembre 1830)

Le texte publié est mis en musique par François Van Campenhout et revu par Jenneval qui corrige et permute les 2 premiers couplets. Cette version est chantée par le ténor Lafeuillade au Théâtre Royal de la Monnaie qui rouvre ses portes le 12 septembre 18307, après avoir été fermé à la suite des émeutes de la fin du mois d'août.

 

On se rend compte facilement que le ton et surtout l'esprit ont changé.

Dignes enfants de la Belgique
Qu'un beau délire a soulevés,
À votre élan patriotique
De grands succès sont réservés.
Restons armés, que rien ne change !
Gardons la même volonté,
Et nous verrons fleurir l'Orange
Sur l'arbre de la Liberté.

Aux cris de mort et de pillage
Des méchants s'étaient rassemblés,
Mais votre énergique courage
Loin de vous les a refoulés.
Maintenant, purs de cette fange
Qui flétrissait votre cité,
Amis, il faut greffer l'Orange
Sur l'arbre de la Liberté.

Et toi, dans qui ton peuple espère,
Nassau, consacre enfin nos droits;
Des Belges en restant le père,
Tu seras l'exemple des rois.
Abjure un ministère étrange,
Rejette un nom trop détesté,
Et tu verras fleurir l'Orange
Sur l'arbre de la Liberté.

Mais, malheur, si, de l'arbitraire
Protégeant les affreux projets,
Sur nous, du canon sanguinaire
Tu venais pointer les boulets!
Alors, tout est fini, tout change;
Plus de pacte, plus de traité;
Et tu verras tomber l'Orange
De l'arbre de la Liberté.

Version actuelle de 1860.

JENNEVAL étant décédé en 1830, il ne peut donc pas être l'auteur de la version actuelle.

 

Les paroles actuelles datent de 1860. Elles été modifiées sur ordre de Charles ROGIER qui préférait un texte plus consensuel. en un texte jugé plus consensuel. IL importait d'atténuer les insultes contre le Royaume des Pays-Bas avec lequel la Belgique était désormais en paix et de d'accréditer l'idée qu’avant la révolution de 1830, la Belgique existait déjà en germe, mais sous « domination étrangère » .

 

Idée controversée par les historiens mais qui n'est pourtant pas tout-à-fait fausse. Les provinces belges, à l'exception notoire de la Principauté de LIEGE, ont pourtant eu des destinées souvent communes. Mais la population et les classes dirigeantes avaient pourtant toujours considéré leurs princes respectifs comme souverains légitimes.

 

Après des siècles d'esclavage,
Le Belge sortant du tombeau,
A reconquis par son courage,
Son nom, ses droits et son drapeau.
Et ta main souveraine et fière,
Désormais peuple indompté,
Grava sur ta vieille bannière:
Le Roi, la Loi, la Liberté!

Marche de ton pas énergique,
Marche de progrès en progrès;
Dieu qui protège la Belgique,
Sourit à tes mâles succès.
Travaillons, notre labeur donne
À nos champs la fécondité!
Et la splendeur des arts couronne
Le Roi, la Loi, la Liberté!

Ouvrons nos rangs à d'anciens frères,
De nous trop longtemps désunis;
Belges, Bataves, plus de guerres.
Les peuples libres sont amis.
À jamais resserrons ensemble
Les liens de fraternité
Et qu'un même en' nous rassemble :
Le Roi, la Loi, la Liberté!

Noble Belgique, ô mère chérie,
À toi nos cœurs, à toi nos bras!
À toi notre sang, ô Patrie!
Nous le jurons tous tu vivras!
Tu vivras toujours grande et belle
Et ton invincible unité
Aura pour devise immortelle:
Le Roi, la Loi, la Liberté!

 

Pourtant la Brabançonne eut bien du mal à s'imposer comme « chant national belge ». Une circulaire ministérielle du Ministère de l'Intérieur du 8 août 1921 décréta que seule la 4e strophe du texte de Charles ROGIER devait être considérée comme officielle.

Un texte officiellement autorisé de l'hymne national en néerlandais n'existe que depuis 1938. Aujourd’hui, l’hymne, naguère chanté en toutes occasions, n’est généralement plus l’objet que de restitutions instrumentales, contrairement à la « Marseillaise ». Nous venons encore d'en avoir un exemple pour cette dernière.

 

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