19/11/2015

La guerre des tranchées: une affaire de soldats-paysans ?

La Guerre dans les tranchées: 

Une affaire de soldats-paysans ?

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La Guerre de 14-18 reste, dans la mémoire collective,tant en FRANCE qu'en BELGIQUE,  la "guerre des tranchées". Sur plusieurs fronts, en particulier sur le front qui traverse le Nord-Ouest de la France, les soldats s'enterrent pendant quatre ans. Ils y vivent donc la plus grande partie de la guerre, confrontés à une violence exceptionnelle. ce fut une première dans l’Histoire militaire. On utilisa une expression qui en fait masquait, pour le public, la sinistre réalité: on parla de "Guerre de Position", expression désignant le fait que les armées n'arrivant plus à se vaincre, se firent face à face dans les tranchées.

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La guerre de position a duré de novembre 1914 à mars 1918. En fait une zone qui s’étend sur plus de 700 km, des rivages de la Mer du Nord à la frontière suisse. Une bande de terrain transformée en réseau défensif, dont la largeur varie de quelques centaines de mètres à plusieurs dizaines de kilomètres, truffé de tranchées, de barbelés, de blockhaus et d’abris souterrains.

Les premières tranchées de 1914 furent creusées à la hâte. Mais les premiers mois de 1915 voient se mettre en place un redoutable système défensif tout au long du front. La réalisation est méthodique et minutieuse avec des moyens très importants. En quelques mois, la tranchée a perdu le caractère temporaire qu'elle avait au début. Elle est devenue un véritable mode de vie. 

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Dans le langage militaire, est utilisée aussi une expression masquant la réalité: l'expression " Se fortifier sur place ", signifiant simplement "creuser une tranchée".

Les principaux problèmes furent l'approvisionnement en nourriture, le manque de sommeil, l'insalubrité, l'ennui et, surtout les risques pour la santé ( les attaques au gaz notamment ) et pour la vie. On estime qu'un million d'hommes ont péri dans les tranchées.

Un rédacteur du "Bochofage", un journal de tranchée, écrit : « L’enfer, ce n’est pas du feu. Ce ne serait pas le comble de la souffrance. L’enfer, c’est la boue. »

Un autre texte, extrait d’un journal de tranchée intitulé "L’Écho de Tranchées-ville", en date du 28 octobre 1915, donne un aperçu terrifiant de ce qu’était l’assaut :

« La fusillade crépite là-bas devant nous. Les mitrailleuses dévident leurs rubans de mort. Tac, tac, tac, tac. Nous rejoignons les camarades, mais, horreur, nous nous heurtons à une barrière de fils de fer barbelés intacte et profonde de plus de trente mètres. Pendant ce temps, les mitrailleuses ennemies continuent : tac, tac, tac, tac tandis que nous voyons à droite, à gauche, les camarades tomber et joncher la terre. […] En avant, quelques poilus qui ont réussi à se couler sous les fils de fer atteignent la tranchée des empoisonneuses. Ils sautent dedans mais hélas on ne les a pas revus… » 

Dans le "Manuel du chef de section d'Infanterie", on trouve, en 1918: "

"Aujourd'hui le soldat est à la fois un combattant et un travailleur: on ne conçoit plus l'un sans l'autre. Il se sert de son fusil quelquefois, de son outil tous les jours. Lorsqu'il a conquis un avantage au prix de son sang, s'il ne compte que sur son fusil pour le conserver, il sera cruellement déçu. Il faut que, quelque soit sa fatigue, il remue de la terre sur l'heure, qu'il sache que tout coup de pioche gagné sur sa lassitude est un échec à la contre-attaque que l'ennemi prépare contre lui en ce moment."

Apparaissent, dans ces conditions, inévitablement, les rapports de classes sociales d'avant la guerre. Et cela d'autant plus facilement que, dans les tranchées, même si toutes les classes sociales s'y trouvaient, les relations hiérarchiques militaires reproduisaient les rapports sociaux d'avant-guerre. Le soldat, ouvrier ou paysan, retrouvait comme officier son ingénieur ou son propriétaire terrien. Les officiers pouvaient avoir une ordonnance qu'ils choisissaient parmi la troupe. C'était donc la reproduction des rapports civils dans la vie militaire.

 

Ci-après, un texte extraits du livres "Les Poilus". L'auteur de ce texte nous décrit d'abord la vie dans les tranchées. 

Ensuite, nous avons droit à ses états d'âme. La vie des tranchées est peu ragoutante, démoralisante...et certains semblent se débrouiller pour y échapper. Seuls restent les paysans parce que, pense-t-il, il sont habitués au travail de la terre.

Cela reflète-t-il la réalité ?

Ou laisse-t-il apparaître l'ancienne opposition entre les hommes de la terre ?

Il ne faut pas oublier que, avant 1914, la FRANCE était un paysan essentiellement agricole !

 

« Les Tranchées. Là règne un homme qu'on appelle le Paysan. Les Tranchées, c'est affaire de remueurs de terre, c'est affaire de paysans. C'est l'installation de la guerre à la campagne, dans un décor de travaux et de saisons. Les Tranchées, c'est le retour à la terre. 
En fait, il restait surtout des paysans dans les tranchées. A la mobilisation, tout le monde était parti gaiement. Se battre, le Français aime ça (pourvu qu'il y ait un brin de clairon à la cantonade). L'offensive, la Marne, la course à la mer, un coup de gueule dans un vent d'héroïsme : ça va, ça va ! Avec un sou d'enthousiasme, on peut acheter cent mille hommes. Mais après les grandes batailles, dès qu'on s'arrêta, lorsque vint l'hiver avec ses pieds gelés, et la crise des munitions aidant, l'occasion, la chair tendre, les malins se débinèrent. Chacun se découvrit un poil dans les bronches, un quart de myopie, et d'ailleurs une vocation chaude, une âme de tourneur. Les avocats plaidèrent beaucoup pour l'artillerie lourde. Les professions libérales mirent la main à la pâte. Ce fut un printemps d'usines.

Le paysan, lui, resta dans les Tranchées.

Il se tient là, dans son trou, tapi comme ces blaireaux, ces fouines qu'il connaît bien. Creuser le sol, ça le connaît, n'est-ce pas ! Il creuse, de Dunkerque à Belfort, des lignes profondes. De l'époque des semailles jusqu'au mois des moissons, il creuse. A l'heure où le raisin mûrit, à l'heure où le colza lève, il creuse. Il creuse, dans la longue terre maternelle, des abris comme des épouses, des lits comme des tombes. Chaque tranchée est un sillon, et chaque sape un silo. Ces boyaux, ils sentent la bonne cave. Mille souvenirs champêtres fleurissent dans les entonnoirs. La terre est une grande garenne. Les copains soufflent comme des vaches à l'étable. Le flingot a un manche de fourche. Et toutes ces armes industrielles, ces engins nouveaux comme des étoiles, ces crapouillots à quatre pattes, ces lance-mines et ces tas d'obus fauves, tout a un grand air animal, un air d'animaux à cornes. La lune est toujours la lune des prairies. Il y a un merle sur une gueule de canon. De la pluie, de la pluie qui fait germer les avoines. Et le vent des tuiles passe sur les hommes de chair. »

 

 

 

extraits des Poilus (1926), , Grasset, réédition Cahiers rouges 1987

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17:23 Écrit par P.B. dans Général, HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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