06/11/2015

Poème de Guillaume Apollinaire: Si je mourais là-bas

Si je mourais là-bas...

 

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Si je mourais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais
 un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s'éteindrait
 comme meurt
Un obus
 éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals
 et l'étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant
 dans l'espace
Comme font les fruits d'or autour de Baratier


Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais
 le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants

Tu ne vieillirais point
 toutes ces belles choses
Rajeuniraient
 toujours pour leurs destins galants

Le fatal giclement
 de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse
 à l'onde
Un amour inouï
 descendrait sur le monde
L'amant serait plus fort dans ton corps écarté


Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie
- Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie

De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur
-
Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

Ô mon unique amour et ma grande folie

 

Guillaume APOLLINAIRE et rené ARCOS entretinrent, un temps, une correspondance. Cela prouve, une fois encore, en quelle estime René ARCOS était tenu par ses confrères. René ARCOS fut un grand poète, un grand écrivain qui, sciemment, sacrifia son avenir pour ses idées.

 

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