03/11/2015

René ARCOS: Extrait du roman "CASERNE"

 

Extrait du roman "Caserne"

 (Paris, F. Rieder, 1921)

 

 

Depuis la guerre, les casernes absorbaient aveRené A.jpegc frénésie et ne rendaient plus rien. C’était une goinfrerie sans exemple dans l’histoire. Fini, le lent dressage des hommes. On raillait aujourd’hui l’ancien système, ce méticuleux travail d’orfèvre, burinant, ciselant et polissant la matière précieuse. On en était au fondu et à l’estampage. C’est qu’il fallait faire vite. Les commandes pleuvaient et on ne savait plus où donner de la tête. On avait bientôt parlé d’une crise d’effectifs. Envoyez-nous des bonshommes, encore des bonshommes, toujours des bonshommes suppliaient de là-bas les détaillants.


Alors, à la patience d’antan, avait succédé une hâte fébrile. Marches, exercices, écoles de tir, alertes nocturnes, ça bardait, il fallait voir. On nous gavait au galop de nourriture, de science militaire et de couplets patriotiques. On nous poussait comme des fruits de serre. Tant et si bien qu’au bout de quelques semaines, armés, vêtus et harnachés de neuf, nous étions mûrs pour le sacrifice. On était arrivé à couler un canon en quelques jours et à former un héros en moins de deux mois."

 

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