02/11/2015

René ARCOS: Correspondant de guerre en 14-18, militant pacifiste et antifasciste, écrivain.

René ARCOS.

 

ARCOS.jpg

 

Né à Clichy, le 16-09-1880

Décédé à Neuilly-sur-Seine, le 17-07-1959

 

Poète et écrivain français.

Ecrivain, consacré à son époque, par les plus illustres de ses confrères, mais qui reste méconnu et quasi oublié.

 

Correspondant de guerre en 14-18.

Militant antifasciste et pacifiste de l'entre-deux-guerres.

L'amitié et l'honneur furent pour lui des constantes essentielles dans sa  vie d'homme et d'écrivain.

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

D’ascendance espagnole par son père, bretonne par sa mère, René ARCOS est né dans la banlieue parisienne à CLICHY-la-GARENNE. Dessinateur dans une usine, il publie en 1903 son premier recueil de poèmes L’Âme essentielle.

 

En 1906, avec Charles VILDRAC, il prospecte et découvre une vieille bâtisse dans un grand parc, à CRETEIL. On la nommera l’ « Abbaye de CRETEIL » ( en référence à l’Abbaye de Thélème de François RABELAIS ). ARCOS rencontre aussi Georges DUHAMEL. C'est la « Communauté fraternelle et artistique de l’Abbaye ». Il y emménage avec le poète Charles VILDRAC et ses amis le peintre Albert GLEIZE, Georges DUHAMEL et quelques autres moins connus. Ils avaient l'intention de vivre en phalanstère, en auto-suffisance grâce à leurs activités. Comme le dit, longtemps après, Charles VILDRAC: 

« Nous devions nous retirer à la campagne et vivre comme des moines libres et sans autres règles que celle de l’amitié, consacrant une part de notre temps à la poésie et l’autre à quelques métiers manuels qui nous permettaient d’assurer notre vie matérielle ».

Le groupe se sépara 14 mois plus tard faute de ressources financières et victime de tiraillements internes.

 

En 1909, René ARCOS s'installe à Paris. Il donne des conférences sur sur la jeune poésie française en Europe et au Proche-Orient. En 1913, il participe à la revue « L'Effort » dirigée par J.R. BLOCH.

 

Survient la guerre de 14-18. Il se fait réformer mais accepte d’être le correspondant de guerre, jusqu’à l’automne 1917, du journal américain « The Chicago Daily News », d’abord près du front de Belgique et en France puis en 1916, en Italie, Egypte, Grèce et Turquie. Ce n'est donc pas par couardise qu'il s'est fait réformer. On n'en connaît guère les raisons: antimilitarisme, pacifisme ou réellement état de santé...

 

En 1914, le gouvernement français réserva une fonction précise aux écrivains: influencer l'opinion publique sur la guerre.La Première Guerre mondiale fut pourtant le premier moment où s'exprima un courant pacifiste en poésie. En France, les poètes pacifistes furent mis sur la touche. Mais ils y en eu: les anciens du groupe de l’ « Abbaye de Créteil », rassemblés autour de Romain ROLLAND qui ont publié à GENEVE, l’ « Anthologie des Poètes contre la guerre ». On y trouve René ARCOS, Charles VILDRAC, Luc DURTAIN, Georges DUHAMEL. Ces poètes pacifistes ne refusèrent pas systématiquement de prendre les armes. Ainsi, Paul VAILLANT-COUTURIER, soldat héroïque et décoré, devint révolutionnaire pendant la guerre. Il fonda, avec BARBUSSE, l’ARAC (« Association républicaine des anciens combattants »), proche du Parti Communiste.

 

En 1916, il s'établit en SUISSE, non point pour être "au-dessus de la mêlée ", comme ses détracteurs l'en ont accusé, mais au contraire pour mieux ressentir la guerre et en dénoncer toutes les souffrances. Là, il rencontre Romain ROLLAND et aussi Frans MASEREEL en compagnie de qui où il travailla au magazine « La feuille ». Tous les deux sont choqués par les atrocités de la Première Guerre mondiale. MASEREEL est un graveur belge né à BLANKENBERGE en 1889.

 

Ensemble, ils collaborèrent activement. En 1918, MASEREEL dessina la couverture du roman d'ARCOS « Le mal » et, en 1919, les gravures du recueil de poèmes contre la guerre: « Le sang des autres ». Ils créèrent une maison d'édition, en 1919, la « Maison d'Éditions du Sablier ». ARCOS avait visiblement de fortes relations: 4 des 8 premières éditions proviennent d'auteurs de l'Abbaye.

 

ARCOS rédige un manifeste, en fait une dénonciation politique de l’esprit revanchard régnant dès la fin des hostilités. Il est critique sur les conséquences du Traité de Versailles, qui, selon lui ,« n’est que l’organisation du désordre, de la haine et de la misère dans la malheureuse Europe »

 

caserne1-533x918.jpgEn 1921, René ARCOS fait paraître son roman « Caserne ».  Cette année, il participe à « Clarté » avec, notamment, Henri BARBUSSE. « Clarté » fut une revue clairement communiste. Convaincus que la révolution s’imposerait en Europe, à l’exemple de la RUSSIE, ils suivent avec ferveur l’insurrection allemande d’octobre 1923. L’échec de ce mouvement plongea l’équipe de Clarté dans le désarroi. À partir d’octobre 1927, « Clarté »  adopta une position ouvertement trotskiste, ce qui lui valut d’être sanctionnée par le PCF et de disparaître en février 1928.

 

En 1923, il participe avec Romain ROLLAND à la fondation de la revue « Europe ». Il en fut le rédacteur en chef jusqu'en 1929.Jean GUEHENNO lui succéda. Dans le premier comité de rédaction, on trouve DUHAMEL,VILDRAC, et plusieurs écrivains ayant appartenu au « Groupe de l’Abbaye ». Ils avaient fait de Romain ROLLAND le symbole du pacifisme et de l’indépendance d’esprit. ARCOS expliquait le choix du titre: 

« Nous disons aujourd'hui 'Europe' parce que notre vaste presqu'île, entre l'Orient et le Nouveau Monde, est le carrefour où se rejoignent les civilisations. Mais c'est à tous les peuples que nous nous adressons [...] dans l'espoir d'aider à dissiper les tragiques malentendus qui divisent actuellement les hommes».

Il concluait son premier éditorial:

« Il ne peut y avoir de victoire remportée par l’homme contre l’homme. Et les seules conquêtes durables sont celles qui intéressent l’universalité des êtres… L’Europe n’est pour nous qu’une étape, notre but est l’humanité."

Voici aussi un autre passage:

« Aucune des frontières qui séparent actuellement les nations n'est justifiée par des raisons valables. Les nôtres sont impuissantes à nous faire oublier, par exemple, qu'il y a plus de différence entre un Breton et un Marseillais qu'entre un homme de Cologne et un de Nancy. Trente siècles de civilisation ont fait l'Europe. Qui donc pourrait définir exactement la part d'honneur qui revient à chaque peuple ?  »

Et un de ses poèmes sur la guerre:

 

TOUT N’EST PEUT-ÊTRE PAS PERDU.

 
Tout n’est peut-être pas perdu
Puisqu’il nous reste au fond de l’être
Plus de richesses et de gloire
Qu’aucun vainqueur n’en peut atteindre;

Plus de tendresse au fond du coeur
Que tous les canons ne peuvent de haine
Et plus d’allégresse pour l’ascension
Que le plus haut pic n’en pourra lasser

Peut-être que rien n’est perdu
Puisqu’il nous reste ce regard
Qui contemple au-delà du siècle
L’image d’un autre univers.

Rien n’est perdu puisqu’il suffit
Qu’un seul de nous dans la tourmente
Reste pareil à ce qu’il fut
Pour sauver tout l’espoir du monde.

Le Sang des autres, 1919.

 

Malgré son engagement pacifiste et anti-fasciste, René ARCOS a toujours fui les partis et les organisations politiques afin de préserver sa liberté d’écrivain, ce qui l’a poussé peu à peu au retrait pour se consacrer presque exclusivement a sa maison d’édition. C'est ce qui fait aussi qu'il est resté injustement dans l'ombre. Pourtant, on peut quand même dire qu'il fut très proche des communistes. ROLLAND, BARBUSSE, BLOCH, VILDRAC furent ouvertement communistes.

 

« Europe » suit la route des communistes dans le combat anti-fasciste. où elle est suspendue , en 1939, à l'annonce de la signature du Pacte germano-soviétique. A ce moment, le comité de rédaction est dissout. Il y a de graves divergences au sein de l'équipe ; Certains dénonçant Moscou, d'autres restant fidèles. « Europe » reparaît en 1946 grâce à Louis ARAGON. Tout en se réclamant toujours des débuts, cette revue est, maintenant, essentiellement une revue littéraire de haut niveau.

941690876.jpg

Après 1940, on n'a plus guère de nouvelles concernant ARCOS sauf qu'il est l’auteur d’une biographie sur Romain ROLLAND (Romain Rolland, Mercure de France, 1950).

 

On parle aussi d’un dîner « amical », chez lui, fin décembre 1940 à l’instigation de J-R BLOCH, resté fidèle au parti communiste, qui avait fait convier Henri WALLON, Francis JOURDAIN, Frédéric JOLIOT-CURIE, Georges BRUHAT et Jean LURCAT, tous communistes ou sympathisants ainsi que le dernier directeur de la revue « Europe », Jean CASSOU. Il s'agissait sûrement d'une tentative de « recoller les morceaux ». Tous les participants, surtout Jean CASSOU, eurent une activité dans la Résistance durant la guerre. Mais d'ARCOS, il n'en est jamais question. Pourtant, on peut être certain qu'il n'a jamais dévié de ses convictions. Son amitié indéfectible avec Romain ROLLAND en est la preuve.

Bibliographie.

  • L'Ame essentielle, Maison des Poètes, 1903

  • La Tragédie des espaces, L'Abbaye, 1906

  • L'Ile perdue, Mercure de France, 1913

  • Le Mal 1914-1917, Éditions d'Action Sociale, 1918

  • Le Bien Commun. Récits, Éditions du Sablier, 1919

  • Pays du soir, Éditions du Sablier, 1920

 

  • Pays du soir, Éditions du Sablier, 1920

  • Caserne, Rieder, 1921

  • Autrui, Rieder, 1926

  • Médard de Paris , Rieder, 1928

  • De source, Éditions du Sablier, 1948

  • Romain Rolland, Mercure de France, 1950

Les commentaires sont fermés.