17/10/2015

Les réfugiés de 2015 et l'oubli de 14-18.

Les réfugiés: un problème qui n'est pas nouveau et que nos aïeux ont vécu.

 

« On dit aux gouvernants, aux hommes d'Etat, aux peuples de s'instruire principalement par l'expérience de l'histoire. Mais ce qu'enseignent l'expérience et l'histoire, c'est que peuples et gouvernements n'ont jamais rien appris de l'histoire et n'ont jamais agi suivant des maximes qu'on en aurait pu retirer", disait déjà Hegel.

 

Le problème des réfugiés se pose de nouveau de manière continue et récurrente. Dès qu'il paraît résolu parce que le calme est de retour dans la région d'origine, la crise reprend vigueur ailleurs sur la Terre. Ainsi, le nombre de déshérités en fuite se pose toujours de façon continue. Ils reste au même niveau et a même tendance naturellement à augmenter.

 

Jamais depuis 1945, il n'y a eu autant de migrants et de réfugiés. En 2014, l’Europe a été la destination la plus recherchée (714300 ). Plus qu'en 2013 (485000). 2015 se termine et a encore été pire. Ce phénomène sans précédent est sûrement l’un des enjeux les plus cruciaux de notre époque. Les événements tragiques survenus en Méditerranée sont là pour nous le rappeler. Aucun mur ni aucun barbelé n'empêchera jamais une personne en danger de mort de s'échapper.

 

Des millions de Syriens ont fui leurs foyers depuis le début de la guerre civile en mars 2011. On estime que plus de 240.000 d'entre eux ont péri.

 

Les Syriens constituaient la majeure partie des demandeurs d’asile en 2014 ( 149600 ). mais ce nombre qui semble énorme n'est rien en comparaison du nombre ayant cherché refuge dans un pays voisin (4 millions). 8 millions ont aussi été déplacés dans leur propre pays.

 

Comme le dit Amnesty International: « Il est facile de faire des théories sur la question des réfugiés lorsqu’on est assis à l’aise devant la télévision, à observer ce qui se passe sur terre et sur mer, avec un toit au-dessus de la tête, un lit bien chaud près de soi, et assez à manger et à boire sur la table. Certainement, on est attristé en voyant des milliers de réfugiés fuyant leur sort amer, cherchant un endroit sûr pour eux-mêmes et leurs familles ».

Sur base des témoignages des réfugiés rencontrés et des expériences vécues sur le terrain, confirmées par les autorités compétentes, on peut citer deux raisons principales expliquant ces mouvements de population: d’une part la fuite de situations de guerre. D’autre part, des situations de pauvreté extrême.

 

Bien sûr, les opposants à l’accueil vont s’emparer du sujet et accumuler un tas d’arguments, souvent fallacieux ou carrément inventés pour justifier le rejet ou, en tout cas, l'acceptation sous conditions. On a même entendu Bart DE WEVER proposer la solution miracle: dénoncer la Convention de GENEVE relative aux réfugiés. C'est soit idiot, mais il très intelligent, soit purement démagogique. On n'imagine pas voir la BELGIQUE convoquer les 145 pays ayant ratifié cette Convention et proposer une modification. Dénoncer cette Convention et s'en retirer nous causerait d'énormes problèmes. Laissons-là ces divagations !

 

Certes, les problèmes causés sont bien réels et on doit bien constater que, même dans des milieux en principe vaccinés contre de tels arguments.

 

L’accueil des réfugiés est une donc une obligation légale puisque le Parlement belge a, in illo tempore, ratifié cette Convention. Mais c'est aussi une obligation morale. Elle correspond aux valeurs humanistes et démocrates revendiquées comme étant le fondement des valeurs de l’Union européenne. Dans le monde, des nations ou des opposants dans certaines nationsnous ont pris pour modèle. Ce serait leur montrer que nous sommes prétentieux, menteurs, lâches et sans parole. C'est facile d'accueillir le Dalaï Lama ou  Aung San Suu Kyi en grande cérémonie puis de faire le contraire.La manière dont une société traite les individus repoussés à sa marge en dit long sur les grands principes qui la sous-tendent.

 

L'accueil et la protection des réfugiés n’est pas tâche facile, mais elle n’est pas pour autant impossible. Nous devons intensifier nos efforts pour protéger ceux qui fuient les guerres et les persécutions. Forte d’une volonté politique, l’Europe doit être à la hauteur de ses valeurs. La position de la HONGRIE est inhumaine et incompréhensible quand on se souvient comment, en 1956, les fuyard hongrois ont été reçus chez nous.

 

C'est ici que l'histoire intervient. La Première Guerre et la Seconde ont vu un nombre considérable de nos compatriotes fuir vers les pays voisins. Ce nombre, en 1914, dépassa le million ! Rien que pour la FRANCE, ce serait 350000 personnes, arrivées principalement au début de la guerre. Par après, il aurait fallu franchir le front.

 

La façon dont les réfugiés belges ont été accueillis en France, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne en 14-18 constitue un révélateur des conceptions que les pays d'accueil se font de leur engagement dans le domaine social et moral. Le cas des réfugiés belges ne se singularise pas. Les premiers réfugiés belges furent d'abord accueillis chaleureusement. Ce afflux massif fut accueilli avec générosité et sans heurts. La situation évolua néanmoins au fur et à mesure que la guerre se prolongea. On reprocha aux Belges de rester entre eux, de ne pas se mêler à la population d'accueil, de ne pas travailler dans les champs ( alors que la majorité d'entre eux étaient des citadins ), d'être un danger pour les femmes dont les maris étaient au front, d'être à l'origine de l'augmentation du coût de la vie.

 

Autant d'accusations qui trouvaient leur origine dans l'état de frustration générale générée par ces années de guerre, les difficultés d'approvisionnement, la spéculation.

 

D'autre part, les réfugiés constituaient une masse de population déracinée, ne maîtrisant pas bien la langue française. En 1914, le langage usuel des wallons n'était pas le français. Dans les régions où ils se trouvaient, le langage courant était aussi souvent un patois. On peut dès lors imaginer aisément ce que pouvait être pour un Flamand de se trouver dans une région où l'on parlait un patois qui leur était incompréhensible.

 

On vit aussi, parfois, la population locale exploiter la misère des réfugiés. Les campagnards avaient parfois emmené avec eux du bétail qui fut racheté à bas prix. Cela fut accepté car les réfugiés avaient besoin d'argent français.

 

On doit quand même signaler que, en FRANCE, de nombreuses associations se constituèrent pour secourir les réfugiés. Intellectuels et notables s’engagèrent pour collecter des fonds, distribuer vivres et vêtements, loger les réfugiés. Bien que certains d'entre eux furent hébergés dans des abris de fortune. En témoigne les logements dans des péniches sur la Seine à PARIS.

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Aux PAYS-BAS, un Comité d'accueil s'occupa des enfants isolés mais la plupart des réfugiés furent gardés dans des camps.

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En GRANDE-BRETAGNE, des organismes de charité privés les prirent en charge. Des « villes », en bois, furent parfois construites. La situation semble avoir été exemplaire.

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Durant la guerre, nos régions ont accueilli aussi des réfugiés français fuyant les zones situées derrière le front. Ils ne furent pas toujours bien reçus. Mais, après la guerre, tout ceci fut volontairement omis. Il fallait fêter la victoire et il y avait des souvenirs qu'il valait mieux oublier.

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