20/03/2015

Le mythe des " Taxis de la Marne ".

Les taxis de la Marne ont-ils sauvé PARIS...et la FRANCE ?

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Septembre 1914 : situation critique...sinon désepérée.

 

Le 30 août 1914, à l’aide d’un petit avion monoplan, les Allemands avaient bombardé la capitale, lâchant une banderole annonçant « Parisiens, rendez-vous, les Allemands sont à vos portes ». Le bombardement ne fit que deux morts et des dégâts minimes.

 

Début septembre 1914, la situation  était critique pour l'armée française. Les allemands se trouvaient aux portes de PARIS, au nord-est de PARIS, dans le département de Seine-et-Marne. Ils ont bivouaqué le 3 septembre au PLESSIS-BELLEVILLE. On a aperçu des uhlans à quelques dizaines de kilomètres seulement. 

 

L'état-major français est aux abois. Il faut trouver rapidement une solution pour envoyer des troupes fraîches, afin de réaliser un mouvement tournant pour contenir et détruire les avant-gardes des troupes allemandes.

 

Le 2 septembre, le gouvernement et le Parlement quittèrent PARIS pour BORDEAUX. Les Parisiens suivirent ce mouvement. Ils évacuèrent dans un exode de grande envergure. Ils furent un million à fuir la capitale. La ville est désertée. Pour ceux qui restent, le souvenir du siège de 1871 est toujours à l'esprit. L’angoisse est réelle

 

Les transports sont insuffisants.

 

Avant 1914, c'est le cheval qui était la principale force motrice de l'armée. Conduire les soldats sur des chariots tirés par des chevaux est inimaginable ! On réquisitionne les trains. C'est faisable mais insuffisant, les réseaux ferroviaires autour de PARIS étant désorganisés. Germe alors l'idée de réquisitionner des taxis. Cette idée émane, conjointement du gouverneur militaire de PARIS, le général GALLIENI, du général CLERGERIE et d'André WALEWSKI. Ce dernier n'est pas militaire mais il a fondé la compagnie de taxisGALLIENI a ainsi à sa disposition une réserve permanente de 150 taxis-autos disponibles nuit et jour, cette réserve pouvant être triplée en 12 heures. On précise bien « taxis-autos » car, à l époque, on est aux débuts de l'automobile qui est train de remplacer les fiacres. JOFFRE tenta, plus tard, de s'approprier l'idée.

 

Cette idée n'était pas vraiment neuve. Dès septembre 1914, le gouvernement avait déjà envisagé la réquisition des taxis. Mais c'était dans un autre but. C'était pour évacuer de PARIS les archives du Ministère de la Guerre en cas de menace allemande impérieuse.

 

On passe à la réalisation.

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Les 6 et 7 septembre 1914, GALLIENI, mobilise environ 600 taxis et aussi quelques autocars pouvant transporter 20 à 30 soldats. On peut ainsi transporter les fantassins de la 7e division d'infanterie. Les taxis sont en majorité des voitures RENAULT. Leur vitesse atteint en moyenne 25 km/h.

 

Six cents taxis ! C'est en réalité bien peu quand on sait que PARIS dispose alors de 10000 taxis ! Mais les services de taxis sont aussi désorganisés que les services des chemins de fer. En effet, 7000 chauffeurs sont partis à la guerre. Or il faudrait 1200 taxis pour transporter 6000 soldats, chaque taxi ne pouvant embarquer cinq hommes avec leur équipement.

 

Ces 600 taxis sont rassemblés aux Invalides. Ils partent au cours de la nuit en deux groupes. Le premier comptant 350 véhicules part à 22 h. Le second de 250 véhicules part à 23 h. direction TREMBLAY-lès-GONESSE puis Le MESNIL-AMELOT. Le 7 septembre, un second convoi de 700 véhicules quitte les Invalides.

 

Les taxis sont rassemblés à GAGNY et LIVRY-GARGAN pour charger les troupes et organiser les convois. Les deux convois partent dans la nuit du 7 au 8 et sont à pied d'œuvre le 8 au matin aux portes de NANTEUIL-LE-HAUDOUIN et de SILLY-LE-LONG. Après avoir déposé les soldats, les chauffeurs de taxi rentrent à Paris et sont payés d'après les indications portées au compteur, comme pour n'importe quelle course.

 

Lors de ces deux jours d'opérations, la distance parcourue varie entre 120 et 200 kilomètres, la somme au compteur pouvant atteindre 130 francs de l'époque. Les chauffeurs en perçurent réglementairement 27%. L'opération coûta 70102 francs au Trésor public

 

C'est par cet usage inattendu que les taxis parisiens devinrent les « Taxis de la Marne ».

 

La portée réelle de l'événement.

 

Contrairement à une idée reçue, sur le plan militaire, la contribution des taxis est quasiment nulle. On put acheminer rapidement de 3000 à 5000 soldats. Complètement insuffisant pour renverser le sort de la bataille. Ce nombre est dérisoire par rapport aux effectifs totaux engagés dans la bataille. Malgré la désorganisation, la grande majorité des troupes fut transportée par chemin de fer. En outre, les troupes transportées par taxis étaient « épuisées ». Elles avaient déjà essuyé de lourdes pertes. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elles bénéficièrent des taxis. Etant donné leur état, elles furent affectées en seconde ligne sur des positions défensives.

 

Il y avait un million d’hommes de chaque côté, ce ne sont pas les quelques milliers d’hommes transportés par les taxis qui auraient pu changer l’issue de cette bataille.

 

Cependant, l'arrivée de ces forces que les Allemands pensaient « fraîches » leur a fait craindre d’être encerclés. Avant que les nouveaux arrivés ne soient réellement opérationnels, les stratèges allemands décident le repli général sur le front de la Marne.

 

Du côté français, cette action stratégique apporta un peu d’espoir aux soldats. Dans les jours qui suivirent, quelques convois, de moindre importance, ainsi quelques taxis isolés furent utilisés pour des transports de blessés. Fait aussi très important car il y avait une grave lacune sur ce plan.

 

 

La portée symbolique.

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Si l'apport militaire des taxis fut quasiment nul, leur importance dans l'imaginaire collectif fut considérable et subsiste d'ailleurs jusqu'à nos jours. Cet épisode des taxis de la Marne est l'équivalent, dans l’imaginaire collectif, d'une aventure héroïque. Une véritable épopée qui associe étroitement le monde du front et celui de l’arrière dans la défense de la patrie.

 

Dans l'imaginaire collectif, les taxis et leurs chauffeurs étaient auréolés. On pensait qu'il s'agissait d'une initiative presque spontanée et désintéressée. Nous avons vu qu'il n'en était rien ! Mais l’union sacrée était matérialisée et concrétisée. Sur le plan psychologique, ce fut une totale réussite.

 

Cette aventure acquit, surtout grâce à la presse, une forte portée symbolique: celle du sursaut national victorieux, celle de la détermination, de l'énergie. On peut vanter l’unité nationale et le certain « génie français » de l’improvisation. C'est la preuve que l’héroïsme peut aussi être le fait de l’arrière, qui se tient disponible.

 

Les taxis parisiens devenus « Taxis de la Marne " symbolisent la détermination française à stopper l'avancée allemande. En fait, ils virent jamais la Marne, même de loin. Ils n’apercevront pas un seul kilomètre de la vallée de la Marne ni même du département de la Marne.

 

Les combats de la Marne.

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Les soldats se battirent pendant les trois jours de cette bataille souvent à deux contre un. Et alors que depuis un mois ils ne parvenaient qu’à reculer devant la puissance des Allemands, ils réussirent à les mettre en fuite au matin du 10 septembre. Ensuite, la guerre se déplaça vers l’ouest. Les positions se figèrent ensuite en une gigantesque ligne de front allant de la Mer du Nord à la Suisse. Les soldats s’enterrèrent dans les tranchées, pour l’affrontement le plus long, le plus meurtrier de l’histoire.

 

 

Signification réelle sur le plan militaire.

 

En août 1914, c'est toujours le cheval qui a la côte militaire. Les troupes d'élites sont les unités de cavalerie. Sur le plan de l'intendance, de la logistique, c'est le cheval qui est la « force motrice » principale.

 

On peut dire que la bataille de HALEN, en Belgique, sonna le glas de la cavalerie comme force offensive. Ce fut aussi la seule véritable bataille gagnée par l'armée belge contre la cavalerie allemande.

 

Sur le plan logistique, l'opération des « Taxis de la Marne » est, en fait, malgré son caractère improvisé, une des premières applications du concept « d'unité motorisée », qui prévaudra par la suite.

 

Laissons la parole aux historiens.

 

L’historien Jean-Pierre VERNEY explique :

 

« Dans les faits, l’événement se passe au tout début du conflit. La Nation entière, attaquée, s’est levée contre l’envahisseur; l’ « Union Sacrée » a étouffé les divergences, les états d’âmes, les différences sociales, politiques ou religieuses. Une seule voix, un seul cœur, un seul chef: la Patrie est en danger et l’ennemi est aux portes de Paris.

 


GALLIENI, auréolé de son passé colonial et de ses expériences militaires, prend la responsabilité de la capitale, et que se passe-t-il ? D’un côté le gouvernement et les parlementaires quittent Paris pour mieux impulser la défense nationale depuis Bordeaux, et de l’autre, ce sont des vieux, des réformés, des ajournés, des civils donc, qui sont réquisitionnés pour défendre le droit et protéger le cœur du pays : et le miracle se produit, l’ennemi doit reculer et Paris est sauvé.
Les Parisiens ont entendu et vu passer les convois de taxis réquisitionnés, certains même ont dû libérer celui dans lequel ils se trouvaient, sur ordre du Gouverneur militaire de Paris… Il est naturel dans l’allégresse de la victoire qu’ils embellissent, renforcent et propagent cette action associée à la forte et sympathique personnalité de GALLIENI. Ainsi se forge le mythe du petit taxi sauveur de Paris, comme il y eut un jour Sainte Geneviève se dressant contre les Normands »

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