09/03/2015

Le pantalon rouge garance des Français en 1914.

Le mythe du pantalon garance.

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Le fameux pantalon garance de 1914.

 

L’uniforme et l’équipement du fantassin français de la guerre mondiale de 14-18, lors de l'entrée en guerre, est vétuste et date de longtemps. Cet uniforme est totalement inadapté à la guerre moderne. Les soldats sont affublés d'un képi et d'un pantalon rouge garance. Ce pantalon est accusé d'avoir fait d'eux des cibles idéales pour la mitraille allemande. En 1914, le pantalon couleur rouge sang, aurait provoqué la mort de milliers de soldats. Le pantalon garance était tellement visible sur les champs de bataille que l'ennemi ne pouvait pas le rater. Ce n'est qu'en partie vrai. Nous expliquerons pourquoi.

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Une représentation bien connue...mais la guerre est bien différente d'une parade militaire le jour de la Fête Nationale !

L'assemblée Nationale venait d'en décider la suppression.

 

De ce fait, l'armée française se distinguait de toutes les autres. Dès le début des années 1900, les autres pays avaient adopté une tenue plus discrète, plus camouflable. Depuis 1900, on en discutait pourtant. L'Assemblée Nationale française avait voté le 9 Juillet 1914 la suppression du pantalon garance. L'intendance fut prise de court pour l'appliquer car la guerre fut déclenchée moins d'un mois plus tard.

 

L'Assemblée Nationale avait pris d'autres décisions. L'uniforme devait complètement changer. Un drap de couleur neutre avait été adopté pour le remplacer. Il s’agissait d'une sorte de gris obtenu par le mélange de fils bleu, blanc et rouge. Ce drap fut appelé « tricolore ».

 

Pourquoi avoir traîné si longtemps ?

 

Pourquoi les Français étaient-ils restés attachés si longtemps à ce pantalon garance ? Celui-cidate de 1829, sous Charles X. Il a subi des modifications au long du 19e siècle. Il était étroitement associé au souvenir de la guerre, perdue, de 1870 contre la Prusse. C’était l’uniforme de la défaite, on aurait donc pu croire qu'il fallait l'oublier au plus vite....mais c'était aussi celui de la revanche !

 

On se rendit rapidement compte, contrairement à ce qui est dit, du problème de ce pantalon trop voyant. Lors de la mobilisation, dans l'urgence, l'armée distribua des couvre-képis et des couvre-pantalons de couleur bleu. On ne sut pas en fournir à tout le monde. Ceux à qui le couvre-pantalon n'avait pu être fourni reçurent l'ordre formel de relâcher les pans de la capote de façon à cacher le plus possible le pantalon rouge garance.

 

Au lendemain de la victoire de la Marne, l'état-major adopte une nouvelle teinte pour l'uniforme français, le fameux " bleu horizon ". Dès 1915 jusqu'à la fin du conflit, ils reçoivent cet uniforme plus adapté aux conditions de la guerre.

 

Le pantalon garance devait permettre aux soldats français de repérer facilement leurs frères d’arme sur le champ de bataille. Mais c'est alors devenu un sérieux handicap. Il mettait en danger les soldats devenus pour l’ennemi une cible idéale.

 

Une autre idée reçue: le rouge garance était maintenu en soutien de l'industrie nationale.

 

Ce fut peut-être vrai au début quand l'industrie utilisait la garance des teinturiers dont la culture fit la fortune du département du Vaucluse au 18°e s. Le Vaucluse devint le premier producteur de garance en Europe.

 

Cependant, c'était fini depuis longtemps. Depuis les années 1880, le colorant rouge utilisé pour teindre le drap de laine militaire ne provenait plus en effet de la culture méditerranéenne de la garance, mais d'une teinture chimique, l'aniline, fabriquée en Allemagne par la Basf (Badish Aniline Soda Fabrik). Une fois les hostilités déclenchées, cette entreprise allemande cessa évidemment ses fournitures à la France.

 

Information surprenante mais piquante, la France achetait le colorant de synthèse pour ses uniformes militaires aux industriels de la nation ennemie !

 

Ce pantalon rouge garance était-il si visible qu'on le dit ?

C'est ce qu'on raconte. C'est ce qui saute aux yeux, cent ans plus tard, à la vue des images et photos colorisées des poilus de 14-18. En fait, en situation de combat, ce pantalon était bien moins visible que lors d’un défilé militaire. Tout d'abord, il était couvert sur sa partie haute par une longue veste bleue, d’un bleu vif.

 

Lors de la guerre offensive, les grands mouvement se produisirent en l’été, souvent en rase campagne , à une époque où les herbes sont hautes. La partie basse du pantalon était donc caché par la végétation, quasiment jusqu'au genou. La guerre de mouvement de 1914 contraint les soldats à de longues marches, durant plusieurs semaines. En conséquence l'uniforme était sali, poussiéreux et même boueux. Les couleurs vives du pantalon n'étaient plus qu'un souvenir ! Une masse de centaines de milliers d'hommes soulève une quantité de poussière qui se dépose partout, atténuant fortement les couleurs vives. Enfin, à la moindre pluie, la boue camoufle tout.

Depuis 1913, le képi rouge et bleu, doit être couvert, en campagne, de bleu. La pièce essentielle de l'uniforme est une lourde capote de couleur bleue.

Il faut aussi ajouter que le rouge du pantalon était réputé peu garanti à l'usage. Après quelque mois d'usage, pendant la guerre, au fil des combats, il n'était plus carmin éclatant dans la plupart des cas.

 

Anarchie vestimentaire en 1915.


Des commandes du nouveau drap « tricolore » sont passées en urgence, mais le nombre d'homme à équiper est colossal et la fabrication va être longue. Des mesures urgentes sont prises en attendant Une nouvelle capote, moins coûteuse en tissu, est conçue. Ainsi qu'un nouveau képi : le modèle 1915 . Des culottes civiles en velours sont distribué.

Le premier semestre 1915 est synonyme d'anarchie vestimentaire. Dans cette course frénétique vers le " camouflage ", pas un soldat n'est vêtu et équipé comme son voisin. On équipe à tout, va avec tout ce que l'on peut trouver en stock et sur le marché. Les anciens effets côtoient les nouveaux.
L'armée française, sur la question vestimentaire tout du moins, fait l'effet d'un groupe désordonné et très hétéroclite.

 

Le pantalon garance fut-il vraiment la cause des hécatombes de 1914 ?

 

Selon les spécialistes de l'histoire militaire, il ne semble pas qu'on puisse attribuer à la couleur des pantalons un surcroît de pertes très important par rapport aux Anglais et aux Allemands. L'essentiel des combats de 1914-1915 était assez frontal et en terrains ouverts, entre des masses denses.

 

La principale raison de l'hécatombe par rapport aux Allemands en 1914-1915 est à trouver principalement dans la différence en quantité en en puissance de l'artillerie lourde.

Une autre raison est clairement l'existence d'un véritable plan offensif dans l'armée allemande, au moins au au début. Le Allemands agissait selon un plan offensif bien étudié alors que les alliés ne surent que leur opposer une tactique de résistance. Les tactiques offensives échouèrent. Le meilleur exemple se trouve dans les combats des d frontières dans la région de VIRTON.

 

Outre l'artillerie, on peut aussi citer l'armement ordinaire: le fantassin français était équipé du fusil Lebel dont la cadence de tir n'est que de 14 coups par minute, contre les 22 du Mauser 98 allemand.

 

L'absence de casque en 1914 a pu avoir des effets très néfastes, surtout chez les blessés.

 

Il ne faut pas oublier l'impréparation des services médicaux, infirmiers et ambulanciers au début de la guerre. Un grand nombre de blessés furent mal secourus.

 

 

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