19/01/2015

Encore quelques renseignements sur Martial LEKEUX.

Toujours sur Martial LEKEUX.

Nous avons vu que Martial LEKEUX, dans sa mission en tant que militaire travaillait comme s'il était chargé d'une mission divine. Il considérait que les tourments qu'il subissait faisait partie de cette mission. C'est ce qui l'aidait probablement à passer de l'état de religieux à l'état de combattant. C'est ce qui explique sans doute le choix du titre de ses souvenirs ( " Mes cloîtres dans la tourmente" ).

Mais dans sa littérature religieuse, il lui arrive aussi plus tard de faire référence à des images militaires pour expliquer des concepts purement religieux. Curieux mélange des genres !

Voici, par exemple:

" Il faut viser l’impossible pour atteindre le possible. (…). Non pas qu’on doive prétendre atteindre l’impossible, mais il faut tendre au delà du but pour parvenir au but. C’est le procédé de l’artilleur. Il ne pointe pas sa pièce sur l’objectif : la pesanteur aidant, le projectile irait se ficher en terre bien avant celui-ci. Alors, il relève le canon, décrit sa trajectoire et retombe au but. Faites de même, visez haut, tenez compte de la pesanteur d’âme qui ramène toujours l’idéal en deçà de l’idéal."

"Sainteté et Bonne volonté" ( 1944 )

 Nous avons vu aussi que c'est à lui que l'on doit de connaître l'histoire des " Spéciaux " qu'il a vu à l'oeuvre près de son poste d'observation. Il écrit:

en mars 1915, d’après Martial Lekeux, ceux-ci furent envoyés en mission pour attaquer les « tanks à pétrole » immenses cuves métalliques  fortifiées par l’ennemi et qui sur la rive gauche de l’Yser dominaient les positions belges. L’attaque se révéla  un échec et celui-ci entraîna  la suppression de cette compagnie au grand regret du franciscain :

 

" Pauvres « spéciaux » ! Vous étiez trop sauvages et trop beaux pour la campagne nouvelle. La guerre s’organisait - l’ère des rapports - et des inventaires et vous n’aviez pas compris que dans un corps organisé il ne faut que des qualités et des vices médiocres : c’est pour cela que vous deviez disparaître, car vos mérites trop hauts étaient le compromettant signal qui faisait attaquer vos défauts. "

En mars 1915 d’après Martial LEKEUX,  les " Spéciaux " reçurent la mission  d'attaquer, sur la rive gauche de l'Yser, les « tanks à pétrole » immenses cuves métalliques fortifiées par l’ennemi. Ces cuves dominaient les positions belges. Ce fut un échec qui entraîna la suppression de cette compagnie.

Ce texte est édifiant: 

 Alors la voix divine parla ainsi en moi :

Mon bien-aimé, as-tu donc oublié que c'est pour Moi que tu luttes et pour Moi que tu souffres? N'es-tu pas, en cette guerre, soldat de la Justice et de l'Amour? — La Justice est ma fille, et l'Amour c'est moi-même. Tu le sais bien!... Sois-en bien sûr, chaque fois que sur la terre un bras se dresse contre quelque mensonge ou quelque ignominie, chaque fois qu'un coeur bondit pour venger la Beauté et défendre le trésor des choses spirituelles, c'est Moi-même qu'il défend, et c'est Moi- même qu'il venge. Aurais-tu, sans cela, repris cette épée qui m'était consacrée?... Alors, pourquoi laisser le doute envahir ta pauvre âme? Pourquoi ce trouble, cette angoisse, et cette grande détresse?

Tu demandes ton cloître... Cœur faible! Qu'es-tu allé chercher dans son silence austère? Qu'as-tu demandé à ses grilles, sinon le Sacrifice et, par lui, l'amour?

 

Ne sais-tu pas que c'est de renoncement qu'est faite toute sa paix et toute sa blancheur?"

...

"La guerre! La guerre sur les villes de Belgique ! C'est donc vrai, mon Dieu!". Mon esprit, désemparé, cherche en vain à fixer cette chose monstrueuse, énorme, démesurée...

Un bouillonnement de bruits confus monte des rues jusqu'à ma cellule, dominé par instants par le martèlement du tocsin et l'appel haletant du clairon. Il y a une fièvre dans l'air.

... Il y a une fièvre dans mon âme. Mon esprit chevauche, la bride sur le cou. Je vois les troupes qui se forment, qui se ruent vers la frontière... Branle-bas !

 

Et moi?... Pour la vingtième fois je relis l'odieux papier déplié sur ma table : « Officier démissionnaire »... On ne me rappellera donc pas, moi ! — Partir? je ne puis plus, je suis rivé : j'ai fait voeux— Rivé aux murs de cette cellule sans air ! Rivé, alors que c'est la guerre dans le pays, alors que le tocsin m'appelle, alors que ce clairon m'appelle, qui sonne éperdument l'alarme !... Mon regard s'affole, cherche à fuir... Il se bute aux murs blancs, il se bute aux carreaux plombés : ma cellule, tout à coup, est devenue trop étroite ; et, pour la première fois, je constate que mon coeur n'y est plus : j'ai l'impression très nette que je ne suis plus à ma place."

Nous avons aussi dit qu'il faisait, trop volontiers disent certains, étalage de scènes de boucherie. Cette littérature, d'apparence virile est surtout marquée par la foi. C'est la littérature d'un " miles Christi", un "soldat du Christ". Il lui arrive pourtant, parfois de se questionner sur sa foi.

En voici quelques exemples:

Je pousse la porte et reste cloué d’horreur. Une douzaine d’Allemands sont étendus pêle-mêle dans la salle crevée, tombés en tas les uns sur les autres, fauchés par le « coup de hache » d’un obus. L’un d’eux est éventré comme une bête de boucherie – une cervelle a jailli sur le mur et y a plaqué une affreuse étoile sanglante, des rictus contractent les faces lépreuses qui montrent des yeux blancs. Et cela me lance au nez une dégoûtante bouffée de cette fade et épouvantable odeur des cadavres pourris. Peste ! un joli endroit pour passer une journée ! "

....

 

Comment ! Pendant dix ans je n'ai fait que cela fourbir mes armes, me préparer à pouvoir un jour me croiser pour quelque rédemption. Je n'ai laissé ce rêve de ma vie que pour celui du cloître. Et maintenant qu'il s'offre comme une réalité, je dois rester en place, inutile, les bras vides ! Ah! non, voyons !... Un flot de sang monte à ma tête, mes tempes brûlent,.. Mon Dieu ! " 

 ...

 

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Martial LEKEUX représenté à son poste dans un vitrail.

 

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