02/01/2015

Au "Poilu" français correspond le "Jass" belge.

Au « Poilu » français correspond le « Jass » belge.

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Les combattants des différents pays qui participèrent à la Première Guerre mondiale, furent baptisés de surnoms. Chaque nation avait, à l’époque, un surnom pour ses propres soldats.

 

  • France: les « Poilus ». Contrairement à une idée largement répandue, le terme « Poilus » reste uniquement appliqué aux combattants français. Ils ne sont pas surnommés ainsi en raison de l'impossibilité de se raser dans les tranchées. Ce surnom est déjà utilisé au XIXe siècle, par BALZAC notamment. "Poilu", devenu synonyme de "soldat de 1914-1918", renvoie à la notion de courage viril.

  • Allemagne: les « Michel’s ou Landsers ». Ce dernier mot fut aussi utilisé durant la seconde guerre et semble aussi l'être dans la Bundeswehr. Il ne semble pas exclusif de la guerre 1914-1918 contrairement au mot « poilu ».

  • Angleterre: les « Tommies ». Ce surnom est très ancien, peut être même d'avant le XVIIIe siècle.

  • Australie: les « Diggers ». Ceux qui creusent.

  • États-Unis: les « Doughboys », les « Sammies ».

  • Turquie: les « Mehmetçik » (lire Méhmédtchique, littéralement « petit Mehmet », allusion au prophète Mahomet).

  • Portugal: les « Serranos ».

  • Nouvelle-Zélande: les "kiwi" en référence à l'oiseau emblème du pays

  • Belgique: les Jass ( Nous dirons pourquoi ).

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Pendant la guerre 14-18, plusieurs surnoms désignèrent le soldat belge. “Jass” (ou “jasse”, “jas”), “piotte”, “piou-piou” ou même “poilu” furent indifféremment utilisées par les anciens combattants belges dans leurs carnets de guerre. Durant l’entre-deux-guerres, le terme “jass” va s’imposer.

 

En pleine guerre, dans un journal des tranchées composé artisanalement, on le trouve dans un article humoristique:

 

« Les zharicots sont entrés en guerre avant les Etats-Unis, Cuba et le Brésil et personne ne leur en a su gré. Ah! s'ils avaient pu rester neutres, ceux-là ! C'est que nous, le peuple de «jasses », préférions conserver comme alliés directs nos sincères, réconfortantes et savoureuses patates... ».

 

L'utilisation du surnom « poilu » est impropre appliqué aux soldats belges. En fait, il n'y pas eu de "poilus" belges ! Ce terme ne s'applique proprement qu'aux soldats français.

 

On trouve plus couramment celui de "Piotte". « Piotte » est un mot d’avant-guerre, utilisé jusqu’à la fin des années trente. Il désigne le soldat des régiments d’infanterie de ligne, par opposition aux cavaliers, artilleurs ou aux hommes des régiments de fantassins plus prestigieux, comme les grenadiers. Dans le contexte du début du siècle, il fait penser à une "armée de pauvres". Ce terme est péjoratif: on n’admire pas le « piotte », on le méprise ou, au mieux on le plaint. Ce terme implique aussi l'idée de subordination du soldat à la hiérarchie. Durant la guerre de 14-18, la distinction entre « piottes » et les autres, plus nobles, s'atténua rapidement pour disparaître lorsque tous connaîtront le même sort derrière l'Yser. A ce moment, seuls les aviateurs étaient distingués.

 

Tout cela explique que le mot « Jass » ait fini par s'imposer. Soit ! Mais alors comment expliquer qu'il ait fini par disparaître de la mémoire collective. De même que le mot « Piotte ». et que, de nos jours, on entend souvent référence erronée au mot « Poilu ». Ce n'est pas étonnant. Cela s'explique facilement par la prédominance chez nous de la littérature, des revues et du cinéma d'origine française.

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A ARLON, on trouve une statue qui est populairement appelée « Le Jass », une statue de bronze de 2.30 m. de hauteur figurant le soldat belge, selon son surnom de l'époque. Elle est l'oeuvre du sculpteur Jean-Marie GASPAR. Elle fut inaugurée le 3 octobre 1920 grâce à une souscription publique. Un exemple qui prouve bien la popularité du terme au sortir de la guerre.

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Mais, première question, d'où vient ce terme ?

De l'uniforme militaire belge de 1914. Le soldat belge de 1914 était affublé d'un manteau encombrant et peu conforme aux besoins d'une armée en campagne. Cela n'a d'ailleurs rien de déshonorant car il apparaît que les autres armées n'étaient guère mieux préparées sur le plan vestimentaire : le pantalon rouge des français, le calot des français et le képi des anglais, le casque en cuir des allemands et les uniformes souvent rétrogrades de plusieurs unités allemandes...Plus tard, dans le courant de 1915, les soldats belges reçurent un autre équipement: d'abord une casquette qui les protégeait...du froid et non des obus et un habillement fait de tissus d'origines assez disparates, souvent kaki...avant de recevoir, enfin, un casque.

 

Plus tard, il est habituellement représenté en tenue kaki revêtu d'un manteau. C'est cette tenue qui lui a valu le surnom légendaire de « Jass ». C'est l'adaptation pure et simple du mot flamand « Jas » qui signifie « Manteau ».

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On trouve ce mot dans la littérature des tranchées de l'époque, comme non l'avons déjà vu plus haut. Il y a un autre exemple: le livre "Alphabet de la guerre. Pour les grands et les petits" de André HELLE. ( Contributor Fernand Allard L'Olivier ).

 

Mais, seconde question : comment le prononcer ?

Si l'on s'en tient à l'origine flamande du mot, il faut prononcer « Yass ». Le j néerlandais se prononçant comme le y français de « Yolande ». Cependant, il semble bien que la prononciation de ce terme ait été francisée.

 

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 Cependant, au vu du texte ci-après, publié durant la guerre, on a orthographié "Yass" et non "Jass". Cela semble vouloir dire que, dans les tranchées, tout le monde, wallon ou flamand, prononçait "Yass" !

Tout comme le terme, cela semble avoir été oublié !

 

commémoration 14-18,combattants

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