29/12/2014

Sujet à remettre en lumière: la déportation civile en 14-18.

Les déportés civils belges en 14-18.

 

En fait, la déportation de civils belges est le prototype de ce que les nazis instaureront durant la seconde guerre mondiale ( le sinistre STO en FRANCE ). La déportation débuta en réalité en 1916.

 

Le 3 octobre 1916, un arrêté du Grand Quartier générai allemand institua, en Belgique occupée ( mais elle était entièrement occupée sauf quelques hectares derrière l'Yser où se massait l'armée belge ), un régime du travail forcé, avec déportation, pour toute personne inoccupée tombée, théoriquement, à la charge d' autrui.

 

On a bien écrit « théoriquement ». C'était pour masquer la véritable intention. Une sorte de « double langage » pour donner à cette mesure une apparence sociale.

 

Ce fut, en réalité, une mesure générale, d'intérêt militaire, applicable indistinctement à toute la population valide du territoire occupé. Les déportations commencèrent vers la mi-octobre 1916. Ces mesures sont exécutées de manière très rigoureuse, en faisant bien ressentir la contrainte. Manifestement, les autorités allemandes y avaient pensé depuis longtemps car les procédés prouvèrent une préparation administrative minutieusement étudiée.

 

En 1916, en pleine bataille de VERDUN, le haut commandement allemand fit le choix de la guerre à outrance non seulement sur le plan militaire mais également sur le plan économique: dans les zones proches du front, soumises à l’autorité des armées, les déportations commencent en octobre 1916 et dureront jusqu’à la fin de la guerre, au mépris des conventions relatives au droit de la guerre.

 

Combien de Belges furent ainsi déportés ? Il est difficile de le dire. Les chiffres sont variables selon les sources. Ils étaient âgés de 17 à 60 ans !

 

Les civils déportés furent expédiés le plus souvent vers l'Allemagne. On estime à 60000 ceux qui furent envoyés en Allemagne. Francis BALACE, donne, lui, le chiffre de 90000 Belges envoyés travailler en Allemagne. Il ne faut pas y voir de contradiction. En effet, 30000 hommes ( principalement des mineurs du Hainaut) s'y rendirent comme volontaires. A leur décharge, les autorités allemandes avaient désorganisé le marché du travail, les conditions matérielles étaient pénibles et on procéda à des réquisitions des chômeurs entre 1916 et 1918. Certains, à l'époque, donnent encore des chiffres plus importants mais il faut se méfier de l'effet de propagande.

Toute vérité, même désagréable, doit être dite: des travailleurs parmi les plus démunis, espérant être mieux traités que les déportés, s’engageront comme volontaires. A la fin du conflit, il y en près de 160000.

Un certain nombre fut dirigé, vers les départements occupés du nord de la FRANCE. On estime leur nombre à 62000. Ils y furent employés sur le front, sous la contrainte, à des travaux interdits par le droit des gens car destinés directement à l'armée allemande. Souvent, durant ces travaux, ils étaient exposés aux tirs de l'artillerie alliée. Ils furent utilisés à la construction de la fameuse « Ligne HINDENBURG », vaste système de défenses et de fortifications au nord-est de la FRANCE, aménagé pendant l'hiver 1916-1917. Cette ligne s'étend sur près de 160 km de LENS aux environs de SOISSONS. A ces 62 000 civils belges, il faut ajouter environ 20 000 Français.

 

L'Administration allemande se heurta à la résistance passive et aux protestations des bourgmestres et collèges échevinaux belges. Elle n'en tint aucunement compte. Des protestations très énergiques lui furent faites par diverses autorités belges et étrangères ( l’Ambassadeur des Etats-Unis à Bruxelles), morales ( le Grand Maître du Grand Orient de Belgique,le Cardinal MERCIER et l'épiscopat ), scientifiques ou judiciaires ( la Cour de Cassation, entre autres).

 

Ce n'était rien d'autre qu'une sorte d'esclavagisme organisée en Belgique par l'Allemagne, une tentative officielle de rétablissement de l'esclavage dans les coutumes de la guerre. Cela traumatisa la population. Il faut se rappeler que pour la Belgique et surtout la Wallonie d’avant-guerre, l’Allemagne était un partenaire économique de première importance et une référence culturelle. Dans l'enseignement secondaire,la langue allemande était souvent la première langue étrangère enseignée.

 

L'Administration allemande contesta la théorie de l'esclavagisme. Si l'on s'en tient aux déclarations du Gouverneur général von Bissing au représentant du New-York Times, « l'Allemagne, en organisant le travail forcé et la déportation violente des Belges, ne ferait qu'accomplir, dans une pensée supérieure d'humanité et d'hygiène morale, le devoir imposé à l'au- torité occupante, par les Conventions de La Haye, de sauvegarder l'ordre public et l'intérêt social des régions occupées, mis en péril par l'extension du chômage en Belgique. »

 

Les protestations relayées par la propagande internationale, auront raison de ces exactions: en mars 1917, les déportations sont suspendues. Sur le plan moral, le retentissement fut énorme: la haine contre l’occupant augmente. Ces sentiments sont encore renforcés quand la population découvre l’état pitoyable dans lequel les déportés rentrent au printemps 1917.

Tous ne rentrèrent pas: 2614 moururent. Ils se répartissent de façon +/- égale entre les deux groupes ( travailleurs en Allemagne et travailleurs sur le front )..

D’autre part, l’Allemagne a été condamnée moralement par la communauté internationale. Elle n’avait pas respecté l’un des fondements des Conventions de La Haye: aucun civil ne peut être utilisé au profit de l’effort de guerre de l’ennemi contre sa patrie.

On ne sait pourquoi l'histoire de la déportation civile belge a été, au fil du temps, gommée. Elle reste un aspect maintenant méconnu de la guerre. Un autre aspect méconnu, la résistance des rétifs au travail obligatoire en Allemagne. Parmi les milliers de Belges déportés outre-Rhin pour servir de main-d’œuvre forcée, nombreux refusèrent de travailler pour l’Occupant. Parqués dans des camps, ils furent maltraités, soumis au chantage et à la faim pendant des mois, avant d’être rapatriés faute d’avoir cédé.

En BELGIQUE, la figure du déporté, comme celle du civil fusillé, est reconnue. Dans de nombreuses communes, ils côtoient, sur les mémoriaux, les combattants et les prisonniers. Toutefois, pour être reconnus, ils devront d’abord prouver qu’ils n’étaient des volontaires.

En FRANCE, en revanche, les violences à l’égard des civils seront occultées dans les mémoires au profit de la glorification du seul « Poilu ». Après l'Armistice, c’est la suspicion qui domine. Le déporté est souvent soupçonné d’avoir été un volontaire. C'est aussi une préfiguration du sort réservé plus tard aux STO.

commémoration 14-18, déportation , combattants

 

 

Médaille du déporté

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