04/12/2014

Un roman maudit: " Le Diable au corps" de Raymond RADIGUET.

Un roman maudit:

 

«  Le diable au corps »

 

et

 

un romancier maudit:

 

Raymond RADIGUET.

 

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Raymond RADIGUET, est un écrivain français (1903-1923) connu pour deux romans d’écriture classique mais de contenu sulfureux, et une vie fulgurante marquée par les rencontres, les succès et les amours.

 

Le « Diable au corps » est un roman de 1923 publié, l’année même de sa mort. Ce roman provoqua un grand scandale lors de sa publication.

 

Bernard GRASSET, l’éditeur, avait savamment orchestré le lancement du « Diable au corps », en insistant sur la jeunesse de son auteur, en envoyant des photographies de RADIGUET aux journaux, en utilisant les actualités au cinéma pour le montrer occupé à signer son contrat avec la maison d’éditions. Une telle publicité, banale de nos jours, fut jugée de mauvais goût. La critique fut surprise, voire moqueuse et hostile. Beaucoup montrèrent m^me leur dégoût.

 

Le succès fut immédiat, mais un succès fortement teinté de scandale: l’âge de l’auteur, la jeunesse du personnage et sa liaison avec la jeune épouse d'un soldat combattant au front; cela cinq années à peine après la fin de la guerre irrita le public.

 

 

 

 

Lors de sa sortie à BORDEAUX, la presse locale écrivit :

« Cette production ajoute le cynisme le plus révoltant à l’exaltation de l’adultère, en ridiculisant la famille, la Croix-Rouge et même l’Armée. Devant le flot de boue qui monte, au nom du public, nous demandons que ce film ignoble soit retiré des écrans. »

 

A Paris, de nombreux critiques jugèrent le sujet « répugnant ».

 

Mais, après la publication, RADIGUET reçut les félicitations de la part de grands écrivains: Max JACOB, René BENJAMIN, et Paul VALERY, notamment.

 

Le scandale s’est apaisé depuis, et « Le Diable au corps » est devenu un classique de la littérature du début du vingtième siècle. Ce fut aussi un succès au cinéma.

 

La jeunesse des deux personnages qu'anime un amour passionné est sans doute ce qui rend poignant ce roman très court. Elle justifie dans une certaine mesure la cruauté de l'épouse, l'amoralisme du jeune amant. La complaisance et la lucidité avec lesquelles le narrateur dissèque sa propre veulerie trahissent cependant un tempérament précoce et complexe. Mais la révélation finale qu'il a de son amour pour Marthe vient transfigurer brutalement ses faiblesses de caractère.

 

On retrouve en arrière- plan de ce roman une critique sociale du milieu bourgeois (petit-bourgeois en l' occurrence). Le conformisme, la bassesse des habitants de la petite commune des bords de Marne qui a tout d' une petite ville de province sont brossés avec la cruauté d' un adolescent de dix-sept ans. C'est peut-être aussi cela qui ajouta au scandale. C'était quasi de la provocation !

 

Le « Diable au Corps », c’est une expression utilisée en généralement pour des enfants agités et prodigues de bêtises. Le sens diffère dans le roman de RADIGUET. Cette expression " avoir le diable au corps ", a pris une connotation nettement érotique attestée.

 

En 1917, RADIGUET rencontre Alice, une voisine dont le mari est au front, âgée de 19 ans (il en a 14), dans le train Paris - Saint-Maur. Il aura une liaison avec elle durant un an. Cette aventure sera à l’origine du « Diable au corps ». L’histoire du « Diable au corps » est l’histoire d’une initiation, celle d’un garçon de seize ans qui, en 1918 va connaître l’amour avec une femme plus âgée que lui, mariée de surcroît à un soldat qui risque tous les jours sa vie au front.

 

Dès le début du roman, le narrateur qui n’a pas de nom, écrit rétrospectivement :

 

« C'est en enfant que je devais me conduire dans une aventure où déjà un homme eût éprouvé de l’embarras »

 

« Nous étions des enfants debout sur une chaise, fiers de dépasser d'une tête les grandes personnes. Les  circonstances nous hissaient, mais nous restions incapables". 

 

Mais ce roman est davantage qu’une transposition de cette aventure personnelle. D'ailleurs, RADIGUET, dans un article paru le jour de la sortie du roman, tient à le souligner:

" Ce petit roman d’amour n’est pas une confession, et surtout au moment où il semble davantage en être une. C’est un travers trop humain de ne croire qu’à la sincérité de celui qui s’accuse ; or, le roman exigeant un relief qui se trouve rarement dans la vie, il est naturel que ce soit justement une fausse autobiographie qui semble la plus vraie ".

 

Il s'agit donc d'une fausse biographie, une autofiction basée sur une aventure réelle mais romancée.

 

Ce roman survole les années de guerre 14-18 sans jamais parler des horreurs de la guerre ! Tout au plus on sait que Marthe reçoit quelques lettres de son mari.

 

Cette liaison est pourtant née des circonstances de la guerre. Elle a été favorisée aussi par la famille de Marthe. Marthe, aveuglée par ses sentiments, sa passion, se heurte, inconsciemment, à la réalité familiale ( la peur de la trahison à l'égard de son mari, Jacques ) et sociale ( la peur du scandale, en étant la maîtresse d'un jeune garçon ). Quant au jeune garçon, il lui est impossible d'assumer la paternité. Trop épris de liberté, il s'éclipse lorsque survient l'annonce d'un enfant.


C
es amours connaîtront une issue tragique: Marthe meurt en laissant derrière elle un enfant illégitime qui sera, par ailleurs « la seule raison de vivre » de Jacques, une fois la guerre terminée. Celui-ci ne saura jamais l'infidélité de son épouse.

 

Ce livre a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1947 signée Claude AUTANT-LARA avec Gérard PHILIPPE et Micheline PRESLE dans les rôles principaux. A sa sortie, ce film fut vivement critiqué car il banalisait l'adultère auprès de la jeunesse de l'après-guerre. A l'époque, le cinéma exalte la Résistance, l'esprit patriotique et la victoire. Ce film fit donc autant scandale que le roman quarante ans plus tôt. Il rappelait aussi des drames familiaux vécus pendant la guerre 40-45. C'était donc cruel pour certains.

 

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En 1986, Marco BELLOCCHIO réalisa une adaptation moderne avec, dans les deux rôles, Maruschka DETMERS et Frederico PITZALIS. Mais l'environnement sociologique et politique n'étaient plus les mêmes qu'en 1923 et en 1946. Le film ne pouvait pas susciter les mêmes pensées. On peut penser qu'une adaptation réalisée vingt ans plus tôt, après la fin de la guerre d'ALGERIE, aurait eu le même effet qu'à ces deux époques. Ce film fit aussi scandale, mais pour une autre raison: une scène particulièrement osée.

 

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19:10 Écrit par P.B. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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