27/10/2014

Comment on rendait hommage aux combattants dans l'entre-deux guerre.

Comment on célébrait l'Armistice et les Anciens Combattants

dans l'entre-deux guerres.

 

Témoignage de Gilbert MOTTARD

Ceci constitue le préambule du livre écrit par Gilbert MOTTARD pour son livre " DES ADMINISTRATIONS ET DES HOMMES DANS LA TOURMENTE LIEGE 1940=1945 "

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" L'armistice du 11 novembre 1918 donne u très court répit aux hommes politiques, aux chefs militaires, aux responsables de l'Administration mais aussi à tous les Belges.

 

Toute notre jeunesse a été imprégnée de 14-18; nous ne avons été nourris, sevrés.

 

Des dizaines de fois, j'ai entendu mon père décrire les premiers allemands qu'il avait vus, rencontrés dans les premiers jours de la guerre «  à l'creuh » : des uhlans de la mort, le shako frappé d'une tête de mort avec tibias entrecroisés, sinistre préfiguration déjà ! Tous les récits regorgeaient de soldats vert-de-gris, coiffés de casques à pointe.

 

Lorsque, accompagnant mon père, je pénétrais – en visiteur exceptionnel – et privilégiés dans la Salle du Conseil Communal de HOLLOGNE-AUX-PIERRES en même temps salle des mariages, à des moments non prévus pour séance et cérémonies, j'étais vivement impressionné par la vérité de l'énorme peinture prenant tout un pan de mur, représentant deux de nos concitoyens dans une mare de sang, fusillés par les Allemands en août 1914, un troisième, l'auteur du tableau, menacé de subir le même sort; la scène tragique s'était déroulée « à l'vî cinse », au lieu-dit Aulichamps.

 

Lorsque d'aventure je me plaignais de la qualité ou de la quantité du repas qui m'avait été préparé, un mot redoutable revenait systématiquement sur les lèvres de ma grand-mère: rutabagas, je n'en ai jamais mangé, j'ai failli écrire goûté, mais le plat de rutabagas m'était devenu familier et comme synonyme de la pire des souffrances et des déchéances.

 

Mon grand-père rappelait volontiers les termes de l'ordonnance allemande faisant obligation à tous de laisser la porte à rue ouverte avec un éclairage dans la première pièce pour permettre aux soldats allemands d'y pénétrer et de s'y réfugier.

 

Entouré de fils de fer barbelés, le Fort de HOLLOGNE était là pour nous rappeler, malgré sa désaffectation, la résistance des Forts de LIEGE. Les vestiges du Fort de LONCIN étaient un but de promenade; nous nous y rendions en bande; nous avions entendu parler de cette Légion d'Honneur dont nous ne comprenions pas très bien les raisons pour lesquelles elle avait été décernée à la ville de LIEGE et non à FLEMALLE et HOLLOGNE-PIERRES où se trouvaient les deux derniers forts ayant résisté à l'ennemi.

 

Le Monument aux Morts et les deux plaques commémoratives au fronton de l'Hôtel communal énuméraient les mêmes noms, tous inconnus aux puînés que nous étions.

 

Les anciens combattants étaient entourés de légende; le décès de l'un d'eux était annoncé par voie d'affiches à l'Administration communale et à travers toute la commune; l'enterrement était l'occasion de vibrants discours aux accents patriotiques; le Conseil communal en entier y assistait en corps; le trajet funèbre était signalé par la pose de voiles de crêpes sur chacune des lampes d'éclairage public allumées de jour pour la circonstance. Nous étions en quelque sorte les héritiers de 14-18 mais aussi, pensaient nos parents, protégés de tout retour de celle-ci; les petits belges n'avaient-ils pas surmonté tout cela, survécu à tout cela, vaincu tout cela ?

 

Notre génération était porteuse de toutes ces souffrances, de tous ces deuils, mais aussi auréolée de toutes ces victoires.

 

Tout cela s'était terminé par l'Armistice, terme ambigu que tout et tous ne cessaient de nous rappeler et dont va signification précise aurait dû cependant nous alerter: Convention par laquelle les belligérants suspendent les hostilités sans mettre fin à l'état de guerre.

 

Tout au plus envisageait-on de temps à autre dans l'éventualité peu probable où les Allemands prendraient le risque, un repli d'ordre purement stratégique sur la Meuse, obstacle naturel considéré comme infranchissable.

 

Nous étions parfaitement en sécurité, croyions-nous, derrière le bouclier que constituaient nos 10 forts rénovés appuyés sur les deux super-forts dont les noms répétés sans cesse étaient bien faits pour nous rassurer: BATTICE, EBEN-EMAEL.

 

C'est la même certitude qui forgeait la conviction des responsables civils qui, à défaut de préparer la Seconde Guerre mondiale, se préparaient plus ou moins à celle-ci.

 

Le belges se préparaient à une guerre comme en 14-18 pendant le même temps que les Allemands préparaient eux la Blitzkrtieg et l'occupation de la Belgique."

 

 

 

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