01/10/2014

YVONNE VIESLET, entrée dans la légende.

YVONNE VIESLET

 

Tuée à l'âge de 10 ans quelques semaines avant l'Armistice.

 

Entrée dans la légende.

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Durant la première guerre mondiale, un mois seulement avant la fin du conflit, eut lieu à MARCHIENNE-AU-PONT un événement tragique qui laisse encore aujourd'hui des traces dans la mémoire des habitants de MARCHIENNE-AU-PONT et de MONCEAU-SUR-SAMBRE.

 

L'histoire de la famille VIESLET commence au début de la guerre. La région de CHARLEROI fut durement touchée par la violence et la brutalité des envahisseurs. De nombreux citoyens furent fusillés, des dizaines de maisons incendiées, des magasins vandalisés et des industries démantelées pour être rebâties en Allemagne. La famille VIESLET est domiciliée à MONCEAU-SUR-SAMBRE. Elle a deux petites filles: Yvonne, née le 8 juin 1908 et Simone, son aînée de quinze mois. Soixante-six personnes furent fusillées à MONCEAU-SUR-SAMBRE et de nombreuses rues détruites.

 

Dans cette atmosphère de crainte, les habitants des quartiers touchés se réfugient dans les quartiers les moins sinistrés. La famille VIESLET est dans ce cas. Yvonne fréquentait l'école communale de MONCEAU, dans l'actuelle rue des Combattants. Son père travaillait à l'Auto-Métallurgique, situé rue de Châtelet, à MARCHIENNE-AU-PONT.

 

Les écoles distribuaient, chaque jour,une brioche à chaque élève. Cela peut sembler plutôt symbolique mais pour certaines familles, totalement démunies, cette aide était plus que bienvenue. Surtout que l'on était à l'approche de l'hiver.

 

Le 12 octobre 1918, après l'école, Yvonne accompagne sa mère. Elles vont porter à Emile VIESLET, son repas. Arrivées à la route de Châtelet, elles passent devant le Cercle Saint-Edouard. Le Cercle a été transformé en camp de prisonniers. Y sont rassemblés des soldats français, gardés par des soldats allemands. La fin de la guerre est proche, et les allemands sentent qu'ils n'en sortiront pas victorieux. L'armée allemande est au bord de la désintégration. Les soldats français prisonniers sont épuisés et mal nourris. Le ravitaillement des allemands est maigre. Priorité est donc donnée aux allemands plutôt qu'aux prisonniers.

 

Yvonne VIESLET se trouvait sur le trottoir, en compagnie d’autres enfants et d’adultes, devant un des bâtiments réservés aux prisonniers français . Triste à la vue de ces soldats français affamés, Yvonne approche de la grille, malgré l'interdiction faite par les Allemands. Après avoir tenté à trois reprises, de donner sa brioche aux prisonniers français, elle jette sa couque par dessus la grille. Une sentinelle fait les cent pas à l'intérieur de la propriété protégée par des barbelés et un grillage. Un Français a remarqué le geste de l'enfant. Affamé, il se précipite. La sentinelle qui a tout vu, accourt, frappe le prisonnier à coups de crosse, prend ensuite son fusil et tire. Yvonne VIESLET est mortellement blessée. Elle est conduite à l'hôpital tout proche où elle décède le lendemain.

 

L'histoire d'Yvonne VIESLET est devenue une véritable légende. Après la guerre, un film, maintenant bien oublié lui consacré. Des monuments furent édifiés. Deux établissement scolaire ( une crèche et un Athénée ) portent son nom.

 

Une photo vendue à des milliers d’exemplaires après la guerre, montre une petite fille placée à l’endroit où se trouvait la victime, sur le trottoir. Une médaille également.

 

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Les communes de MARCHIENNE-AU-PONT et de MONCEAU-SUR-SAMBRE ont dénommé une rue Yvonne VIESLET pour garder en mémoire cette fillette au coeur généreux abattue par la barbarie.

 

Pour cet élan du cœur, le gouvernement Français veut honorer la petite martyr. À titre posthume, la médaille de la Reconnaissance lui est octroyée par Raymond POINCARE, Président de la République française, le 11 septembre 1919.

 

À son tour, la section Marchiennoise de la Fédération Nationale des Combattants Belges ( FNC ), veut glorifier le geste simple et sublime de l’héroïne et lui fait ériger un monument à l’endroit même où elle a été froidement abattue. Son corps est transféré dans le Carré militaire des Anciens Combattants.

 

Le 1er juillet 1928, des cérémonies grandioses sont organisées, rehaussées par la présence de la Princesse Marie-Josée, fille d’Albert Ier et d’Elisabeth de Belgique, et de nombreuses personnalités françaises et belges. Le général Gustave LACAPELLE donne lecture de la citation rédigée par Paul PAINLEVE, Ministre de la Guerre.

 

Le soldat pyrénéen du 12e R. I, concerné, est revenu, chaque année, sur la tombe de la petite fille, témoignage d’une gratitude éternelle à Yvonne VIESLET. A partir de 1936, il n'est plus revenu.

 

Un film «  Jeune Belgique », en 1920 raconte le martyre de la petite Yvonne VIESLET. L’objectif, au lendemain de la Guerre, est bien sûr de glorifier les héros et de dénoncer les atrocités commises par l’occupant !

 

Un livre ( «Yvonne Vieslet» ) écrit par Louis GOFFIN, en 1956, raconte le drame avec de nombreux détails et reproduit la poésie écrite par un prisonnier français quelques jours plus tard. L'ouvrage fait état aussi des nombreux hommages posthumes rendus à la jeune héroïne après la guerre.

 

Néanmoins, différentes versions existent, et la réalité a sans doute été quelque peu modifiée, faisant d'Yvonne VIESLET une martyre, héroïne de la première guerre mondiale. En fait, la sentinelle, qui ne visait pas, n’épaulait pas, réagit dans l’exaltation. Avec la défaite allemande qui se précisait et allait survenir un mois plus tard avec l’Armistice, la tension et l’énervement étaient à leur comble. Le projectile issu d’un fusil allemand Mauser, arme d’une grande force de pénétration, tua la petite fille sur le coup avant de blesser trois autres personnes situées derrière l’enfant. Ce récit serait un mythe. Yvonne VIESLET fut en fait victime d'une balle perdue.

La couque d'Yvonne VIESLET n'aurait pas été le seul pain jeté aux prisonniers. Ces jets de pain auraient été fait à la demande de religieuses qui tenaient un hôpital proche.

 

Lors de la seconde guerre mondiale, fin 1940, les nazis aidés des rexistes, démolissent le monument à Yvonne VIESLET et font verser les débris dans la décharge de la ville de Charleroi située alors Rue du Manège. A maintes reprises, et notamment les 12 octobre des années de guerre, des fleurs étaient déposées sur les restes du monument par des anonymes.

 

En 1946, le monument a été réédifié à sa place rue de Chatelet à MARCHIENNE-AU-PONT.

 

Mais, en 2007, la statue d’Yvonne, coulée dans du bronze, fut dérobée. Deux ans plus tard , le comité de quartier local se mobilise, un cahier des charges est rédigé et un artiste sollicité. Yvonne est de retour sur son piédestal, façonnée par Fabrice Ortogni.

 

 

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