21/09/2014

Quelques ajouts sur la toxicité des munitions et leurs effets à très long terme.

 

Revenons sur quelques termes ou notions utilisés dans les articles précédents.

Cas du mercure, du plomb et du cuivre.

 

Detonateur.jpg

 

Le fulminate de mercure est un composé organomercuriel. C'était, jusqu'à la seconde guerre mondiale, un explosif utilisé dans les amorces et les détonateurs. Il était très sensible aux chocs et aux frottements, donc dangereux à manipuler. C'est en outre un produit très toxique en raison du mercure qu'il contient sous forme de nitrate de mercure,toxique par inhalation et ingestion.

Suite à un contact avec la peau, le fulminate de mercure peut aussi induire:

  • une dermite avec éventuel érythème;,

  • un prurit;

  • des réactions pustuleuses;

  • un ulcère de la peau

Après ignition ou explosion, il libère de la vapeur de mercure, également toxique, qui franchit facilement la barrière pulmonaire si cette vapeur est inhalée.

Depuis la seconde guerre mondiale, il est peu à peu remplacé par des composés également toxiques, mais moins fortement et, surtout, plus faciles à fabriquer en temps de guerre: des composés à base de plomb.

 

Durant le conflits, certaines zones ont reçu un grand nombre de balles de plomb provenant des cartouches des fantassins et des shrapnels (ex. : lors de la bataille de VERDUN, pour la journée du le 21 février 1916, environ un million d'obus ont été tirés par 1 407 canons côté allemand.)
Les amorces de la presque totalité des milliards de munitions tirées depuis 150 ans étaient constituées de fulminate de mercure, puis d'azoture de plomb
, deux produits non biodégradables et susceptibles de polluer l'air, l'eau et les sols et d'affecter les écosystèmes.

 

plomb.jpg

 

En 2004, des analyses portant sur 90 échantillons de foies de sangliers provenant de la forêt de VERDUN (recouvrant les anciens champs de bataille ) ont montré que 11 % des échantillons contenaient une teneur en plomb supérieure à la norme européenne concernant les substances indésirables pour les animaux d'élevage ( jusqu'à 12 fois le seuil autorisé...). Voilà un cas de " séquelle " de 14-18 ! Voilà un cas illustrant la différence existant entre " dommage de guerre " et " séquelle de guerre ".

Le plomb n’étant pas biodégradable, la grenaille de plomb se délite ou s’oxyde ou est peu à peu érodée ou enfouie, mais reste accessible ou biodisponible des décennies voire des siècles ou des millénaires plus tard.

Un milliard d'obus ont été tirés en 14-18. 25% de ces obus ( donc 250 millions ) n'ont pas explosé pendant ce conflit. Certains toxiques ne seront libérés dans l'environnement, à partir d'un obus, qu'après plusieurs décennies de corrosion de l'enveloppe de cet obus.

La toxicité sur l'homme est parfois indirecte. Ainsi, le cuivre, très utilisé dans les munitions n'est toxique pour l'homme qu'à forte dose. Mais il est déjà toxique à des doses moindres pour d'autres mammifères ( mouton par exemple ) et à très faibles doses pour certains organismes aquatiques ( algues, planctons, invertébrés marins...), qui sont ingérés par des animaux mangés par l'homme: poissons, grenouilles,oiseaux aquatiques. La viande, le lait, le fromage de mouton sont aussi des aliments prisés par l'homme. Le cuivre a été un métal fortement utilisé dans les munitions. Il suffit de voir le nombre d'objets provenant de l'artisanat des tranchées.

 

Il y a aussi des risques inconnus, heureusement uniquement potentiels, mais qui pourraient déclencher de petites catastrophes. Le dérèglement climatique attendu pourrait aggraver les risques d'inondations de certaines zones de dépôts de munitions enterrées ou abandonnées. Il pourrait aussi rendre plus graves les incendies de forêt ( dont « forêts de guerre » où de nombreux obus sont encore présent dans les couches superficielles du sol ). Ainsi des munitions actuellement « simplement » en voie de corrosion pourraient, brusquement, redevenir actifs et provoquer des réactions en chaîne. On est absolument incapable de prévoir un scénario de ces catastrophes, donc de les prévenir !

 

Comme les parties métalliques des munitions mettent des décennies, voire des siècles, pour rouiller. On semble avoir pensé que leur contenu ne se disperse dans la terre ou l'eau qu'en très faibles quantités. On a donc vraisemblablement cru que ces dépôts de munitions, ou restes de munitions, ne représentaient un danger sanitaire sérieux. 

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