17/09/2014

La guerre de 14-18: un crime contre l'environnement.

14-18:

 

Cette guerre fut aussi un crime contre la nature, contre l'environnement.

Bois-Sabot.jpg

La guerre de 14-18 a laissé des séquelles. Une séquelle est une lésion qui persiste après la guérison d'une maladie ou d'une blessure. Ce mot est également utilisé lorsque l'on parle d'une conséquence plus ou moins lointaine qui est le contrecoup d'un événement, d'une situation.

 

En Belgique, des dommages de la première guerre sont encore dédommagés. À titre d'exemple, en 2004, quatre dossiers avaient fait l'objet de 44 955 € de dédommagement. Mais dédommagement ne signifie pas absence de séquelles.

 

L'expression « séquelles de guerre » est voisine de la notion de « dommages de guerre ». Elle est un peu plus étendue. Elle désigne les conséquences différées des actions de la guerre, locales,régionales ou encore plus étendues, dans l'espace ou dans le temps. On les divise souvent plusieurs grandes subdivisions: économiques, humaines, médicales, culturelles et environnementales.

 

Certaines sont parfois tues. Ainsi, par pudeur, on a occulté les drames vécus par des combattants qui, au retour, on trouvé leur place prise au foyer ou ont trouvé un enfant portant leur nom.

 

On examinera ici les effets sur l'environnement. La guerre fut aussi un crime contre l'environnement. Les conséquences sur l'environnement feront encore sentir leurs effets bien longtemps après l'armistice. Jusqu'à nos jours même. L'occupation, les destructions volontaires de terrains ou de végétation , les destructions sous le feu des combats, les bombardements ont laissé des traces profondes sur le terrain, mais aussi dans les esprits.

 

On a été amené à utiliser un terme anachronique car de formation récente, l'écocide. Selon sa définition, « l’écocide est la dégradation partielle ou totale d’un écosystème ». 

 

Tous les conflits importants du 20°siècle, et particulièrement la guerre de 1914-1918, première guerre industrielle, ont profondément et pour longtemps marqué l’environnement. Cette question est restée pendant longtemps peu étudiée par les historiens. Cependant, depuis les années 2000, les impacts différés ont été évoqués, surtout le problème des munitions immergées en mer, mais les aspects santé-environnement restent quasiment non abordés.

 

La FRANCE est le pays le plus touché par ces séquelles de la guerre 14-18. Elle n’a pourtant évoqué ce problème qu’après l’Allemagne, la Belgique ou l’Angleterre.

 

La pollution induite par les munitions est bien connu. Ses conséquences sont pourtant mal évaluées. Ce sont soit les munitions tirées mais qui n'ont pas explosé, soit les munitions qui ont explosé mais dont les éclats restent diffus dans le sol, soit les munitions stockées et abandonnées après les combats. Certaines munitions ont été immergées dans les eaux terrestres ou dans les océans. Utilisées, stockées ou perdues, les munitions (dont les obus chimiques) ou leur contenu constituent une menace durable.

 

Un exemple belge doit être cité: le dépôt de munition de la gare de MEVERGNIES-ATTRE. L'explosion dans la gare d'ATTRE, le 9 mars 1918, d'une partie d'un convoi de 780 wagons chargés de munitions dont les deux tiers étaient des obus pourvus d'une charge chimique. Les débris furent projetés tout autour du lieu de l'explosion. Il a fallu huit mois, et jusqu’à 800 hommes, pour nettoyer le site. En 2006, on retrouva enterrés sous une dalle de béton, à 2,5 m de profondeur, une énorme masse d'obus ( plusieurs centaine de tonnes ) dont la plupart étaient toujours actifs et renfermaient des explosifs, voire des substances toxiques dont le fameux gaz moutarde. Après la fin des hostilités, les obus intacts furent enterrés en bordure des rails car, à l'époque, il était impossible de les détruire sans risquer la vie des travailleurs. 

 

Pratiquement toutes les munitions contenaient des composants toxiques tels que mercure, plomb, arsenic, antimoine ainsi que des produits chimiques ou des métaux polluants. Chaque obus et chaque douille contiennent un gramme de mercure toxique. Un milliard d'obus environ ont été fabriqués entre 1914 et fin 1918. Personne, parmi les industriels, les militaires et les gouvernants n'avait pas prévu leur fin de vie de ces milliards de munitions toxiques et polluantes.

 

La dispersion dans l'environnement et dans l'atmosphère, en 14-18, dans l'environnement des gaz de combat et d'énormes quantités de plomb,de mercure et d'arsenic associée aux conditions de d'hygiène déplorables a sûrement contribué à une diminution de l'immunité. On a vu apparaître tuberculose, choléra, typhus et la fameuse « grippe espagnole » . On leur doit plus de morts que les combats eux-mêmes.

 

Régulièrement, on retrouve encore des squelettes de soldats tués dans les combats ou sous les bombardements et restés introuvables depuis près de cent ans; on ne doit pas oublier que ces soldats étaient pourvus d'armes et de munitions restées, elles aussi, enfouies dans le sol.

 

On sait par les archives que 114870 munitions et environ 14000 fusées ont été ainsi récupérées et enfouies en six lieux différents. Ces munitions ont ensuite été éliminées par les services de déminage jusque dans les années 50. Il ne semble pas y avoir eu d'études visant à vérifier l'absence de séquelles de pollution sur les anciens sites d’enfouissement. Les métaux lourds ne sont tout simplement pas biodégradables. Avec le temps, il y a corrosion des munitions. Le risque de graves contaminations augmente.

 

Sur les territoires de l’ancien front, mais aussi là où les munitions non explosées ont été déplacées, stockées, traitées ou immergées ou oubliées, existe un danger permanent, d’exposition à des métaux ou des produits toxiques même à faible dose.

 

C'est ce qui fait dire à certains que la Der des Der n’a pas fini de faire parler d'elle.

 

Les commentaires sont fermés.